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Des principales expressions qui servent a la notation des dates sur les monumens de l'ancienne Egypte, d'après l'inscription de Rosette Lettres a Mr l'abbé Costanzo Gazzera ... seconde lettre

En publiant ma Première Lettre sur le» expressions qui servent à la notation des dates sur les monument égyptiens , le dernier résultat a été celui de fixer irrévocablement la nature et la valeur des caractères dont on se servait cIeuis les trois systèmes d'écritures , pour représenter l'idée mois en général j et suppléer ainsi à l'expression phonétique du mot t&DT, ou SÊOT, de la langue parlée. Ce résultat nous porte maintenant h l'examen des formes hiéroglyphiques , hiératiques et démotiques des noms particuliers donnés à chacun des douze mois.

D'abord, rapport à leur nombre de douze , dans lequel les Égyptiens divisèrent l'année , on ne saurait élever aucun doute. Si Clément d'Alexandrie , Hérodote , en un mot , toute l'antiquité ne fût d'accord là-dessus , une seule circonstance servirait a mettre en évidence un pareil fait. Cette circonstance consiste en ce que la série entière de leurs noms mêmes , au nombre de douze, quant à leur prononciation , est arrivée jusqu'à nous par trois témoignages différent : celui des anciens auteurs grecs ;

celui de la tradition orale , c'esl-a-dire , des Arabes d'Égypte qui s'en servent habituellement ; celui enfin des livre» coptes, ou les écrits des Égyptiens devenus chrétiens , et ayant , par suite de leur conversion même, adopté l'alphabet grec, en abandonnant leurs antiques écritures nationales.

Voici le tableau de ces noms propres des douze mois de l'année égyptienne, d'après les trois témoignages dont nous venons de parler.

I J -fi -î i -1 .1 i

il Iililïîîiil

5 S, 5is.5.ag e

Maintenant il y a ici à remarquer que si , d'un côté l'existence de ces noms, comme ecux-mémes dont les anciens Égyptiens durent faire usage dan» la langue parlée, met hors de doute le nombre des mois qui formaient l'année de ces derniers, de l'autre, ce même fait donne origine à une question très-grave , lorsque l'on compare la série de ces noms avec le tableau de leur forme plus ancienne que Champollîon nous a laissé. Eu effet les savans onl dû apprendre, soit par \e&Letiies à M. le duc de Blacas, relatives au musée de Turin , soit par les note» de Çhampoltiou publiées par M. le professeur Koscgarten , que le hiérogr&mmate français croyait avoir acquis la certitude que les noms propres des douze mois de l'année égyptienne, tels que les auteurs grecs et les livres coptes nous les ont transmis , n'étaient nullement transcrits au moyen d'elémens phonétiques. Cette circonstance avait constamment lieu , d'après lui. non-seulement dans les textes conçus en écriture sacrée , mais aussi dans les textes en écriture populaire ; ce qui ne peut n'occasioner encore une plus grande surprise , puisque nous venons de voir que les noms de mois en question , tels que nous les connaissons quant a leur prononciation , sont demeurés vulgaires eu Egypte, et ont été sans interruption transmis de bouche en bouche, depuis les tems historiques les plus reculés , jusqu'à nos jours. Or, d'après ces aperçus , se présente naturellement une première question rela-

tive au tableau de Champollion. En effet, aucun éclaircissement n'ayant jamais accompagne la publication quoique répétée de ce tableau , et d'ailleurs les conséquences qu'on lire de l'existence des noms phonétiques des douze mois , étant incontestables , quels peuvent donc être les faits qui décident que , dans les textes sacrés, on n'avait pas reproduit le son même de ces noms de mois , mais que l'on s'était contenté d'en rappeler l'idée par des symboles on des emblèmes ?

Il y a plus : de l'élude de cette première question, nous verrons sortir un nouveau fait , dont les conséquences assez étranges donnent origine à une seconde question bien importante encore. On remarquera en effet, que lors même qu'on a admis la nature des signes ou groupes servant à la notation des mois égyptiens , telle que Champollion l'admettait , si l'en passe à comparer le tableau de ce dernier avec les résultats qu'on est obligé de tirer de 'l'examen des trois textes de l'inscription de Rosette, il est facile de s'apercevoir que cet important monument n'est pas toujours d'accord avec ce tableau. Plusieurs savans , il est vrai , n'ignorent pas que Champollion, conduit par l'élude d'autres monumens , n'a jamais douté d'avancer qu'il devait exister une faute du sculpteuràl'endroitdel'inscription de Rosette qui ne s'accordait pas avec ses résultats. Mais dans le manque total de démonstration , dans

lequel, empêché par les seules circonstances, i! nous a laissé relativement à cette assertion , n'est- il pas aussi vrai de dire , que la science ne peut trouver un résultat plus positif dans sa bonne foi que dans un témoignage irrécusable , tel que celui de l'inscription de Rosette. C'est ainsi, monsieur , qu'nne exposition de faits multipliés et évidens par euxmêmes, qui, comparés avec sévérité, viennent lever toute incertitude relativement aux deux questions que j'ai dit pouvoir être faites, m'a paru nécessaire. Maintenant, en me la proposant ici , je pense que, loin d'admettre a priori le système de Cham poil ion pour la notation des mois égyptiens , il faut , dans l'intérêt même de ce sy tème , commencer par un examen attentif des monumens sur lesquels nous savons d'avance exister l'expression en écriture sacrée de quelques-uns des mois en question , et voir si , sans l'influence d'aucune prévention , des résultais rigoureux décident véritablement en faveur du système du savant Français.

Parmi les monumens que je viens de désigner , l'inscription de Rosette occupe la première place. Le texte grec de ce décret sacerdotal renfermant les noms des mois de M(x<ip> de Mstropn et de 6uu0, il ne s'agit que de distinguer et isoler avec certitude les caractères hiéroglyphiques qui représentent ces noms de mois dans le texte du monument conçu en écriture sacrée: ensuite il deviendra facile, par la

comparaison des élémens constitutifs de ces trois groupes , de reconnaître la nature des signes par lesquels on avait reproduit l'idée de ces mois.

C'est à la ligne sixième du teite grec , que l'on rencontre le nom du mois de Neyitp , à l'endroit où a été énoncée la date du décret rendu par le corps sacerdotal rassemblé à Memphis, le IV* jour du mois (macédonien)deXandicus, qui répondait au XV1TJ* jour du mois égyptien de Méchir: ppoî Çwitaou TErpaSi atyuirriwv èt Mentis tnttaxtatStxatrn. Comme toute la première portion du texte hiéroglyphique manque entièrement , il est inutile de chercher ici le correspondant égyptien de ce nom en écriture sacrée. Contenions-nous donc de reconnaître , s'il est possible, dans le texte démotique qui s'est conservé en grande partie, les signes qui, dans le système d'écriture populaire, représentent le mot Mîjff'p du texte grec.

Une cassure a fait disparaître le commencement de la première ligne du texte démotique , dans laquelle le rédacteur du décret avait placé la date ; mais, par un hasard assez heureux, le nom du mois de Méchir a échappé à la destruction. Les premiers mots encore subsistons (voir planche 11 , a° i) répondent , d'après la valeur incontestable de chaque signe, soit phonétique , soit symbolique, reconnue et prouvée par une longue et minutieuse comparaison des trois textes, répondent, dis-je, aux mots égyptiens ou coptes... Ht p (ou ESpt)

« quiest lemoil des Égy pticns Méchir le jour XVII 'I.* Il est de loute évidence , d'après ta traduction grecque qui nous reste de ce passage, que la lacune existante à la première ligne du texte démotique , était primitivement remplie par des mots ou signes exprimant les idées suivantes : a L'an IX, de Xandïeus le 4 1 qui est le mois des Égyptiens , etc. , etc. »

J'ose , monsieur , vous présenter cette restitution uou- seulement sur la foi du texte grec correspondant , mais aussi d'après l'exemple, que je puis comparer , de la date d'une longue inscription hiéroglyphique, qui existe dans le grand temple de l'île de Philae. Cette inscription (i) , si les copies qu'où en possède en Europe sont exactes , contient, comme celle de Rosette , renonciation du mois macédonien en concordance avec celle du mois égyptien, et, de plus, les expressions de cette double date sont (aux noms et aux quantièmes de l'année et des mois près) les mêmes que celles de la date démotique du décret de Rosette. Voici ta date de l'inscription hiéroglyphique de Philae à la ligne première (voir pl. H, n° a) : TpnuTTE !2îOTTTZ.<^ÏE TUpSTSOC 'm «pt TTE&OT « KEp«.KH UE ETTHn COT 2- « L'année XXIV, de Perilitts, qui est le mois des Égyptiens Epiphi, le premier, a

(i) Ct tetlc ai relatif au don de vin P l-quatrc itoota de tînt , fait h liii , àî-ax du Impie . par Ércrgilc II.

L'inscription de Philae, que je vous cite ici, monsieur , me donne occasion de justifier aussi le placement que vous aurez remarqué, de la date du décret démotique de Rosette, comparativement au texte grec. Or, ce ne sont pas seulement les inscriptions de Philae et de Rosette qui présentent leur date à la première ligne : j'ai eu occasion d'observer conttamment , que , soit dan» les stèles funéraires , les contrats et les actes publics de tout genre , soit dans les inscription* monumentales, les Égyptiens avaient en usage de placer les dates des stipulations ou des faits dans la première ligne des contextes hiéroglyphiques , hiératiques ou démotiques. Cette circonstance étant ainsi justifiée , il est tems de passer à l'analyse du groupe de caractères démotiques qui, dans le monument de Rosette, équivaut au mot Mexitp du texte grec.

Ce nom se trouve exprimé par quatre signes {-voir Pl. ÏI, û" 3); i° par un caractère numérique (ib. à) répondant dans tous les textes démotiques à notre chiffre a ; a" par l'équivalent démotique (ib. />) du parallélogramme oaven par son côté inférieur , et qui répond à l'aspiration H , le hori des Coptes, comme je l'ai déjà fait observer dans ma Première Lettre ; 3° par le signe démotique (ib. e) de l'articulation R; 4° par la forme démotique (il). </} du caractère soleil, tel qu'on a eu occasion de l'observer ailleurs. En résumant cette analyse , il en résulte évidemment , que le groupe des carac-

tères démotiquee , répondant au mot Mt^tp du texte grec, se compose de deux caractères ideographiques,ïc chiffre deux, caractère initial, et le signe soleil, caractère final , entre lesquels on a placé un mot phonétiquement exprimé par les articulations ^ et p. Maintenant il est déjà permis de conclure de ce premier fait.

i° Que le nom du mois de Mtkhir n'était absolument représenté que quant aux sons, dans le texte démotique de l'inscription de Rosette.

2° Qu'on mode de notation semblable à celui du mois de Méchir , et sans aucun rapport avec les noms vulgairement employés , avait été probablement adopté pour tous les douze noms des mois del'amiée.

