‹ Des PlaiesChapitre 4 sur 41 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Historique.

Les plaies par arrachement ne paraissent pas avoir été connues des anciens. Le document qui paraît être le premier en date, est l'observation qu'on lit dans le Traité des accouchements de DE LA MOTTE et non pas celle de Samuel Wood, comme on l’a écrit et recopié dans un très grand nombre d'auteurs; l'observation de de la Motte porte la date de 1721 (1), celle de Wood lui est postérieure de dix-sept ans. Dans son mémoire, MORAND cite le cas extraordinaire de S. Wood, relaté dans les Philosophical Transactions en 1738 ;

(1) Cette observation a été publiée par Morand dans son Mémoire à l'Académie royale de Chirurgie, en 1753,

UD

BENOMONT,, TALIN, RECOLIN ajoutent chacun une observation qui viennent compléter le mémoire de Morand. !

En 1792, DERRECAGAIX, DEGUISE publient chacun un fait d'arrachement dans le Journal de Desault (1).

Plus tard, D.J. LARREY signale un mécanisme spécial de l’arrachement des doigts chez les cavaliers. Depuis lors les cas se sont multipliés (2). A la Société de Chirurgie, en 1852, DEBROU, d'Orléans, communique un cas d’arrachement du pied; il répète et critique à cette occasion des expériences faites sur le cadavre par Morand. Dans le cours de la discussion, DENONVILLIERS, MARJOLIN, LARREY, CHASSAIGNAC rapportent des faits analogues.

En 1861, FOLLIN, dans son Traite de pathologie externe, cite, d'après un journal italien, un cas très

extraordinaire.

OBSERVATION I. — Une femme de 28 ans vient d’accoucher ; après l'expulsion du placenta, elle ressent de violentes douleurs dans l’hypogastre. Une femme inexpérimentée crut que ces symptômes étaient dus à la présence d'un second fœtus et se disposa à l’extraire. Elle fit maintenir la patiente par quatre hommes robustes et tirant fortement sur un corps volumineux qu'elle sentait dans le vagin, elle parvint à le faire sortir de la vulve: là, elle le serra fortement avec un mouchoir, afin qu'il ne rentrât pas et qu'elle pût exercer sur lui des tractions plus puissantes. De cette manière elle parvint à arracher le corps sur lequel elle faisait des efforts. L'accouchée

(1) Journal de Desault, tome 111, 1792.

(2) M. le Docteur BucHAussoy nous a dit avoir observé en 1848 ou 1819 un cas d’arrachement, alors qu'il était interne des hôpitaux à Rouen. Nous n'avons pu en trouver la relation nulle part.

eut une grave hémorrhagie. Un docteur fut appelé; il vit d'énormes caillots de sang vers les parties génitales d’où s'échappaient des anses intestinales. Effrayé à ce spectacle, le médecin demanda à voir le corps expulsé et il reconnut l'utérus avec toutes ses annexes ; il réduisit l'intestin, et après avoir traversé de graves accidents inflammatoires, la malade guérit.

On peut rapprocher ce fait du suivant.

OBSERVATION II. — Une femme accouche avant de pouvoir être secourue, elle aurait été surprise de la dernière douleur étant debout, de façon que l'enfant tomba sur le plancher; l’arrière-faix étant resté dans la matrice et le cordon ombilical arraché jusque dans le ventre de l’enfant, de manière qu'on ne trouva pas le plus léger vestige de vaisseau au nombril; il n’en sortit pas une goutte de sang, le lieu où s'était faite la séparation ressemblait à une excoriation un peu profonde et l’enfant parut si peu en danger que l’accoucheur commença par délivrer la mère (1).

À partir de ce moment, les faits d’arrachement se succèdent : GOSSELIN, en 1874, fait à l'Académie un rapport sur ce sujet.

M. CRANE (2), en 1874, fait sa thèse maugurale sur les arrachements des doigts.

TARDIEU, en 1879, dans une Etude medico-légale des blessures, estime qu’on aurait souvent occasion de rencontrer dans la médecine légale les « blessures par arrachement » faites par des coups de crocs ou de crochets, par des engrenages mécaniques, etc.

J: ROCHARD, en 1880, dans l’article : PLAIES, du Nouveau dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, ne partage pas cet avis; d’après lui,

(1) Cette observation se trouve dans le Mémoire de Morand. (2) CRANE, Th. de Paris. Ù

les plaies par arrachement ne sont pas fréquentes.

De 1880, date également une thèse sur les plaies par arrachement du pouce (3).

Le 23 février 1884, M. le professeur GUERMON- PREZ présente un mémoire sur Ja question, à l’Académie royale de médecine de Belgique. Ce travail développé ultérieurement est inséré dans les Bulletins de cette Académie, dans les Archives de médecine et le Journal des Sciences médicales de Lille.

L'année suivante, 1885, M. LOUMEAU, de

Bordeaux, a occasion d'observer un arrachement de la totalité du membre supérieur, y compris l’omoplate ; il en présente la relation successivement à la Société de médecine et de chirurgie et à la Société d'anatomie et de physiologie de Bordeaux (21 juillet 1885). Le texte et les gravures en sont publiés dans le Journal de Medecine de Bordeaux avec des réflexions et commentaires qui en font une sorte de mémoire original (7, 14 et 21 février 1886).

Depuis cette date la littérature chirurgicale ne s'est guère enrichie que de faits isolés et les traités de pathologie n’ont guère ajouté d'observations ni de préceptes nouveaux.

En rapprochant les uns des autres ies documents publiés jusqu'ici, nous avons tenu à restreindre notre choix, aux seuls faits que tout le monde s'accorde à qualifier « arrachements ». — Il ne suffit pas de trouver des tissus lacérés, distendus, rompus pour justifier l'expression d’arrachement ; nous

(3) LALLEMENT, Th de Paris,

adoptons la formule classique qui réserve cette expression aux faits dans lesquels un segment périphérique du corps est séparé brusquement et par traction d'avec le reste de l'organisme.

Nous acceptons, comme tous ceux qui nous ont précédé, les faits d’arrachement incomplet à côté de ceux qui justifient la lettre même de la définition; mais nous en écartons systématiquement les faits si nombreux qui s'en rapprochent, notamment les sections contuses que produisent les cisailles, et les plaies contuses poussées jusqu’à l’écrasement comme le fait le passage d’un train de chemin de fer qui sépare réellement une portion périphérique du corps d'avec la portion centrale. — Les plaies par arrachement, alors même qu'elles sont incomplètes, présentent des caractères si spéciaux qu'il nous paraît nécessaire de les conserver.

Page 1