‹ Des Prédominances Symptomatiques et Anatomo-Pathologiques dans la Paralysie Générale et dans la Sénilité CérébraleChapitre 13 sur 48 · LOGE · texte numérisé non relu

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ques secondes, qui se reproduisent pendant un temps assez long, quelques heures parfois. Quand elles prédominent dans une hémilace et un membre supérieur, le malade grimace : sa com missure labiale est tirée vers l'oreille de façon rythmique ; son œil s'ouvre et se ferme tour à tour; son bras est animé de mouvements d’abduction, son avant-bras demi fléchi, de mouvements de pronalion saccadés, etc., etc.

Suit souvent une hémiparésie avec trépidation épileptoïde, el le réflexe de Babinski en extension, comme dans les hémiplégies organiques. Mais ces phénomènes sont, dans limmense majorité des cas, transitoires. Au bout d’un certain temps, qui varie de deux à dix jours, la motilité revient à la normale, le réflexe de Babinski se produit en flexion. Même si l'ictus épilepliforme n'est pas suivi d’hémiparésie, on observe le phénomène des orteils, comme d’ailleurs dans l'épilepsie à l'occasion des accidents convulsifs. Ce signe n’est donc pas exclusivement lié à la dégénérescence du faisceau pyramidal, comme on l'admettait lout d’abord, puisqu'il ne traduit ici que la simple irritation de ce faisceau — de même dans l'attaque apoplectiforme (Mirallié (1). Ces faits ont été étudiés par Robert et Fournial (2) dans la paralysie générale : « Le réflexe de Babinski est une exceplion dans la paralysie générale. La méningoencéphalite réalisant par une poussée.aiguë une attaque épileptiforme ou une hémiplégie fait apparaitre temporairement l'extension des orteils ». Il en est de mème dans la sénilité.

Rien ne différencie donc ces accidents momentanés des accidents organiques déflinilifs causés par des lésions circonscrites. La connaissance de ces faits est de la plus haute importance pour le pronostic moteur. D'autant plus qu'ils peuvent survenir à la période tout à fait initiale de l'affection, quelques mois avant l’internement (Obs. X, XI, XXIX, XLD), c’est-à-dire avant la période d'état, ou même un an et plus avant (Obs. IV, V). À ce moment le médecin, inquiet seulement de l’état moteur,

(4) Ch. Mirazuié, Des réflexes tendineux et en particulier du signe de Babinski après l'attaque apoplectique. Gaz. méd. de Nantes, septembre 1905. (2) Rogerr et Fourniaz, Loc, cit,

peut très bien faire à ce sujet un pronostic grave et laisser passer un affaiblissement intellectuel, une amnésie, des troubles oculo-pupillaires, etc., manifestations d’une sénilité ou d'une paralysie générale déjà en évolution. Ces ictus épileptiformes sont surtout très fréquents à la période d'état (Obs. I, I, IT, IV, VIT, VIII, XIV, etc.), comme l'avaient déjà noté pour la paralysie générale Baillarger, Lunier, et après eux, tous les auteurs. À ce moment ils ne font qu'accentuer l’évolution progressivé de la maladie. Enfin les convulsivants meurent presque toujours par ictus (A. Delmas) (Obs. I, I, V, VI, XV, XVI, XXXVI, etc.). |

Ces symptômes moteurs sont donc identiques, en quelque sorte superposables dans la démence paralytique et la démence sénile. Vont-ils gêner le diagnostic différentiel ? Non, s'ils ne sont pas associés à d’autres symptômes communs aux deux affections. Il est évident que nos malades des Observations I, IT, IT ne sont pas comparables à celles des Observations IX, X, XI malgré qu’elles aient présenté les mêmes accidents épileptiques et hémiparéliques. Il en est de même de nombre de nos malades à prédominances symptomatiques différentes. Aussi nous bornerons-nous ici à esquisser rapidement le diagnostic différentiel de ces cas faciles, qui ressort de la lecture même superficielle des observations, nous réservant d’insister particulièrement sur les cas délicats. L'âge est plus avancé dans la sénilité. Dans les antécédents du paralytique général on trouve le plus souvent la syphilis, quelquelois la tuberculose. La démence est plus profonde dans la méningo-encéphalite et le délire absurde de richesse, de grandeur peut s'opposer aux idées délirantes de persécution, de spoliation des séniles. La dysarthrie, les troubles oculo-pupillaires propres aux paralytiques accusent encore les différences. Mais nous devons faire quelques restrictions, déjà énoncées dans notre Introduction, touchant l’âge, les symptômes psychiques et physiques de certains malades « pseudo-paralytiques cérébro-scléreux » ou paralytiques généraux séniles. Il est vrai que nous n’étudions pas ceux-là. Il s’en trouve quelques-uns dans notre travail,