J'avoue, monsieur, que cette dernière conséquence reste jusque-là encore trop incertaine. Dans ce cas, il devient nécessaire pour moi de vous dérouler ici toute la série des faits que l'analyse de l'inscription de Rose lté m'a offert, rapport à ce sujet, afin de nous assurer de tous les points de comparaison sur lesquels la susdite conséquence repose. Ainsi je me hâte de procéder à la reconnaissance des groupes hiéroglyphiques et démoliques représentant les noms du second, du troisième et du quatrième des mois mentionnés dans le texte grec de Rosette. Je parlerai d'abord de celui de Mésori , au XXX" jour duquel on célébrait la fête de la naissance du roi Ptolémée- Épiphane , t>jv tftaoa&x wmu Me<ropn tv r. Tût ym- 6\ia to-j pcwiitwç ayrreu.

C'est dans la dixième ligne actuelle du texte hiéroglyphique , et dans la aS'-ag' du texte démotique, que je rencontre l'expression, en caractères sacrés et en caractères populaires , de cette dernière phrase, qui contient le nom du mois de Mésori.Qn y dit à la lettre que « le jour XXX du mois de Mésori , jour natal du dieu (le roi) gracieux , toujours vivant, établi en Panêgyre , est f été dans les temples.» Le groupe hiéroglyphique (Pl. II, n° 4) exprimant dans cette phrase le mois eu question , se compose de i/uatre croissons lunaires, les cornes dirigées vers le bas , et d'un caractère représentant un bassin ou réservoir d'eau. Il est de toute évidence , que ces divers signes , soit phonétiques , soit symboliques , soit figuratifs , n'ont avec les sons et les articulations qui forment le nom propre Mésori, pas plus de rapport que ceux qui composent le nom âeSfêchîr, que nous venons d'analyser, avec tessons de ce dernier. L'examen du groupe enchorial , répondant au même nom dans la phrase susdite, en fournit une nouvelle preuve. Eu effet, ce groupe est formé du chiffre démotique exprimant le nombre 4 (Pl. II , 5 , a) et de la forme démotique (ib. : 5., b) du caractère hiéroglyphique représentant un bassin d'eau. C'est évidemment une simple transcription du groupe hiéroglyphique , à l'exception des croissans dont le nombre seulement se trouve exprimé par le chiffre.

Ce rapprochement de la forme hiéroglyphique

et en même temps de la forme démotique du nom d'un même mois , nous porte naturellement à une conjecture. Si le chiffre 4 remplace, dan» le démotique, les quatre croissant du nom hiéroglyphique de Mésori, le chiffre a, caractère initial du nom démotique du mois de Méchir , que nous venons de lire dans la date du décret de Rosette, devait, dans la partie hiéroglyphique qui a disparu , répoudre également à deux croissons exprimée figurait veraert t. Je me plais à faire ici ce genre d'hypothèse, puisque l'analyse du premier nom do mois , que nous rencontrons dans le décret do Rosette , après celui de Mêsori , en donne une confirmation complète. Le nom de mois dont je veux parler , est justement celui de Méchir: il se trouve à la ligne a8 du texte démotique , qui porte à la lettre les idées suivantes ; (on célèbre) « pareillement le XVII* jour du mois n de Méchir, dans lequel le roi remplit les ccrémo- * nies de la prise de possession du pouvoir royal. » Et la partie correspondante du texte hiéroglyphique (lig. io actuelle) dit textuellement. « On fête aussi )> le XVII" jour (ici un nom de mois) dans lequel le » roi remplit les cérémonies de la royale Tète pour m la prise de possession de la royauté à la place de » son père. » Le groupe hiéroglyphique (Pl. II , n° 6) répondant, dans cette phrase, au nom du mois de Mêchir Au texte démotique, se compose en effet de deux croissons les cornes dirigées fers le bas , qui tiennent la place duchifirei, caractère initial du nom

démotique du mois de Méehir. Seulement il existe ici , entre la forme entière démoliqitc du nom de ce mois et la forme sacrée , une discordance d'élémcns qui à la vérité devient fort embarrassante. On observe en effet , que taudis que ies deux signes ^ et p suivent le chiffre a dans le nom démotique {Pl. II , n°. 3) , ils ne sont remplaces, dans le nom hiéroglyphique, que par ira seul signe représentant trois liges de lotus en fleur entremêlées de deux boutons de la même plante, le tout placé sur une base commune. Or, il est bien certain que ce caractère n'a rien de commun avec les deux signes du ^ e * du p, puisque Champollion a démontre dans son Précis , que ce signe pris phonétiquement n'exprime que l'articulation oj des Coptes.

C'est dans cette non-concordance des notations hiéroglyphique et démotique du nom du mois de Méehir, que consiste cette anomalie, qui, comme je l'ai fait remarquer dans le commencement de cette lettre , faisait croire a Champollion qu'une faute du sculpteur existe à la ligne i o du texte hiéroglyphique de Rosette. Je me suis proposé , monsieur , en vous traçant cette remarque , de justifier l'assertion de mon savant maître ; c'est ce que j'espère de pouvoir faire bientôt. En attendant je commencerai par vous sousmettre une observation , c'est-à-dire , que la différence que nous venons de découvrir entre l'expression démotique et l'expression hiérogly-

phiquo eu question, devient extrêmement étonnante, lorsqu'on voit que toua lea autres noms hiéroglyphiques de mois , qui entrent dans le même décret de Rosette , celui par exemple de Mésori , que nous avons déjà reconnu , ont été fidèlement transcrits, presque signe par signe, en écriture démotîque. En effet c'est ce que nous munirent aussi les noms , hiéroglyphique et démotique , du mois de Tlioih mentionnés également dans le texte grec, qui sont des transcriptions exactes l'un de l'autre selon les règles particulières à chacun des deux systèmes graphiques.

Le nom du mois de Tlioih , Owj9, qui se montre à la ligne Su du (exle grec du décret, où il est ordonné de célébrer en l'honneur d'Épi phane et dans toute l'Egypte , une Panégyrie solennelle , qui devait durer pendant cinq jours, à partir de la ifeomént'e du mois du Tliot/i, iirîi ttk vo-jy.ryiaq tou ©tirjô e<j nuif-a; iTEVTf, n été exprimé dans la partie correspondante du texte hiéroglyphique , ligne la , par un caraclère symbolique (Pl. II , n" 7), qui , sur les inscriptions tracées avec soin,esl recou Haïssable par une sorte de poignard , et répond toujours (1) dans

penonnage nomme Onnofrii, qualifie île TT^nKT SOTST « OTfCiDÇ ) e'atf-li-dir* »»»■ prophète <IO$itii, (.taie pre-

comUlenl aaiu une «tatuc en ijranil grit, une maire statut en grait rou , et d*ns une grande iltU en pierre ublonneuii'.

. ûKb; —

les textes sacrés, parties motifs que Champotlion luimême ignorait encore , aux mots ^O'i^'T elojOpTl de la langue copte, et exprime l'idée premier. Ce caractère, dans le nom du mois de Thoth, est suivi de l'articulation ichei , sorte de signe que nous venons de décrire à l'instant, et qui représente un jardin. Le texte démolique (ligne 29) offre, signe par signe, la transcription exacte de ce groupe ; on y trouve en effet (Pl. II , n" 7) la forme domotique du chifTre un , suivie des formes démotiques de l'articulation ty. Le groupe se termine par le caractère riéterminatif soleil , particularité déjà notée dans le nom démolique du mois de Méckir , et motivée par cette règle générale dont j'ai eu occasion de parler dans ma Première Lettre, et qui consiste dans la présence du disque solaire à la fin de tout mot exprimant une division du tems.

D'après cette manière , par laquelle on a rendu, dans les textes égyptiens, les noms de trois mois , Tltoth , Mcchir et Hfèsori, mentionnés dans le texte grec du monument de Rosette , je crois qu'il wst* désormais démontré en fait :

« Que les noms propres des douze mois de l'année » égyptienne , tels que les auteurs grecs et les livres » coptes nous les ont transmis, n'étaient nullement » transcrits au moyen d'élémens phonétiques [ » qu'en un mot , on les remplaçait par une série de » dénominations n'ayantaucun rapport de son avec

» les appellations connues, Thoth, Paopi , Ha- » thâr , etc. »

Ainsi, la première question que nous nous étions préposée , reste résolue en faveur du système de Champollion : c'est l'inscription de Rosetic qui nous conduit à ce point de vue. Il nous reste encore a justifier l'assertion du savant Français, relativement à la faute existant , d'après lui , dans le teste hiéroglyphique de ce décret. Cette justification doit sortir de la résolution du problème suivant , qui complétera en même lems celle du tableau de Champollion, problème auquel donne origine l'examen des résultats qu'on vient d'obtenir de l'analyse des deux textes égyptiens de Rosette.

La double partie égyptienne de cette inscription démontre suffisamment que , dans les écritures antiques , chaque nom de mois consistait en un caractère ou un groupe, soit symbolique, soit phonétique, précédé de différons chiffres numériques , ou bien de un, de tiens? , de Irais , etc. croissans lunaires renversés, les cornes tournées vers le bas. Or , et) réfléchissant sur le nombre de ces croissans , ou la valeur de ces chiffres qui précèdent le caractère ou groupe des mois de T/ioth, Méehir et Mèsuri, on est porté naturellement à demander quels sont les faits qui peuvent démontrer si ce nombre ne dépassait pas celui de 4 , ou s'il s'étendait jusqu'à ta , de manière à donner ainsi le numéro d'ordre de chacun des douze mois de l'année.

lizedb/ GDOgle

Les groupes hiéroglyphiques et démotiques représentant le nom du mois de 27ioih, le premier de l'année , affectés du chiffre un , porteraient d'abord à croire à la dernière supposition ; mais on en aura démontré pleinement tout le vide , si l'on mit observer que les groupes équivalant aux noms des mois de Méchïr etdcAfésori, les fl'et XII' mois de l'année, sont précédés, au lieu des chiffres 6 et îa, par les chiffres a et 4> Au milieu de ces diverses circonstances, ayant besoin de pénétrer plus a fond notre question , et ne voulant d'ailleurs faire usage que des simples données qu'il noua est possible de tirer de l'inscription de Rosette , je trouve qu'on peut faire encore une remarque sur ce monument , remarque dont les conséquences , une fois admises, serviront seules à justifier le système de Champollion. Que l'on observe en effet , que d'abord mois groupes ou caractères différera entrent dans la composition des trois noms de mois que nous venons d'examiner ; qu'ensuite ces trois groupes ou caractères sont , comme on l'a déjà remarqué , affectés de chiffres numériques pour la plupart non d'accord avec le numéro d'ordre des mois dont ils servent à former le nom. Que l'on observe enfin qu'il y a tout lieu à croire que la valeur de ces chiffres n'ait pu dépasser celle de quatre , puisque c'est ce nombre même que nous trouvons attaché au nom du dernier mois de Vannée Mésori. Il est impossible de donner une explication plus na-

turclle de toutes ces circonstances , qu'en admettant que nos trois groupes on caractères aient servi chacun a distinguer une de vois différentes divisions des mois, divisions qui d'ailleurs, soit à cause de leur nombre, relativement au nombre total des douze mois , «oit à cause de la valenr du chiffre qui accompagne le nom de Mêsori qui en est le dernier , devaient nécessairement consister chaenne dans une série dé mois , dont le nombre ne dépassât pas celui àequatre. J'ajouterai , qce ce n'est que dan* cette opinion qu'on trouverait une explication satisfaisante, non -seule ment de l'existence du chiffre un devant le nom du mois de Thath, mai» (ce qui est bien plus concluant) de celle du chiffre deux devant le nom de Mt'-clùr. En effet , ce mois étant le sixième dans l'ordre des douze qui forment l'année entière, ileu l'ésultede toute nécessité, d'aprèsnotre division dea mois de l'année égyptienne par tétramenies , qu'il est le second de la deuxième de ces tétramenies mêmes. Ainsi, de cette division, que nous ne pouvons admet Ire jusqu'ici que par udb simple induction, il en résulterait, en dernière analyse, que notre signe figurant an jardin put servir à noter en général les quatre premiers mois de l'année, puisque nous le voyons entrer dans lacomposilion du nom de 77(otfi, l'un de ces mois mêmes; que le réservoir d'eau servait de son côté à distinguer les quatre derniers mois de l'année, puisqu'on effet il fait partie d'un d'entre eiix,ri!luidcyt/(T.ion",ctquc par conséquent le groupe

phonétique ^ p, dont se compose le nom de Aféehir, servait à noter les quatre mois du milieu ; de sorte que chacun de ces signes ou groupes pouvait être appliqué à la notation de quatre différons mois de l'année, par la seule adjonction successive des chiffres 3 et 4.

