Des phénomènes prémonitoires
Dans le langage technique adopté par la Société Anglaise de Recherches Psychiques, le phénomène « prémonitoire » a reçu cette simple définition : « Préannonce supernormale d’un événement futur quelconque » ; et cette définition semble heureuse et adéquate, si l’on considère que grâce à l’addition opportune de la parole « supernormale », tous les cas pseudo-prémonitoires dont la réalisation est probablement due à un fait de suggestion et d’auto-suggestion, ou à des inférences consécutives'à des états anormaux d’hyperesthésie sensorio-psychique, se trouvent définitivement éliminés.
Il en dérive que le terme de « prémonition » se trouve synonyme de cet autre : « clairvoyance dans le futur » employé par les anciens magnétologues, et que tous deux comprennent tous les cas qui, selon leurs modalités particulières de manifestation, prennent dans le langage commun
les noms de « pressentiment », « avertissement >
« prédiction », « divination », « prophétie ».
Au sujet de la valeur intrinsèque des phénomènes en question, je me trouve d’accord avec le D r Sarnona, dont l’avis est que « parmi les phénomènes métapsychiques, ceux prémonitoires, qui pourtant défient toutes nos conceptions les plus hardies pour atteindre à leur explication, sont parmi ceux de l’existence desquels il est moins permis de douter, car il y a des cas véritablement authentiques devant lesquels nous sommes forcés de nous incliner malgré leur mintelligibilité absolue ». (Psiche misteriosa, p. 184) — Telle était justement l’opinion du D r Karl clu Prel.
Pour se rendre compte de la fréquence avec laquelle ils se réalisent, il suffit de consulter l’histoire des peuples ; on y glanera de nombreux exemples, et dans tous les temps. Et si l’on veut recourir au critère pratique du témoignage humain, on constatera qu’en interrogeant un groupe de personnes prises au hasard, il est bien difficile qu’aucune d’entre elles n’ait à raconter un incident personnel du genre ; ce qu’on ne peut pas affirmer pour la télépathie. En sorte qu’on est entraîné à conclure que les phénomènes prémonitoires prennent rang parmi les plus communs de la casuistique métapsychique.
Us se déterminent, en très grande majorité, durant le sommeil naturel ou provoqué ; plus rarement en conditions de veille ; et même lorsq
ceci advient, il est aisé d’y rencontrer toujours des indices qui permettent de reconnaître un état plus ou moins déguisé d’auto-hypnose légère, ou d’« absence psychique », chez le sensitif.
Le plus souvent, les faits qui nous occupent se rapportent à la personne même du percipient, moins fréquemment à des tiers, et beaucoup plus rarement à des événements politiques, sociaux, météorologiques.
Leurs modes d’extrinsécation sont des plus variés, et comprennent à peu près toute la gamme de la casuistique métapsychique. Dans leur forme la plus simple, ils consistent en un vague sentiment d’anxiété profonde ou de sombre présage, sentiment non motivé et insurmontable, qui porte inconsciemment le sujet à orienter sa propre pensée vers celle de telle personne, ou cet ordre spécial d’événements qui constitueront l’objet de la prémonition. Plus communément, ils assument une forme de visualisation hallucinatoire, aussi bien spontanée que provoquée, dans laquelle des tableaux d’événements futurs se manifestent au percipient dans une succession extrêmement fugace, tantôt en groupements plastiques, tantôt avec action cinématographique, parfois avec l’apparence d’événements réels, d’autres fois d’une manière idéographique et symbolique ; dans lequel cas la véritable signification du symbole n’apparaîtra totalement dévoilée qu’après réalisation de l’événement. Non îoins fréquemment, ils se présentent sous forme
d’audition hallucinatoire, où une voix, reconnu., parfois pour intérieure ou subjective, ou bien revêtant un timbre objectif, et souvent familier, préannonce dans un langage plus ou moins énigmatique des événements futurs. En d’autres circonstances, ils se traduisent en un phénomène phonique à empreinte décidément objective, comme par exemple lorsque des coups, des gémissements, des bruits de toute sorte ,(fidèles dans chacun des cas, à leur modalité d extrinsécation) se reproduisent traditionnellement dans une famille pour annoncer la mort d’un de ses membres. En d’autres cas analogues, les préannonces de la mort d’une personne à son entourage se produisent au contraire par l’apparition d’un fantôme de défunt, toujours identique. A noter encore un genre de prémonitions transmises sous forme d’impulsion motrice irréfrénable, qui pousse le sensitif à des actes paraissant absurdes parce que non motivés, comme par exemple à retourner sur ses pas, à prendre la course, à changer de place ou de route, échappant de cette manière à un grave danger qui le menaçait à son insu. On comptera enfin un dernier genre, plutôt rare, de prémonitions qui assument une forme divinatoire, de façon que le sensitif est amené malgré lui à exprimer des prophéties dont il ne se sent point responsable ; dans ce cas, la forme oraculaire qu’assument d’habitude ses paroles, fait penser aux réponses des oracles gréco-romains.
