‹ Des principales expressions qui servent à la notation des dates sur les monumens de l'ancienne Égypte d'après l'inscription de Rosette lettres à Mr. l'abbé Costanzo Gazzera (volume 2)Chapitre 1 sur 1 · MM · texte numérisé non relu

MM

MBCCCZXXIX. *;

A M' L’ABBf;

COSTANZO GAZZERA,

SECaiTAtat-AOiOINT DE t^ACADÉail ROYAI.B DBS SCIBNCIE. ATUaiN.

M ONSIEUR,

La bienveillance avec laquelle vous m'avez accueilli il y a trois ans, lorsque , passant par Turin , je me rendais auprès de l’auteur du Système Phonétique , a été pour moi un encouragement bien puissant. Les témoignages des mêmes sentimens , dont vos illustres collègues MM. Peyron , Boucheron , Sclopis et autres voulurent bien m’entourer, n’excitèrent pas moins mon zèle. Cette protection m’accompagna jusque sur le sol français : j’ai pii , grâce à d’aussi honorables recommandations , trouver dans les lumières du grand hiérogrammate dont nous déplorons en ce moment la perte, toutes les ressources que je pouvais désirer pour compléter mes études sur les antiquités égyptiennes.

Un destin malheureux est venu trop tdt, hélas ! me ravir cet inappréciable soutien ; cependant , Paris ne cesse pas pour cela d’être le centre de mes travaux.- Cette collection conservée au Louvre, la seconde que l’on doit en grande partie aux aelives explorations de notre compatriote Drovetti, y est, par la volonté rovale, comme un dépôt commun k

toiilc l’F.urope. C’est au milieu de celle masse de débris si variés de Fantique civilisation de la grande et docle Egypte, que je me suis maintenant réfugié ; et il y aurait ingratitude de ma part à ne pas témoigner ici ma reconnaissance , d’abord à M. le comte de Forbin , directeur-général des musées royaux , qui a bien voulu m’accorder toutes les facilités possibles pour visiter à mon aise ce magnifique dépdt historique, ensuite à M. L. J. J. Dubois, qui, secondant les vues généreuses de l’administration, m’offre tous les moyens de l’étudier à loisir.

Cependant j’ai depuis long-temps l’intention de reconnaître votre bienveillance par quelque hommage public , et c’est aujourd’hui , Monsieur, que j’essaierai de remplir ce vœu , en vous entretenant sur un des sujets , le plus important peut-être, de mes recherches litiéTaircs. Je me propose <le vous parler des motifs de conviction sur lesquels me paraissent reposer les significations assignées par mon maître, notre commun ami , feu Cbampollion , aux expressions qui forment son célèbre tableau de la notation des principales divisions du temps dans les trois systèmes graphiques de l’ancienne Egypte; mais avant loin , je crois qu’il ne sera pas sans intérêt de rappeler plusieurs circonstances qui se rattachent naturellement h cette importante discussion : je me hâte de vous les exposer.

C’est dans sa seconde lettre à M. le duc de Blacas, rédigée en i8a4 » **• milieu de la précieuse collec-

non des monumens égypliene acquit par la munifi'^ cence rélairée de voire {jouvernemcnl , que Champollion fit connaître pour la prcniière fois les résultats de scs recherches sur les sij^nes hiéroglyphiques , hiératiques et démotiques , à l'aide desquels les anciens Egyptiens exprimèrent les divisions du temps. On peut trouver dans cette lettre le texte et la traduction de vingt-deux différentes dates reconnues sur des stèles ou des papyrus , et appartenant aux règnes des Pharaons, Amenhemhè 11, de la dixseplièmedynastie,'rhouthmosis III, ThoiithmosisIV, Âménophis 111 , Menephtha 1 , et Rarosès-le-Grand, de la dix-huitième, Ramsès IV, Ramsès V, Ramsès VI, Ramsès Vil, Ramsès IX, Ramsès X-et Ramsès XV, des dix-neuvième et vingtième dynasties. Des savans de divers pays obtinrent depuis, de Champollion, la permission de rendre public le tableau complet des signes égyptiens servant à la notation des dates, que lui-même leur avait envoyé. C’est ainsi que M. le professeur Kosegarten, de Kœnisberg, le fit paraître dans un Mémoire relatif k des papyrus démotiques et grecs ‘dn musée de Berlin, imprimé en i8iy. C’est de la même manière que , plus récetnment, M. le docteur Young le reproduisit dans ses curieuses additions à laGrammaireCoptedeM. Henry Tattam, imprimée à Londres en i83o. Le docteur Young l’accompagna , dans cette même occasion , des textes hiératiques ou démoliques , et de la traduction des dates et des protocoles de douze contrats, que Cham-

pollion lui avait aussi coithu uniques , et qui apparticmiout aux rè(i;ne8 de Psammeticus, de Darius, d’Alexandre, fils d’Alexandre -le- Grand , d’Evor- {jète I", de Philopator et d’Epiphanes.

Dans toutes ees oeeasions , aueun développement ne fut ajouté à ce tableau , pour vérifier les fonderoens sur lesquels repose la certitude de IsC valeur individuelle assignée à chacun des signes ou groupes qui le composent. Pourtant, dès qu’il avait été douné de lire avec certitude , dans les textes égyptiens- antiques , les noms propres des rois de race égyptienne , de ceux de race persane , des Ptolémées et des empereurs romains, le travail le plus important à faire, et le moyen le plus eflicace pour remplir ave<‘ certitude les immenses lacunes qui existent dans les premières pages des annales de l’humanité par l’histoire de l’Egypte, c’était, ce me semble, de tirer du vague et ne point laisser sans démonstration , la valeur assignée aux signes qu’on trouve mis en usage pour exprimer, dans les' inscriptions sculptées sur les parois des temples, des palais et des catacombes, comme dans un grand nombre de papyrus transportés eu Eiiropc, les années, les mois, les jours des dififérens règnes.