Il est donc possible de mettre d'accord tous les principes sur lesquels se fonde le tableau de Champollion avec les résultais que nous fournit la double inscription de Rosette. Toutefois , dans l'état actuel de nos connaissances sur les monumens de l'antique Égypie , ce même tabhiau peut recevoir une confirmation bien plus positive encore que celle que nous nous sommes efforcés jusqu'ici de trouverdansl'cxamen du décret en question. Il existe, soit dans les musées d'Europe, soit sur le sol même de l'Égyptc, un grand nombre de monumens qui tous achèvent de mettre en évidence par leur simple inspection les inductions que nous venons d'établir.

San* trop parler ici de l'application toujours heureusequej'ai pu fairedeces mêmes inductionsà toutes les dates de nombreux papyrus démotiquea, application qui donne des résultats certains, puisqu'ils sont très-souvent contrôlés, soit par les textes grecs de ces mêmes actes, soit par les dates relatées dans lesenrcgisiremena grecs , qui accompagnent fréquemment le texte de ces contrats égyptiens , je me contenterai de citer ici divers monumens existant, soit

an Louvre, «oit au murée de Turin, et dont le plus simple examen lève toute sorte de doute.

Jedois nommer d'abord un monument, dont le dessin, publié dans la Description de fÊgypIe , permettra au lecteur de vérifier l'exactitude des résultats que nous allons lui présenter. Ce monument consiste en un simple fragment en granitelle gris, provenant de la partie supérieure d'une rfiapelle monolite, oouverle de légendes hiéroglyphiques dans lesquelles on aperçoit des noms de mois (i). En étudiant attentivement ce précieux débris trouvé jadis à Damiette , et maintenant consorwé au Louvre , on refonde noire upinion que ce fragment noua prtaente véritablement des uiinu hïêcoglyphïipi.', Je mois égyptien», je repondrai d'abord que la présence de grnupei, tell que nous alloni Ici décrire, en léle dei quatre

ne tuœùt être fortuite. Mai» on ri* manquera pu de partager klentot ma cornichon, >i je hit oUericr une circonstance qui se prcMinlcïn analysant ligne pat ligne le* quatre uhrawt citées wm le. n° 8 a , h, c, il, Je la planche 11. Cette circouttancc consiste eu ce que let groupe! en quea-

(I- pliraatj (tel moi.) du XXI' jmijtin au XXX- jour. (II- phrase) id. Ju I" — BU XI' jour.

(III' {tw) irf. du XXI' - .uXXX'jour.

(IV phrase) id. du XI' — au XX- jour.

Au reste, le signe de la fcoutfie p, qui sepure duo» toute» ce» phraaet le premier groiqie exprimant Le jour de, Le second, je le traduit par jusque j

copte ptU, TpO, dMIBobtptt^J tpnitt, pOC\,elc; j* crois auHi qif il se devait prononcer en effet rr on tro.

connaît successivement, dans diverses colonnes de signes hiéroglyphiques (Pl. II, n" 8 , a, b, c, d) : t d Lc caractère représentant le jardin que nous avons vu former le nom hiéroglyphique du mois de Tlioth dans l'inscription de Rosette, en se combinant avec le chiffre un, affecté du chiffre quatre surmonté du croissant de la lune, les cornes dirigées vers le bas ;

a' En tête de la subdivision suivante du texte, le groupe hiéroglyphique formé du parallélogramme ouvert par son côté inférieur, et de la bouche p f exprimant le mot ^p, lequel, précédé du chiffre ileux, on a vu former dans l'inscription de Rosette le nom du mois de Méchir ; ce mot, sur le monolite, est précédé du chiffre un surmonte du croissant renversé.

3° Après une longue lacune , et par un hasard bien heureux , le même groupe ^3 p se présente précédé du chiffre 4 encore surmonté du croissant

4° Enfin le caractère hiéroglyphique représentant un bassin ou un réservoir d'eau, qui , dans le décret de Rosette , précédé de quatre croissans renversés , exprime le mois de Mésori , ce même caractère, dis-jc, dans le fragment de monolite se trouve précédé ilu chiffre un surmonté du croissant renversé , el suivi de trois lignes brisées ou ondulées , caractère figuratif représentant l'eau dans tous les lestes hiéroglyphiques.

Maintenant , en résumant les clivera résultais de ces (ait» , nous trouvons d'abord , que toujours mois groupes ou carnet ères seulement (ceux mêmes qu'on a vu servir à exprimer trois noms de mois dans le décret de Rosette) ont suffi dans le monolite pour en former jusqu'à sept. Si nous réunissons ensuile tous ces noms de mois qui ont été fournis par lys deux monumens , nous avons : premièrement le signe figurant un jardin , affecté du chiffre un dans l'inscription de Rosette , et du chiffre quatre dans le monolite du Louvre ; après cela nous voyons le groupe affecté du chiffre un dans une des légendes du mouolite , du chiffre deux dans le lexio déinoliqiic de Rosette , et du chiffre quatre dans une seconde légende du même mouolite. Enfin le réservoir if eau, qui se monde noté du chiffre quatre dans l'inscription de Rosette , nous le trouvons accompagné à son tour du chiffre un dans le monument du Louvre. Or, serait-il possible de posséder nue conGrmation plus positive de l'usage des trois groupes ou caractères, tels que nous l'avions déduit de la simple analyse de l'inscription de Rosette , je veux dire celui de noter trois divisions des douze mois de l'année en séries de quatre mois chacune , par l'addition des chiffres i, a, 3 et 4?

Toutefois , monsieur , j'aime à vous citer encore un monument, que vous pouvez avoir sous les yeux, et qui sert à justilier de plus en plus l'exposé des

doctrines établies jusqu'ici. Ce monument , que jo m'attache à vous rappeler , consiste dans un registre des recettes sacrées tenu par un scribe nommé Toutbmosis de Ttièbes, registre dont j'ai déjà parlé dans ma première lettre , et qui, commencé le 16 du mois de Paopltide l'an XIT du règne du Pharaon Hamacs XI de la XX* dynastie diospolitaine , et continué successivement pendant les mois à'Hathôr, de Choïah, Tôbii Sfêchir , Phamenoth , Pliarmouti , jusqu'au 9 du mois de Pachons de celte même XII* année , nou& offre la série des mois presque entière. Àu reste -, quant aux preuves de l'exactitude de son tableau , que Champollion a rapporté d'Égypte, elles sont , si c'est possible , bien plus évidentes encore.

Il existe dans un des plus magnifiques édifices de Thèbes, le R ha m esse u m où palais deSésostris, désigné plus ordinairement par les voyageurs sons la dénomination inexacte de Mcmnoniuni , un immense tableau as trouomico-astro logique décorant le plafond de In salle dite mptimTort , le Promenoir, qui suit immédiatement la salle hyposlile. Dans une partiede ce tableau, on trouve sculptée , en grands hiéroglyphes , la série entière des noms des douze mois de l'année , telle que Champollion l'avait déjà rédigée en Europe : celte série commence en effet par quatre mois exprimés par le caractère figurant un Jardin , surmonté successivement d'un croissant , et des chiffres 1 , a, 3 et 4- Viennent ensuite quatre autres mois notés par le groupe a p surmonté aussi

du croissant , cl successivement encore des chiffre» 1 , a , 3 et 4- A la suite de ceux-ci , les quatre derniers mois de l'année sont représentés par le bassin que détermine le signe de l'eau, et surmontés successivement encore des chiffres i , a , 3 et 4- Parmi les copies de monumens originaux que j'ai pu étudier avant d'en être privé par la mort de Ghampollion, je me rapelle enfin d'avoir vu les dessins d'une des plus belles tombes royales de la vallée de Bibanel-Molouk. dans lesquels les noms des douze mois se trouvent successivement notés et exprimés par le* mêmes caractères, et disposés précisément dans le même ordre que nous avons démontré devoir être assigné à chacun d'eux d'après les inductions tirées de l'analyse de l'inscription de Rosette.

Ainsi donc , de l'examen comparatif des monumens , il résulte en fait :

11 Que trois groupes ou caractères suffirent pour * noter les douze mois de l'année égyptienne ; chaa cun d'eux variant successivement de valeur par » l'addition , soit d'un , soit de deux , de trois ou de » quatre croissons renversés , soit d'un seul crois- « sant reversé, suivi des chiffres 1, a , 3 et 4i soit » enfin des simples chiffres 1, a, 3 et 4 (1). »

Il résulte encore de tous ces mêmes faits, qu'il nous est permis de prononcer hardiment avecChampollion , que le sculpteur égyptien , chargé de gra-

(1) Je fecaî observer crue ce dernier eu arrive toujours dani lei tcïiet

ver sur la pierre le texte hiéroglyphique de l'inscription de Rosette, avait commis une erreur notable dans la io* ligne encore existante de ce monument , en exprimant le mois de Mèckir par deux croissons, et le caractère figurant un jardin (ce qui constitue réellement le nom hiéroglyphique du mois de Paophi, le second de la première tétraménie) , an lieu de sculpter sous les deux croissans le groupe V'" employé avec toute raison le

sculpteur chargé de graver le texte démotique correspondant du décret.

Jusqu'ici nous sommes parvenus , je l'espère , à lever toute sorte d'incertitude relativement à la manière que le savant hiérograuimate français prétendait avoir été employée pour la notation des mois sur les monumens égyptiens ; par conséquent il ne peut plus y avoir de doute quant aux formes matérielles des groupes exprimant ces mois mêmes. Cependant il serait indigne des progrès actuels de ta philologie égyptienne , de nous arrêter là , et de ne pas fixer désormais les idées de» savans par rapport à la nature des signes qui composent ces groupes. Ici vous concevrez , monsieur, que , d'après la manière dont, comme nous venons de voir, se faisait la notation de chacun des mois , nos recherches doivent avoir pour objet la reconnaissance de la valeur de ces signes surtout qui entrent dans l'expression générale de chacune des trois tétraménics.