L’un clés caractères spéciaux des phénomènes qu nous étudions, est de se rapporter ordinaireut à des événements douloureux, rarement à incidents joyeux. Ce caractère est bien connu, quoique certains le mettent en doute, en se basant sur le fait de la réalisation fréquente de prémonitions insignifiantes et banales, avec pronostic ni triste ni gai. Cependant, si l’existence de telles manifestations met en évidence la complexité troublante du problème à résoudre, elle ne suffit pas, à mon avis, à infirmer le caractère évident dont je parle, d’autant plus que ces manifestations insignifiantes et banales sembleraient susceptibles d’une explication particulière. — Nous commenterons en temps voulu ces aspects si embrouillés et si suggestifs des phénomènes prémonitoires.
Un autre de leur caractère digne de remarque consisterait dans le fait qu’un grand nombre de songes prémonitoires visitent à différentes reprises, et toujours d’une manière identique, le percipient, soit dans la même nuit, soit en d’autres successives, comme si on voulait en réitérer l’impression sur le dormeur dans le but de la rendre plus durable, ce qui ne manque jamais de se réaliser en telles circonstances. Cependant, alors qu’on voit ceci s’effectuer en de nombreux cas, on pourrait en même temps avancer que le aractère de ces mêmes rêves consiste en une tendance opposée, celle de montrer une labilité 5 ui generis ; labilité qui diffère néanmoins
grandement de celle des rêves ordinaires, pu d’une part, le songe prémonitoire est d’a beaucoup plus vivace que le songe ordinaire si bien que le percipient«en conserve un souvenir très clair au réveil, joint à un intérêt inhabituel pour ce rêve (ce qui pousse le percipient à le raconter, ou à en prendre note ) mais que, d’autre part, ce même songe, bien que rappelé, répété, commenté, écrit (tontes circonstances qui devraient le fixer dans les centres mnémoniques), est presque toujours sujet à une rapide et totale oblitération ; celle-ci, à son tour, sera éphémère et transitoire, car au moment où'se réaliseront les incidents vus en rêve, le souvenir du songe apparaîtra comme un éclair à l’esprit du percipient avec toute sa vivacité première. Il serait facile, dans ces processus, de relever des analogies avec les cas de suggestion post-hypnotique ; cependant la suggestion post-hvpnotique présuppose un « agent suggestionneur », qu’on serait induit par là à supposer aussi dans les songes prémonitoires, auquel cas il serait inutile de le rechercher en se fiant à des analogies de cette nature, qui pourront un jour faciliter les recherches pour établir par quelles voies cérébrales les prémonitions s’extrinsèquent, mais jamais ne se prêteront à résoudre la question ardue de leur genèse.
Les traits caractéristiques cités, bien que remarquables spécialement dans les rêves prémonitoires, s’observent plus ou moins dans tou
iénoménologie que nous examinons, surtout $ celle qui revêt une forme hallucinatoire litive, et dans laquelle on retrouve fréquemment des cas se répétant, et d’autres qui présentent les phases habituelles de « labilité » combinée à la « réviviscence ». Font exception dans chaque catégorie les cas où le percipient, au lieu de jouer un rôle prépondérant, ou secondaire dans l’événement prévu, sert d’instrument consultable, comme dans le cas des « somnambules clairvoyantes », et de tous autres genres de pythonisses anciennes et modernes. Cette forme indirecte et provoquée de prémonitions est extrêmement intéressante, car elle concourt à renforcer une théorie qui se présente comme fondamentale en cette sorte de manifestations, selon laquelle il serait vain de rechercher en une formule unitaire l’explication de la phénoménologie prémonitoire, qui tirerait au contraire son origine de causes multiples, tantôt subconscientes tantôt extrinsèques, toujours supernormales.
Un troisième caractère des phénomènes prémonitoires concerne la « notion du temps » ; cette notion semblerait un élément impossible à traduire en nos termes humains, du « plan supernormal » au plan « mental » : par conséquent, les dates des phénomènes prémonitoires demeurent presque toujours imprécisées ; et le voyant en somnambulisme, ou un autre à sa •■^ace, juge approximativement du temps de ifïérentes manières, mais le plus souvent d’a-
P r ès la distance à laquelle se présente dans sa vision intérieure le cadre des événements futurs ; s'il est très proche, il en conciliera que l’événement doit se produire à brève échéance, et dans ce cas, l’habitude pourra lui permettre d’en préciser jusqu’au jour et à l’heure; si au contraire la vision est plus ou moins lointaine, il ne parviendra qu’à désigner la semaine, le mois, l’année où devra s’accomplir la prophétie. Cette règle, néanmoins, comporte de nombreuses exceptions, par exemple lorsque le percipient visualise une date, et pas autre chose, qui se trouvera être la date exacte de sa propre mort, ou de la mort d’un familier ou d’un autre événement mémorable qui le regarde, ou regarde le consultant. D’autres fois, le voyant se surprendra à confondre les choses du passé avec celles de 1 avenir ; c’est-à-dire que parmi les événements qu’il attribue à l’existence de son consultant, il s’en trouvera quelqu’un que ce dernier désignera comme ne lui étant jamais arrivé, et qui cependant se réalisera dans tous ses plus petits détails à une époque plus ou moins reculée. — Comme on le voit, les modes d’extrinsécation des phénomènes prémonitoires sont si embrouillés et si complexes, qu’ils en semblent contradictoires ; et pourtant tout concourt à prouver que cet embarras dépend du fait désigné plus haut, que ces phénomènes, bien qu’ayant l’apparence d’une origine commune, sont dus en réalité à des causes multiples.
