INTÉRÊT DE CETTE ÉTUDE
il était nourri, son génie et sa foi ont été ses seules inspirations, ses seuls guides : mais, si ces humbles devanciers de Bossuet n'ont rien fourni à Bossuet luimême, ils ont du moins réformé par leurs leçons l'idée très-fausse que les contemporains, à l'exemple des âges précédents, se faisaient de l'éloquence sacrée : ils ont familiarisé leurs auditeurs avec une forme d'enseignement plus naturelle, plus convenable et plus digne ; et par là ils ont utilement travaillé pour le grand orateur ; ils lui ont en quelque sorte préparé un public capable de le comprendre et tout prêt à l'admirer. Pour apprécier comme il faut le mérite de leur initiative et la valeur du service qu'ils ont rendu, il est nécessaire de se placer d'abord au point d'où ils sont partis eux-mêmes ; il faut aller chercher dans les œuvres oubliées des plus fameux sermonnaires de la fin du xyi6 siècle, ou du commencement du xvne, une idée exacte du triste genre de prédication encore en vogue à cette époque, malgré l'heureux progrès d'élégance sociale et de culture littéraire qui marque le début de l'âge nouveau : ilfaut voir de près où en était la chaire au temps d'un Malherbe, un demi-siècle à peine avant Bossuet, dans quelles stériles réminiscences du passé elle s'attardait, tout ce qu'elle empruntait encore de méthodes vaines, de libertés suspectes, d'ornements
étranges au goût grossier ou à l'art faux des temps antérieurs.
De bonne heure la parole sainte avait dégénéré de celte science profonde et de cette onction pénétrante qui avaient fait sa puissance dans les premiers siècles de l'Église. Dès la fin du vne siècle, aux solides et pathétiques enseignements des Ambroise, des Hilaire, avait succédé une forme d'instruction religieuse toute différente, née du savoir étroit et formaliste, du goût rude et bizarre des temps nouveaux, et l'âge de fer de l'éloquence chrétienne avait commencé.
Un instant l'art et le génie des Pères avaient brillé de nouveau, en partie ressuscites par le grand saint Bernard et ses plus intelligents disciples. Mais cette lumière ne s'était rallumée que pour s'évanouir aussitôt et disparaître dans de plus épaisses ténèbres.
Fénelon, esquissant, au terme d'un livre célèbre, l'histoire de la prédication depuis la décadence de la grande éloquence des Pères jusqu'à son propre temps, avoue que neuf siècles de barbarie ont pesé sur la chaire (1).
(1 ) « C. Mais combien a duré cette fausse éloquence que vous dites qui « succéda à la bonne? — A. Jusqu'à nous; — C. Quoi ! jusqu'à nous ? « — A. Oui, jusqu'à nous, et nous n'en sommes pas encore autant « sortis que nous le croyons. Vous en comprendrez bientôt la raison. « Les barbares qui inondèrent l'empire romain mirent partout l'igno-
Les croyances, cependant, durant la plus grande partie de ce long intervalle, les croyances s'étaient conservées naïves et profondes, et ni l'ardeur du zèle, ni la foi vive dans l'efficacité des divins préceptes n'avaient manqué aux ministres chargés de les répandre. Mais la sincérité des convictions, la profondeur même du sentiment religieux ne suffisent pas pour élever la parole jusqu'à l'éloquence, pour lui donner du moins une vie et une puissance durables, quand les esprits sont incultes encore, ou, ce qui ne vaut pas beaucoup mieux, chargés d'une science indigeste ou puérile, quand les mœurs sont barbares, et que le goût est barbare comme elles.
Trois défauts surtout avaient altéré, durant cette longue enfance des nations modernes, le vrai carac- 'ère de la prédication. La prédication est un enseignement, mais un enseignement affectueux, dont la régularité se doit prêter aux effusions de la charité, et, par conséquent, aux libres mouvements de l'âme. Or cette méthode d'exposition, plus ou moins imitée d'Aristote, aux règles de laquelle la théologie et la philosophie chrétiennes s'étaient assujetties, non contente de régner dans l'école, avait passé dans les chaires, où elle
« rance et le mauvais goût, etc. » Dialogues sur Véloquence, IIIe p. Œuvres, Paris, Lebel, 1823, t. XXI, p. 114.