Il paraît. Monsieur, que les circonstances navaient pas permis à Chain pollion lui-mênte d’exposer publiquement les motifs de sa propre conviction , puisque ce n’est que l’année dernière, qu’ayant occasion de lire à l’Institut un travail spécial Sur V^n-

née jixtronomiqtie des Égyptiens , ü exposa pour la première fois quelques-uns de ces motifs. Mais n’est-ce pas assez que la mort ait mis un terme à tant d’utiles travaux qu’il allait entreprendre? Le destin nous a ravi , à toujours peut-être, ce dernier ouvrage , qu’il croyait avoir légué <i la science ! Chainpollion prononça, quelques jours avant sa mort, le nom d’un individu auquel, toujours d’accord avec son beau caractère , il n’avait pas su refuser son manuscrit : ce nom , peu connu des amis qui entouraient imn lit, 'fut oublié pendant la terrible catastrophe qui , peu de jours après , termina une vie si précieuse; et c’est ainsique, par une action qu’il n’est pas encore permis de qualifier, la science reste jusqu’ici privée de ce chef-d’œuvre. J’eus le bonheur. Monsieur, de prendre dans le temps quelque connaissance de cet important travail ; vous me permettrez de consigner ici l’énoncé de ceux de ses principaux résultats, dont il m’a été passible de garder le souvenir, et vous en apprécierez sans doute comme moi le haut intérêt.

Il y était premièrement démontré , toujours d’après les monumens, que les anciens Egyptiens partageaient le jour astronomique en vingt-quatre heures , comptées en deux séries de douze heures chacune : douze heures de jour, douze heures de nuit.

a" Que les mois étaient au nombre de douze , et que chaque mois se composait de trente jours.

3'^ Qu'on parUf^eait les douze mois de l'année ea trois séries distinctes , ou saisons en rapport avec les travaux ou les phénomènes de l’année agricole , et que chacune d’elles était composée de quatre mois.

4° Qu’on ajoutait enfin à ces trois saisons, ou tétrainénies , formant trois cent soixante jours, cinq jours épagomènes , qui , joints à la somme des jours des donze mois, constituaient une année de trois cent soixante-cinq jours.

5° Il était indique dans le meme Mémoire , quels étaient, dans les écritures ou peintures égyptiennes, les signes tropiques et les personnifications de l’année, quels étaient les signes et les expressions de l'idée générale saison.

6° On y trouvait expliquée la manière dont se faisait d’abord l’énumération des jours dans les mois , ensuite celle des heures dans le jour même , et dans la nuit . on y indiquait le nom hiéroglyphique particulier de chacune de ces heures. - v

7 ° Enfin , des recherches y étaient faites sur douze grandes divinités , et cinq antres dieux ou déesses , qui présidaient aux douze mois et aux cinq jours épagoinènes; sur trente. génies , qu’on croyait gouverner les trente jours du mois , et sur douze dieux et douze déesses, qui réglaient les vingt-quatre heures du jour astronomique

Tels étaient. Monsieur, les résultats. obtenus par les recherches de Champollion pendant sou voyage

d’Éçÿpte, et exposés dans le Mémoire dont je vous ai parlé : maintenant il vous sera facile d’apprécier à sa jrnte \'alenr la perte.de ce précieux manuscrit, lorsque surtout on connaît les dillicultés qui s'opposent à l'inlellifpïnce de oes nombreuses représentations astronomiques qui- couvrent les tombeaux des rois. Cependant , quoi qu’il en soit de tout ce qui se rapportait à ces derniers monumcns , étudiés avec persévérance , il est à espérer qu’un jour ils pourront être expliqués de nouveau. Mais quelque temps encore que dés éclaircissemens sur ces signes des divisions du temps se fassent attendre, l’étude la plus éminemment utile, celle de l’iiisfoire d(!s Pharaons d’après les monumens, histoire que des systèmes superstitieux , et des savons à idées rétrécies , avaient osé reléguer parmi les fables, ne saurait prendre aussitôt qu’il serait à désirer une marche positive, et contribuer à la' confirmation complète de ce canon de dynasties , que Manéthon présenta il y' à deux mille ans.

Cette intime conviction , Monsieur, est la seule qui ait pu me diriger dans le choix du sujet de cette lettre. En réfléchissant qu’il ne s’agissait , en dernière analyse, que dé l’importance des documens chronologiques fournis par les dates comparées «les monumens , il m’a paru qu’un( travail grammatical succinct , mais complet et déiaiilé, sur les signes ou groupes symboliques et phonétiques que Cltampollion a déjà indiqués comme exprimant les idées

f- lu )

jow, annéf‘, mois, et 'te nom particulier de t^Mtcupi des mois, sulFirait pour la fixation rif^oureusc et irrévocable des époques de l’histoire égyptienne. Or, nul doute , quelque progrès qu’on ait faits dans l’étude des hiéroglyplies , qu’il sera impossible de rassembler avec précision une partie quelconque des doctrines , dont la mémoire de Champollion renfermait les résultats , avant que le public ne possède les nombreux dessins qu’il avait rapportés d’Egypte.

■ Mais le tableau de ces groupes , dont il importe tant de fixer la valeur, existant heureusement , et toute discussion sur les.monumens astronomiques pouvant être négligée, pourquoi ne devrais-je pas espérer de parvenir à démontrer la certitude de la valeur attribuée aux signes hiéroglyphiques de l’idée an/ice,/ow, mois, etc. , du moment que l’inscription de Rosette, offrant dans son texte grec justement les mots -hfupac, jour, fiYjii, mois, èviauroî, année, peut fournir des preuves irréfragables pour la détermination de leur expression égyptienne? .Te me suis livré. Monsieur, à cette discussion avec d’autant plus de. confiance , qu’aidé surtout par les doctrines dont je me glorifierai toujours d’avoir été largement imbu par l’illustre Champollion lui-méme,'j’ai pu recueillir, pendant une étude non-interrompac.des monumensconservésau Louvre, uue autre moisson assez abondante de faits, qui viennent à l’appui des considérations et des rapprochemens qui m’ont éyî suggérés par les divers textes de l’inscription de Rosette , et à l’ex-

potûtiba desquels il est permis maintenant de passer.

Nous rencontrobs le mot r^pa trois fois dans les vingt*quatre ou vingt-cinq dernières lignes du texte grec de l’inscription de Rosette , qu’on sait correspondre à la partie hiéroglyphique . encore existante. La première, e’est à la ligne 4 <>, où le décret statue ; que les prêtres feront trois fois par | joui-, rpiç TH 2 HMEPA 2 , le serviee auprès des j images du. roi Ptoléniée-Ëpiphane. Dans la partie < correspondante du texte hiéroglyphique (ligne y' actuelle, du texte démotique ligne i4) • l't aussi,' que les prêtres des temples d’Égypte devront (pl. I ,j

n“ 5 ), 'ISt'TatK'T ^>^TÎt'CÔTT V

^OOTf « servir ces images trois fois par jour. » Dans cette phrase il est facile de voir que l’idée jour se trouve représentée par un groupe formé d’un disque et d’un rectangle ouvert par lé côté inférieur.