Je noterai encore une quatrième particularité commune à un grand nombre de manifestations prémonitoires, consistant en ceci : que le sensiti* perçoit ou enregistre, entièrement ou en partie les données secondaires qui se rapportent à un événement ^futur, et n’en perçoit pas, on n’en enregistre pas, les données essentielles, de sorte qu’il demeure sur l’événement qui l’attend, juste assez instruit pour l’entrevoir, mais non pour le pénétrer, raison pour laquelle il ne parvient pas à l’éviter. Cette particularité revêt une importance théorique très grande, comme nous le démontrerons en son temps.
Sur la base de ce qui a été exposé jusqu’ici, je vois s’élever une considération à laquelle je donnerai une forme interrogative : « En tenant compte de certains des traits caractéristiques énumérés plus haut, ne serait-il point licite d’avancer qu’au moins pour une partie des phénomènes prémonitoires, un élément intentionnel se manifeste avec évidence ? Et cela sans préjuger de la question si ardue de la genèse, subconsciente ou extrinsèque, de cette intentionnalité ? » — Mrs. Sidgwick et d autres psychistes, ne considèrent pas cette hypothèse comme suffisamment fondée, parce qu’on discerne en cet ordre de phénomènes de nombreux épisodes qui, bien que formant des exemples tvpiques de clairvoyance dans le futur, consistent néanmoins dans la réalisation (parfois merveilleu-
sement complexe) de petits faits insignifiants et inutiles au point qu’on ne peut comprendre la raison de leur effectuation ; ces circonstances tendraient plutôt à étayer l’hypothèse que les phénomènes prémonitoires émergent et deviennent conscients par la force d’un aveugle automatisme subconscient dénué d’un Lut quelconque.
C’est en partant de ce raisonnement que Mrs. Sidgwick conclut en ces termes :
« Nous n’avons pas de raisons suffisantes pour supposer que les prémonitions, si elles existent, consistent en une sorte de minuscule miracle privé, ayant pour but de nous aider dans les incidents de notre vie, spirituels ou temporels. Nous devons les considérer au contraire comme des manifestations spéciales d’une loi jusqu’à présent ignorée, ou bien imparfaitement connue ». (Proceedings of the S. P. /?., Vol. Y, p. 344).
Prudentes et sages réserves. Mais depuis l’époque où Mrs. Sidgwick les formulait (1888) le matériel brut des faits continua de s’accumuler, et les recherches sur ce dernier se multiplièrent ; il semble donc qu’il soit permis aujourd’hui de s’aventurer dans quelque affirmation plus explicite.
J’observerai d’ailleurs que l’existence d’épisodes insignifiants et apparemment dénués de but, ne peut et ne doit pas faire oublier une multitude d’autres cas où l’intentionnalité, et souvent l’utilité, ressortent avec évidence
et certitude ; et comme les faits sont les faits et que rien ne peut les anéantir, il faut bien en conclure que l’intentionnalité et l’utilité sont manifestes et prouvées dans un certain nombre d’entre eux ; enfin, comme ces derniers ne représentent pas la minorité, mais bien la majorité des phénomènes prémonitoires, il s ensuit que les cas dénués de but devraient plutôt être considérés comme des exceptions à la règle (et il reste à voir s’ils constituent des exceptions effectives ou apparente s), dont il faudrait étudier les causés, afin d’établir possiblement les rapports qui les relieraient aux autres, et tâcher de les concilier entre eux.
Une dernière observation : l’analyse qui précède ne serait pas complète, si elle ne se terminait par une allusion à la fausseté de beaucoup de manifestations prémonitoires, pouvant revêtir indifféremment une forme directe et spontanée, ou indirecte et provoquée. Surtout chez les somnambules clairvoyantes, ou les pythonisses prophétisantes (en supposant, bien entendu, que les unes et les autres soient en possession de pouvoirs super normaux authentiques) il arrivera souvent qu’un même sujet, dans la meme seance, ait la vision subjective d’événements futurs qui se réaliseront dans leurs moindres détails avec une merveilleuse exactitude, et peu à peu décrive avec une efficacité identique de langage, des a isiom dont le caractère complètement fantas-
tique apparaîtra plus tard ; et tout eela sans qu’il soit possible, d’après leurs modes d’extrinsécation, de discerner les hallucinations véridiques de celles erronées.