s'appliquait indifféremment à l'explication du dogme et aux exhortations pratiques de la morale. Le moyen âge, dans son pédantisme naïf, oubliait que raisonner, démontrer en forme, n'est pas la seule manière d'instruire, et que ce n'est pas toujours la meilleure. Epris de cet art logique, legs vénérable des temps anciens, qui le charmait par l'appareil imposant des règles et des formules, qui l'aidait aussi, il faut le dire, à conduire par degrés ses méditations encore lentes et incertaines, il y soumettait avec un égal empressement renseignement destiné à tous et la science réservée à quelques-uns. On divisait et on subdivisait un sermon comme un chapitre de somme théologique. On marchait de proposition en proposition jusqu'à la conclusion, conformément à toutes les règles du sorile. Le sermon tout entier n'était qu'un syllogisme en trois points et en vingt parties. Pour les formes de raisonnement, pour le style même, Pierre Lombard, auteur d'un manuel de théologie rationnelle connu sous le nom de Livre des sentences, et les nombreuses sommes que les xne et xme siècles virent éclore, servaient de modèles autant et beaucoup plus que les Pères grecs ou latins. En un mot, la scolastique, victorieuse de toutes paris, avait envahi l'éloquence elle-même; et, sous son souffle aride, l'éloquence s'était desséchée;
elle avait passé en quelque sorte des formes animées du corps vivant à la triste régularité du squelette. On sait que l'explication des Ecritures, qui est la principale, et même, à le bien prendre, l'unique tâche du prédicateur, se fait de deux manières, suivant que la parole divine s'offre avec l'évidence du sens littéral, ou dans le demi-jour du sens spirituel. Ici l'on approfondit des enseignements déjà clairs et frappants pour tous; là on fait apparaître des vérités plus ou moins cachées sous l'enveloppe du langage figuré. Ce dernier genre d'interprétation a des libertés, comme aussi des difficultés particulières, à cause du droit que possèdent la foi orthodoxe et la piété sincère de chercher et de montrer dans le texte saint des leçons détournées ou voilées, indépendamment des figures que l'Église a pris soin d'expliquer, et qui font partie du dogme luimême. L'écueil de cette recherche est de s'y trop plaire, et de pousser l'investigation des sens mystiques ou pieux au delà de ce que l'instruction des fidèles exige, et de ce que le texte lui-même semble demander ou permettre. Du temps même des Pères, ces limites, de l'aveu de Fénelon, n'avaient pas toujours été respectées : d'illustres maîtres avaient eux-mêmes un peu négligé la lettre pour les allégories, et parfois montré, dans l'éclaircissement de celles-ci, plus d'esprit
et de pieuse imagination que de doctrine solide et utile (1). Mais, après les Pères, ce goût, de plus en plus régnant, s'était développé sans contrainte, presque sans autre règle que l'inspiration et le caprice de chacun. De toutes parts, dans les moindres paroles des livres saints, on voyait des intentions cachées, de secrets rapports, de mystérieux avertissements : on bâtissait sur une analogie douteuse, sur une vague apparence d'allusion, tout un échafaudage de commentaires subtils. Les féconds et salutaires enseignements dont le texte, simplement entendu, fournissait la matière, étaient abandonnés pour ces trouvailles ingénieuses, souvent bizarres, d'une exégèse raffinée. L'Écriture, entre les mains de ces singuliers prédicateurs, était comme une espèce de chiffre, dont chaque signe contenait un sens à découvrir, une énigme à deviner. L'un d'eux rencontrait-il ces paroles de l'ange aux saintes femmes: « Jesum quœritis Nazarenum ? Vous cherchez Jésus de Nazareth ? » il appliquait à ses auditeurs la question prise au sens moral, et leur conseillait, pour trouver Jésus, c'est-à-dire, pour lui ressembler, de se faire eux-mêmes Nazaréens : remarquant entre la loi
(1) V. Fénelon, Dialogues sur l'éloquence, IIIe p. Œuvres, Paris, Lebel, 1823, t. XXI, p. 117. — Fleury, Discours sur V histoire ecclésiastique, Paris, 1743 : Ve Discours.
des Nazaréens et certaines obligations de la vie chrétienne, de merveilleuses analogies, très-inattendues à coup sûr, retrouvant, par exemple, sous la défense faite aux Nazaréens d'entrer indifféremment chez tous les morts, le devoir imposé aux chrétiens d'éviter certains morts, c'est-à-dire les pécheurs adonnés aux œuvres de mort, qui vacant operibus mortuis, etc., etc. (1). Un autre rappelait-il la prophétie d'Ezéehiel : Germinet terra herbam virentem, il s'émerveillait du choix de l'image, et faisait sérieusement admirer à ses auditeurs une nouvelle convenance et comme un étonnant rapport de plus entre l'expression figurée et l'événement prophétisé ; la couleur de l'herbe, le vert, étant, disait-il, une couleur douce, moyenne, prodiguée par la nature, qui ne se plaît pas aux extrêmes, et le Messie étant le moyen terme entre l'extrême clarté de l'essence divine et l'obscurité où la nature humaine est plongée (2). Pour un autre, cet objet que, dans le récit de Josué, l'humble femme de Jéricho attache à sa demeure, comme un signe de salut, pour la faire recon-
(1) Albert le Grand, Sermones de tempore, Opéra, Lyon, 4651, t. XII, p. 70.