Le signe distinclif des mois de la première tétra-

raénic représente des tiges et des boutons du lotus, de papyrus, ou d'autres plantes , alternés et posé» sur une base commune. Considéré comme «impie signe phonétique, ce caractère représente, dan» tes textes égyptiens de toutes les époque», l'articulation copte sch ; et dans ce cas , il peut être la représentation phonétique du mot copte tyç, qui désigne le» tiges ou le bois des plante» et des arbres , et qui entre aussi en composition dan» le» nom» des arbres et des arbustes , tels que «yEttors le tamarin , «JtnCSq* le cèdre, oitltiAOM Varbre de la vigne, ou bien encore c'est le caractère initial des mots tytgHK et tyKK , qui expriment les végétaux en général; et signifient (t) plante, arbre ou arbuste. Dans ce cas , il pourrait très-bien en être de ce caractère , comme de plusieurs autres phonétiques, qui étant employés de préférence à tout autre caractère leur homophone pour la transcription de certains mots de la langue parlée, l'usage s'introduisit naturellement de n'écrire , par abréviation, que les initiales seules des noms qu'ils servaient h indiquer, lorsque surtout ces derniers revenaient le plus fréquemment dans les textes hiéroglyphique» : toute» les inscriptions en écriture saerée présentent de nombreux exemple» de ces abréviations. Enfin ce même caractère, dessiné en grand , a été employé dans certains bas-reliefs (a) avec quelques

(i) Oocs, XXII, i3.

'i) Dtiaifl. de l'^sj-P" • A . I, pl. ~« , n- 5.

légères modification h pour représenter un jartlin iyKH , et c'est là, «ans contredit, l'origine de sa valeur ilane le système des caractères phonétiques. Si l'on veut au contraire considérer ce caractère comme figuratif, on conviendra que , prise au propre , cette image , formée de la réunion des tiges , des boulons et des (leurs de certaines plantes, est nécessairement encore en rapport évident avec la grnnination et la Jloraison des plantes et des arbres,

Nous avons fait remarquer que la seconde têtraménie fut exprimée par un groupe phonétique répondant aux articulations ^ap : il s'agit maintenant de reconnaître la valeur de ce mot et son analogue dans les lexiques coptes.

Le mot ^pi écrit, soit en signes hiéroglyphiques, soit en signes hiératiques, par te rectangle ouvert et la bouche, et affecté souvent de l'article du genre féminin -i (planche II , n" 9) , se trouve très-fréquemment employé dans les manuscrits , et surtou! dans les stèles funéraires, où il équivaut toujours au mot copte, également du genre féminin, pC ou epH en dialecie thébain, fclpH ou 5ppt en dialecte memphitique , mot que tous les lexiques et toos les textes coptes emploient pour indiquer cièuî, aUmenbun. En effet, parmi les différentes formules qu'on traçait habituellement sur les monumens funéraires , notre mot a p se montre prin-

ci paiement dans la suivante , relative à la nourriture céleste et aux pains de la table de» dieux que , comme le Grand Rituel Funéraire nous l'apprend, les âmes des justes étaient censées recevoir : OTCSpE Ttnn6 h ï&tin nsOESK (a-vtu) •~i ç spt.

«Kfe £\ nsq-TS-as , etc. (pl. Il, n° 10) o qu'Ostris, seigneur d'Abydos, lui accorde les pains sacrés et toute espèce de nourriture sur sa table, etc. »

Il est impossible de trouver un exemple d'analogie plus parfaite que celle qui règne entre le mot hiéroglyphique^pet le copte ^ pr.; cependant il existe, pour le premier, une variante dont je ne dois pas négliger de donner ici une justification. J'ai eu occasion d'observer que bien souvent dans la formule susdite , les monumens hiéroglyphiques offrent noire mot ^ p écrit avec deux p } ^pp ( p'- H 1 n" 1 1). Il est inutile de citer ici en particulier ces monumens , puisque de vingt il y en a peut-être dix dans lesquels cette variante se trouve. 3e commencerai plutôt par remarquer qu'il se pourrait bien que cette variante fût comparée avec le root ^pHpt ou ^pHpJ qu'on trouve dans les lexiques coptes , et qui , loin d'exprimer l'idée nourriture, exprime celle de fleur. Ici je ne disconviens pas qu'en admettant l'omission habituelle des voyelles H et \ , ce mot présente une identité frappante avec le groupe hiéroglyphique pp. Cependant j'ai pu acquérir depuis long-tetns la certitude que les nié-

rogrammalcs d'Egypte , tout en employant le même mot ^pp i lorsqu'ils avaient besoin d'exprimer l'idée fleur, oui en soin, d'autre part, d'aviser l'interprète du changement que ce root venait de subir dans sa signification. Ils ont atteint ce but par le moyen de l'emploi des dàterminutifs. En effet, dans plusieurs passages du Rituel Funéraire , et , entre autres monumens particuliers , dans les inscriptions latérales d'une caisse de momie , provenant de la collection Soit , et conservée au Louvre , nous lisons le groupe ^pp, suivi d'un signe figurant trois fleurs (de lotus) réunies (pl. H, n° la). C'est dans ce dernier cas que le mot ^pp ^<*it être traduit par fleur, puisque l'examen comparatif de tous les inonumens qu'on a pu étudier jusqu'ici, a démontré que le signe formé de trois fleurs réunies, lorsqu'il est employé en qualité de déterminatif, n'accompagne que les noms de fleurs, d'herbes et de plantes, tels que, par exemple , ceux du lotus , du carthame sauvage , etc. ïl en est bien autrement du mot ^ pp ou ^Pi lorsqu'il signifie alimentum, cibus. Plus généralement on observe qu'il n'est dans ce cas déterminé par aucun signe ; ce qui nous montre que les anciens scribes s'étaient contentés de déterminer son sens par l'affectation du groupe entier des signes qui le composent (le rectangle ouvert, suivi de un ou de deux signes de la bouche , plus le segment de sphère) , à la

notation spéciale de l'idée nourriture, de même que, dam d'autres cas et par un procédé semblable , nous rencontrons tel ou tel caractère de sou , employé toujours de préférence à ses autres homop/ioncs pour l'expression de tel ou tel mot. Les monumens ne permettent pas de douter que de semblables moyens, afin de déterminer le sens de plusieurs mois , aient pu , e on temporal ne ment à d'autres plus efficaces , être usités en Egypte.

Mais les textes sacrés font usage d'un autre groupe exprimant l'idée nourriture quelquefois aussi en union d'un véritable signe détermi natif. Je m'attache à rappeler surtout celui qui accompagne la forme dans une inscription très - curieuse , sculptée sur un petit groupe du musée du Louvre, en matière dure, et représentant les deux plus grandes divinités de l'Egypte Amon-ra et Mouth. Le mot p reçoit dans cette inscription un détermi natif symbolique , la charrue (pl. II, n" i3), et se lit dans la série suivante des titres d'Anton , dont voici la traduction littérale :

« Amon-ra, seigneur des trônes du inonde, seî- » gneur du ciel, roi des dieux, grand bélier au ii tropique de la région supérieure , dieu à la belle » face au tropique de la région inférieure , dieu » vivant manifesté du Nil céleste (l'Élher), illumi- >i nateur du monde terrestre par les rayons de sa o lumière , Houan-nofre , c'est-à-dire le nourricier

« (ïpT^spt) (i) de la race des hommes et des s dieux, etc. »

Si le sens du groupe ^p no Tût déjà mis hors de doule par son analogie avec le copie ^pt , il le serait maintenant par l'exemple que nous venons de cher. On ne s'est pas contente ici de l'accompagner d'un seul signe déter rai natif, mais on lui en a ajouté un second , qui consiste dans trois grains ou graines tracés après le déterminatif symbolique, la CHiamiE. On rencontre souvent dans les textes sacrés les trois graines servant à déterminer une grande quantité de mots exprimant des alimens ou de la nourriture tirée des grains , ou des plantes céréales. Au reste, on ne doit pas s'étonner de cette circonstance d'un second déterminatif, que les inscriptions du groupe du musée du Louvre nous prétentent , puisqu'il appartient à un ordre , celui des génériques, qui, en effet, ne se place, le plus souvent , qu'à la suite des noms déjà affectés , soit d'un déterminatif tropique, soit d'un déterminatif d'espèce.

Maintenant la nature desdeux signes quenous venons de reconnaître comme déterminatifs du mot , lorsqu'il signifie nourrifWe , nous conduit à

(i) Le ùpiM lie l'ait, rjn'on Toit dam cette phrue (pl. U , n" lî), ettuDC abréviation trefnsucUe, duu lu Intet ucrét, do copte Ç ^pÇ ,

EP) faire, qui d'infect fait h tnarc mit tout entier en hiéroglyphe..

un dernier rapprochement fort intéressant , dont les résultats compléteront nos connaissances par rapport aux significations que le mot ^ p put recevoir dans l'ancienne Égypte, en même tems qu'ils dévoileront les motifs qui déterminèrent son choix pour exprimer la seconde télraménie. L'élude comparative des trois textes de l'inscription de Rosette démontre que , dans les tems anciens , taudis que le mot égyptien^p, comme le mot grec It-ro;, étant pris dans un sens général , exprimait l'idée nourriture , alimentum , cibus , le mcîme , employé dans un sens plus restreint, signifiait réellement blé ou froment. En effet , partout où le texte grec de la triple inscription emploie les mots irpoffoâouîïiTeraçfl. 1 1), 2uvto£hç St-rixocî (lig. i4)> aVrrotvaç Smxaç (I 10) et 2itov (I. 19), le texte démotique de la même inscription (1. 6 , 8 , 1 a et 1 7) exprime le mot grec 2in>i blé on froment, et l'adjectif 2,tTtxa$frumentarius , qui en est formé, par un groupe (pl. H, n' 1 ;j) de caractère* qui se lit constamment^p , et qui ne diffère du groupe démotique , exprimant le mois de Mésori , que par la seule absence du chiffre a, lequel précède ce groupe lorsqu'il est employé comme nom du second mois de la seconde létraméuie. Le texte hiéroglyphique n'a point rendu phonétiquement le mot : son rédacteur s'est contenté d'exprimer

l'idée blé ou froment , le ^ p du texte domotique t et le ïitoç du texte grec , par un groupe figuratif

(pl. II, a" i5) formé d'un épi et de trois grains isolés. Or, cette variante , qui dérive de l'extrême diversité de ressources et de l'heureuse flexibilité du système d'écriture sacrée , qui pouvait user de trois méthodes diverses pour la notation d'une seule et même idée, cette variante, disons-nous, lève toute espèce de doute sur l'antique emploi du mot ^ pF, dans le sens du grec 2itoç, blé , froment.