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parce qu’ils ont présenté des prédominances symptomatiques. Nous verrons alors quel précieux élément de diagnostic nous a fourni la ponction lombaire. L’albumo et le cyto-diagnostic sont constamment positifs dans la paralysie générale et négatifs dans la sénilité. La recherche de l’albumine, qu’on peut pratiquer immédiatement au lit même du malade, est simple et rapide. Il est même à désirer qu'on aille plus loin que cette réaction grossière et qu'on recherche, après des ponctions lombaires en série, à différencier, doser les différentes albumines du liquide céphalorachidien. Peut-être trouvera-t-on là un élément de pronostic, peut-être même une indication thérapeutique. La réaction de Wassermann (modifiée par Sabrazès) pratiquée chez les malades des Observations IT et XVIIT a été nettement positive dans les deux cas. Nous ne pouvons en tenir compte, n'ayant pas d’autres observations.

En résumé, une paralytique générale de même qu’une sénile peuvent présenter la prédominance symptomatique suivante : phénomènes épileptiques, souvent résidu parétique avec phénomènes de Babinski transitoires. Il y a lieu, en présence de tels malades, de se préoccuper du pronostic moteur, pour ne pas les confondre, surtout au début, avec des organiques, hémiplégiques devant évoluer vers la contracture. Mais le point capital est la recherche de la lésion déterminante de ces accidents dans les deux affections. Il y a quelque temps encore on nous enseignait qu'une paralytique générale faisant des convulsions épileptiformes devait présenter au niveau de sa zone psycho-motrice une poussée aiguë de méningite, qu'il devait se former à ce niveau des adhérences. Comment alors expliquer les mêmes faits chez la sénile qui ne présente aucune réaction méningée ? Le même problème se pose à propos des autres prédominances symptomatiques. Nous essaierons de le résoudre dans notre second chapitre.

OBsEeRvaTION Ï

Résumé. — Femme, trente-quatre ans. Paralysie générale. Albumo et cytodiagnostic positifs. Ictus épileptiformes avec hémiparésie droite passagère et Babinski. Mort par ictus.

Marie M..., trente-quatre ans, couturière, entrée à l’Asile le 4 août 1906. Décès le 7 novembre 1907.

Certilicat d'entrée : Paralysie générale probable.

Pas de renseignements sur les antécédents ni sur l’histoire de la maladie.

4 août 1906. (Souriante, assise sur son lit): « Nom?» «Ah ! je sais pas ». « Quel âge ? » «J'ai. attendez... ah ! je sais pas ». « Quel jour ?» « Ah! je sais pas ». «Quelle année? » « Bé... en quelle année, neuf cent. oh! » « Depuis quand ici ? » «IL y a une journée ». « Des misèrès ?» « Non ». « Riche ? » « Non ». « Enceinte ? » « Oui (montre sa chemise tachée du sang de ses menstrues; parole bredouillée; prononce mal les phrases à labiales).

Examen somatique: Souffle au deuxième temps au foyer aortique. Battements sus-sternaux de l'aorte. Danse des artères du cou. Pouls légèrement bondissant. Traces d’albumine dans les urines. Pupilles D > G; mydriase. Réflexe lumineux vifs des deux côtés; de même à l'accommodation. Labiospasme. Tremblement de la langue en trombone. Réflexes rotuliens vifs. Ebauche de trépidation épileptoïde rotulienne et plantaire des deux côtés. Babinski ?

7 août. Ponction lombaire: pression 3; liquide clair, eau de roche. Précipité floconneux d’albumine. Lymphocytose confluente, quelques polynucléaires.

2 octobre. Ictus. La malade a subitement pâli, chancelé... Quelques heures plus tard, hémiparésie droite plus marquée au membre supérieur. Babinski très net en extension. Pas de trépidation épileptoïde rotulienne ni plantaire. Réflexe rotulien plus vif à droite.

3 octobre. Plus de trace de l'hémiparésie.

4 octobre. Babinski indifférent des deux côtés.

7 décembre. Vertige épileptiforme suivi d’obtusion mentale.

7 novembre 1907. Crise épileptitormé. Décès.