(2) Jacques de Voragine, archevêque de Gênes, 'mort en 1292. Sermones quadragesimales, Paris, 1518, gothique, in-1 2, Sabbato primœ hebdomadis, sermo I.
naître et respecter des vainqueurs au milieu du sac de la ville, ce cordon couleur de feu qu'elle suspend à son toit, symbolisait la charité elle-même, parce que la charité est de feu, et qu'elle est la corde qui nous tire jusqu'au port du salut éternel (1). Ainsi s'ébattait dans la chaire en mille révélations bizarres, en tours de force d'interprétation dp toute espèce, le mystique et subtil génie du moyen âge. Sans doute, il y avait dans ce travail étrange , qui nous étonne et parfois nous choque, il y avait l'involontaire élan, l'ardeur un peu visionnaire d'une foi passionnée, le pieux besoin de voir la pensée divine se refléter jusque dans les moindres parties du livre inspiré par elle, et de trouver à chaque ligne, sous chaque mot, des motifs de consolation ou d'espoir : il y avait aussi ce goût, cette manie de conceptions symboliques propre aux peuples enfants, et, tout à la fois, cette curiosité pédantesque, cette subtilité de scoliaste, qui, dans les sociétés tardivement for- "mées et compliquées, comme celle du moyen âge, s'associent plus aisément qu'on ne croit à la crédulité des imaginations et à la naïveté des mœurs.
Par un autre contraste non moins remarquable, cette gravité d'esprit et d'habitudes, cette retenue de
(1) Saint Bonaventure, Venise, \ 755, t. X, p. 278; In die Penteçpstes, sermo H.
langage qu'on prête naturellement aux époques où domine la pensée religieuse, manquaient au moyen âge, ou ne s'y montraient qu'accidentellement, comme un trait de physionomie fugitif et souvent éclipsé. Avec sa foi confiante et soumise, avec sa pieuse mysticité, le génie de ce temps gardait un fond d'humeur malicieuse et libre, un vivace instinct de moquerie : dans ce monde attristé par l'inquiète attente delà vie future, et docilement incliné aux pieds de l'autorité religieuse, s'agitait un esprit facétieux, railleur même, d'autant moins réservé, d'autant plus prompt à passer les limites, ou à se produire hors de propos, que ni l'instinct des convenances, ni la crainte du scandale, sentiments à peu près étrangers à une société aussi naïve et aussi rude, n'étaient là pour le refouler ou le contraindre. Cet esprit n'éclatait pas seulement dans les disputes et dans les jeux du siècle : il trouvait place jusque dans les manifestations de la vie religieuse elle-même; il transformait à certains jours les céré- monies du culte en représentations divertissantes : il égayait de ses folâtres caprices la sévère architecture des cathédrales; il se jouait dans les divers genres de littérature sacrée : de bonne heure, et bien avant les Menot et les Maillard, de bouffonne mémoire, il avait pénétré et s'était comme installé dans la prédication.
Dès le xine siècle, l'usage des comparaisons burlesques, des paraboles empruntées aux plus vulgaires détails de la vie réelle, des histoires morales débitées avec la liberté et la verve satirique du conte ou du fabliau, s'était introduit dans la chaire. Aux instructions dogmatiques les plus sèches, aux explications mystiques les plus recherchées, succédaient tout à coup des traits familiers, des applications populaires du goût le plus trivial, fort propres à réveiller l'auditoire, moins peut-être à édifier sa piété. C'était le temps où un prédicateur s'attirait l'applaudissement universel en exposant sous l'emblème d'un traitement médical décrit avec une incroyable exactitude de détails techniques, les opérations salutaires de la grâce divine au sein des âmes (1). Qui pourrait dire par quelles comparaisons un autre faisait ressortir, dans le drame san-
('I) Vincent Ferricr, XIVe sermon pour le 47e dimanche après la Trinité. V. les trois points de la parabole qui se rapportent aux opérations du médecin per vomitum, per cauterium, et per clystere (ni, vi et vu). Sermonum de lempore pars cestivalis, Paris, sans date, gothique, in-42. Saint Vincent Ferrier appartient à la seconde moitié du XIVe siècle : mais ce style était en usage dès le siècle précédent. F.Dante, Paradis, ch. xxix, v. 4 4 5.— Bail, Sapientia foris prœdicans, t. II, p. 423, Notice sur les sermons d'Odon, chancelier de TUniversité de Paris. — Histoire littéraire de la France, t. XXI, article de M. P. Paris sur un recueil de sermons manuscrits du xme siècle, p. 346 et 317.
