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Des prédicateurs du XVIIe siècle avant Bossuet

Cest de nos jours seulement^ c'est grâce au fécond mouvement d'idées qui, depuis un demisiècle, a renouvelé la méthode et élargi le champ de la critique et de l'histoire littéraires, qu'on a commencé à étudier, comme se rattachante plus d'un titre à notre littérature nationale, et en faisant partie, les monuments de la chaire française antérieurs, de près ou de loin, à l'âge glorieux de Bossuet et de Fénelon.

Au commencement de ce siècle, le lettré ou le chrétien, curieux de savoir par quels chemins ce genre d'éloquence avait passé chez nous avant d'atteindre sa perfection Ja plus haute, quels styles, quels goûts divers avaient régné dans la chaire parmi nos ancêtres barbares ou à demi

polis, ne trouvait, pour s'éclairer sur cette intéressante question, qu'un petit nombre de travaux superficiels ou sèchement érudits, tels que la Sapientia foris prœdicans du docteur Bail [\ 666), recueil de brèves notices biographique suivies d'insignifiantes analyses de sermons; la maigre et vague Histoire de la prédication du capucin Romain Joly (4767); le i^eiii Dictionnaire des prédicateurs de Tabbé Albert [\ 756) ; et quelques notices éparses dans V Histoire litté-raire des Bénédictins, interrompue depuis Tannée 4765, et dont les derniers volumes ne dépassaient pas la fin du xu^ siècle.

L'obscurité dans laquelle ces insuffisants travaux laissaient toute cette partie de nos annales littéraires, est aujourd'hui à peu près dissipée. Si l'on attend'tou jours qu'une main savante nous déroule en un seul ouvrage l'histoire approfondie et complète des transformations successives de la parole religieuse dans notre pays, depuis les ' premiers scolastique^ jusqu'à Bossuet, du moins des études partielles bien faites, d'exactes et substantielles monographies ont éclairé d'une vive

lumière plusieurs points de ce vaste sujet (4). Ainsi se prépare peu à peu, et devient plus facile la tâche du futur historien de la chaire. Déjà ces points éclairés commencent à former une chaîne, un ensemble, et Ton peut, en les parcourant, saisir d'avance les grandes masses et entrevoir les principales lignes de Tœuvre générale qu'on attend.

Jusqu'ici, cependant, tout un âge de cette histoire^ le plus récent, et non pas le moins digne d'attention, est resté dansTombre. Tandis qu'une érudite et pieuse curiosité recherchait les productions les plus remarquables de la chaire du moyen âge, ou de celle du xvi* siècle, et s'atta-

(4) Géruzez, Êttulesur saint Bernard^ Essais d'histoire littéraire^ Paris, 4839. — P. Goux, De sancti Thomœ sermonibus^ Paris, 4856. — Histoire littéraire de la France^ t. XVI-XXIII, articles de MM. Daunou, J. V. Le Clerc, P. Paris, sur divers prédicateurs du xiii« siècle ; l. XXIV, Discours sur Vétat des lettres au xiv« siècle^ par M. h V- Le Clerc, p. 363-384. — L. Moland, Origines littéraires de la France, III* partie, La Prédication^ Paris, 4862. — A. SchaefTer, Un prédicateur catholique au XV* siècle^ Paris, 4 862. — Géruzez, fftsrotre de Véloquence en France^ cours de 4836-37, 5*, 6* et 25* leçons. — Ch. Labitte, MichelMenot^ Études littéraires^ 1. 1, p. 264. — Antony M eray. Les libres prêcheurs devanciers de Luther et de Rabelais^ Paris, 4860. — Lenient, La Satire en France au moyen âge^ 4859, ch. III. — Ch. Labitte, Les prédicateurs de la Ligue^ 4 844 .

chait à e» marquer les principaiix caractères^ un oobli séculaire coutinuaità peser sur les gênérations d'orateurs chrétiens qui se sont succédé depuis la paix religieuse de la fin du nYt siècle, jusqu'à l'apparition de Bossuet (4598-4697)« Même aujourd'hui^ cette période de transition^ marquée par des essais qui ne furent nullement stériles^ n'est pas beaucoup mieux connue qu'au temps ou l'abbé Lambert^ dans la préface de ses notices sur les principaux orateurs religieux du règne de Louis XIV, écrivait, très-faussemeBt, comme j'espère le prouver : c La perfection que « les sciences et les arts ont acquise, ne doit « être regardée que comme l'effet d'une gradaa tion successive, de progrès plus ou moins ra- « pides ; mais il n'en a pas été de même par rap- « port à r éloquence de la chaire : un subit ckan • « gement l'a fait passer de l'état le plus obscur a à l'état Je plus brillant [{]. »

(Test à développer la thèse contraire que je mesuisattaché dans cette étude. Personne encore n'ayant songé à regarder les œuvres et à peser le

(1 ) Histoire littéraire du règne de LouisXIV, Paris, 1 751 , 1. 1, p. 209.