Le célèbre somnambule Alexis Didier, interrogé à ce propos par le D r Marcillet tandis qu’il se trouvait en conditions de lucidité somnambulique, en expliquait les causes par les mots suivants :
« Quoique mort aux préoccupations de la veille, le système nerveux du somnambule conserve en soi — pour ainsi dire — les tonalités vibratoires et fébriles de toutes les émotions qui l’^ont agité ; et les déboires de sa vie s’avancent, comme des oiseaux de mauvais augure, pour étendre l’ombre noire de leurs ailes dans ses visions, et l’empêcher de manifester dans toute son exactitude sa propre lucidité. En outre, si l’état de semi-infirmité qui le distingue, affaiblissant les organes de son corps, le prédispose à la voyance, d’autre part il engendre des conditions qui, au lieu d’ouvrir la vision intérieure de l’âme sur le domaine invisible du temps et de l’espace, réveillent au contraire la cohorte illusoire des songes... Les consultants se comportent parfois à mon égard avec une moquerie irritante pour mes nerfs à tel point, que tout danse et vacille devant mes yeux, et qu’il m’est impossible de rien saisir distinctement. D’autres, au contraire, font preuve de la meilleure volonté jointe à une confiance enthousiaste, mais leurs désirs sont assez ardents pour troubler ma vision, devant laquelle passent avec une rapidité foudroyante des apparitions de formes insaisissables
Bien souvent, le désir d’obtenir des réponses conformes à leurs aspirations est à tel point excessive, qu’elles m’influencent, m’impressionnent, et ce que je vois alors n’est plus qu’une transmission de sensations et de pensées. Enfin, bien des fois le somnambule est mal disposé paçce qu’il est en rapport avec des natures peu sympathiques, ou parce qu’il se trouve dans, un milieu de sceptiques préoccupés de ne pas se laisser convaincre ; dans ce cas les phénomènes de lucidité ne peuvent pas se réaliser... J’ai très souvent observé que la seule adjonction d’un spectateur bienveillant suffisait à raviver en mon âme une activité extraordinaire, lui conférant la force de surmonter les obstacles qui la faisaient demeurer inerte. Le bon succès de f mes séances était dû fréquemment à la présence d’une femme ou d’un homme dont le fluide me pénétrait en irradiant une luminosité très suave, qui m’illuminait subitement comme par miracle, dotant ma lucidité d’une extension surhumaine... (Le sommeil magnétique expliqué par le somnambule Alexis Didier en état de lucidité. — P. 27, Paris, Dentu éd., 1856J.
C’est ainsi qu’Alexis Didier expliquait les erreurs fréquentes de son extraordinaire lucidité ; et il est plus que probable que les défaillances des somnambules clairvoyants proviennent effectivement d’interférences de cette nature ; ainsi pour les erreurs de nombreuses manifestations prémonitoires de forme directe et spontanée.
Émotions et préoccupations de la veille, conditions de santé et d’ambiance, désirs mal réprimés, aspirations secrètes, espoirs, anxiétés, et ainsi
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cle suite: voilà les causes qui, chez les sensitifs, ouvriraient la porte toute grande aux invasions psychosensorielles provenant de la « couche onirique » de la subconscience.
Restent à considérer les principales hypothèses avancées jusqu’à présent pour pénétrer le mystère des manifestations prémonitoires ; ce que je ferai sommairement, de manière à permettre au lecteur de mieux s’orienter à travers la classification des cas, et de se prononcer sur la plus ou moins grande validité de certains des commentaires dont je fais suivre ces cas, tantôt en faveur de l’une, tantôt en faveur de l’autre de ces hypothèses, avec l’intention de préparer le terrain pour la synthèse finale.
Pour commencer, je parlerai de l’ancienne, et bien souvent citée, conception philosophique de l’Univers, pour laquelle le passé et le futur constitueraient un éternel présent, qui se segmenterait pour nous en vertu d’un état spécial de notre conscience, donnant lieu à la création illusoire du temps. Cette conception métaphysique, bien que de prime abord attirant et séduisant le penseur, ne résiste pas à une analyse pondérée, si l’on tient compte de son inconceptibilité absolue combinée à l’amas d’éléments antithétiques qui la composent.
Je me bornerai donc à l’exposer à l’aide des efficaces paroles de Myers, en ajoutant que, dans une autre partie de son œuvre, il n’hésite pas à la déclarer inconcevable. Voici ses mots :
Les prémonitions dont il a été question dépassent de peu la durée de la vie individuelle des percipients ; tenons-nous en donc à cette courte mesure, et figurons-nous pour un moment que la totalité d’une existence terrestre ne se montre en réalité qu’un phénomène absolument instantané, bien qu’infiniment complexe. Imaginons encore que le Moi trous cendental discerne avec une égale facilité et instantanéité chaque élément de ce phénomène, alors que le Moi empirique en reçoit chaque élément par un moyen déterminant des phases de retard variées, de la même façon que je perçois d’abord la lueur de l’éclair, puis le roulement du tonnerre. Dans ce cas, les soixante-dix ans de vie placés entre la perception de ma naissance et celle de ma mort, ne pourraientils m’être dévoilés avec la rapidité des sept secondes placées entre la vision de l’éclair et l’audition du tonnerre ? Et ne pourrait-il exister dans la conscience des conditions d’intercommunication en vertu desquelles le Moi plus vaste serait mis à même de participer au Moi plus réduit , ou bien le Moi intérieur au Moi extérieur , un avertissement comme celui-ci : «J’ai perçu la lueur d’un événement qui t’attend pour telle heure : prépare-toi au roulement du tonnerre ». (Myers, Human Personality , etc., Vol. Il, p. 273).