La seconde fois , c’est à la ligne 47 où l’on ordonne de célébrer le jour de la naissance du roi , et le jour où il prit la couronne. Le texte égyptien porte dans la partie correspondante (hiérog. ,1. 1 1 , iïtît, ces jours, ou lé mot ^OOTf est également exprimé par le rectangle ouvert et le disque suivi par les signes de pluralité (pl. I, n° a) , et, dans le démotique (ligne 28), par le même groupe qu’à la ligne 14.

Enfin , c’est à la ligne 5 o que le texte grec porte le mot vifupa dans la phrase etp’ vjptjsotç irevrE, pen-

DhjitU.: J by Googli

dont cinq jours, et daiiit la partie Correspondante éc^yptienne (hiérog. lig. 13 , dém. lig. *<^) on lit l’expression t représentée hiéroglyphique-

ment par le groupe du rectangle et du disque, suivi de cinq parallélogrammes traduits par le ;;rec -ttevte, et démotiqueineiit toujours comme ailleurs , plus, le chiffre numérique qu'on sait exprimer dans l’écritiiré populaire le nombre cinq. (PI. I , n" 3.)

Ces rapprochemens pourraient à eux seuls rendre incontestable que, dans le système hiéroglyphique , un groupe composé d’un disque précédé ou suivi d’un caractère qu’on compare ordinairement à un rectangle ouvert par son côté inférieur, et quelquefois rentrant, servait à exprimer l'idée jour. Mais , dans l’état actuel de nos connaissances sur la langue égyptienne , il est possible , Monsieur, de citer un autre genre de preuves, que des preuves matérielles à l’appui d’un tel fait ; cependant , avant de vous les exposer, je ne dois pas négliger d’expliquer une circonstance qui ne peut que frapper lorsqu'on jette les yeux sur les vingt lignes du texte hiéroglyphique de Rosette. Vous aurez sans doute observé <iue, tandis que dans la partie correspondante du texte grec, on ne trouve le mot que dans les trois passages précités, le groupe hiéroglyphique formé du rectangle et du disque se rencontre encore quatre fois. En effet, dans la lig. 7 du texte hiéroglyphique,

oit, d’accord avec le texte gæc, nous l’avons déjà

reconnu une fois, on le remarque deux autres cn-

Digiti/’ iby^pOOglc

oore dans cette disposition du décret , qui décide que les prêtres accompliront les cérémonies prescrites comme on le pratique pour les autres dieux du pays, et observeront ^OOrtr K ujï. (planche I j

n® 4) (®) i ^ your de fête , et ^OOT K TttC(pî.ît (id. n® 4 (b) le jour en son nom, le jour éponmie. Dans ce cas cependant on ne peut rien décider k l’aide du texte gfec, puisque, après avoir dit qu’o« accomplira les autres rites prescrits suivant ce qui est fait pour les autres dieux, suit une lacune (lig. 4o-4i) qui d’ailleurs se termine par les lettres ■NHrYPEïlN , qui sont évidemment les restes du mot TTavrryuptatv , que réclame le sens du texte égyptien.

Une laCnne existe également dans le texte grec (ligne 4€), à. l’endroit qui correspond au passage de la ligne la hiéroglyphique (démot. , lig. a8) , où il est dit que le jour XFIl (pl. I, n" 5) du mois de Méchir sera fête en honneur de la susception du pouvoir royal. Mais il y a deux autres phrases du texte hiéroglyphique. et démotiqne où se montre le groupe du disque suivi du rectangle , sans que les passages du texte grec correspondant aient disparu, et sans que le mot rifjitpa s’y montre; l’un se trouve à la ligite 10 , où il est dit que le jour 3o du mois do Mesori est le^OOTT le jour natal {f\. I, n®6)

du roi , expression qu,e le texte grec traduit (lig. 46) très-fidélement par yeveOAta tou fiaiadttoç, qui , en

grec, est la phrase la plus littérale par laquelle'on pouvait rendre la susdite égyptienne. L'autre passage est à la ligne 9 , où l’on ordonne que l’image du roi soit visible dans son Noio; lUrsqu’arrivera ^OOTT K KE 5 SEp le jour des grandes pa-

négyries, mots que le iraduçteur grec , sans s’éloigner du sens du texte égyptien , a rendus simplement par ev tocç -7rav£yupe<r(v puyot/.aiç (pl. I , n° 7).

Ces différences dans le choix, non dans le sens des expressions employées par, les deux textes, s’expliquent naturellement par la marche et le fond différent des deux langues dans lesquelles ils sont tracés. C’est un fait qui se renouvelle chaque jour et à chaque instant entre deux idiomes quels qu’ils soient , meme lorsqu’il existe un haut degré d’affinité entre eux. Quant à la langue égyptienne, elle offre ces différences dans le choix des mots pour exprimer une même idée, non-seulement lorsqu’on compare un texte avec une traduction faite dans toute autre langue, mais aussi lorsqu’une inscription hiéroglyphique s’écrit par une méthode différente , la hiératique. par exemple, ou ladéiiiotique.On pourrait citer de nombreux exemples de ce fait dans lacomparaison des deux textes égyptiensdeUosette ; tel est le passage hiéroglyphique numéroté dans notre planche, n" 4 M**' ilîiii» texte démotic|ue est

rendu par le seul mot , fête.

Je passe maintenant à vous parler , Monsieur ,

(le 11') nature dea ai^es dont ac compoae le groupe en- quealion.'