If mérite des devanciers nnmédiftte de Bmroet, la prMtve était tont entière à f aire^ sauf |Kmr eelle éeole de prédicateurs qni, ve^ la fin du inims* tëre de Riehelien^ se forma à Tombre de Port» Royale sons ia direction deFabbé de Saiat-Cyrao; Cemc-ià ont tronvé dans le moraliste et «itiqne éninent, qui, de nos jours, s'est fait 11i»tonMi de la célèbre abbaye, mi assidu et clairvoyant <é* moin, un juge impartial et définitif, dont je n'ai en fo'à recueillir, en m'efforçant de les résumer de mon mieux, les pénétrantes appréciations^ sans penser à refaire ses inimitables portraits.

Les Protestants, attentifs k combler foute lacune de leur histoire religieuse et littéraire, gardiens vigilants de tous les souvenirs qui peu* vent honorer leur foi et leur génîe^ ont pris soin de rendre à leui^ pasteurs orateurs du règne de Louis XIII Thomm^ge qui est encore et à nos prédicateurs catholiques du même temps. Chez euJi^ la gloire d'un Claudeimd'un Saurinn'apas éclipsé les titres plus anciens et plus modestes des Du Moulin, des Daillé, des Mestrezat, de ces sa* vants ministres, à la parole rude et méthodique^

qui portèrent sans doute dans la chaire plus de raisonnement que d'onction^ et plus de théologie que de morale^ mais que leur austérité défendit contre la séduction des modes littéraires les plus futiles^ et dont la constante gravité et la simplicité vraiment pastorale furent d'un excellent exemple pour leurs adversaires. Le cours dans lequel M. Yinet a raconté la vie de ces hommes énergiques^ analysé leurs ouvrages et caractérisé leur parole^ ce cours, revu et publié^ depuis la mort du maître^ par d'habiles disciples, est un livre complet, que je n'avais point à refaire (>!). Les ingénieuses esquisses que M. Sayous a tracées des mêmes figures, le ferme et impartial jugement d'ensemble qu'il a porté sur le génie de la prédication protestante au xvif siècle (2), achèvent de me dispenser d'une étude, qui, en s'ajoutant à celle que j'ai entreprise sur la chaire orthodoxe, pour tout un âge mal connu de réforme

(\) Histoire de la prédication parmi les Réformés de France au XVII' siècle^ par A. Vinet, Paris, 1860, ch. i-viii.

(2) Histoire de la littérature française à Vétranger^ t. II, c. vin. V. aussi les Observations pratiques sur la prédication, de M. A. Coqnerel, étude didactique, à laquelle une érudition substantielle a mêlé de nombreuses vues historiques.

et de progrès^ eût singulièrement compliqué ma tâche*

Un sujet de ce genre à traiter m'imposait des lectures et des recherches nombreuses, pour lesquelles j'ai dû visiter fréquemment, dans nos grandes collections publiques, l'espèce de livres anciens la plus délaissée aujourd'hui. C'est dans le riche fonds d'ouvrages théologiques amassé jadis par les Génovéfains, et qui forme la plus ample et la plus précieuse part de leur héritage, que j'ai dû le plus souvent puiser : l'obligeance avec laquelle MM. Pinçon et Rochebilière, bibliothécaires à Sainte-Geneviève, m'ont permis d'explorer ce trésor, n'a pas peu contribué à faciliter ma tâche. C'est grâce à leur active complaisance, et aux lumières spéciales par lesquelles ils ont secondé et souvent dirigé mes recherches, que j'ai pu recueillir à peu près tous les matériaux dont j'avais besoin pour ce long travail : je me plais à le dire ici, et à leur en témoigner ma vive reconnaissance.

Intérêt de ceiiB étade. — De U prédication au moyen âge et at XVI® siècle. — État de la chaire dans les dernières années du règne de Henri lY et au commencementda règne de Louis XIO. *- Principaux prédicateurs de ce temps : Pierre de Besse, Seguiran, Valladier, le Père Coton, Du Perron , Cospéan, etc., saint François de Sales^. — Fin de la prédication politique. -^ De la controverse en chaire avec les Protestants au commencement du XVII® siècle.

Si dans l'histoire de ces époques fécondes qoi précèdent et préparefit l'entier épanouissement da génie d'an peuple, la pleine maturité d'ime littérature, l'at* tention se porte de pr^érence sur les talents créateurs qui se sont dès lors révélés par des œuvres inimitables et supérieures, bien qa'eneore imparfaites, une part d'intérêt s'attache aussi à ces tsienisplus humbles, qui, par un labeur éclairé et patient, ont débrouillé et aplani les voies où d'autres devaient marcher glorieusement après eux« Par les soins de ces modestes pré* curseurs, une tâche utile s'est accomplie; des erreurs depuis longtemps en crédit, préjugés de Fesprit ou

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