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SYMPTOMES GÉNÉRAUX

Si la polynévrite survient dans la convalescence d'une maladie infectieuse, les symptômes généraux peuvent manquer, ainsi que dans les cas où l'afiTeclion est due à une intoxication chronique lente; alors les signes propres de la polynévrite se développentd'emblée : on ne peut en effet considérer comme symptômes généraux de début les signes propres d'intoxication tels que le liseré du saturnin, la dyspepsie ou les cauchemars de l'alcoolique, non plus que la faiblesse du convalescent de typhoïde ou la fièvre du tuberculeux.

Encore, conçoit-on, en ce qui concerne les intoxications que chez un sujet prédisposé la polynévrite puisse en être la première manifestation.

D'autres fois un cortège infectieux accompagne ou précède un peu le début des premiers troubles sensitifs ou de l'impotence motrice. Il s'agit d'un léger mouvement fébrile, de dépression, de malaises, de frisson, d'anorexie, de diarrhée, etc., souvent sans qu'il soit possible de rattacher ces symptômes à une infection déterminée : c'est ce qui s'est passé dans le cas que voici, où une violente émotion avait préparé le terrain à l'agent infectieux.

Observation I

Clinique médicale iconographique, obsei^vation 27. (Service de M. le professeur Bernheim).

Polynévrite infectieuse consécutive à un choc moral.

La malade est une femme de 39 ans, ménagère, d'une bonne constitution mais un peu nerveuse. Il n'y a rien de particulier à noter dans ses antécédents, si ce n'est que son père est mort en présentant de la démence sénlle.

L'affection débuta en juillet 1893 ; à ce moment la malade eut une violente émotion morale : sa fille ayant été victime d'un attentat à la pudeur, le coupabls fut traîné devant les assises, la mère dut assister aux débats et elle attribue la maladie qui suivit aux violentes émotions qu'elle ressentit alors.

En effet 15 jours après la malade fut prise de nausées, de vomissements, de frissons. Elle dut se coucher à cause des douleurs qu'elle éprouvait dans les avant-bras, les genoux, les pieds. De plus elle ne pouvait mouvoir ni bras ni jambes.

Dès le premier jour il se produisit une flexion à angle droit de la jambe droite sur la cuisse et, quelques jours après, le gros orteil g-auche se fléchit. Puis les autres orteils des deux pieds s'infléchirent et la déformation alla en s'accentuant. En même temps se produisit la flexion des doigts des deux mains. Vomissements, arrêt des rèofles.

Actuellement (novembre 1894) l'intellig-ence est normale, il n'existe aucune paralysie dans les membres supérieurs. Les deux pieds sont en varus-équin et cette déformation est plus accentuée à gauche qu'à droite ; les secondes phalanges sont fléchies à angle droit sur les prem'ères, surtout au niveau des gros orteils qui forment une griffe plantaire. Du côté gaU' che, le malade ne peut exécuter que quelques légers mouvements de flexion et d'extension des premières phalanges sur le métatarse, mais le gros orteil est immobile, le pied dans son ensemble ne peut exécuter que quelques mouvements d'extension et de latéralité. A droite immobilité absolue, immobilité des orteils, immobilité du pied. Les mouvements des genoux et des hanches se font normalement.

Les muscles ne se contractent pas sous l'influence du courant électrique. Sensibilité normale. Absence des réflexes.

L'état demeure stationnaire pendant fort longtemps. Six mois après la malade marche mais les pieds se renversent sur leur bord externe et les gros orteils complètement infléchis sous la plante du pied sont une cause de gêne notable.

D'autres fois les symptômes généraux peuvent être si peu marqués qu'ils passent inaperçus et que les troubles névritiques paraissent débuter en pleine santé comme chez l'égoulier dont je parlerai à propos de la polynévrite récidivante (Obs. XVII) ainsi que dans le cas suivant :

Observation II

(Inédite. Service de M. le professeur Bernlieim).

Polynévrite généralisée, en apparence primitive {fatigue, humidité, infection légère ?).

B..., mineur, âgé de 44 ans entre à l'H. G., salle IX, lit 7, le 27 novembre 1899.

Pas d'antécédents héréditaires; femme et enfants bien portants, pas de maladie antérieure; pendant quatre ans dans le Midi buvait trois à quatre litres de vin par jour, mais depuis six ans n'en boit que très rarement. Fait un travail fatigant dans des g-aleries souvent humides.

Depuis sept mois, B... a été surmené par un travail très dur, le i3 novembre il se sentait fatigué, mais ne souffrait pas, et a pu travailler ; le 14 en se levant, il a senti des fourmillements dans les jambes. S'étant malg'ré cela rendu à son chantier, il ne put se mettre au travail « tant les fourmis, dit-il, semblaient le dévorer. » Il revint péniblement chez lui et dut remonter ses escaliers « à quatre pattes » ses jambes n'ayant plus la force de le porter. A ce moment les douleurs devinrent « comme des coups de couteau » dans les mollets et les cous de pied et durèrent ainsi pendant huit jours particulièrement vives au creux poplité.

Le 15 (3'' jour). — Le bras g-auche a été pris : douleur localisée à l'épaule seulement avec fourmillements et lancées identiques aux douleurs des jambes. Seul le bras droit n'a pas été atteint ainsi : « Je le sentais faible, mais je pouvais le remuer ».