La troisième téiraménie a pour signe distinctif le bassin , ou réservoir d'eau. Ce signe pris symboliquement (ce qui fut sans doute son emploi dans l'origine) exprime toujours utUOir l'eau en général. Il devint ensuite phonétique , et dans cet état il représente l'articulât ion m, comme Champollion t'a démontré dans son Précis , articulation qui est en effet l'initiale du nom égyptien de l'eau. Il s'est pas rare de rencontrer dans les textes sacrés le mot M tUOT écrit par entier : cependant le plus souvent il s'écrit par abrégé , de même que nous avons déjà remarqué le jardin ty, employé comme initiale, et comme signe du mot çyKH. Cela pouvait avoir lieu surtout lorsqu'on ajoutait au mot un déterminatif quelconque. Ainsi il reste démontré que , soit lorsque la troisième téiraménie est exprimée par le bassin, soit lorsqu'elle est représentée par ce même signe , plus trois lignes ondulées , caractère figuratif de l'eau , on a voulu rappeler l'idée UU.IOT par l'initiale de ce mot, ou par sa représentation symbolique.

Maintenant la signification que hou» venons d'attribuer aux différcns groupes qui expriment sur les mODumens égyptiens les trois tétraménies , recevra une dernière confirmation si l'on fait observer qu'il résulte de cette même signification , que le nom de chaqnedivision de l'année n'était qu'en rapport direct avec l'état physique de l'Egypte pendant la grande période de l'année même, qu'il servait a représenter. En effet, suivant la méthode que nous venons d'établir pour la notation des douze mois , la phrase qui exprimait les quatre premiers , se traduit a la lettre :

Le I" mois

Le H« mois

Le III' mois

Le IV moi»

Celle des quatre du milieu se traduit :

Le I" mois

Le H- mois

Le m- moi.

Le IV mois

Enfin l'expression des quatre derniers n'était que celle des idées suivantes :

Le I" mois Le If mois Le III' mois Le IV- mois

Ainsi, de même que le nom des deux premières tétraménies était en rapport avec les travaux agri-

> de la végétation.

col» qu'on pratiquait en Égypte pendant La période qu'elles représentaient, celui de la dernière rappelle sans aucun doute l'époque de l'année où le Nil croit, déborde et couvre l'Égvpte entière de tes eaux génératrice».

La nature des différentes expressions des tétra mêmes une fois expliquée , il est facile de comprendre dès-lors l'emploi des croissans renversés au-dessus de chaque signe des tétraménies mêmes. l'ai déjà démontré dans ma Première Lettre , par les témoignages réuni» des auteur* et des monumens , que le croissant de la lune , les cornes dirigée» vers le bas , exprimait en général le mcû : un , deux , trois , ou quatre de ces croissans, placés au-dessus du signe de telle ou telle tétraménie, signifiaient donc le premier mois, le second mois, le troisième mois, le quatrième mois de cette même tétraménie. Telle fut la manière dont les ancien s Égyptiens firent usage, dans l'origine, pour noter les nombres, lorsqu'ils ne dépassaient point certaines limites : les monumens exécutés à l'époque de la domination grecque et romaine , époque dans laquelle, par corruption de goût , on faisait recherche de toute sorte d'archaïsmes dans l'écriture hiéroglyphique , le prouvent. Ce n'est qu'à une époque bien éloignée de ses teins primitifs, que la nation égyptienne fit usage des caractères phonétiques pour exprimer les nombres ; cependant on employait bien plus habituellement encore des caractères Uiéograplu'aues , qui consistent

dans des petits rectangles alongés , et fort étroits , répétés autant de fois que les unités à noter. Telle est l'origine de la notation d'un croissant seul suivi d'une, de deux, etc. , petites barres, que nous rencontrons quelquefois au lieu du croissant même , répété pour exprimer les divers mois d'une téiraméme.

D'après tous les rapprochement que je vien»

d'exposer, noire question sur la nature des signes qui servaient à la notation des mois sur les m o nurue ne égyptiens , me paraît désormais résolue. Mai» il n'en est encore résulté aucune notion par rapport à l'origine des noms propres de mois Thoth, Paopi, Ilathûr, etc. , qui d'ailleurs furent incontestablement de tout tems d'un usage vulgaire en Egypte. Vou» me permettrez, monsieur, de vous soumettre à cet égard quelques observations, qui ne vous paraîtront peut-être pas sans intérêt.

En étudiant tes douze noms propres de mois égyptiens, tels que les Grecs , les Coptes et les Arabes nous les ont conservés, on a dû supposer depuis long-tems qu'ils pouvaient, comme ceux des mois athéniens, appartenir à un calendrier sacré, et qu'ils s'étaient formés, soittles noms oudes surnoms des dieux ou des déesses sons la protection (lesquels, comme Hérodote nous l'apprend , chacun de ces mois était invariablement placé, soil enfindes noms mêmes des fêtes qu'on célébrait pendant leur durée. C'est en effet ce que i etymnlogiede plusieurs d'entre eux nous fait croire. Dans le nom du premier moi*

VWOTi °n peut reconnaître, soit le nom du dieu Tlioth , l'Hermès égyptien, donfla fête était célébrée en Egypte (1) le jç> de ce mois , soit celui de Tôt, nom d'Isis et de l'étoile de Sirius ou Sothis dan» les textes sacrés. Le nom du quatrième mois est aussi celui d'une déesse, la Vénus égyptienne : TTZUJUIHC, ou TTt^ULiK, paraît signifier le mois de Clion ou Citons, qui était l'une des plus grandes divinités de l'Egypte, le fils ou la troisième personne de ta grande triade thébaine.

D'autre côté, toliBs peut signifier la sigillation, la brique ou le coffre f-TaJ&S pour ^Z>iBs) ; ou, en rapprochant ce que Plularquc nous raconte du retour d'Isis de Phénicic, il peut encore être dérivé de alIIÊ, restituer, redire, reverti. Le mot U«J\p peut vouloir dire l'encensoir, (^SpuOveS le mois où Von fait l'invocation, TTZ.U1KÎ le mois de la pierre, et UEf'tttpK, ou, comme les Arabes le prononcent, Mesri, la naissance du soleil; ce mois étant en effet celui de la plus grande chaleur, celui dans lequel le soleil entrant dans le signe du Lion, déploie sa plus grande puissance , on pouvait supposer qu'il y rut né.

Je serais bien loin, monsieur , de donner à ces aperçus d'autre valeur que celle de simples conjectures , si , pendant son voyage d'Egypte , Cham-

(r) H>IUCD,itf AU, flOtirid., V . î;8, vol. II.

potlion n'eût trouvé dans les mon u mena de» preuves convaincantes que telle du l être eu effet l'origine des noms propres usuels des douze mois du l'année égyptienne.

Parmi les dessins rapportés par m on illustre maître, j'ai eu dans le lems occasion d'étudier ceux du portique du grandtcmple d'Edfou. Ce portique, riche en tableaux relatifs à Y astronomie religieuse égyptienne , offre la représentation des douze divinités auxquelles , comme Hérodote le dit , était consacré chacun des douze mois de l'année. Il ne peut y avoir de doute sur leur destination , puisque leurs images et leurs noms sont accompagnés du nom particulier du mois auquel chacune présidait. Ces bas-reliefs du temple d'Edfou appartiennent seulement au règne de Ptolémée-Évergète II.

Mais des monumens plus anciens offrent la même série de divinités. Celui d'entre eux qui est plus particulièrement à ma connaissance, remonte jusqu'à la plus brillante époque des dynasties Pharaoniques : je veux parler précisément du Rhamesseum ou palais de Sésostris à Thèbes , monument dont j'ai déjà eu occasion de citer te plafond astronomique, sur lequel on lit , en grands caractères hiéroglyphiques, les noms des douze mois de l'année égyptienne , divisés en tétraméuies. Or, c'est dans un registre au-dessus de chacun de ces noms de mois, qu'on a placé les noniset les images desdouze grandes divinités auxquelles ils étaient consacrés : Rhamsès-

le- Grand est représenté adorant successivement cette série de divinités.

Il ne m'est pas permis , monsieur , de ni'engager dans une description plus détaillée de ce plafond , ni du monument d'Edfou , leurs dessins rapportés d'Egypte n'étant plus dans mes mains. C'est le même motif qui m'empêche do vous présenter ici , comme je l'aurais désiré, toutes les variantes que je me rappelle très-bien d'avoir remarquées, quoiqu'en petit nombre, parmi les noms et titres de nos douze divinités , soit dans le portique d'Edfou , soit anRhamesseum , soit ailleurs. Toutefois, me trouvant posséder un riche tableau que j'ai moi même rédigé d'après les copies et les dessins de Champollion , des noms , dea titres et des descriptions des différentes divinités égyptiennes , d'après lesmonumens, j'ai été assez heureux pour rassembler , à t'aide de ce tableau , celles de ces variantes que je vais vous énumérer successivement , et qui , je n'en doute pas , constituent ie plus grand nombre d'entre elles.

Le mois appelle Thoth, c'est-à-dire le premier mois de la végétation, a pour divinité protectrice une déesse coiffée du modius , surmonté de deux longues plumes, dont ie nom se lit Toschi ou Têchi. Si jefais observer: i" que cette déesse coiffée de la même manière , et portant le non» phonétique do Tolh (le Sotkis des Grecs) reparaît placée sur une barque dans le même monument , le plafond du Rhanietsscum, et faisant partie d'une série d'images de différens

astres ; a" que c'est précisément là une des formes sous lesquelles on trouve représentée l'étoile de So- Ûi!s, ou Toifi, dans tous les tableaux astronomiques d'Égypte que j'ai pu étudier; 3" qu'enfin celte étoile est justement celle au lever de laquelle, vers In XI* heure , les anciens auteurs (i) nous assurent que les Égyptiens plaçaient le commencement de l'année normale , on restera convaincu que le nom de Tfioth, donné au premier mois de l'année, est celui même que portait la divinité à laquelle ce mois l'ut consacré. Il ><e sera pas ici sans intérêt de faire observer aussi que , comme Champollion l'a remarqué dans ses Lettres écrites d'Égypte , les tables des levers des constellations peintes dans les tombeaux des rois à Tbèbes, supposent que, pendant toute la durée du mois de TltoOi , le premier de l'année , l'étoile AeSothis était à l'horizon, et, ce qui justifie de plus en plus l'assertion des anciens dont j'ai parlé , précisément hT onzième heure.

Les tableaux d'Edfou et du Bhamesseum donnent pour divinité protectrice du second mois de la végétation , le mois appelé Paopi, le dieu Phtah représenté, à ce que je puis apprendre de mes extraits , avec très-peu de difierence de celui publié dans la seconde livraison du Pantîicon Égyptien de Champollion, c'est-à-dire debout dans un naos, et sur une coudée , la tète couverte d'une calotte

|i) Tbéon , S™lici m la Phénomènes d'Aralui.

étroite, le sceptre ordinaire dans les mains : il est accompagné de son nom écrit, comme ordinairement , T\<-t£Phtah. Aucun rapport ne se manifeste entre ce nom, et celui de ITfctBTCÏ, que quelqu'un a prétendu signifier le mais du nombre , celui où l'on compte les coudées du Nil ; il est possible qu'il se rapporte à un des surnoms vulgaires de cette divinité. En effet, quoique jusqu'ici les monumens ne m'aient rien offert de semblable, c'est ce qu'on est autorisé à croire sur la foi de Cicéron , qui , dans son troisième livre de Naiwa Deorum, nous dit que Opas était, en Egypte, un des noms deVulcain. Il est à remarquer, au reste, que dans le tableau d'Edfou, le dieu Pbtah, assimilé par les Grecs à leur fulcain, reçoit le surnom de UOITKK le Fabricateur.