Le distfue n’eat que le diaque solaire, tel que l'emploient trèa-aouvent les hicrogranimatea .d’Égypte , soit dans les manuscrits , soit dans lee inscriptions peintes ou sculptées. 11 est impossible de confondre le diaque du soleil avec d’autres signes d’une forme semblable, puisque dans les grandes inscriptions peintes il est marqué par la couleur rouge, ét quelquefois par une auréole jaune; dans tout autre cas , il est constamment noté par un- point placé dans son centre. Ce caractère est ici employé symboliquement. Le rectangle ouvert fait partie d’une autre classe de signes : c’est un caFactèl*é phonétique, et il représente l’aspiration //, soit dans les noms propres étrangers , comme par exemple dans celui d'I/adrien , sculpté sur l’obélisque Ilarberini (voi/' la Lettre à lil. Dacier, pl. V, 76),.celiii de PhilipfK , écrit PHEILE 3 POUS sur les monumens d' Âchmouneyn y et celui de l’Ethiopien Tharaca, tracé sur la caisse de la momie de la femme Sesarinichur, nourrice de la fille de ce roi , conservée à Florence, et.inscrit. sur les monumens de Medinet- Habou , soit enfin dans les noms propres et les mots égyptiens des textes de toute époque.

Je ne disconviens pas , iNIonsieur, qu’au premier aperçu cette alliance de deux caractères, de nature si différente pour exprimer une seule et même idée, peut sembler assez extraordinaire. Cependant on

aura déjà remarqué dans les divers écrits de Champollion , qu'il avait , depuis huit ou dix ans , entrevu dans les textes égyptiens l’existence de certains signes , de l'emploi desquels il a pu ensuite développer la théorie entière dans sa Grammaire hiéroglyphique. Ces signes ne consistent que dans la représentation de l’image de l’ohjet exprimé par ce mot , placée à eâte de ce mot même , ou tout au moins de l’image d’un objet physique en rapport phis ou moins direct avec l’idée exprimée par le mot \ de sorte que maintenant il est constaté que , pour exprimer les idées , les Égyptiens employèrent à-la-fois lex mots et les images. Il parait que lés E^ptiens aimaient à exprimer un grand nombre d-’idées par la combinaison simultanée de ces deux genres de caractères , les uns employés au propre , les autres phonétiquement , soit par attachement à leur plus antique écriture, primitivement y^orafiVe, soit dans l’intérêt de la clarté, qui aurait beaucoup soufiert par l’omission habituelle des voyelles médiales , et des voyelles t ou ^ , qui terminent les mots. Vous concevrez. Monsieur, qu’en effet un très-grand nombre d’expressions formées des mêmes consonnes disposées dans un même ordre , et qui cependant servent à noter des idées très-éloignées les unes des autres, ne différant que par les voyelles , pouvaient dans beaucoup de cas produire une incertitude extrême dans l’esprit de l’interprète.

Digilized by Gohgle

On atteignil le but d’obvier à un défant aussi capital , par l’emploi simultané des caractères-imagos. Ces caractères ont reçu deChampollionr le nom de (iélçrminatifs ,• ils jouent le rdle.le plus important dans le système des hiéroglyphes , et peuvent être regardés comme de deux sortes , c’est-à-dire les déterminatijs mimiques, qui sont la représentation même de l’objet dont le mot est le signe oral , et les déterminatifs tropiques, on symboliques , qui , d’après certaines idées abstraites que leur forme servait à rappeler, déterminent indj^rectement la nature de l’objet exprimé phonétiquement. Ainsi, par exemple , l’image d’une charrue placée à la suite -des

signes phonétiques t , & ; S ; est un déterminatif mimique, parce que le mot signiCe cAa/rue

dans la langue copte; l’image d’une faucille tracée

à la suite des caractères phonétiques U.t ; C,

est un déterminatif tropique , puisque tXIC^ signifie moisson.

Ce n'est pas tout ; cet emploi obligé des signesimages, à la suite des groupes phonétiques, permettait aux Égyptiens d’abréger sans inconvénient certains mots, ceux surtout qui sont employés le plus habituellement , de manière à conserver le caractèi-e phonétique initial seul combiné immédiatement avec le déterminatif. C’est ainsi que, par exemple, un des mots les plus communs CO'Ti'^ttt ro», ne se trouve* presque toujours représenté que par la

plante C , jointe immédiatement au déterminatif tro- ' pique Vabeille. De ce nombre se trouve le groupe en question, qui sert à exprimer l’idée jour.' Le disque du soleil n’étant donc ici que le déterminatif symbolique , le caractère qui le précède ne peut être en conséquence que l’initial ds tel mot , qui dans la langue égyptienne servait à* noter l’idée joui'. Or, les textes hiéroglyphiques mêmes pous donnent les moyens de. mettre hors de doute un tel fait : en effet on rencontre dans les inscriptions de toutes les époques , non-seulement un , mais deux différens groupes phonétiques, écrits sans aucune abréviation, lesquels, déterminés pmr le même signe symbolique , le disque, et ayant constamment pour initiale le rectangle ouvert , . servent à exprimer notre mot jour.

Le premier (pl. i , n° 8) se compose des signes phonétiques le rectangle ouvert ^ , V aigle t, ou O, le Utuus OV, suivis du disque solaire. C’est évidemment le mot ^OTf, ou bien ^OOtT) qui, dans .tous les lexiques coptes des différens dialectes, signifie en effet , jour, et qu’on voit constamment employé dans la traduction copte de la Bible, pour rendre le grec rtfjispx. Je pourrais vçus indiquer , Monsieur , encore quelques centaines de passages de textes anciens égyptiens où ce mot se rencontre sous cette même forme hiéroglyphique; mais, J’aiçiej. à vqus citer surtout uii papyrus hiératique appartenant à la collection du Louvre , et qui se- rapporte à un

jeune personnage appelé Sétet, fils de la femme Baphor. A la Ijgne 7 de ce papyrus > on trouve l’expression de la durée entière de la vie de l’enfant ,

qui du lui-même (pl.I,n° 9), U poTIE cht:OOY ’^O'r ^oonr CNZ-V » </« âgé de quatre ans, cinq mois et deux jours (i). » Dans ce passage la signification du groupe ^OOtt est mise hors de doute par la traduction en grec de toute la phrase

qui est au revers du papyrus ÀA MHNfiN

HMEPA 2 B.

Le second groupe hiéroglyphique , que nous avons dit exister sur les monumens , et exprimer l’idée jour, lorsqu’il est tracé sans abréviation , se compose des élémens suivans : d’abord le rectangle ouvert la bouche p, et la caille ou poulet O, ou OT. Il est également déterminé par le disque so-

(1) Ceftt ainai que je crois qu'il faut corriger la traduction queChaotpoUion a donnée, pag. 7, de sa Notice sur le papyrus hiératique du cercueil de Pétaménopk , extraite du y ^yaçe a Meroe , par M. CaUUaud, Le premier gronpe de ce passage sc compose des signes : la plume, la caille et Vhomme élevant le bras, ik 1 a forme hiilra> tique ; ôr , lorsque la plume et la caille sont placées en télé d'une proposition dans les tentes en écriture sacrée, res signes remplissent .les

fonctions du verbe abstrait , et réjiondent au copte CXt 9 O ^ Mernpli.