Telle est l’exposition heureuse et pittoresque de Myers ; mais on ne peut s’empêcher d’observer que si « en réalité la vie consistait en un phéno-
mène absolument instantané », on arriverait à ceci : que la coexistence dans le monde physique de la totalité des actes de chaque individu particulier, ne pouvant être scindée de l’existence correspondante de tous les états de conscience se rapportant à chacun de ces actes, il s’ensuivrait que le Moi transcendent al de tout enfant dans ses langes se trouverait passer instantanément à travers tous les états de conscience correspondant à toutes les phases de sa vie ! Dans ce cas, comment concevoir la lutte pour l’existence ? Le progrès humain ? La responsabilité morale et le perfectionnement spirituel de l’individu, fruits péniblement recueillis à l’arbre de l’expérience humaine, conquise, elle aussi, au prix de tant de peines ? Et puis, comment concevoir un groupe d’événements absolument instantanés , qui, en même temps, retardent ? La première donnée contredit la seconde : l’une abolit le Temps, l’autre le sous-entend. Est-il sérieux, est-il utile de se baser sur des spéculations de ce genre ? Mieux vaut ne pas exorbiter des limites de l’induction fondée surles faits, renonçant aux envols vertigineux de la métaphysique pure, à l’aide de laquelle nulle œuvre de science ne s’édifiera jamais, parce que Y impensable ne peut fournir l’explication de rien, mais seulement quelque vague illusion d’explication. Dans notre cas ni Temps ni Espace ne peuvent être supprimés, et si un Au-delà existe, nous devons concevoir l’autre vie comme un état où cesseront d'exister
non point le Temps , mais seulement la notion du Temps ; non point VEspace, mais seulement le sens de VEspace. — On verra pas la suite qu’il existe des faits capables d’exclure inexorablement cette hypothèse du nombre de celles applicables aux phénomènes prémonitoires. (Voir commentaires au cas CX.)
Cette même hypothèse ne peut devenir concevable qu’à la condition de la corriger radicalement, comme la présente le prof. Oliver Lodge en ce paragraphe :
« Je me bornerai à observer d’une manière générale, que la vague hypothèse d’une Anima mundi , d’une Intelligence immanente, dont l’humanité tout entière ne serait qu’un microscopique fragment, de même que notre Moi conscient est considéré par certains comme un pur fragment d’un Moi plus vaste ; d’une Intelligence Infinie, pour laquelle l’Espace et le Temps ne constitueraient pas les insurmontables barrières qu’ils nous paraissent ; d’une Intelligence pour laquelle le passé, le présent, le futur > ne seraient pas , en réalité, tout un, mais seraient perceptibles à volonté, soit comme simultanéité, soit comme consécutibilité, et à laquelle nulle translation ne serait nécessaire pour passer d’un lieu à l’autre, je dois convenir qu’une vague hypothèse de cette nature — qui est d’ailleurs une notion familière aux philosophes — s’impose souvent à ma vision mentale lorsque je m’arrête sur les problèmes de ce grand et merveilleux univers (Proceedings of the S. P. R
Vol, XVII, p. 54-55).
Comme on le .voit dans ce beau paragraphe de Lodge, l’hypothèse en question se présente radicalement modifiée, car il ne s’y agit plus de coexistence du passé et du futur dans le présent, mais bien d’une Intelligence Infime capable de les concevoir indifféremment comme coexistence ou comme consécutivité ; et ceci peut ctre concevable tout aussi philosophiquement que scien-
ti fi que ment. . .
En effet, le grand Laplace avait déjà exprime en ces termes un concept analogue :
« Une intelligence qui connaîtrait toutes les forces dont la Nature est animée et la situation respective des êtres qui la composent, si d ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données a l’analvse, embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l’Univers et ceux du plus léger atome : rien ne serait incertain pour elle, et l’avenir comme le passé serait présent à ses yeux... » (Laplace. Essai analytique sur les prohabilités, 1814, p. 3).
Malgré tout, les considérations de Lodge et de Laplace ne se prêtent pas à expliquer les phénomènes prémonitoires, car enfin, leurs auteurs doivent conférer les pouvoirs infinis dont ils parlent à une intelligence également infinie, ce qui veut dire à Dieu.
Il en découle que, pour adopter ces considéra-, lions au sujet qui nous occupe, il faudrait attribuer à la « conscience subliminale » les pou\oirs
conférés à l’Omniscience divine, et ceci dans un sens littéral, semblerait anti-philosophique et absurde. On pourrait néanmoins l’accorder dans certaines limites, dans le cas où l’on considérerait l’âme comme une émanation divine, et en tenant compte de tant d’autres facultés supernormales dont la subconscience se montre effectivement douée ; on pourrait donc légitimement attribuer à celle-ci une capacité très grande d 'extension supernormale des facultés d’inférence normalement possédées par l’intelligence humaine ; pas assez grande, toutefois, pour pouvoir expliquer toute la phénoménologie prémonitoire, si on ne veut pas attribuer aux facultés subsconscientes l’Omniscience divine. Il faut néanmoins tenir compte de cette troisième hypothèse.
Si l’on voulait en expliquer la majeure partie sans mettre de côté les pouvoirs de la subconscience, il serait nécessaire de recourir à deux autres hypothèses complémentaires, dont l’une, que nous appellerons la quatrième , vieille comme l’humanité, et qui se présente irrésistiblement à la pensée lorsqu’on se prend à étudier la signification de certaines prophéties : je veux parler de l’hypothèse d’une fatalité surmontant les destinées humaines, pour laquelle les événements cardinaux de toute existence singulière seraient préordonnés, et existeraient d’une certaine manière enregistrés dans un ambiant « métaéthérique » accessible aux facultés subconscientes (« l’Inconscient Universel » d’Hartmann, « plan
astral » des Théosophes) ; clans ce cas le percipient les discernerait par un phénomène de « mise en rapport » combiné à de la clairvoyance télépathique ; ce qui deviendrait intelligible, sans qu’on soit obligé de conférer l’Omniscience divine à la subconscience humaine.