Le troisième mois de la végétation, c'est-à-dire, celui d'Jfatltâr , est consacré à une déesse qui , la tête ornée du disque solaire entre deux cornes , comme dans le Panûiéon de Champollion , est accompagnée du nom Hathôr, que ce même ouvrage a désigné pour être celai de la Venus égyptienne. Cela explique suffisamment l'origine du nom propre du troisième mois de l'année.

Le tableau du Rhamesseura porte à coté du nom du quatrième mois, une déesse caractérisée par une téte de lionne surmontée du rondins orné du disque entre deux cornes de vache : on lit à côté de cette image symbolique, le nom de Posent. Je n'ai rien à remarquer à-propos de cette divinité protectrice du

mois de KOv-K, si ce n'est que tous les monument religieux de l'Egypte noua apprennent que Pasc/it, lelle que Champollion nous l'a fail connaître , était la compagne chérie , et , de même que la déesse Ifathér , qui présidait au mois précédent , l'une des épouses de Phta/i , qui est le protecteur du mois qui précède celui de Halhôr et de Pasckt. Avant de terminer l'article qui se rapporte à cette divinité , je dois avertir encore ■ que je ne suis pas bien sûr si c'est la même qui , dans le portique d'Edfou , préside au mois de Choïafc. Les notes que je possède, tirées des dessins de ce monument , ne m 'ayant rien appris , j'ai tout lieu de croire qu'une pareille circonstance ne peut dériver que de ce qu'une fracturc de la pierre a peut-cire fait disparaître lapartie du bas-relief sur laquelle étaient sculptés le nom et l'image de la déesse en question.

Les noms des divinités auxquelles on consacra la seconde létraménie des mois de l'année égyptienne, celle des récolles, ne présentent, dans l'état actuel do mes connaissances , aucun rapport sensible avec les noms propres des V, VI', VII* et VIII' mois Tobi, Mcchir , Pkamenolh et Pharmouûii.

On a figuré dans le tableau d'Edfou , comme président au mois de Tobi, un dieu tenant dans la main un chaton de palmier : ce personnage porte le nom de t£jqT&fc, dans la composition duquel entre en effet le mot fie- , nom du chaton de palmier dans les textes hiéroglyphiques, qui, par surcroît de clarté,

reçoivent ici pour déterminatif l'image de ce même chaton. Dans le tableau du Rhamesscum, on a consacré ce mois , le premier des travaux agricoles , au grand dieu générateur Ammon-Horu» , le Pan des Égyptiens, représenté debout, le phallus érigé, etc, comme dans le Panthéon de Cbampollion , et ayant aussi à coté de lui deux grands chatons de palmier mâle , circonstance que j'ai eu occasion de remarquer presque toujours , soit sur les stèles , soit sur tout autre genre de monumens , sur lesquels il se trouve représenté.

Dans le plafond du Rhamessenm , les deux mois de JHéckir et de Pliamenoth sont consacrés a deux divinités représentées symboliquement sous la même forme de deux chacals placés sur deux enseignes. Mais les noms qui les accompagnent diffèrent entre eux : le premier des chacals, celui qui préside au mois de Méchir, ou «Ltgîp, reçoit un nom qui se lit, à la lettre, Rokh-naa, ce qui veut dire évidemment le grand brûlant ou la grande chaleur : le nom du second chacal se lit Rokh-koul , la petite-chaleur ou le petit brûlant. Les mêmes noms se lisent dans le tableau d'Edfou , mais ils ont été gravés au-dessus de deux traies debout sur les deux mêmes enseignes, au lieu de deux chacals.

On consacra le quatrième mois de la tetraménie des récoltes , celui de Pharmouti, à une déesse dont le nom se lit Rannou. Celte déesse est caractérisée par sa tète de serpent ureus surmontée de la coiffure

de Sotar-Osiris , les cornée île bouc, le disque, et deux plumes d'Autruche, Je ne connais aucun auteur grec qui ait mentionné la déesse égyptienne Rannou; niais le» monumens fournissent tous les renseigneraens désirables sur les attributions de celle divinité. Elle présidait à la production des grains, à leur maturité et à la bonne récolte. Je ne puis ici prouver mon assertion qu'en citant les peimures de je ne sais exactement désigner lequel des huit cabinels latéraux creusés dans une des galeries du magnifique tombeau du Pbaraon Hhamsès-Meïamoun , à Biban-el-Molouk. Les décorations des parois de ce cabinet me furent, dans le tems, désignées parChampollion comme toutes relatives au culte de la déesse Rannou . Elle y est représentée un grand nombre de fois , soit sous la forme que je viens de décrire , soit sous celle entière d'un serpent ureus couvert d'une sorte de tunïque. Des légendes hiéroglyphiques peintes à côté de ces images, donnent successivement à la déesse le nom de Rannou , ou des surnoms qui se rapportent à la présidence qu'elle était censée exercer sur les récolles , parmi lesquels je puis citer celui formé d'un groupe qui se lit ujTTpï, suivi du caractère figuratif déesse. Or , la nature de ce caractère jointe à la signification que les lexiques coptes donnent au mot HSUpE, ne laisse aucun doute sur la manière dont on doit lire ce surnom , c'est-àdire , la déesse des grains.

Les noms des di vinités qui président à la dernière

tétraménie de l'année égyptienne, celle de Pochons, Paoni, Epipi, et Mésori, présentent un rapport bien plus sensible avec ces noms de mois mêmes. Nous avons déjà indiqué l'étymologie du nom de Pochons, comme pouvant signifier , d'après les règles de la grammaire copie , celui qui appartient à Chons. En effet, une divinité mâle, dont le nom se lit Chons, est portée simultanément par les lableaui d'Edfou et du Rhamesseum , comme présidant au mois en question , le premier de la tétraménie de l'inondation. Je ferai remarquer à-propos de cette époque de renouvellement dans l'état physiquede l'Egypte, que le dieu Chons, que tous les monumens qualifient de fils ainé , et de premier îles en/ans d'Ammon, représentait par conséquent la troisième personne de la première tétrade, et que, dans celte qualité, son nom peut être très-bien comparé au mot copte 'XtliKr: qui signifie la putréfaction. Chons , qu'on regardait comme le premier des sept Horus , figuré debout , le corps enveloppé de bandelettes et la téte ornée du disque lunaire en conjonction, représentait aussi, sur les monumens, le solstice d'été.

Une des formes du dieu Horus préside, soit à Edfou, soit dans le Rhamesseum , au mois de Paoni. Nous ne trouvons , quant à ce mois , aucun rapport entre son nom et celui du dieu auquel il était consacré : mais on ne manquera pas de le reconnaître entre les noms des divinités qui président aux deux mois qui viennent après, et celui de ces mois mêmes.

En cflet, à Edfou , une déesse Batraeocéphale , portant un nom qui se lit Epep , est désignée comme protectrice du mois Epiphi. Le Rhamesseum , tout en répétant le même nom, nous explique encore la nature de celle déesse; puisque, en remplaçant sa tête d'animal par une tête humains , il la pare d'insignes dont les particularités nous sont connues pour être celles qui appartiennent à différentes formes de la déesse Neith.

Enfin, le mois de Mésori, dont le nom nous paraissait devoir signifier la naissance du soleil , est en effet présidé par une divinité kiéracocêpkaie , dont le nom Phre suffirait pour nous indiquer que nous avons là une imagedujoioiV, sile Awt/jeondeChampol lion ne nous l'eût déjà signalée pour telle, d'après toutes les particularités de sa représentation.

Je vais terminer ici , monsieur, la série des nolions que je m'étais proposé de vous soumettre concernant les divinités qui présidaient, en Egypte, aux douze mois de l'année. Si j'ai négligé dans celte partie de mon travail un grand nombre de détails, ce n'est que parce qu'ils m'ont paru me conduire trop loin du sujet principal. 11 suffira que , du peu que j'ai exposé , il puisse sortir la démonstration du fait suivant , que , si les monumens ne nous offrent pas les noms des douze mois de l'année égyptienne telsquela tradition écritcet orale nous les ont transmis, il noua en découvrent cependant l'origine, ne permettant pasde douicrqu'ilssonl tirés d'un calendrier

fUflhwl -Ortioeg le

sacre. L'existence de ce calendrier est d'ailleurs incontestable : ce n'est pas seulement une opinion fondée sur la circonatancedes dnuzedivinités qu'on vient de reconnaître ; c'est un fait que mois différens monumens encore existans en Égy pie noua montrent. Il ne serait pas bien difficile de rassembler ce calendrier tout entier, d'après les renseigne mens que les inscriptions de ces monumens nous donnent : je n'attends que la publication des dessins rapportés d'Egypte par la Commission fianço-toscanp pour m'en occuper moi-même. J'espère pouvoir offrir, dans cette même circonstance, des rapproche mens bien curieux entre les superstitions populaires de l'ancienne Grèce, etcellesqu'on peut croire avoir été vulgaires aussi en Egypte , d'après ce que les monumens nous apprennent , à-propos des influences que les différentes constellations étaient censées exercer sur les corps humains. Mais hàtons-nous maintenant de revenir au sujet de notre discussion générale.

Toute question possible sur l'exactitude des expressions, en caractères sacrés, des idées jour, mois, et des noms particuliers de chaque mois , restant désormais éliminée , il noua reste à faire connaître une dernière division , que les monumens et les anciens auteurs nous assurent avoir été admise par les Égyptiens dans la distribution de leur année.

Entre autres , le père de l'histoire , Hérodote nous raconte (lib. II, 4)) que les prêtres d 'Héliopolis , deThèbes et deMemphis lui dirent : «que lcsÉgyp-

» lien» avaient inventé les premiers l'année, qu'ils u l'avaient divisée en douze parties, d'après la con- » naissance qu'ils avaient des astres.» Puis le même historien ajoute : ■ Ils me paraissent en cela plus n habiles que les Grecs, qut, pour conserver l'ordre » dessaisons, ajoutent au commencement de la troi- * siëme année un mois intercalaire, au lieu que les a Égyptiens font chaque mois de 3o jours et que » tous les ans ils ajoutent a leur année cinq jourtsuri numéraires , au moyen de quoi les saisons revien- » nent toujours au même point. » Les cinq jours dont parle Hérodote sont ceux qu'ordinairement on appelle le» jours êpagomenes. Or, le témoignage des historiens, quant à leur existence dans le calendrier égyptien, a été confirme par un fragment de papyrus que Champollion découvrit pendant son séjour à Turin. Ce fragment (pl. II, 16) donne l'expression, en caractères hiératiques , de tous ces cinq jours ; ce qui devient évident à la seule inspection , puisque , de six dates qu'il renferme , la première est celle du mois de Mësori, le dernier de l'année. Au reste, c'est l'analyse de l'expression hiéroglyphique des cinq dates qui viennent après, qui complète la démonstration de ce fait.