glant de la passion, la cruauté des bourreaux et les souffrances de la victime (1) ? où trouver dans les chroniqueurs et les trouvères des tableaux de mœurs plus fidèles, plus hardis, plus railleurs que les revues des vices du temps crayonnées en chaire par certains prédicateurs sortis des ordres monastiques ou des plus humbles rangs du clergé (2)? C'est par les moines surtout, c'est par la milice ecclésiastique inférieure, plus voisine du peuple, animée d'un esprit plus remuant et plus libre, que s'était propagée celte familiarité audacieuse du sermon, ce mélange de sérieux et
(1) Isti pessimi Judœi fecerunt de Salvatore nostro,sicut faciunt hommes de capone assato : primo depilant eum, postea ponuntin veru, et tandem perforant eum de cultello, ut probcnt si bene sit coctus, an non : sic fecerunt isti pessimi Jud?ei Salvatori nostro : exspoliaverunt eum, nudum affixerunt cruci clavis ferreis, exposuerunt fervori solis, et tandem, ut probarent eum, si bene coctus esset, lancea perforaverunt latus ejus, et tune exivit pinguedo gratiœ, scilicet sanguis et aqua de latere. » Jacques de Lausanne, Sermones dominicales et festivales, gothique, in-12, 1523, De Passione Domini,p. xcni. L'auteur du curieux pamphlet contre les dominicains, mis à l'index en 1662, trouve la comparaison incomplète : « Euge, bone, » dit-il à l'évoque de Lausanne, « cur prœtcrmisisti citreum, cujus succo per compressionem affuso, capo melius saperet? Poteras sane œque acetum inmali citrei succum mutare. » De immunitatc auctorum cyriacorum a censura (par Théophile Raymond, jésuite), § 84.
(2) J.Thauler, Sermones tamdetempore quamdeSanctis. Cologne, 1515, f° p. xxxvn. — G. Barelette, Sermones tam quadragesimales quam de Sanctis. Rouen, 1515, gothique, in-12 , t. I, p. lviii, lxxvii ; t. II, p. xix.
de bouffonnerie, si nouveau dans la chaire chrétienne. Souvent ces obscurs missionnaires entraînaient sur leurs pas des foules immenses : la place manquant dans les temples, ils prenaient pour théâtre le carrefour voisin ou le cimetière ; la multitude suspendue à leurs lèvres riait, pleurait tour à tour; souvent le même sermon qui avait provoqué les plus vives explosions de gaîté, était suivi de scènes de repentir, de manifestations publiques de contrition et de ferveur. Sans doute, ces brusques contrastes de ton et de langage, ce mélange même de malice triviale et de terreur religieuse, de licence et de sévérité, donnaient prise à l'orateur sur son grossier auditoire ; et le burlesque même avait, si l'on veut, son éloquence. Cependant de telles libertés n'en ravalaient pas moins le grave et austère génie de l'éloquence religieuse, et pouvaient passer à bon droit aux yeux des sages pour une nouveauté suspecte, un moyen d'action équivoque et compromettant. Sur le rivage d'Hippone, aux murs d'Arles ou d'Alexandrie, les Pères s'adressaient aussi à des multitudes grossières, mais ils savaient descendre jusqu'à elles sans s'abaisser à leur niveau : leur parole unissait sans effort la paternelle simplicité du pasteur et la noble réserve du pontife, la vivacité familière de l'orateur et la sainte tristesse du chrétien.
Ainsi, tout en continuant à s'inspirer de croyances énergiques et vivantes, et sans rien perdre de sa popularité, la prédication avait pourtant délaissé, au moyen âge, les plus pures et les meilleures traditions de la parole chrétienne. En se façonnant trop complaisamment à l'image des temps nouveaux; en empruntant aux écoles le vain luxe de leurs divisions et de leurs formules; à l'érudition mystique, ses subtiles explications des textes saints; au génie satirique, à l'humeur grotesque du temps, leurs indécentes saillies, elle avait altéré sa beauté première et restreint son rôle à une influence toute contemporaine et tout actuelle : elle s'était condamnée à ne vivre que d'une vie éphémère, et à disparaître sans laisser d'elle-même aucun monument durable. Peut-être même avait-elle sacrifié pour le présent une partie de sa puissance, et failli à l'un de ses devoirs, s'il est vrai que la tâche du prédicateur n'est pas accomplie tout entière, quand il a su réveiller le sentiment religieux dans les âmes, et qu'il lui reste encore à l'éclairer, à l'épurer et à l'ennoblir.
Sortons du moyen âge; entrons dans l'époque mémorable marquée par la renaissance des études classiques et par le premier développement des littératures modernes; transportons-nous à ce moment du xvic siècle, où déjà, à l'école des plus beaux génies de
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l'antiquité, pieusement exhumés, étudiés par tous avec ardeur, s'étaient transformés en partie les idées, le goût, les mœurs mêmes. Quel avait été sur la littérature sacrée le contre-coup de cette révolution intellectuelle? de quel nouveau caractère s'était empreint le langage de la prédication sous l'influence des nouvelles études, du goût nouveau? dans quelle mesure avait-elle subi cette influence, et qu'y avait-elle perdu ou gagné?