Cependant l’existence d’une fatalité impliquerait la négation du libre arbitre, ravalant l’homme aux proportions d’un automate irresponsable. Ce n’est pas le moment d’examiner jusqu’à quel point les faits autorisent à conclure en faveur de la fatalité, et jusqu’à quel point le fatalisme soit inconciliable avec la liberté humaine. Je me contenterai ici, pour ne pas dévier de mon thème, de dire que pour remédier “à cette objection contre le fatalisme, on a ertre cour s à l’autre hypothèse, la cinquième , elle aussi vieille comme l’humanité, selon laquelle l’existence terrestre ne représenterait qu’un anneau d’un enchaînement indéfini de « vies successives » ; dans ce cas, 1’ « esprit », au moment de se réincarner, établirait lui-même d’avance — dans un but d’expiation, d’épreuve, de perfectionnement spirituel — les événements cardinaux auxquels il devrait être soumis dans la nouvelle existence incarnée; événements qui s’effaceraient de sa mémoire physiologique avec son entrée dans la vie, mais qui demeureraient enregistrés dans sa subconscience, d’où ils émergeraient en leur temps et se réaliseraient par la force d’un procédé analogue à celui par lequel s’extrinsèquent les suggestions post-hypnotiques*
Ceci admis, on comprendrait que le voyant -ait parfois la possibilité de les retrouver télépathiquement dans les replis de sa propre subconscience ou en celle d’autrui ; en même temps, les mêmes événements qui apparaissaient auparavant comme l’ouvrage d’une aveugle fatalité, se changeraient en actes librement voulus.
Et si l’on ne voulait pas arriver jusqu’à la théorie réincarnationniste, il conviendrait au moins de supposer une « existence spirituelle prénatale », donnant lieu à une sixième hypothèse, à laquelle Myers pensait peut-être en dictant les considérations suivantes :
« Dans le cas rapporté, le cours de notre vie serait comparable à l’expérience d’un sujet hypnotique qui accomplit involontairement dans la période de la veille l’acte qu’on lui a suggéré dans l’hvpnose. Nous devrons donc nous demander si d’aventure il n’y a pas eu, dans notre propre histoire, une époque où s’est effectuée en nous une auto-suggestion capable de dominer d’une manière analogue notre carrière terrestre. Or, si l’on peut affirmer que notre organisme complexe, étant le couronnement final d’une longue évolution historique, restreint dans des limites réduites nos soi-disant actions volontaires, on pourrait croire avec une égale vraisemblance que s’il existait une âme indépendante du corps, celle-ci, en sa qualité de résultat d’une longue évolution historique (car une entité aussi hautement spécialisée que l’âme humaine doit avoir eu une précédente évolution historique) ne pourrait qu’exercer à son tour une influence déterminante plus profonde
encore que celle organique, sur les pensées et les actions de l’existence incarnée. 11 pourrait se faire, en somme, qu’il y ait une sorte de « personnalité alternante », qui se manifesterait d’abord en conditions d’incorporéité, et puis de corporéité ; de manière que la première serait la plus profonde et permanente, et que les suggestions originées en elle influenceraient la seconde, bien cpie la conscience empirique qui gouverne l’existence incarnée n’en vînt pas à connaissance. Cette condition n’est pas nouvelle aux religions et aux.philosophies orientales et occidentales ; depuis longtemps l’idée a été lancée que notre existence terrestre doive être la résultante inévitable de notre éternité passée ; une sorte de pèlerinage prédestiné que l’âme réelle contemplerait avec un inaltérable calme, parce qu’aucune des éphémères douleurs terrestres ne pourrait la trouver récalcitrante, ou la surprendre sans préparation. L’âme préexistante et presciente une fois rivée à un corps — prédéterminé, d’une certaine façon, par une longue évolution historique — tou& deux procéderaient avec autant d’accord qu’ils le pourraient; mais en même temps,le problème delà Liberté et delà Nécessité cesserait de se montrer résolvable d’après l’expérience terrestre, et appartiendrait aux sublimes régions prénatales où seraient renfermés les secrets du monde transCendental ». (Myers, Iiuman Personality , etc. r Vol. II, p. 271-272).
Ainsi parle Myers ; et non seulement le problème de la Liberté et de la Nécessité ne semble pas élucidable d’après l’expérience terrestre, mais encore les hypothèses supernormales des « vies successives » ou de 1’ « existence pré-
natale » ne parviendraient pas non plus à éliminer entièrement l’idée fataliste telle qu’elle émerge de l’analyse des phénomènes prémonitoires, si l’on tient compte de l’existence de certaines prophéties qui dépasseraient de belle mesure les limites de chaque existence singulière, et s’étendraient jusqu’aux destinées des peuples* Mais nous aborderons cette question en son temps.