Il ne faut pas d'abord tenir compte dugroupequi se présente en tète des cinq dates enquestion, comme de celle du mois de Mésori : ce n'est que l'indication de l'année ; et il se traduit en effet , d'après la valeur bien reconnue des signes qui le composent, par

l'an II. La phrase qui le suit immédiatement, et qui, dans le MSS. original, est tracée en rouge de même que l'expression précédente du nom du mois de Mésori , est celle qui , répétée sans aucune variante , toutes les cinq fois, nous indique l'expression générale égyptienne pour la notation des cinq jours épagoroènes. En effet, si l'on transcrit les signes hiératiques qui la composent , dans les signes hiéroglyphiques correspondans, nous avons premièrement ces mêmes caractères que j'ai déjà démontré, dans ma Première Lettre, avoir toujours servi dans les textes égyptiens à exprimer l'idée joui: Mais , comme on les voit ici accompagnés des marques ordinaires de pluralité, nous devons les interpréter par jours. Cette phrase est suivie de la figure d'un plafond, qu'on sait être le caractère conventionnel figuratif du ciel. Maintenant, quant à la position de ce dernier signe immédiatement après le nom substantif, l'examen des inscriptions hiéroglyphiques a démontré qu'elle n'est propre qu'à des signes, soit symboliques, soit phonétiques, dont le sens doit être pris adjectivement : il en résulte évidemment que nous devons interpréter la phrase, entière par jours célestes. C'est par surcroît de clarté , que l'adjectif aussi reçoit ici les marques symboliques de pluralité , quoiqu'ordinairçmcnt , dans les textes sacrés , le caractère ou groupe représentant un adjectif est toujours censé appartenir au même genre et au même nombre que le nom auquel il se rapporte, sans qu'il soit affecté d'aucun genre de marque.

Au reste , parmi les notices que nous lisons dans les anciens auteurs grecs ou latins, sur les jours épagomènes des Égyptiens, il sera au moins curieux de rappeler ici un conte qui paraît avoir été vulgaire eu Égypte , et qui se rapporte à l'origine de leur institution. Le dieu Totk (Mercurius), jouant aux dés avec la Lune, lui gagna la jo' partie de ses illuminations, cl en forma cinq jours. Les Egyptiens appelèrent ces jours , les célébrons ou les solennisans , comme étant ceuxde la nativité des dieux. On croyait en effet que dans le premier de ces jours était né Osiris ; dans le second, Arouerit ; dans le troisième, Typhon; dans le quatrième, Isis ; dans le cinquième, Nephiis. Mais nous allons désormais passer h l'examen des groupes ou signes qui servaient, dans les trois systèmes graphiques, à noter l'idée de la grande période , dans laquelle étaient comprises toutes les divisions dont nous avons jusqu'ici cherché à découvrir les différentes expressions hiéroglyphiques ; je veux parler de la notation de Vannée.

Horapollon nous apprend, dans son premier livre, que les Égyptiens « voulant représenter l'année » (èviouTo;), peignent une palme, parce que, dit-il, h l'arbre en produit une à chaque lever de la lune, » de manière qu'il y en a douze au bout de l'an- » née.M (i) Il s'agit de vérifier l'assertion d'Horapollon sur l'inscription de Rosette.

(i l Jt liuuvc 1,1 tradition comipiic, irce lu Icrim-i nii»»n>,

Le mot «mxutoç «e rencontre plusieurs fois dans le texte grec de ce décret , et notamment deui fois dans la partie qu'on sait correspondre aux ao ou a5 lignes hiéroglyphiques encore existantes. Quant a ces deux derniers cas, il entre en composition dans la phrase ra-rtviourov des lignes 4g et 53 , dont le correspondant égyptien se trouve aux lignes i a et i3 du texte hiéroglyphique, toujours sous une forme identique , celle que nous avons transcrite sur notre planche II, n° 17. Maintenant, ai l'on cherche à se rendre compte de ce groupe , nous y voyons d'abord deux signes phonétiques, qui ne sont que la transcription du mot copto KZ r que les textes hiéroglyphiques emploient très-souvent dans la signification de chaque, chacun. Le caractère qui vient immédiatement après ces deux signes , est évidemment celui qui exprime l'idée année: en effet il nous offre la figure d'une palme ou branche de palmier. On ne peut donc déjà plus nier l'accord de l'inscription de Rosette avec la tradition d'Horapollon. Toutefois notre groupe hiéroglyphique, (el que cette inscription nous le présente , est encore loin d'être justtâé dans tous ses élémene : il nous reste à dé* couvrir la nature des deux signes (le. segment de

dani du lente copto, fa Vie de l'ennile fêno/ir î Oj&pE< ^ÊEWS

r»p tp ï6 KCrte-sson iv-iEupoum onrs

KS-T?. ROO^ 1 . n Le palmier donne doute branchei par an, une à chaque moi: ■■ Cad. Bar%. , XVI , ptg. t\ .

sphère et la petite ligne perpendiculaire) qui accompagnent fa branche de palmier , et à expliquer les motifs de leur usage. Maintenant, pourcclaircir ce» questions , je dirai d'abord , qu'il est démontre dans laGrammaire Hiéroglyphique deChampollion, qu'un certain nombre de caractères sacrés étant susceptibles d'être pris, suivant le cas, dans une acception figurative nu dans une acception phonétique, et d'autres pouvant être employés tantôt comme phonétiques, et tantôt comme symboliques, les Egyptiens avaient soin d'indiquer ce changement de nature par l'adjonction de certains signes. Ainsi, par exemple, on observe, suit dans les textes hiéroglyphiques , soit dans lestextes hiératiques, que des caractères, ordinairement phonétiques ou symboliques, deviennent figuratifs par l'union il leur suite du segment de sphère et de la petite ligne perpendiculaire. Il est évident que, d'après cette règle générale, notre signe de la branche de palmier, ne pouvant plus être pris dans son acception tropique , mais seulement dans celle figurative , devrait se traduire par palme et non par année. Mais une analyse plus rigoureuse et plus approfondie de notre groupe , d'après des données ultérieures que l'examen comparatif des textes a fournies, démontrera tout te vide, dans notre cas , d'une pareille conséquence. D abord , quant au premier signe , le segment àe sphère , il ne doit pas ici être considéré comme en union avec la petite ligne pour former avec elle ce groupe que nous avons dit

se rencontrer souvent dans les textes à la suite des caractères , lorsqu'on a voulu indiquer un changement dans leur nature. Ce signe n'est ici que le représentant de l'article déterminatif féminin -r, qui affecte le mot pOUTlE année aussi dans la langue parlée. Quant à la place qu'il occupe , il est vrai que cet article , comme plusieurs autres qui sont propres à la langue égyptienne, s'emploie hiérogl y phi quemont , de même qu'en copte , quelquefois en qualité de préfixe, cependant il faut observer que les inscriptions nous l'offrent bien plus fréquemment , comme dans notre cas, en état d'ogre , c'est-à dire à la suite et non au commencement des noms, quoique je dois ajouter que tout porte à croire qu'il n'existait réellement, dans cet état, que dans la langue écrite seulement. En général, le système sacré semble avoir eu pour règle d'exprimer d'abord en première ligne l'idée principale, en rejetant à la suite tous les signes des déterminatif» particuliers des modifications, etc., qu'elle pouvait subir : c'est une vérité dont l'exactitude ne peut être sentie qu'après une étude non interrompue des textes sacrés. Quant à la petite ligne perpendiculaire, son usage se rattache, dans notre phrase , à un autre fait que j'ai déjà eu occasion de citer dans ma Première Lettre en parlant du disque solaire , lorsqu'il doit être pris dans une acception figurative ; j'ai dit, dans cette occasion , que notre petite ligne employée isolément, affecte d'habitude

plusieurs caractères, soit pour indiquer leur passage de letat phonétique h l'état mimique, soit pour avertir d'une transition de l'état phonétique, ou mimique, à un état tropique. Or , l'exemple que l'inscription de Rosette nous offre dans l'expression de l'idée année , rentre tout-à-fait dans cette règle.

Mais, quoique l'expression de l'article féminin T, dans les textes sacrés, soit d'un usage beaucoup plus fréquent que celui de l'article masculin, quelquefois, comme ce dernier, on la voit omise : \a petite ligne aussi ne se montre pas toujours à côté des signes symboliques. C'est d'après ces deux principes qu'on a pu tracer sur plusieurs monumens le signe de la palme, soit isolé, toujours pour indiquer dans l'expression d'une date ciel conque l'idée année, soit (ce qui a lieu encore plus fréquemment) accompagné de l'article , mais non pas de la petite ligne , qu'on voit alors remplacée par un disque solaire (Pl. Il , n° 18). la présence de ce disque est motivée par cette règle grammaticale que j'ai déjà eu plusieurs fois occasion de citer , et d'après laquelle le signe figuratif du soleil est employé en qualité de déterminatïf générique de toutes les expressions qui servent a la notation des différentes divisions du leras. Au reste je ferai observer que cet usage inconstant des signes du segment de sphère et de la petite ligne , tantôt employés isolément à la suite d'un caractère , tantôt tous les deux contemporainement , et tantôt remplacés par une autre classe de

sigoes , n'est qu'une preuve évidente de la nature qu'on vient de leur attribuer.

L'expression symbolique de la palme n'est pas le seul moyen par lequel les Égyptiens ont indiqué sur les monument l'idée année. Il n'est pas rare de rencontrer ce même signe précédé d'un groupe composé de caractères de son. La forme la plus riche sous laquelle un tel groupe m'a été offert , est celle de la planche II au n° 19, qui consiste dans le segment ae sphère nr, la bouche p, et le carré TT, sur lequel on voit placé le signe détenu inatif tropique, la branche de palmier. Or, si l'on rapproche les élémens de ce groupe phonétique avec ceux du copte T- pi) wne ou T- pOTT année, il est impossible (le ne pas reconnaître une analogie frappante parmi lesdeux mots. Il ue manque dans la forme hiéroglyphique que le signe de la nasale u qui, d'ailleurs, placé devant une labiale , pouvait évidemment être omis dans l'écriture. Les exemples d'omissions semblables sont si nombreux non-seulement dans les textes en écriture hiéroglyphique, maïs aussi dans les textes coptes , qu'il serait tout-à-fait inutile de nous engager dans une discussion sur un pareil sujet.