OS y BTBt , esse, fieri , qui remplit dans cette même langue des fonctions semblables. Au reste l'Iionime au bras élevé n'est ici que le pronom affixe de la première personne singulière , remplacé d'autres fois par la petite barre perpemliculaire ou la plume , ce qui correspond au copte 2>- ou

laM’e (pl. I , n" 1 o) V et il devait se prononcer ou plus probablement ^Orp, comme le fait croire une foule d'exemples de mots coptes transcrits en hiéroglyphes d’apn^s un déplacement semblable de la voyelle. Cependant les lexiques copies ne présentent , à ma connaissance du moins , aucun mot semblable ni à ^OTp , ni à ^pOT , comme équivalant aux idées jour ou clarté. Je dois même avouer qu’une foule de textes coptes , imprimés ou manuscrits, que j’ai eu occasion d’étudier, ne me l’ont jamais ofifert. Toutefois , la valeur donnée au mot ^ pOTTp (même indépendamment du signe qui le

détermine, sorte d’élément dont il faut cependant tenir désormais, le plus grand compte dans le déebiffrement des hiéroglyphes) ne saurait être douteuse par ce fait seul , que, soit dans Le Rituel junéraire (i), soit dans d’autres textes, on le trouve employé en opposition avec le mot tftltp ^ (copte 5ti.tp^y l2Sa\p^.) la nuit (pl. I,

n' 1 1 ), phonétiquement représenté par \cferdc hache t5”ou "afi, la bouche p, et la chaîne ^ , et déterminé symboliquement par l’image conventionnelle du Jirmamerii combinée avec une étoile, ou en opposition avec le mot (copte 0*r^H) nuit , obscurité.

(i) II' purlir , sret. o. Invora fions nu dieu Thoth. — Vojfoz ceUr partir du giand rittirl dans le papyrus liitirngivphique publie daus la Deutiption d'L^gypte Ky vo\. II,pl.LxitT.

( Il )

(pi. 1 , n'' II), farm^ des «igné» phobéiiques la caille Onr , et W jar^n ^ , et déterminé toujaur» par Fimage du' ciel aveè l’étoile.

Il reste maintenatit à savoir quels sont les élémens’ de l’expression de l’Idée jour, suivant la méthode démotique , et telle que nous l’avons trouvée correspondre , dans le texte enohorial de Rosette , au groupe hiérogl'ÿphîîjue abrégé (planch. I, n“ i, 4 , etc.) -Or. le caractère initial de cette expression (pl. I , ti” I ît) , n’est que la forme démotique (idem, n“ 1 3) , du rectangle ouvert , jointe à la forme dé^ rootique'du disque solaire (Id. , n® i3 (a). ) Ce caractère exprime dans l’écritnre populaire comme dans récriture sacrée » C (Coptes ,

puisqu’en effet il représente cette lettre dans la transcription égyptienne (texte dém. , lig. 4 ) i du nom- grec d’Hirènc (texte grec, lig. 5), prétresse cTArsinoé-Philopator , orthographié ^pstt'(pl. I, n° i 4 ), et dans le mot ^TTC (pl. I , n” 1 5 (<i) ) , ou n^TfC {Id. , i5 {b)) qui est évidemment le copte Tt^S-TrCj qui signifie ce qui rst convenable, Ce qui en juste, c’est-ài-dire , ri êexatiov, rh vofioç.'rà vofjuÇofifva, etc. , du texte grec qui lui correspond aux lignes 1 1 , 19 , et 16 . Le signe qui vient après la forme démotiqne du disque est la petite Hgne perpendiculaire qui accompagne, très-souvent sa forme hiéroglyphique. iVIaimenant il doit résulter de la valeur •incontestable de tous ces si-

Digitizod by Googtc

gnes , que le groupe dëmolique n'élant que la trauscriplion fidèle du groupe hiéroglyphique ou hiératique. il ne peut avoir que la mewe signification.

Mais l’exposition des recherches possibles sur la notation de l’idée joui-, dans les diverses écritures égyptiennes, ne saurait être complétée , si on n’y ajoute une observation que j’ai faite dans l’étude des dilFérens textes égyptiens. En comparant entre eux plusieurs exemplaires des mêmes parties du Grand Rituel funéraire , j’ai acquis la certitude que les Égyptiens, pour exprimer l’idée jour, firent aussi quelquefois usage du simple disque solaire accompagné de la ligne perpendiculaire (pl. I , n* i6.) D’autres fois , dans la même phrase , on trouve employé le groupe ^OOT.

J’ai vu d’autres exemples de ce fait , entre autres dans une des superbes stèles funéraires qui appartiennent à M. Saiilnier. Dans cette stèle, étant notée la durée de la vie du défunt , on a eu besoin d’exprimer vingt JOURS, et on a employé le disque du soleil isolé, avec le groupe numérique -ve/it. Sur l’inscription d’une momie grecque ,' appartenant ab Musée de Turin, on l’a employé dans une semblable circonstance. ' . ’

Vous aurez remarqué sans doute. Monsieur, que d’ailleurs ce groupe du soleil , accompagné de la petite ligne perpendiculaire , se rencontre très-souvent, soit dans les inscriptions des papyrus, soit dans celles de tout autre genre de monumens, et dans un

Digilized'bÿ IfTioglc

sens qui ue peut en aucune manière être celui de jour. Il importe pour bien en fixer la valeur, dans les deux cas , de connaître son origine. D’abord , quant au cas le plus général, il résulte de l’analyse rigoureuse des textes , qu’un certain nombre de caractères sacrés étant susceptibles d’être pris dans une acception figurative, ou dans une acception phonétique, et d’autres pouvant être employés tantôt comme pbot nétiques et tantôt comme symboliques, on indiquait ce changement de nature par le moyen de certains signes, dont il est inutile ici de faire l’énumération. On trouve , par exemple , que plusieurs caractères mimique!! ou tropiques sont habituellement affectés d’une marc|ue qui consiste dans la petite ligne perpendiculaire , soit pour indiquer leur passage’ de l’état phonétique à l’état mimique, soit pour avertir d’une transition de l’état phonétique è un état tropico - phonétique, soit enfin pour d’autres motifs qu’il ne nous est point encore donné de bien apprécier. A cette classe appartient notre groupe du disque , accompagné de la susdite ligne per|)cndiculaire, lorsqu’il est employé le plus fréquemment. Il est alors, comme tant d’autres signes notés de la même manière, dans un état mimique, ét il doit par conséquent être traduit soleil.

