‹ Des rapports conjugaux considérées sous le tirple point de vue de la population, de la santé et de la morale publique (volume 2)Chapitre 3 sur 25 · A MADRID, CHEZ C. BAILLY-BAILLI BRU, CALLE DEL PRINCIPE · texte numérisé non relu

A MADRID, CHEZ C. BAILLY-BAILLI BRU, CALLE DEL PRINCIPE

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La première édition de ce travail, offerte exclusivement au monde médical, a paru il y a huit ans. L’accueil qui lui a été fait a dépassé toutes nos espérances, puisque trois réimpressions successives sont devenues nécessaires en si peu de temps.

Nous avions annoncé, à l’époque où pour la première fois nous livrions au public nos recherches sur un sujet si nouveau et si vaste, condensées en un petit nombre de feuilles, que nous ne nous en tiendrions pas là, et que nous compléterions notre œuvre en lui donnant l’étendue qu’elle comporte, si, à notre désir d’être utile, venait s’ajouter pour nous la certitude d’être lu.

Non-seulement cette satisfaction nous l’avons obtenue tout entière, mais encore nous avons vu nos efforts encouragés par les plus honorables témoignages de sympathie.

Loin de tirer vanité d’un succès si inespéré, nous nous bornons à y voir la confirmation de nos idées sur l’importance et la gravité de l’objet de ce livre, plutôt que la récompense de son auteur. Nous allons donc, enhardi par une double expérience heureuse, remplir notre promesse et offrir au public de toutes les conditions, non plus une simple ébauche, mais une étude consciencieuse et complète sur l’une des questions les plus dignes de fixer l’attention des esprits sérieux.

Nous avons fait à notre premier travail de nombreuses additions ; et tel qu’il est actuellement, nous aurions pu le présenter comme une œuvre nouvelle, en lui donnant un titre plus général et plus en

harmonie avec la diversité des matières qui y sont traitées. Mais il nous a semblé plus convenable de laisser à ce livre le caractère d’une troisième édition, en lui maintenant son titre primitif.

Dans le temps où nous publiâmes notre mémoire sur les rapports conjugaux , nous n’avions qu’un seul but : celui de traiter le point de vue qui se rattache au problème de la population. Ce n’a été qu’incidemment, en quelque sorte, que nous avons touché à d’autres considérations en apparence étrangères à notre sujet, mais qui, en réalité, s’y rapportaient plus ou moins immédiatement et ne pouvaient être éludées sans dommage pour l’ensemble de notre plan.

Aujourd’hui nous nous sommes imposé une tâche nouvelle. Nous avons voulu étudier le mariage dans son essence, c’està-dire dans son but, examiner la question du divorce et prouver que sa réintégration

dans nos codes serait une source féconde de calamités pour notre état social ; démontrer le danger des unions répétées entre les mêmes familles, en invoquant à l’appui de notre thèse le témoignage de l’histoire, et éveiller l’attention publique sur les conséquences fâcheuses des mariages si fréquents de notre temps entre vieillards et jeunes filles ; enfin nous avons cru ne pas faire un hors-d’œuvre, en esquissant aussi succinctement que possible la physiologie spéciale de la femme, et en déterminant le rôle que celle-ci est appelée à remplir dans la civilisation moderne, après avoir exposé les phases successives de sa condition dans les sociétés anciennes.

Notre premier projet, avons-nous dit plus haut, se bornait à élucider, à l’occasion des rapports conjugaux, un point du problème de la population. On pourrait par là supposer que nous avions la pré-

tention de nous placer sur le terrain de l’économie politique, et Dieu sait si nous y songions ! Nous avons donc besoin d’entrer à ce propos dans quelques explications, parce que pour lire et apprécier un livre, il importe d’être initié à l’intention de l’auteur. —Eh bien ! — nous en faisons ici l’aveu dans toute la sincérité de notre âme ; — médecin avant tout, notre première pensée a été de faire une œuvre toute médicale. Nous nous étions proposé de stigmatiser un vice profondément enraciné dans nos mœurs, à ce point qu’on peut affirmer presque — nous y mettons cette restriction par pure condescendance — que très-peu de familles en sont exemptes. Nous n’exceptons pas même celles où la vertu est héréditaire et où les sentiments religieux ont conservé tout leur empire. Nous confondons dans notre affirmation toutes les classes de la société, hormi celles