Cet enthousiasme pour l'antiquité, qui devait être si fécond dans la suite, avait eu d'abord ses excès et ses travers. Comme tout autre enthousiasme, il avait été, au début, plus vif qu'éclairé, plus généreux qu'intelligent. La grandeur merveilleuse, la beauté ravissante de ces chefs d'œuvre tout à coup retrouvés, après tant de siècles d'oubli, avaient produit d'abord une espèce d'éblouissement, une sorte d'ivresse, qui ne laissait place ni à l'examen réfléchi, ni à l'imitation intelligente et libre. Dans la première émotion delà découverte, aisément l'esprit moderne s'était épris du passe au point de dédaigner et de perdre de vue le présent, et de méconnaître lui-même sa fécondité propre et ses ressources originales. L'admiration avait tourné à l'adoration exclusive et servile, l'étude fervente au plagiat. Au lieu de chercher surtout dans les ouvrages des anciens
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un riche fonds de vérités éternelles et des leçons excellentes d'art et de goût, on s'en était emparé pour les copier, pour y dérober les formes mêmes de la pensée, souvent même les plus particulières et les plus fortement empreintes du génie indigène et des mœurs locales, pour mettre enfin au pillage la langue ellemême, et charger sans façon de mots grecs et latins les idiomes modernes, au risque de les défigurer par ces importations violentes. Ainsi la renaissance, tout en détruisant les vieilles superstitions de l'école, avait ellemême créé une superstition d'un autre genre : tout en sollicitant fortement l'activité des esprits, elle leur avait elle-même apporté de nouvelles entraves.
La littérature religieuse, expression de sentiments et de principes en grande partie étrangers ou même hostiles à l'antiquité païenne, aurait dû être préservée par son esprit même, et par sa tradition particulière, de ces erreurs du goût classique renaissant et de ce pédantisme d'érudition profane. Elle-même y avait payé tribut, cependant. Ébloui comme tout le monde par l'éclat de ces chefs-d'œuvre qui attiraient tous les regards, intimement associé d'ailleurs, en raison de sa primauté intellectuelle, aux travaux et aux conquêtes littéraires du temps, et mêlé ainsi à toutes les émotions de la renaissance, le clergé avait suivi les entraîne-
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ments du goût public, et cédé au torrent de la mode ; et la prédication, comme les autres genres d'éloquence, avait revêtu la livrée bigarrée de l'imitation érudite.
Les sermons s'étaient remplis de pensées et de maximes d'auteurs anciens cousus à la morale des Pères, ou faisant cortège aux citations des livres saints (1). Poètes, philosophes, orateurs, historiens, politiques, l'antiquité tout entière avait fait irruption dans la chaire. En même temps que la sagesse des païens était sans cesse invoquée dans l'enseignement sacré, leur histoire venait s'y mêler à tout propos. Aux récits édifiants puisés dans la Bible, dans la vie des saints, ou dans les légendes, se joignaient une foule de traits mémorables, d'exemples moraux, tirés des annales ou des chroniques grecques ou latines, souvent exposés avec détail, et curieusement narrés. De tels
(1) Il y avait eu plus d'un exemple de ce mélange dans les âges précédents. V. Histoire littéraire de laFrance, t. IX, p. 182 ; t. XVI, p. 425 et 433 ; t. XX, p. 64, article de M. V. Le Clerc sur Nicolas de Hanapes, contenant de curieuses remarques sur la popularité de Valère Maxime dans les écoles du XIIe siècle; t. XXI, article du même sur Robert de Wimi, p. 470. Les prédicateurs du moyen âge ne s'interdisaient nullement les emprunts aux auteurs païens; mais, soit pieux scrupule, soit plutôt défaut de familiarité avec les littératures anciennes, ils en usèrent plus sobrement que ceux de la Renaissance. Ce fut surtout à partir du xvic siècle, ou de la fin du XVe, que l'érudition profane déborda dans la chaire.