- Mais lorsque ce même groupe signifie joiu-, l’origine de sa signification s’attache à un autre fait bien différent. Il arrive souvent, dans les textes hiéroglyphiques, que certains signes déterminatifs , soit

mimiqUeR , soit tropiques, sont'euployés seuls, les groupes phonétiques , dont ils dépendent ordinal'^ reihent, étant supprimés pour plus de brièveté : j’en citerai un exemple d«s plus communs , en même tems, et des pins frappans. Les Égyptiens, qui avaient adopté certaines l'ormules pour les inscriptions à tracer sur les différens monumens , emploient généralement dans celle des stèles funé<raires la phrase suivante (planche 1 , n° a),

^titatTT'T ^tNHpTT tpài'TE IT donne des bœufs , des oies , du

vin, du lait , de la cire, etc. s Or, il n’est pas rare de trouver ces mêmes idées exprimées par le. moyen des seuls déterminatifs bœuf, oie, etc. (/</., n° 17 (b).) Cette manière d’abréger serait bien plus hardie lorsqu’il s’agit de déterminatifs tropiques; cependant npus avons pour ce cas aussi des exemples irrécusables , tels que celui du bras étendu tenant aueç force un casse-tête, employé à la place^u mot KZtUJOJT: vaincre {être plus fort), dont il est habituellement le déterminatif ; il en est de même de l’ognon , qui fait souvent les fonctions du umt rocS'T iUustrei^, ilbuniaer, et de plusieurs autres. Maintenant il est bien évident que c’est là l’origine de la signification du disque solaire , lorsqu'il dénote l’idée jour.

Il est utile de noter aussi que les textes égyptiens tracés d’après les trois méthodes , expriment

dans certains cas l'idée jour, par la notation du disque solaire .toul-à'lait isolé, c'est-à-dirc , sans même la lt{>;nc (Planche I , n® 1 8 ) perpendiculaire. Cela arrive surtout devant les chifTres qui servent à noter le nombre des jours du mois, et tient dans ce cas la place de la syllabe numérique < fvr des textes coptes. Ce registre de recettes sacrées tenu par lè scrihe Thoutmosi de Thèbes, qui l'ait partie du musée de Turin, vous en offre. Monsieur, de nombreux exemples en hiératique , et les deux textes égyptiens de l'inscription de Rosette , en hiéroglyphique ( lig. ro , la) et démotique ( lig. a8 , ag, etc. ). Toutefois à la ligne hiéroglyphique de cette inscription où on rappelle le a 7 * jour du mois de Mechir , le disque se trouve évidemment précédé du rectangle, qui cependant n’a pas de correspondant dans le texte démotique (lig. s8). Il se présente même ici une chose remarquable ù propos de la forme démotique du disque solaire ; c’est que lorsque ce disque sert, dans les textes tracés d’après cette méthode, à la notation des jours du mois , il affecte une forme {voyez PI. I , n“ i8) en quelque sorte différente de celle qui est indiquée sous le n° 1 3 (n), qu’on rencontre constamment lorsqu’il est en union avec le rectangle ouvert. J’ai eu occasion de vérifier celte observation, non-seulement dans les différens passages de l’inscription de Rosette, mais aussi dans une foule de contrats , qu’il m’a été permis d’étudier. ■ iie M

Cette circoQStaDcc, que les textes déatoliques nous présentent , et en même temps l’emploi constant dn disque hiéroglyphique isolé dans les cas de la notation des jours du mois, pourrait l'aire. croire qu’il fût spécialemcut consacré à cet usage ; mais les monumens fournissent des preuves évidentes du contraire. J’ai trouvé le disque solaire employé isolément pour exprimer l’idée générale rptpa dans deux stèles de la collection d’Anastasy , dont je liens de vousmême une copie : il entre dans l’expression de la durée de la vie du défunt auquel elles se rapportent. Un autre exemple , que j’aime à citer, c’est celui qui nous est offert plus d’une fois par ce fragment du canon des dynasties égyptiennes , le plus important monument qu’on possède en Europe, et qui appartient au musée de Turin ; on y trouve la forme hiératique du disque isolée dans la notation des années, des mois et des jours de durée, non -seulement de chaque règne , mais de chaque dynastie.

Notre question sur l’usage, dans les textes égyptiens , du disque solaire isolé pour exprimer l’idée jour,noii» ramène naturellement à parler d’un groupe hiéroglyphique dont il fait partie, etqui, par sa fréquence sur les stèles , mérite d’être pris ici en considération ; cela est d’autant plus nécessaire , que le sens que Champollion lui a assigné , il y a quelques années , paraît devoir être rectifié. Ce savant , dans une, dissertation sur un has-relief de la collection Sait , lue à l’Acudcmic Labronica, le ap avril i8a6.

et publiée à Fioreuoc à la meme époque , avance } « que le groupe (n° 19, pl. I) composé du disque » solaire parmi deux chaînes , faisait dans les textes » hiéroglyphiques les fonctions des mots et cœiera » dans iuos langues modernes ; » et que , employé , comme il Test souvent ,ià la suite du caractère symbolique .seigneur,' qui ifsiit partie des titres de

plusieurs divinités et des rois , indique la suite des titres officiels qui devaient ' accompagner les noms des dieux ou des rois memes. Mais , lorsqu’on a acquis la certitude que le disque solaire isolé peut exprimer l’idée jour, on est conduit à un résultat différent , par la comparaison des textes tracés simultanément en signes hiéroglyphiques et en signes hiératiques 'et qui renferment les mêmes légendes. En effet, on observe constamment que , dans les Xexie» hiératiques , le disque solaire se trouve après, et non parmi Les deux chaînes (pl. 1, n**.i 9.). Un exemple de ce même fait m’a été offert aussi par les inscriptions hiéroglyphiques de deux différentes stèles du Musée du Louvre. 11 est tout naturel d’en conclure que ce n’était que pour servir à l’œil et carrer pour ainsi dire la phrase , qu’on avait adopté plus généralement , dans les textes hiéroglyphiques , la disposition du disque parmi les deux chaînes. De pareilles inversions n’ont rien d’extraordinaire dans le système hiéroglyphique égyptien. La tendance générale de ce système , quoique composé de trois ordres de signes essentiellement différcus dans leur

