A. - MÉCANISME ET EFFET RYTHMIQUE
Il faut distinguer ici : i* la vitesse du mouvement total du vers ou de la strophe ; 20 la vivacité de ce mouvement ; 3° sa variété.
T — Vitesse du mouvement.
La vitesse du mouvement dans le vers consiste d'abord dans le nombre des syllabes qui le composent ; plus ce nombre eslpetit, plus la vitesse est grande : le vers alexandrin est un vers très lent, le vers de dix syllabes est plus rapide, celui de huit encore davantage ; enfin viennent les petits vers, les plus rapides de tous. De même, parmi les strophes, celle qui se compose de quatre vers ou le quatrain est la plus rapide parmi celles usitées poétiquement; celles de huit,
dix. douze vers, sont très lentes, très lourdes même et se déploient majestueusement. Il est possible qu'une strophe soit très lente comme strophe et très rapide dans chacun de ses vers, ou qu'au contraire, elle soit rapide comme strophe, parce qu'elle contient peu de vers, et qu'elle soit lente comme vers, parce que chacun de ceux-ci est très long. Enfin le poème est d'un mouvement lent ou rapide suivant le nombre de strophes qu'il contient, et celui qui est articulé, suivant le nombre de ses antistrophes. La mesure est unique ; le mouvement est lent, lorsque l'unité considérée contient un plus grand nombre d'éléments, il est rapide lorsque les éléments sont moins nombreux.
Mais en est-il de même quant aux éléments inférieurs au vers, l'hémistiche, par exemple? Oui; ainsi l'hémistiche d'alexandrin, de 4 syllabes est plus rapide que celui de 6 : l'hémistiche de décasyllabe de 5 syllabes est plus rapide que celui de G (formule 5 + 5 comparée à celle 4 + 6 ou 6 + 4).
Comment calculer la vitesse, quand le calcul donne un résultat contraire dans la strophe, dans le vers, dans l'hémistiche ; par exemple, la strophe est plus lente, comprenant plus de vers, mais cependant par ailleurs plus courte, chaque vers comprenant moins de syllabes. On doit dire que la strophe est lente et les verts courts, mais l'ensemble?
Voici deux exemples :
Par exemple, une stance de huit vers, mais de vers très petits.
O ma fille, Blanche et douce.
En famille Sans secousse Vis gentille, Sur la mousse, Vis et pousse, Joue et brille.
Voici deux vers seulement formant une strophe.
Quand mon corps sera faible et mon cœur triste et las Je voudrai bien mourir au milieu des lilas .
La première contient en tout 27 syllabes, la seconde a4 ; si l'on calcule ainsi, il y aura peu de différence. C'est la réalité. Nous pensons qu'il faut suivre ce calcul, cependant il faudrait peut-être ajouter à chaque petit vers une syllabe pour la valeur des repos : on aurait ainsi
pour la piemière strophe 36 et pour la seconde 26: la première serait donc plus longue que la seconde. Nous verrons qu'en ce qui concerne la vivacité du mouvement, la mesure doit être différente.
La différence de vitesse de mouvement devient plus sensible lorsque le vers long et le vers petit sont juxtaposés, c'est ce que nous constaterons tout-à l'heure eu traitant de la vivacité de ce mouvement Mais, sans cette comparaison actuelle, elle devient sensible aussi par une comparaison virtuelle avec un vers absent. Celte comparaison se fait quaud le vers dont il s'agit est catalectique, hypercatalectique, brachycatalectique ou bicataleclique
C'est ce qui se constate dans le pentamètre latin.
Tempora-sifue-rint... -nubila-solus e-ris
Vienne le malheur... - cherche les amis. . .
Le rythme indiquant seul que chaque hémistiche a été raccourci d'une syllabe.
Ce résultat est perceptible aussi en français.
En latin, en ce qui concerne le pied, le résultat paraît tout contraire , il semble qu'il y ait plus de vitesse dans le dactyle qui contient trois syllabes que dans le spondée qui en renferme deux. Il n'est pas exact de conclure ainsi, puisque la rythmique latine ne compte pas par syllabes, mais par moments de temps. Dans ce cas. en effet, plus il y a de syllabes ans chaque moment. plus le rythme est vif.puisque chaque syllabe doit se prononcer plus rapidement. Mais il s'agit pour le pied non de rapidité, mais de vivacité, puisque celui-ci, quelle que soit sa composition, doit mettre toujours la même durée de temps à se prononcer.
En français, le pied peut exister aussi, mais il n'est plus une unité temporale, c'est une unité accentuelle, cependant il emporte avec lui un peu de temps, et produit le même effet de vitesse que le pied latin, quand il contient un plus grand nombre de syllabes, mais la rapidité du vers n'en est pas modifiée, cela n'affecte que sa vivacité.