Les textes égyptiens, tracés suivant la méthode sacrée, font aussi quelquefois usage d'un autre groupe pour exprimer l'idée année, en général. Ce nouveau groupe (Pl. II, n" ao) se compose des mêmes élémens que celui n° 18, même planche , plus , le signe de la bouche p , placé entre le seg-

(Go)

ment de la sphère et le disque solaire. Nous avons là, à ne pas en douter, une de ces abréviations si fréquentes dans les textes hiéroglyphiques, qui consistent dans l'expression de l'initiale seule du nom, suivi immédiatement de son déterminait!', lorsque surtout ce nom fait partie de cette série de mots qui reviennent le plus souvent. Aussi, je ne considère la bouche p que comme initiale du mot copte pOWÏir, ou pn, tel que nous venonsde levoir écrit dans les inscriptions hiéroglyphiques. Je ne vois qu'on puisse opposer à cette explication que la position du signe, la bouche, qui se trouve après, et non avant le déterminatif de l'idée qu'elle sert à rappeler. Mais j'ajouterai que ce genre de transposition n'a rien d'extraordinaire, et que tous ceux qui voudront s'occuper de l'examen comparatif des écritures égyptiennes, auront à rencontrer, quant à la hiéroglyphique, des exemples nombreux et en même tems irrécusables, de semblables caprices de la part des scribes de toutes les époques. Au reste, quant à notre cas en particulier , il y a dans lui beaucoup moins de caprice que de motifs raisonnables. En effet , si le signe de la bouche eût été placé isolément devant la branche de palmier, la hauteur de la ligne serait restée trop dégarnie ; si , au contraire , on l'introduisait à faire partie de la colonne ou groupe de signes antécédeas , l'esprit de l'interprète aurait pu hésiter, et son regard même se trouver embarrassé en ayant à saisir l'ensemble

de chaque phrase, et à les séparer les unes des autres. Or, on sait bien quel soin scrupuleux les hiérograniraates égyptiens laissent entrevoir dans le tracé de leurs textes contre toutes ces sortes d'inconvénîene. C'est donc la recherche de clarté , c'est même une formule élégante de calligraphie , qui a réglé la collocation des signes dans l'écriture du mot que nous venons d'examiner.

Maintenant toutes nos recherches sur les différentes expressions de l'idée année, ne sauraient être complétées sans donner lieu à une dernière observation. Quoiqu'on ne puisse douter de l'emploi indifférent du groupe n° 17 ou 18, soit pour noter les années des dates, soit pour exprimer l'idée année en général , il faut cependant remarquer qu'il n'en est pas de même quant aux groupes n" 19 et 20. Ces derniers ne se trouvent employés que pour l'indication générale du mot année, le groupe 17 00 18 seul étant consacré à noter les années du règne des divers rois. Les textes tracés suivant la méthode populaire , celle dans laquelle se trouve écrite la plus grande partie des papyrus portant des protocoles, n'a jamais, que je sache, démenti ce fait. Mais c'est l'inscription de Rosette, qui, avec son irrécusable autorité, servira ici à le mettre en pleine évidence. Qu'on remarque que, partout, dans le texte démotique, où on a eu besoin d'exprimer l'année en général , comme dans le passage correspondant aux exemples cités des li-

( te )

gnes hiéroglyphiques la vt ]3 (du te»te grec 4f) et 53) , on a employé le groupe phonétique (Pl. II , n'n){i), tandis qu'on n'a fait usage que du groupe symbolique (Pl. XVI , n" aa) , qui n'est que la transcription encoriale du n° 1 8 , lorsque , aux lignes 9 et 17 du texte démotique, ou parle d'année du règne du roi. En effet , il est dit textuellement à la ligne 9, que le roi Ptoleméc « a ordonné, concern nant les prêtres , qu'ils ne donnassent pas pour » leur initiation, plus que ce qu'ils avaient payé n jusque» à l'année première Bous son père. 11 Et à la ligne 1 7 on a ajouté , que le même roi n fit la » remite des droits du roi dus par les temples jus- » ques à l'année huitième, n Le traducteur grec même n'a pas néglige d'avertir de celte différence,

(1) Je ferai noter ici que , quant h ia valeur individuelle dea liti-nMnu dont ce grimpe se cumpose , nom connaissons très-bien Iruri correspondant dans l'alphabet copte , mai* qu'il n'en cil pjj autant du mat qui en résulte, avec lequel les lexiques coptes n'en ont pu encore présenté aucun analogue niec la signification <lc année. Peut-être que- le premier ligne représente sur le monument original une dei formel euchnrialcs do la coniomie p, el non pas du T1, comme la copie cfio j'en possède nom offre. Les ileul ligne» qui Tiennent apria celui-ci os uni que la forme démotique du carre hiéroglyphique JT, et celle du tegment de sphère, article du genre féminin , de sorte qu i] est évident que , dans notre supposition , on aurai! ici nne transcription exacte eu caractères demotiques du groupe hiéroglyphique "l , pTÏ noté sur notre planche sous le

19. Hais, quoi qu'il en soit de ce mot , quant a Ja nature de ses étésnens, ton emploi dans l'inscription de Rosette, pour indiquer l'idée année , ne saurait Sire l'objet du moindre donle. Le texte cnchorial de ce décret l'offre partout où on n eu occasion de traduire, soit la phrase ■atin»TH , soit les mots i..iuio ( on mpiJt» du leile grec.

et, tandis qu'il emploie le mot tvKturôî partout où il (levait exprimer l'idée année en général , dan» la traduction de» deux passages égyptiens précités , il fait usage du mot froç, comme , par exemple , dans les phrases u c<oîtû"j itouç -irpto-rou, hdç tou trouç oy-

Tels sont , monsieur, les aperçus que je m'étais d'abord proposé de vous soumettre rapport aux différentes divisions du lems , et leur notation dans les trois systèmes graphiques des anciens Égyptiens. Il me suffira de déclarer en terminant, qu'une foule de monumens authentiques démontrent que ces divisions et leurs notations , telles que nous venons de les reconnaître , étalent déjà d'un usage général dans toute l'Égypte, au seizième siècle avant l'ère vulgaire , et que rien ne prouve d'ailleurs qu'à cette époque si reculée, leur invention fût réceute. Maintenant , si je puis me flatter d'avoir bien établi sur leurs bases , et complètement résolu toutes les questions auxquelles notre discussion a donné origine, elles ne manqueront pas de devenir fécondes en grandes conséquences j j'aurai assuré à la science historique une abondante moisson de faits nouveaux , et à la chronologie des bases incontestables pour la fixation rigoureuse d'époques encore flottantes dans l'incertitude des teins.

L'étendue de tels résultats est déjà assez grande, je le sens , pour compenser les faibles efforts que j'ai faits pour les obtenir. Toutefois je dois avouer

qu'un second but a dirigé la rédaction de cet écrit; ei si, sans trop présumer de mon travail, il m'est permis de l'exprimer, ce but fut celui d'offrir aux savans , auxquels les études égyptiennes ne sont point étrangères, un essai succinct, mais complet, comme on ne le possède pas encore , de la manière consciencieuse et positive par laquelle il est possible de faire une application des doctrines de feu Champollion, aux textes sacrés égyptiens. Ainsi, je désire surtout que , dans l'intérêt de la solution du plus important problème que l'archéologie eût eu à discuter, on veuille bien comparer le fond et l'ensemble des opinions que j'ai tâché d'exposer, avec les idées , qu'une critique fort peu impartiale s'efforce toujours d'entretenir en défaveur du système de mon illustre maître. Au reste, rapport à l'intéressante question de ce système , je suis bien loin de réclamer dès à présent l'arrêt général et définitif du munde littéraire; je suis convaincu qu'on ne doit pas s'y attendre jusqu'à ce que le public possède les trois volumes d'application suivie que j'en ai fuite moi-même à des textes de non petite étendue (i). Espérons que les moyens ne me manqueront pas pour une pareille publication. Souhaitons surtout de voir en même tems livrer les trésors que Champollion a légués à la science : je veux parler spécialement de la Grammaire Hiéroglyphique, Cette grammaire ,

(i) Voir mon Prospectus d'une Analy se Grammaticale de différent Textes Anciens ÊgyptitM , en î vol. ia-4*.

soutenue par l'ouvrage que j'ai annoncé , dans lequel elle se trouve appliquée et justifiée toute entière , débarrassera enfin la carrière »i difficile des études qui ont l'ancienne Egypte pour objet (i). Elle restera sans doute pour long-tems comme un des plus grands monumens que la France possède de sa gloire littéraire. Singulière destinée de cette nation ! lorsque le génie de Leibnitz , interrogeait le passé dans ses sublimes spéculations, sentit l'importance des grandes antiquités historiques , et voulait qu'on fouillât dans les vieilles archives de l'Egypte, c'est à un roi de France qu'il le demanda. C'est la France qui, un siècle après, paraissant n'avoir pas oublié le vœu du grand homme , campée sur le sol même des Pharaons, évoqua l'Egypte devant l'Europe avide de la connaître. C'est elle enfin qui , de nos jours , a soulevé le voile des écritures mystérieuses qui semblaient envelopper à toujours celte contrée célèbre. Noble entreprise , à l'accomplissement de laquelle notre belle patrie ne pouvait rester étrangère. La collection égyptienne ,

(i) Depuis quelcpic terni j'ai travaillé a rédiger aussi direc» Appendices, que je croîs nécessaires pour cet ouvrage. Ils consistent: i« il.ua un Tableau général de correspondance des caractères kiémglfpliiijiiet purs, linéaire*, et hiératiques ; i° une justification de la valeur assignée

qu'il a ajoutes i son alphabet pendant la voyage d'Egypte; î"» n rietu dictionnaire de mot. écrit, par abrégé qui se rencontrent dan le. telles hiéroglyphique, égyptiens, arec i'indie.tion de leur. larme, complètes, telles que ces marnes textes las ont autrefois employée*.

due à la munificence du gouvernement piémontais, sera toujours , en Europe , ce qu'elle a été pour le hiérogrammalc français, la grande école où devront concourir ceux qui chercheront à méditer sur les véritables débris de la vieille Egypte. Cette collection , entourée des lumières des savans académiciens auxquels elle est confiée (i) , fixera désormais à Turin le centre des études égyptiennes. Les riches dépôts d'antiquités de ce genre, que d'autres capitales d'Italie ont rivalisé d'ardeur à accumuler, ne manqueront pas de leur part de contribuer ù L'avancement de ces mêmes études. Qu'un prince, en les protégeant, offre enfin les moyens d'exploiter avec fruit tant de nouvelles mines historiques! il aura, de cette manière, réservé à l'Italie la gloire de fermer la carrière de la science hiéroglyphique , comme jadis elle ferma celle de l'érudition grecque et latine. Il s'agit de la gloire de nos lettres ; n il » s'agit de reconstruire l'édifice de la plus ancienne >p société humaine; qui ne voudrait s'associer à celte » noble entreprise ! »

Veuillez accepter, monsieur, l'assurance de ma haute considération cl de mon sincère attachement. Turi? , janvier i833.

FRANÇOIS SALVOLINI.

(t) Le célèbre Prjron, de tiraillé duquel je m'honore, soutenu pur il protection ciclairéc du Ror , travaille depuis quelque tenu il l'impression d'un nouveau lexique de Jjt langue e upte T qu'il a lui-indnle ridige ; le. éludes llïitaglj'pljiijiui y pu lieront uni doute do firnndcf rcunurces.

BÂSS LA PREMIERE LÉTTHE,

Page n , au lieu de (pl. I, n° 5), //je; : (pl. I , n" i) ; Page i3 , au lieu de (hiérog. , 1. 1 1 , lisez : (biérog., 1. i ]) ; Page i6, au lieu de : exprimé par ce mot, lisez : exprimé par le mot ;

Page f.u, au lieu de : £ pOTTp, Uuz:^ p"Y.

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