Les douleurs ont diminué depuis le 22 novembre, mais les foui^millements persistent. Jusqu'alors Je malade pouvait marcher appuyé sur deux bâtons, mais depuis, il ne peut se

tenir debout, ce qui le décide à se faire amener à l'hôpital.

Etat actuel (28 nov.). — Constitution bonne, léger amaigrissement, teint pâle, apyrexie, intelligence nette, lucidité d'esprit, dort peu, pas de troubles des organes des sens.

Bras gauche. — Pas d'atrophie appréciable des muscles ; le bras est tombant et l'avant-bras en demi flexion ; deltoïde gauche paralysé, pectoral un peu ; le malade ne peut remuer le bras, mais peut ftécliir l'avant-bras d'un mouvement lent, le biceps restant mou; la pronation se fait, la supination est incomplète; ne peut ouvrir la main qu'aux trois quarts, ne peut écarter les doigts, ni les fléchir assez pour saisir le dynamomètre; peut plier le pouce, mais ne peut l'opposer au petit doigt. Sensibilité conservée, douleur légère à la pression de l'épaule.

Bras droit: un peu de faiblesse générale, tous les mouvements sont possibles. Au dynamomètre: 2 seulement.

Membres inférieurs : Pas d'alrophie appréciable, demiflexion dans le lit. Impossibilité de fléchir la cuisse, peut fléchir un peu le genou gauche, pas le droit; peut étendre lentement ses deux genoux ; ébauche les mouvements de flexion et d'extension des orteils. Absence complète de réflexes. Sensibilité normale. Douleur légère à la pression du fronc des sciatiques ; sensation pénible à la pression des masses musculaires. Sur le tibia gauche cal un peu exubérant d'ancienne fracture.

Tronc : Ne peut s'asseoir, mais si on l'assied garde cette position. Diminution générale des excilabilités faradique et galvanique. Exostose à la partie moyenne du sternum, consécutive à un traumatisme. Légère anorexie avec constipation depuis 4 jours seulement (cesse le lendemain); autres appareils normaux.

Le 14 décembre. — Va beaucoup mieux depuis quatre jours ; peut s'asseoir dans son lit aujourd'hui.

Bras gauche: peut le soulever mais non l'étendre complètement ; l'extension de la main est possible quoique incom-

plète ; mouvements du pouce comple'.s; supination complète' dynano mètre : 11.

. Bras droit : peut le lever verticalement ; dynanomèlre : 15.

Jambes : peut remuer les cous de pied et les doig-ts, plier et étendre les deux jambes, les lever au-dessus du plan du lit et les y maintenir un instant ; peut se tenir debout les jambes écartées et faire deux ou trois pas avec appui.

L'amélioration se continue et le malade quitte l'hôpital le 31 décembre ne présentant aucun trouble sensitif, ni moteur et ayant retrouvé toute sa force.

D'autres fois, excès inverse, les symptômes généraux persistent longtemps après que l'infection s'est localisée sur les nerfs périphériques. C'est ce qui s'est produit dans le cas que voici où la polynévrite fut pour ainsi dire la seule localisation d'une septicémie consécutive à une angine.

Observation III

(Inédite. Clinique de M. le professeur agrégé Haushalter).

Angine à Lœffler et streptocoque chez- un èpilepiique ; Polynévrite septicémique.

R... G..., est un enfant lymphatique, àg-é de 4 ans, au début de l'année 1896.

Père 42 ans, journalier, éthylique ; mère 27 ans, piqueuse en chaussures, strumeuse, 4 enfants dont un serait mort du croup à l'âge de 2 ans.

Elevé au sein jusqu'à 8 mois, marche à 16 mois. Roug'eole à 2 ans. Il a fréquemment des convulsions, des crises de 2 à 3 minutes, diurnes ou nocturnes, caractérisées par des mouvements brusques des bras et des contorsions de la face

avec morsure fréquente de la langue. Une période de prostation suit ces crises. En décembre dernier, une aurait duré 3 heures. Les autres enfants ont eu des crises semblables.

Entré à la Maison de Secours pour otite gauche en janvier 1896, il est amené au pavillon des contagieux le matin du 21 février pour une angine avec symptômes de croup. La voix est éteinte, il n'y a pas de fausses membranes dans la gorge mais ua exsudât pultacé contenant des bacUles de Lœffler et des streptocoques très nombreux. Il reçoit deux injections de sérum et les symptômes locaux s'amendent ; la voix reparaît le 25 février, état général meilleur le 26, mais persiste une fièure à grandes oscillations dépassant parfois 40° le soir sans qu'on puisse l'expliquer ni par l'état delà gorge qui est en voie d'amélioration, ni par des signes pulmonaires de bronchite légère (gros râles disséminés, sonorité normale). Pas d'autres localisations. Pendant son séjour aux contagieux plusieurs crises épileptiques.

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Tracé thermique de R... G... (Obs. III)

On le transporte aux service des Enfants le 9 mars; Pabattement est profond, il répond à peine aux questions d'une voix faible. Le pouls est fréquent et dépressible. Aux deux

bases on perçoit quelques râles hu nides surtout marqués à g'auche. Albumine dans l'urine. La T. oscille auLour de 40** Mis dans un bain sinapisé, il ne réag-it pas.

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