OBSERVATION IV
Cot..., 2! ans, a vu l’hystérie débuter à 45 ans. Les mauvais traitements qu'elle subissait de la part de son père, adonné eux excès de boisson, et plus tard la prostitulipn, ont sans doute exercé une certaine action étiologique. L'hystérie locale, ici, est encore plus marquée que dans le premier cas. Nous avons à observer à droite une hémianesthésie, une douleur ovarienne, une contracture permanente avec trépidation du membre inférieur.
L'attaque s’annonce par une aura bien nette, partant de l'ovaire droit et se terminant par des symptômes céphaliques très évidents. Les convulsions, surtout toniques, se compliquent d'accidents épileptiformes ; C... se mord la langue, écume, etc.
La période des contorsions vient ensuite; elle est très accentuée.
Souvent, l'attaque se termine par des mouvements du bassin, avec constriction laryngée, pleurs, urines abondantes. Chez elle, aussi, la pression ovarienne modère l'intensité des phénomènes de l'accès sans toutefois l'arrêter. Dans les premiers mois de l’année, cette malade a été atteinte d’un état de mal hystéro-épileptique sur lequel nous reviendrons dans une prochaine lecon.
Lecons sur les maladies du système nerveux faites à la Salpétrière, par M. Charcot, 1877.
OBSERVATION V Legr... Geneviève est née à Loudun; singulière coïncidence !
C’est, vous le savez, le pays où s'est passé le triste drame dont Urbain Grandier a été la victime.
Geneviève est âgée de 28 ans, l'hystérie date de l’époque de la puberté. Parmi les symptômes permanents de l’hystérie locale, nous observons chez elle une hémianesthésie gauche, bien accusée, une douleur ovarienne gauche avec «ne tumeur facile à constater ; enfin un état mental bizarre.
L'aura est très caractérisée, et ce qui prédomine, ce sont les palpitations cardiaques et les symptômes céphaliques. En ce qui concerne les atlaques elles-mêmes, elles se divisent en trois périodes :
1° Convulsions épileptiformes, écume et stercor ; 2° grands mouvements des membres et de tous le corps ; 3° période de de délire, pendant laquelle elle raconte tous les événements de sa vie, à la fin des grands accès.
Parfois la malade, dans cette dernière phase, a des hallucinations, elle voit des corbeaux, des serpents ; de plus elle s’abandonne à une sorte de danse, et alors elle nous offre, à l’état embryonnaire pour ainsi dire et sous la forme sporadique, un spécimen de ces danses du moyen-âge décrites sous le nom d’épidémies saltatoires. A ce propos, je vous ferai remarquer que certains cas d'hysterie constituant en quelque sorte des variétés dans l'espèce, présentent à l’état rudimentaire, les diverses formes convulsives qui se montrent à un degré beaucoup plus accentué dans les épidémies. C'est du reste là un point qu'à parfaitement développé Valentiner dans son intéressant travail sur l’hystérie.
Chez Geneviève, la compression de l'ovaire détermine un arrêt, pour ainsi dire soudain, de l'attaque. Elle se rend nettement compte de cette influence, car elle-mème essaye de comprimer la région qui donne naissance à l'aura, ou, lorsqu'elle n'y peut parvenir, elle réclame, ainsi que nous l’avons déjà dit, le secours des assistants.
Leçons sur les maladies du système nerveux faites à la Salpetrière, par J. M. Charcot, 1871.