pâture, était d’iiii’ coté celle de peindre, soit les objets représentant des idées, soit les mots qui en sont les signes oraux, de manière à présenter le mieux possible, au propre ou au figuré^ l'image même de ees objets ou celle de leurs qualités ; de l’autre , celle de remplacer sur les nioanmens leS:ornemen8de pure fantaisie adoptés cbee les autres peuples, par la disposition agréable h l’œil , des signes qui servaient à l’écriture. Il dut résulter nécessairement de oette tendance , que les Egyptiens se permirent quelquefois d’intervertir l’ordre des caractères, surtout dans certains mots ; mais il était naturel que ces circonstances ne pussent avoir' lieu que dans les inscriptions hiéroglyphiques ; la méthode hiératique, sorte de tachygraphie qui ne pouvait conserver avec la peinture ce lien intime de la hiéroglyphique, ne devait , par aucune raison , donner lieu à de telles inversions. En général, de cette circonstance et de quelques autres , il dérive un fait dont la connaissance préalable peut devenir de quelque utilité à ceux qui cbercheront à déchiffrer les écritures d’& gypte : qu’il me soit permis de l’indiquer en passant. L’étude non-interrompue des différens monumens et écritures égyptiennes m’a fait sentir que l’analyse grammaticale des textes tracés en hiératique est plus aisée que celle des textes hiéroglyphiques; il n’est pas ditlicile d’en trouver le motif dans les fréquentes abréviations et dans les inversions que la forme , qui parle aux yeux , des carac-

Digitizç-d b

ires hiéroçliyphiqaes , permettait xi'adopter aux épens de la clarté et de l'eMctitade gramniaticalès : r, rien de tout cela dans un texte hiératique.' Mais evehons au groupe en question.

L’ordre primitif dans lequel doivent être lus 4 m rois signes n’ 19, étant donc celui que les inscripions hiératiques nous offrent , il reste à chercher uelle serait la valeur convenable au mot formé par ES deux chaînes. On sait que la chaîne rept-ésentede $ ( hori ) des coptes , soit dans plusieurs noms iropres , soit dans la transcription évidente de pluieurs mots coptes en hiéroglyphes : or, cette lettre e trouvant ici doublée , si l’on y ajoute la voyelle aédiale , elle nous rappelle nécessairement le mot opte sifîiiifie multus, plurimus (i), etc.

)n pourrait donc lire cette phrase très-commune , ormée du caractère symbolique tt\6 seigneur, et e groupe en question , 6 St ^ St . ^OOTT

eigneur pour un grand nombre de jours, seigneur iemel. Si rien n’indique ici le rapport parmi t ^oevr, c’est que très-souvent, dans les textes

icrogljphiques seulement, lorsque deux noms sont U construction, on les trouve apposés sans aucune

(>} On lma*c ce mot, par exempte , dans la phrase snivanle ;

U ^ multis in tocis ( Toir fragni puUivs par Hingailli, VI, page a3o) et dans Tautre mullitt Matüi.

\ , aS.

nitrque qui indique ce rapport , le terme antécédent précédant le terme conséquent. Au reste, ce titre convient très-bien aux dieux comme aux rots , qui , en effet , d’apres des idées relijjieuses , étaieiU'' considérés comme des dieux 'viveuts, des dieu.r manifestes . Mais il esttems de passera l’examen de l’expression qui sert à la notation de l’idée e6i(VT, mois.

Horapollon , en parlant de la notation , dans le système hiéroglyphique, de l’idée mois, nous indique la nature des signes qui servaient à son expression. Cet auteur, dont l’autorité est irréfragable lorsqu’il s’agit d’écriture sacrée égyptienne , dit au chapitre 4 du livre i", « dt ypOKpovreç, BAIN

r, 2EAHNHN EHESTPAMMENHN.» «Pour écrire le mois, les Egyptiens peignent une palme ou bien la lune tournée en bas. » Les nionumens sont parfaitement d’accord avec Horapollon : la forme la plus simple du groupe que ceux-ci ont constamment employée pour exprimer l’idée mois,»e compose en effet du croissant de la lune tourné en bas , plus le disque du soleil (pl. i,n° (a).) Les inscriptions de la momie grecque de Turin, que j’ai déjà citées, celles d’une stèle funéraire de M. Saulnier, présentent ce groupe dans l’expression de la vie du défunt. Ce même groupe se présente dans une stèle de la collection Anastasy du tems du Pharaon Nechao ^ et dans une autre de la même collection, n° le disque du soleil se trouve remplacé par une étoile. (planche I , n° 20 (&).) Nous parlerons dans la suite

R la nature de cet deux tignes : waiflKenant il est écetsaire de «avoir avant tout «i l’autorité de l’in- :ription de Rosette confirme les fait» que nous ve> ont d’indiquer. ■'

Le. mot js.ru «e montre pour la première foi» ans le texte grec de cette inscription , à la ligne 6, ù on lit la daite du décret rendu par le corps sacerotairéuni à Memphis fe 4' du mois de Xandictts, ui était le du mois égyptien de Mechir, MHN02 ÎANAIKOY TETPAAl AlLYnTION AE ME- ;KIP OKTOKAIAEKATH. Mai» malheureuselent la fracture de la pierre a emporté la partie de inscription hiéroglyphique qui renfermait ce pa»tge. Le même mot reparaît dans la 48* ligne du lêine texte grec , là où on ordonne de célébrer ar des panégyrie» le» fête» du jour de la nai»'^ tnce et du couronnement du roi dans chaque mois YEIN TAS HMEPA2 TAYTAÏ EOPTAS KATA IllNA. Ici le texte hiéroglyphique encore existant orte le passage correspondant , qu’on lit textuellelent (pl. 1, n“ ai) tpL ^00*r COTT k£,