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souvenirs, d'abord admis avec quelque choix, comme supplément d'instruction morale, ou en manière de parallèle destiné à faire ressortir la supériorité des vertus inspirées par la foi, s'étaient ensuite et promptement multipliés par complaisance pour la frivolité d'un auditoire curieux de récits et de contrastes, et par vain étalage de savoir. Ainsi orné par l'érudition du prédicateur, le sermon tout entier formait comme une longue et confuse galerie où se rencontraient, se heurtaient les noms les plus divers, les autorités les plus disparates. Qu'on se représente un pêle-mêle de citations et d'exemples où. Martial donnait la réplique à Job, Aristote à Tertullien, où Mucius Scévola figurait à côté de saint Etienne, Phocion en regard de saint Paul, et même, faut -il le dire? Régulus auprès' du Christ î 11 n'était pas jusqu'à ces comparaisons sensibles, jusqu'à ces similitudes naturelles, dont on s'aidait alors si volontiers pour faire pénétrer dans les esprits les idées abstraites de la morale ou du dogme, qui ne fussent laborieusement cherchées dans la science des anciens : on les lirait d'un phénomène rare et curieux décrit par Aristote ou Pline; on les demandait aux Histoires variées d'Élien, à la géographie de Slrabon, à l'astronomie de Ptolémée. La pierre de jaspe, « pour ce qu'elle a la vertu d'escarter les serpents, »
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servait à figurer l'autorité de l'Église fatale aux hérétiques; les sept dons du Saint-Esprit étaient représentés par les sept bouches du Nil; les vertus, par les signes du zodiaque, etc. Au contact des orateurs anciens, la langue du sermon était devenue moins rude, plus souple, plus abondante; mais, trop jalouse de leur ressembler, elle s'étudiait aux phrases nombreuses, aux périodes cadencées, se chargeait de figures oratoires, s'affublait d'ambitieux latinismes, et ne réussissait le plus souvent qu'à parodier ses modèles dans un jargon emphatique, plein de redondances.
En somme donc, cette époque n'avait amené aucun perfectionnement, aucun progrès réel pour la chaire. De nouvelles modes, le nouveau tour d'esprit d'une société, en partie différente, avaient donné naissance à de nouvelles formes aussi peu dignes de l'enseignement chrétien : encore même faut-il reconnaître que les anciens défauts de la chaire n'avaient pas entièrement cédé la place aux nouveaux. Sous cette enflure de langage, sous cet étalage de science profane, l'aride logique du moyen âge allait son train, divisant et subdivisant, déroulant sans fin ses lentes et subtiles déductions. Le pédantisme de l'érudition n'excluait pas le pédantisme de la dialectique : le style, plus libre, plus orné, avait en partie rejeté les vieilles formules :
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au fond, la méthode scolastique gardait son empire. L'explication de l'Écriture, trop fidèle au symbolisme raffiné du moyen âge, abondait toujours en études subtiles du sens caché, en interprétations sophistiquées, en applications forcées et bizarres. Enfin les fleurs du style cicéronien et l'emphase à la mode n'empêchaient pas de fréquents retours du langage trivial et grotesque tant applaudi jadis. L'éloquence populaire des moines prêcheurs reparaissait avec ses familiarités bouffonnes, avec son audace satirique encore enhardie par les passions du temps, et rendue factieuse par la fièvre des luttes religieuses et civiles. Ainsi l'époque nouvelle n'avait fait qu'ajouter ses propres travers à ceux des âges précédents, dont elle gardait fidèlement L'héritage (1).
Pourtant, la nécessité d'une réforme avait été haute-
(1) T. les sermons du dominicain Guillaume Pcpin, Paris, 153G; les homélies de Févêque Pontus deThiard, Paris, 158c; les dialogues du cordelier Feuardcnt, Paris. 1385; lessermonsdu cordclierHylaret, Paris, 1337; ceux du prieur des cilesiins, Crespel, Anvers, !394. Au début de son traité De l'éloquence française, publié en 1594, Du Vair signale les premières lueurs d'éloquence qui ont brillé au barreau et dans les affaires depuis la renaissance des lettres : « Quant à cette « autre éloquence,» dit-il, « qui habite les chaires publiques, qui « devroit estre la plus parfaietc, tant par la dignité de son subject « que pour le grand loisir et liberté de ceux qui la traittent, elle est « demeurée si basse, que je n'ay rien à en dire. »
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ment signalée. Non-seulement les docteurs du protestantisme, attentifs à découvrir dans le camp ennemi toutes les faiblesses, tous les abus, avaient dénoncé comme scandaleuses ces singularités et ces licences de la prédication ; mais, dans le monde, en debors des luttes tbéologiques, les honnêtes gens avaient ri avec Érasme de ces déclamations de collège, de ces homélies de carrefour, dont l'ingénieux philosophe leur offrait de si piquantes parodies (1). Enfin l'Église ellemême, avertie du péril, avait, soit par les actes de ses conciles, soit par les remontrances de ses plus illustres pontifes et de ses plus saints docteurs, rappelé les prédicateurs aux fortes études, à la gravité du sacerdoce, à la simplicité du langage chrétien (2). Mais ces critiques et ces leçons s'étaient perdues au milieu des mille bruits
(1) Morue encomium, Bâle, 1522, p. 296. — Ecclesiastcs, sive de ratione concionandi, Bàlc, 4535, p. 744 etsuiv.
