‹ Des predicateurs du XVIIe siecle avant Bossuet (volume 3)Chapitre 5 sur 11 · PIERRE DE BESSE · texte numérisé non relu

PIERRE DE BESSE

et comme écrivain. Ce sermon de la Passion fait partie du carême qu'il prêcha en 1602, à Paris, clans l'église de Saint-Séverin, devant une brillante assemblée, que présidait le jeune prince de Condé (1). Ce carême, qui en peu de temps, de 1602 à 1606, eut jusqu'à cinq éditions (2), valut à son auteur la charge d'aumônier de la maison de Condé et de prédicateur ordinaire du prince. Plus tard, ayant prêché avec un succès égal devant la cour, Pierre de Besse échangea ce titre contre celui de prédicateur du Roi. Les nombreux recueils de ses sermons se répandirent dans toute la France et passèrent même la frontière. On les traduisit en Italie, en Espagne, en Allemagne ; on les contrefit à Cambray, à Douai, et en d'autres villes des Pays-Bas (3), où ce genre d'industrie était dès lors florissant. Lui-même, dans ses préfaces, se plaint amèrement du vol fait à ses libraires, et surtout des négligences et infidélités de la reproduction. « Juge, lec-

(1) Alors âgé de quatorze ans : père du grand Condé.

(2; V. l'avertissement de la cinquième : Premières conceptions théologiques pour le carême, dédiées à monseigneur le Prince, Paris, 1606.

(3) Y. le privilège placé à la fin du second tome du recueil intitulé : Conceptions théologiques sur tous les dimanches de Vannée, preschées en divers lieux, Paris, 1609; et l'avis au lecteur mis en tête des Conceptions théologiques sur toutes les (estes des saints, Paris, 1618.

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« teur, » dit-il, « si ce n'est point un grand crève-cœur « de voir mon ouvrage contrefaict, mes estoffes dé- « chirées, mes discours mis en lambeaux... les beaux « caractères de Paris changés en meschantes petites « lettres, le lin papier en brouillats, la nette correction « de mon imprimeur en fautes, fatras, pietreries et « besongnes de village, bref les tableaux de couleurs « vifves et naifves en paisages communs et peinctures « de Flandres... L'affliction m'est grande de voir mon « travail si mal employé, etc. »

Rien ne manqua donc au succès de Pierre de Besse, et l'on comprend qu'il ait pu lui-même prendre au sérieux et mettre naïvement en montre sur les premiers feuillets de ses livres les quatrains et sonnets hyperboliques qui coururent à sa louange. On lui dit dans un de ces sonnets :

Abisme de savoir, thrésor inespuisable, Esprit fécond, subtil, riche en inventions, Qui eust jamais pensé tant de conceptions Pouvoir naistre d'un cœur mortel et périssable?

Le ciel n'a tant de feux, ni la terre de sable, L'air tant d'oiseaux vollans, la mer tant de poissons, Le printemps tant de fleurs, l'automne de moissons, Comme do traicts divers ton œuvre est admirable.

Voicy de quoy remplir le cœur, l'esprit, les yeux Des dévots, des subtils et des plus curieux ; La seule voix défaut pour tonner aux oreilles :

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