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OgservaTiIon II

Résumé. — Femme, trente ans. Paralysie générale. Albumo et cyto-diagnostic positifs. Réaction de Wassermann positive. Ictus épileptiformes. Ptosis. Mort par ictus.

Emilie M..., femme A..., trente ans, domestique, est entrée à l’Asile de Château-Picon le 25 août 1909 et y est décédée le 14 juillet 1910.

Certificat d'admission: Démence progressive, accompagnée d’euphorie et d’inégalité pupillaire.

Antécédents ct histoire de la maladie : Père et mère morts; pas d’enfants. Bonne santé. Pas d’alcoolisme; pas de renseignements sur la syphilis, IL y a trois ans a quitté son mari, ne se conduisait pas bien (se serait mal conduite aussi avant son mariage). En juillet 1909, recueillie par sa sœur; elle avait alors perdu la mémoire, les idées troublées. Pas d’actes bizarres ou délictueux. Pas d'ictus.

26 août 1909. « Je m'appelle Emilie M... Je suis dans les trente ans. Je ne sais pas en quelle année nous sommes. J'ai perdu les idées ; c’est pour çà qu’on m'a mise à Picon. Je suis arrivée ici depuis hier. J'étais à l'hôpital; j'en ai assez, trois jours en cellule, voussavez ». «7 et 8?» «9 ». € Contente, pourquoi? » «M. Pitres me disait: Eh! bien la petite reine ». « Reine?» « Eh ! oui, la reine du soleil ». « L’êtesvous ? » «Non; c'est M. Abadie qui m'appelait comme çà... ». Ecriture tremblée ; oubli de lettres.

Examen somatique: Rien de particulier aux poumons, au cœur, à ’abdomen. Urines normales. Liquide céphalo-rachidien clair, eau de roche. Albuminose. Cyto-diagnostic : une dizaine de lymphocytes par champ; un peu de sang. Demi-chute de la paupière à droite.

Pupilles inégales G > D; abolition complète des réflexes à la lumière et à l’accommodation. Tremblement des lèvres fibrillaire et en trombone de la langue. Secousses dans les muscles de la face, embarras de la parole. Réflexes radiaux et patellaires vifs et égaux.

1 octobre. Réaction de Wassermann : sang et liquide céphalo-rachidien positifs.

23 novembre. « Nous avons toute l'Espagne, toute la France, Bue-

RER) ess

nos-Ayres aussi ». Embarras de la parole devient de plus en plus prononcé. Secousses dans l’orbiculaire.

28 juin 1910. La malade aurait eu une crise épileptiforme le matin à cinq heures. Au moment de la visite, dévialion conjuguée de la tête et des yeux à droite. Soubresauts dans les membres, paraissant prédominer dans le membre supérieur droit. Secousses fibrillaires dans les muscles de la face. Attitude en chien de fusil. Hypertonie généralisée. Rétention d'urine.

30 juin. Série de crises épileptiftormes côté droit et membre inférieur gauche; le membre supérieur gauche est inerte. Quelques mouvements nystagmilormes des globes oculaires. Contracture des membres infé rieurs. Réflexe rotulien et Babinski impossibles à produire à cause des convulsions ininterrompues. Rétention d'urine.

2 juillet. Convulsions subintrantes à prédominance gauche.

14 juillet. Décès.

OgservaTion I

Résumé. — Femme de trente-cinq ans. Sœur morte paralytique générale. Début il y a deux ans. Paralysie générale. Idées délirantes absurdes de richesse. Ictus épileptiformes ; Babinski. Màchonnement. Deux ponctions lombaires : albumo et cylo-diagnostic positifs.

Armandine C..., femme B..., trente-cinq ans, tailleuse, est entrée à l’Asile le 24 février 1907 et y est décédée le 12 février 1908.

Certificat d'entrée : Paralysie générale progressive.

Antécédents héréditaires et personnels, Père aveugle, très nerveux. Mère morte des suites de couches. Deux tantes paternelles aveugles, nerveuses; une tante morte paralysée. Une sœur morte à l’Asile de Château-Picon, paralytique générale, après un séjour de seize mois.

Huit grossesses : un enfant mort-né; une fille de quinze ans bien por-tante; cinq filles mortes à six ou sept mois; un garçon mort un quart d'heure après l'accouchement (asphyxie).

Mal réglée depuis quatre ou cinq ans. Pas de renseignements sur la syphilis; le mari la nie pour lui-même. La maladie remonterait à deux ans.

25 février 1907. « Je m'appelle Armande B... J'ai vingt-six ans. Je

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