(2) Actes des conciles de Cologne, 153G; de Trêves, 1549; de Trente, 1 562.— Pie V, Lettres, Anvers, 1 640, p. 34, 94, 1 8 1 .- Cl. d'Espence, Scrmo synodalis de officio pastorum, Paris, 1 562. — Louis de Grenade, Rhetorica ecclesiastica, Cologne, 1578, pars sexta. — Saint Charles Borromée, Acta ecclesiœ mediolanensis, Milan, 1599, pars quarta. « Instructioncs prsedicationisverbi Bci. — Ne sacram Seripturam ad suos sensus contorqueat concionator. — Ethnicorum doctrinam, poelarum versus, philosophorum disciplinas, quœ rcligioni christianae non aliéna?, sed accommodaîœ videntur, ad utilitatem et usum revocari sancti doctores, Augustinus, Hieronymus aliique censuerunt : sed concionator hoc facial rarissime. — Né facetias ridiculave
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et des agitations incessantes de cette époque tumultueuse, et la réforme appelée par la raison des sages était restée à l'état de vœu et de projet : ce n'était pas au xvr siècle qu'était réservé l'honneur de l'accomplir.
Le xvne siècle naissant trouva donc l'éloquence religieuse déformée et gâtée, plus peut-être qu'elle ne l'avait jamais été, par le faux goût et le faux savoir, et tout à fait dégénérée de ses antiques et purs modèles. L'historien de la chaire au xvne siècle se trouve d'abord en présence d'une décadence aggravée par de récents désordres et arrivée à son dernier terme.
Cette assertion, nouvelle peut-être à certains égards, a besoin d'être justifiée par des preuves positives. Ici, d'ailleurs, commence le sujet propre de cette étude.
Veut-on savoir ce qu'était le sermon au milieu du règne de Henri IV, dans les premières années du grand
dicta affejat. — Anicularum ne adhibeat proverbia. — Elocutionisgenus exquisilum ne affectet. — Epithetorum nimium usum et poeticum dicendi genus ne consectetur. » — Enfin le saint archevêque reprouvait la mode des similitudes extraordinaires, cherchées trop loin ou trop bas ; mais la mode était si forte, qu'un jour, un jour de Pâques, un prédicateur milanais osa dire au peuple en présence de saint Charles lui-même : «Mes frères, vous avez un prélat très-saint : il est « comme l'œuf de Pâques, il est rouge, il est béni ; mais il est vrai qu'il « est un peu dur. — Havete un prelato santissimo : e corne Tuovo « di Pascha, rosso, benedetto : ma e vero ch1 e un poco duretto. » Bouhours, Manière de bien penser, Paris, 1696, p. 167.
siècle, moins de soixante ans avant les débuts de Bossuet ? Voici, par exemple, dans quel goût on prêchait sur la passion.
L'orateur ne sachant comment trouver des paroles qui répondent à l'affliction des âmes en ce triste jour, compare son embarras à celui qu'éprouva le célèbre artiste Timanthe, lorsqu'il voulut représenter la douleur d'Agamemnon sur la toile où il peignait le sacrifice d'Iphigénie. Que ne peut- il, à l'exemple du peintre grec, jeter un voile, tirer un rideau, et se dispenser ainsi d'exprimer « ce qui ne peut se rendre par pa- « rôles ! »
Puis il rappelle et passe en revue divers événements de l'histoire sacrée ou profane qui ont été le sujet d'une douleur immense, extraordinaire, pour conclure que nulle affliction n'est comparable à celle qui règne ou devrait régner aujourd'hui parmi les chrétiens.
Premier exemple : David et le peuple juif en larmes aux obsèques d'Abner.
Deuxième exemple : Jacob déchirant ses habits à la vue du vêtement sanglant de « son petit mignon Jo- « seph. »
Troisième exemple : Les amis de Job stupéfaits de douleur au spectacle de ses misères.