OY > tBat-r On

“léhrera ces jours le XVII et le XXX de chacjue OIS par un panégyrie. Or, si l’on analyse les signes ui composent cette phrase, nous reconnaîtrons que, ans le système d’écriture hiéroglyphique, l’idée lois était exprimée de la même manière que Horaollon le dit , et la momie grecque de Turin, et les èles Saulnier et Anastasy le montrent , avec cette

seule différence , que les deux signes ie disque solaire etVàtoiley qui«, dans çes dernières , senc pinces isolément au' dessous du croissant , se trouvent , dans

Je texte hiéroglyphique^ employés ensemble et simultanément. Cette circonstance , qui.s'explique par la nature de ces deux signes , n'a cependant pas lieu dansi le texte déiDoctque , puisque , dans la partie correspondante au susdit passage grec et hiéroglyphique'; il offre (lig* iÔ) , d'accord avec les stèles Saulnier.et Anastasy, les fornies euchorialesdu croisr saut et du simple caractère ^oicïY. (^oiV pl. I, n® aa). 'Cependant ce n’est pas 'Seulement L'inscription de Rosette qui nous montre eette forme plus riche du groupe exprimant mois : j'ai- eu occasion de la remai*quèr, entre autres parmi les inscriptions d'une momie du tenvps grec, donnée par M. Grey à M« Sait , et publiée dans l'ouvrage qui porte pour titre Hie~ l'ogljphica, à la. planche 3 S. étoile ex lescdeil, souvent- accompagnés jie. la ligné perpendiculaire, n’étani/dans cette phrase , i comme dans toute autre exprimant les différentes divisions du temps, que les déterminatifs , il. est clair que rien^ne s’opposait à

ce qu’ils fussent employés isolément , ou , par une sorte de pléonasme, simultanément.

Mais le mot py/v se montre encore d’autres fois dans le texte grec de Rosette , soit dans la partie dont il est le correspondant hiéroglyphique, soit enhii dans celle qu’on ne peut comparer qu’au texte démot iqiie. Or l’analyse de tous ces divers passages

ient »u«M ^ l’appui de ce que nou» avons dk jusju'ici, par rapport au sens dn gproupe dn croissaBt enversé , combiné avec le disque solaire , ou bien 'étoile. Ainsi , si l’on vient à examiner l'expression' le la date du décret placée , comme dans tout texte 'gyptien , dans la première ligne du texte démo>ique , le mot fin» de la ligne 6 du texte grec, on le oit rendu par le même groupe encborial n° , |ue.nou8 avons déjà indiqué comme existant à la igné x8 démotique. Les groupes hiéroglyphique démotique , dont nous avons parlé jusqu'ici , re- >nraissent de nouveau dans l’inscription de Rosette I la fin de la ligne 1 1 hiéroglyphique ( 39 démoi(|ue) à l’endroit où on lit textuellement , que « on rlébrera des sacrifices , des libations , et on accomdira les autres cérémonies prescrites , et qui sont l’usage dans ees panégyries de cluique mois. » Le exte grec correspondant , qui vient de dire , que CS jours de la naissance dn roi et de son couronlement seront célébrés par une panégyrie^ chaque lois, ajoute seulement , en traduisant le susdit derlier membre de phrase « qn’on accomplira d» sarijù'es , des libations et autres rites légaux , comme <n le pratique dans les autres panègyries. SuvrcAnv V otrtoiç â’uofotç xor aemn&tg xat T’aiUa rat voptÇofuvo lig. 4 fi )• C’est évidemment pour éviter un pléolasrae tout-à-f'ait inutile , que le traducteur gree a tégligé ici l’expression chaque mois , que le traduo

leur <les textes égyptiens avait répétée pour être plus clair et plus positif.

Notre groupe hiéroglyphique se présente une dernière fois dans le texte de. Rosette ; c’est dans la dernière partie de la 1 3* ligne , où il est dit , qu’on permet aux simples particuliers de faire élever une chapelle au dieu Épiphane dans leurs maisons , et d’y«tcéléhrer les panégyries et les Gêtes de chaque mois et de chaque année : mais ici le texte grec (d’accord cependant avec le démotique ) omet l’expression chaque mois, et porte simplement celle de chaque année.

Tous ces rapprochemensme semblent , Monsieur, devoir suffire pour établir désormais en fait , que les Égyptiens voulant représenter l’idée mois,u7ri>,tf>0'~l figuraient, comme Champollion l’a révélé , le premier , le disque de la lune les cornes tournées vers le bas , une étoile, et le disque du soleil. Je finirai en observant que Horapoilon nous apprend les motifs qui déterminèrent le choix du croissant renversé pour rcqprésenter symboliquement l’idée mois. J1 s’exprime dans les termes suivans : « E'irnd^ tpaatv, tv Tn oevaroA^ mvrexouStxa [wtpai •jTrdip^O'Jot , -irpèç rè ôcvo> Toîç xepafftv ea^fvjfjuxTi'aâ^au' iv Si tv àm}(po6aei, tûv opid'pèv Twv rptaxovra r^pcov 'trÀvfxoaaioao), «ç rè xàno To?ç xepotet ve6tcÿ. » « Parce que, dit-on, dans son mou- » vement ascendant qui se compose de 1 5 parties (ou » jours) ta lune se montre avec les cornes dirigées

vers le haut , et que dans son mouvement descendant, lorsqu’elle accomplit les XXX jours, ses î

cornes sont dirigées vers le bas. »

11 nous reste maintenant à examiner la suite des

pressions qui forment le tableau de feu Cbampol-

)n ^ mais ce n"est que dans une prochaine lettre , • - *

le je me pro{)ose , Monsieur, de vous entretenir

ir ce sujet. Elle renfermera donc l’analyse des ex- ’

'essions particulières qui servent à la- notation

: chaque tétraménie et de chaque mois , une indi-

tion de l’origine des noms oraux des mois memes,

îxpression des jours épagomènes, celle ei^fin de

dée générale année.

Je vous prie. Monsieur, d’agréer, en attendant, nouvel hommage de ma reconnaissance et de ma irfaite amitié. . •

. FRANÇOIS SALVOLINI. .

Paris, Octobre i83?.. - * ;

PARIS. — ll^RIMERIE DE DONDEY-DUPRÉ ,

l!ur S;iiut l.oui» , Marai».

^ ■ ir m€-

erp

IP

(n^Y if

tt$

■oogle

Page 1