‹ Des phénomènes de synopsie (audition colorée) photismes, schèmes visuels, personnificationsChapitre 6 sur 53 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De qa«l«a«s prlneipes «xpUcsattCB d«s •jrii«s(hé«tes. AssoetAttoB AfTeetlve. AssoelAtlon liAbttaelle. AssooiAtlon

prlTilésIée.

Il n'existe pas encore de théorie satisfaisante et complète de l'audition colorée. Quant au\ nombreuses explications partielles proposées par les auteurs, je renonce à les examiner en détail pour les motifs allégués dans Tavani-propos. Remarquons cependant qu'elles gravitent toutes autour de deux idées centrales antagonistes.

Les uns, en effet, considérant que les phénomènes synesthésiques impliquent toujours une liaison entre deux données de conscience, essayent d'en rendre compte par le principe psychologique de l'association. Les autres, plus frappés du fait que cette liaison s'impose au sujet avec une sorte de contrainte aveugle et sans qu'il puisse en découvrir la cause dans les circonstances connues de sa vie passée, estiment qu'il ne s'agit pas là d'une association mentale ordinaire, et font appel à des conditions physiologiques : la contiguïté ou l'engrenage des centres corticaux permettant aux excitations d'irradier de l'un à l'autre, l'existence d'anastomoses exceptionnelles reliant des fibres nerveuses ou des cellules ordinairement séparées, etc.

Il ne faudrait pas conclure de là qu'il y a nécessairement opposition entre les QxpWcdiiïons psychologiques eiphysiolo-

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yigues ; il est aii contraire indubitable que dans une science de l'homme bien faite, ces deux sortes d'explications, loin (le s'exclure, se compléteraient l'une l'autre, conrormémenl au principe fondamental de parallélisme psychophysique qui est à la base de tontes les recherches de psychologie physiologique. Association mentale plus ou moins stable, connexion nerveuse plus ou moins fixe (analomique ou simplement « dynamique, » c'est bien égal), ce sont là deux choses allant de pair, deux processus concomitants entre lesquels il n'y a pas à prendre parti — si ce n'est en ce qui concerne celui des points de vue, interne ou externe, que l'on adopte de préférence à un moment donné, par suite de la difflcullé pratique à les embrasser tous deux simultanément.

Mais si l'antilhése de psychologique et physiologique est insoutenable, prise au pied de la lettre, cela ne vent pas dire qu'elle ne recouvre pas une divergence réelle, mal formulée, dans les opinions relatives à l'origine de l'audition colorée. Cette divergence serait mieux exprimée par l'opposition i.\'a€qui$ et à'inné, puisque la question qui sépare les auteurs semble être, au fond, de savoir si les liaisons syneslhésiques (nerveuses et mentales à la fois) proviennent uniquement des expériences contingentes de l'individu, comme c'est le cas pour la plupart de nos associations d'idées ; ou si elles sont, au contraire, comme les instincts, fondées dans notre constitution native telle que l'hérédité l'a forgée.

La première alternative a contre elle l'impossibilité, presque constante, de retrouver par la mémoire ces prétendues expériences qui auraient attaché uni; couleur à un son comme l'éducation attache les mots aux choses. La seconde alternative a contre elle toutes les objections méthodologiques que soulève le recours aux puissances inconscientes, vagues, occultes, lorsqu'il s'agit d'expliquer des liaisons conscientes, définies, évidentes. Il est à présumer

que la véritable explication des phénomènes de synestliésie — quand on l'aura trouvée — sera une heureuse mixture de ces facteurs opposés, combinés dans des proportions variables d'un cas à Tautre ; tel fait d'audition colorée s'expliquera à peu prés complètement par les aventures passées du moi Conscient; tel autre, au contraire, supposera pour sa production le concours de quelque mystérieuse influence, transmission héréditaire, suggestion des « moi > sous-jacents, que sais-je encore, en un mot intervention de rinconscienl.

A défaut d'une doctrine achevée, il est bon d'avoir quelques idées directrices, au moins provisoires, quand on ne veut pas être complétaient submergé par le torrent des faits. C'est pourquoi j'esquisserai ici la théorie qui me paraît, pour le moment, la plus plausible et la plus propre à servir de fil d'Ariane dans le labyrinthe de l'audition colorée — sans recourir à l'inconscient, ou en n'y recourant que le moins possible.

Trois principes d'association me semblent nécessaires (sinon suffisants) pour expliquer soit par leur concours, soit par leur interférence, la diversité des phénomènes sy nésthésiques. Désignons-les par les termes d'association habituelle, privilégiée et affective, et parlons d'abord de cette dernière qui est de beaucoup la plus importante ici.

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