Quatrième exemple : Les Romains furieux de douleur aux funérailles de Jules-César. Voici le texte môme de ce dernier article : « Antonius, capitaine ro- « main, après le massacre et cruel assassinat de Jules- « César, traînant par la ville sa robe et la montrant « au peuple, excita si fort tous les citoyens romains, « que, prenant les armes, il les arracha de leurs mai- « sons, et les mit aux champs, résolus de venger un « forfait si signalé et de faire courir fortune à Cassius « et à Brutus, qui estoient les homicides. Las! An- « tonius. ce que vous avez faict autrefois à un peuple « romain, je le dois faire aujourd'huy à un peuple « chrestien ; je m'en vay leur monstrer, non pas la <c chemise d'un César, mais la sacrée humanité d'un « Jésus-Christ, toute couverte de sang, toute pleine « de playes; auray-je donc ce bonheur de les pouce voir animer, de les pouvoir armer, pour tirer une « vengeance remarquable des péchés qui en sont par- « ricides?... »
Pour achever son exorde, l'orateur se place en face de la croix, et s'écrie : « Attendue et viclete: considé- « rez toutes les parties de ce pauvre corps, envisagez u tous ses membres. 0 triste spectacle! Ce ne sont « qu'épines en sa teste, que larmes aux yeux, que « crachats au visage, que cordes au col, que lances
« aux costez, que doux aux mains, el verges sur ses « épaules. Mesurez toutes ses dimensions , et vous « trouverez des passions sans mesure. Pour la lon- « gueur, il endure tout de son long (a planta pedisus- « que ad verticem non est sanitas in eo), depuis la teste « jusques aux pieds tout trempé dans les douleurs. « Voyons la largeur : Dinumeraverunt omnia ossa mea : « les tourments ont rompu , moulu ou attaqué sans « rompre jusques aux plus petits os. Faut-il parler de « la profondeur? Lancea latus ejus aperuit: les lances « et les fers ont sondé le fond de sa poitrine, etc. »
Ce sermon est fort long, et je n'ai garde de vouloir suivre l'auteur jusqu'au bout. Je me bornerai à joindre aux citations déjà faites une analyse courte, mais fidèle, du premier point, dont le sujet est la veillée du Sauveur dans le jardin des Olives.
Le prédicateur s'arrête sur ce mot in hortum, où il croit voir une moralité emblématique. Comment cela? Souvenez-vous, nous dil-il, qu'Adam se perdit dans le jardin du paradis terrestre; que Suzanne pensa perdre son honneur dans un jardin ; Jésus sera trahi aujourd'hui dans un jardin : image des vicissitudes de la vie humaine, où la mauvaise fortune nous surprend au milieu des prospérités et des délices.
Il représente ensuite sous la figure du passereau so«
iitaire des psaumes (1), l'isolement et la douleur de l'Homme-Dieu disant : « Mon âme est triste jusqu'à la mort. » S'arrêtanl sur ces mots, il recherche et distingue les causes diverses de cette douleur; il insiste sur une de ces causes, la crainte de la mort, l'horreur de la mort. Il remarque que, de toutes les craintes, c'est la plus naturelle et la plus forte : Aristote l'a dit, « De toutes les choses qu'on redoute la plus redoutable « et la plus redoutée, c'est la mort : » et il justifie cette parole par des exemples qui forment autant de petits récits. C'est le vieil Hilarion, qui, à soixante-dix ans, après sa longue pénitence, craint de mourir : c'est l'orgueilleux Balthazar qui se meurt d'épouvante àla vue du signe fatal tracé par la main mystérieuse ; c'est Xerxès pleurant à la vue de son immense armée, parce qu'il a songé que de tant d'hommes, dans cent ans, il n'y en aurait « pas un plus en vie. » Ce dernier exemple est le plus développé de tous : c'est une page d'Hérodote, traduite et insérée dans le sermon.
(I) En quels termes! « Ames solitaires, voicy maintenant ce passer « solitaire duquel a prophétisé David : Vigilavi, et factus sum sicut « passer solitarius in tecto. Voilà ce bel oyseau, qui n'aime que les « déserts, qui chante, qui gazouille, qui rossignole, qui fait une mu- « sique de prières. Les soupirs servent de basse; les cris de supe- « rius, les larmes de ténor, les oraisons d'aute-contre : l'amour de « nostre rédemption tient la mesure. »
m SERMON DE L'AN 4 602. 43
Le Sauveur, revenant à ses apôtres et les trouvant endormis, les réveille en leur disant: Veillez et priez. Grande leçon, dont le prédicateur fait une application particulière aux héritiers des apôtres, aux évêques, aux prélats. Veillez et priez, leur dit-il. Mais, au lieu de creuser cette morale, il retombe dans ses exemples et ses emblèmes. Il faut veiller comme cette verge vue par Jérémie, qui faisait sentinelle et ne dormait jamais; comme les bêles de la vision d'Ezéchiel, qui avaient des yeux de tous côtés; comme le lion qui, dit-on, dort toujours les yeux ouverts; il faut veiller comme ce grand Carthaginois Annibal, qui ne se coucha point de toute une campagne; comme César-Auguste, qui, à force de veilles et de travaux nocturnes, avait perdu l'usage et le besoin du sommeil, etc., etc.
J'abrège et je finis. La visite de l'ange (saint Luc, xxn, § 5, v. 43), est mise en scène par le prédicateur : le céleste messager prend la parole, et, pour exhorter la victime au sacrifice, débite une longue suite de prophéties mystérieuses prises de la Genèse ou du Deutéronome : « La loy », dit-il, « a eu une génisse « rousse qu'on sacrifioit hors des armées, et qui sanc- « tifioit les hommes de ses cendres. Ce sera demain « qu'on verra au jour ce beau mystère; car la génisse « de vostre sacrée humanité, toute rousse de charité,