Pour revenir aux difficultés qui surgissent sur le thème des prémonitions, je dois toucher à cette autre : ni l’hypothèse réincarnationniste ou prénatale, ni celle fataliste , ne parviendraient à expliquer les cas d’un ordre insignifiant ou banal, car il ne semble pas que ceux-ci puissent avoir été préordonnés dans un but de perfectionnement moral de l’esprit sur le point de s’incarner ou de se réincarner ; et d’autant moins être considérés comme l’effet d’une fatalité inexorable, du moment qu’ils résultent d’une futilité et d’une inutilité complète, moralement comme matériellement. Pour obvier à cette nouvelle difficulté, on voit apparaître une septième hypothèse, qui semble aussi la seule fondée sur des données indiscutables, et consisterait en ceci : que les prémonitions de l’ordre indiqué devraient être considérées comme des manifestations particulières, dont la responsabilité incomberait aux personnalités subconscientes ou extrinsèques (jene me prononce pas^ qu’on le remarque bien, sur la véritable essence de ces personnalités), qui.
d’abord, transmettraient télépathiquement au -sensitif, sous forme de vision onirique ou autrement, une situation future donnée dans laquelle lui ou d’autres devraient se trouver, et s’emploieraient ensuite à en provoquer la réalisation en vertu d’une suggestion exercée télépathiquement sur le sensitif ou les autres intéressés ; et cela aux fins (c’est ce qu’affirment les personnalités en question) d’impressionner les âmes, de secouer le scepticisme des hommes, d’infuser en eux l’idée d’un mystère dans la vie, en les ramenant à méditer sur la possibilité de l’existence d’une âme survivant à la mort du corps. En même temps, leur action serait à peu près limitée aux faits insignifiants, car il ne leur serait pas possible, sauf des circonstances spéciales, de suggestionner télépathiquement, ou déterminer d’une autre manière quelconque, les hommes à exécuter des actions de quelque importance.
Quelque hardi que puisse sembler le fait de recourir à une pareille hypothèse, et quelque rares que soient les cas prémonitoires d’où peut en surgir la preuve d’une manière évidente — d’un autre côté, il existe des faits prouvant que les personnalités médiumniques (subconscientes ou extrinsèques, peu importe) parviennent, en certaines circonstances, à influer effectivement sur le cours des actions humaines ; bien entendu, non pas d’une manière normale et générale, mais dans les cas seulement où ils peuvent disposer de sensitifs susceptibles d’être soumis aux influences
télépathiques ou médiumniques ; et certains épisodes faisant partie des séances avec M me Piper et d’autres médiums, font foi aussi de ce que j’avance, comme nous le démontrerons le moment venu.
Le Professeur Oliver Lodge lui-même, à propos d’un épisode des expériences de Mrs Verrall, est conduit par l’analyse des faits à supposer que dans les cas d’une nature semblable, l’intelligence subconsciente ou extrinsèque qui transmet le message prémonitoire, doit être l’agent qui en provoque la réalisation moyennant une suggestion télépathique exercée sur les personnes intéressées. (Lodge : The Survival of Man , p. 160).
De l’hypothèse exposée en découle une autre, que nous désignerons comme la huitième et dernière, et qui se rapporte, elle, aux épisodes assumant un but et une importance réels. Elle consiste à supposer que les événements futurs, dûs à des causes accidentelles imprévisibles, ne seraient ni préordonnés, ni susceptibles d’être perçus par les facultés subconscientes, mais se rendraient uniquement accessibles à des entités spirituelles élevées, auquel il serait donné de les déduire du présentât qu’elles transmettraient parfois télépathiquement aux vivants, en se servant pour cela d’« esprits » récemment désincarnés et rattachés affectivement aux sensitifs ou aux consultants. — Cette hypothèse, suggérée par les modes d’extrinsécation de certains parmi les meilleurs épisodes, ne se prêterait pas à expliquer
d’autres incidents ; mais ceci n’est pas une raison suffisante pour l’exclure du nombre des hypothèses légitimes ; de sorte qu’elle pourrait être accueillie à condition de la compléter par la précédente, qui suppose l’intervention directe d’entités subconscientes ou extrinsèques dans la réalisation de messages prémonitoires d’ordre insignifiant, mais imprévisibles ; sans oublier celle qui attribue aux facultés inconscientes la capacité d’inférer ou de percevoir à leur tour un groupe limité d’événements futurs. Myers synthétise en ces termes ses propres idées sur l’argument :
S’il existe un monde transcendental, il doit exister aussi une visualisation du passé et du futur de beaucoup plus étendue que celle empirique ; et nous-mêmes devrons participer de cette forme de visualisation dans certaines limites, soit directement, en notre qualité de résidents, dès maintenant, dans le monde transcendatal, ou indirectement, en recevant des intuitions ou des messages d'entités spirituelles libérées d'un organisme amoindrissant l'activité de l'esprit ... Néanmoins, il est bien ardu d’établir de quelle manière nous y participons, et les difficultés qui se présentent sont les mêmes qui surgissent toutes les fois que nous nous essayons à distinguer l’activité de l’esprit de l’automate, de celle qu’on peut supposer en d’autres esprits « incarnés ou désincarnés ou peut être aussi d’une Anima mundi , ou d’autres Intelligences Finies mais exemptes de toute personnification anthropomorphique... Je crois que la Continuité de l’Univers est complète, et que par là
la hiérarchie des intelligences qui s’interposent entre notre esprit et une Anima mundi , est infinie. » (Human Personality , etc , Vol. II, p. 263-265).
Telles sont les principales hypothèses jusqu’à <;e jour proposées pour l’explication des faits prémonitoires ; leur analyse fait ressortir de façon péremptoire la justesse de l’observation de Dale Owen : qu’en métapsychie, l’expérience enseigne nomment les phénomènes en apparence identique tirent souvent leur origine de causes multiples. En effet, pour les modalités avec lesquelles ils s’extrinsèquent, tout concourt à prouver que les phénomènes prémonitoires ont pour origine des causes diverses, et qu’il y a également parmi eux des groupes de cas non prémonitoires dans le sens véritable du mot, bien que les uns et les autres constituent un ensemble homogène de faits que l’on ne pourrait, à un certain point de vue, séparer les uns des autres, car ils semblent s’enchaîner entre eux et se compléter mutuellement ; circonstance qui confère de l’unité à la phénoménologie. On constaterait donc que les hypothèses émunérées plus haut (en excluant la première parce qu’impensable et contredite par les faits, et comptant les hypothèses « réincarnationniste » et « prénatale » comme une seule) forment un tout solidaire et harmonique, que l’on dirait destiné à triompher ou à tomber inté-
gralement, vu qu’aucune des hypothèses en question ne pourrait, à elle seule, expliquer complexivement les faits ; que l’exclusion d’une quelconque d’entre elles compromettrait la stabilité de la série entière ; et qu’on ne parviendrait à résoudre d’une manière satisfaisante toutes les plus ardues perplexités théoriques, qu’à la condition de les garder toutes présentes, et de les utiliser toutes tour à tour.
Ce n’est pas le cas ici d’insister encore à ce sujet, puisque je me réserve d’y revenir une fois ma classification achevée. J’exhorte cependant ceux d’entre mes lecteurs auxquels certaines de mes considérations peuvent paraître gratuites ou trop hardies, à suspendre jusqu’alors leur jugement.
Et maintenant, quelques mots d’éclaircissement au sujet des critères qui m’ont guidé dans le présent ouvrage.
Il n’existe, que je sache, d’autres classifications de ce genre que celle de Mrs. Sidgwick ( Procee dings , Vol. V), et de Myers ( Proceedings , Vol. XI), la première constituée par une quarantaine de cas, la seconde par soixante-dix environ. Et comme elles renferment les cas les mieux étudiés et les plus authentiques que l’on connaisse, j’ai dû forcément recourir à elles avec fréquence, pour raffermir les bases scientifiques de ma clas.
sification, qui contiendra néanmoins en grande majorité des cas nouveaux et également bien établis.
Afin de présenter théoriquement les faits sous un nouvel aspect, j’adoptais une méthode de classification qui m’est propre et radicalement opposées à celles choisies par Mrs. Sidgwick et par Myers; la première ayant classifié les faits selon leur modalité subjective d’extrinsécation ; le second, en suivant l’enchaînement ascensionnel des faits selon leur importance théorique ; et le soussigné , les classifiant au point de vue de leur signification objective comme faits ; de cette façon, les cher cheurs a uront la possibilité d’étudier les phénomènes prémonitoires en les considérant sous trois aspects divers ; et ceci les aidera énormément dans la découverte des causes présumables des phénomènes qui nous occupent»
L’amas de matériel recueilli fut tel, que je fus contraint à y faire des sélections répétées dans Tunique but de réduire mon ouvrage à des proportions publiables. Les cas amassés atteignaient le chiffre d’un millier, et je les réduisis de force à 160, bien que ce nombre soit encore trop élevé pour une monographie.
J’eus soin, dans ma classification, d’exclure un grand nombre d’épisodes qui sous une apparence d’ordre prémonitoire, et se trouvant considérés comme tels par d’autres, étaient au contraire avec plus de vraisemblance élucidables par le secours d’autres hypothèses ; c’est, ce qui
arriva pour beaucoup de cas d’auto-prémonitions de maladie ou de mort (auto-suggestion présumable) ; ou lorsqu’un sensitif a la perception anticipée de l’arrivée d’une personne (télépathie), ou de l’arrivée d’une lettre (télépathie ou téléthésie) ; ou lorsqu’il a en songe la perception exacte de l’endroit où il trouvera un objet égaré, ou une plante rare, ou un insecte, vainement recherchés (hypermnésie, télesthésie, cryptomnésie) ; ou lorsqu’il a en songe la visualisation d’une localité inconnue qu’il visitera effectivement le lendemain (lucidité, paramnésie).
Il va sans dire que chacune des catégories susdites peuvent renfermer des épisodes signalés par des particularités qui les rendent authentiquement prémonitoires, et il m’arrivera d’en signaler un bon nombre dans la catégorie complexe et importante des auto-prémonitions de maladie ou de mort ; mais je n’aurai rien, ou presque rien, à remarquer pour les autres. 11 est donc entendu que, sauf circonstances spéciales, ces catégories particulières de phénomènes ne doivent pas être considérées comme d’ordre prémonitoire.
Je termine enfin en reproduisant, pour plus <le clarté, le schéma de classification choisi.