qu’abrutit la misère et le désespoir. C’est à notre sens un malheur et une iniquité ; sans contredit c’est une des causes qui agissent le plus puissamment sur la dégradation morale de notre siècle. C’était là d’abord ce que nous voulions répéter après tant d’autres, mais dans un langage différent, car jusqu’alors cette mission était demeurée l’apanage des casuistes.

Certes, si nous n’eussions eu rien de plus à dire, nous nous serions tu ; mais nous avions conçu un plan tout différent, et nous avions à faire valoir des arguments qui n’avaient point encore été invoqués. Nous voulions, appelant à notre aide la science, non plus nous adresser à la foi, au sentiment ; mais à la raison. Nous voulions persuader que les pratiques conjugales que nous condamnons, sont réprouvées par le vœu de la nature, et démontrer les suites désastreuses pour la santé qu’elles entraînent dans les deux

sexes. Nous voulions établir, en un mot, que les lois qui président à la propagation et à la conservation de l’espèce humaine ne sauraient être impunément enfreintes. Voilà le motif vrai auquel est dû ce livre. Mais malgré nous, et dès les premières pages , nous nous sommes trouvé entraîné, en quelque sorte irrésistiblement, hors de notre cadre, par des questions que nous n’avions pas prévues et dont il fallait nécessairement déblayer la route. Nous ne pouvions d’ailleurs les éviter, à cause de leur intime connexion avec notre sujet.

Nous ne nous dissimulons pas que plus d’un lecteur sera désappointé, en ne trouvant pas dans ce volume ce qu’il aura cru y rencontrer sur la foi du titre. Nous savons de quelle vogue jouissent de nos jours les ouvrages qui, sous le masque de la science, s’adressent à la curiosité libidineuse de certain public, en lui offrant en

pâture des détails obscènes et des tableaux du plus odieux dévergondage. Avonsnous besoin de dire que jamais notre plume n’a ambitionné un succès de cette nature ?

Aux yeux de ceux qui nous connaissent, toute protestation dans ce sens serait superdue, et pourtant nous ne nous plaindrions pas, lors même que notre livre devrait à un motif de si mauvais aloi des lecteurs qu'il n’eût pas eus sans cela. Peu nous importe, en effet, pourvu que nous parvenions à vulgariser nos idées et à les faire pénétrer dans les masses, certain que nous sommes de toucher du doigt une plaie hideuse, et en la mettant à nu, de frapper les esprits d’une terreur salutaire. Mais nous tenons à rassurer les hommes sérieux qui se laisseraient rebuter par l’étiquette, du dessein de voir ce qu’il y a dessous, et qui craindraientle dégoût qu’inspire aux cœurs honnêtes cette

littérature de lupanars, dont les annonces s’étalent effrontément à la quatrième page des journaux, à la honte de notre siècle. Notre œuvre, conçue à un point de vue éminemment moral, ne peut choquer la susceptibilité la plus délicate, ni appeler la rougeur sur le front le plus pudique.

Le jeune homme avide de sensations voluptueuses, et le vieillard usé qui chercheraient à ranimer des feux mal éteints en se repaissant d’images capables de surexciter de grossiers appétits, n’ont rien à voir dans ces pages où l’austérité du but n’a cessé de dominer l’expression de la pensée.

Le public auquel nous nous adressons nous tiendra compte, sans doute, du courage qu’il nous a fallu pour entreprendre la tâche de dire la vérité sur une question qui, jusqu’à présent, était restée en dehors du domaine de la science que nous

cultivons. Ce n’est pas non plus sans efforts que nous sommes parvenu à surmonter de nombreuses difficultés, pour revêtir d’une forme sévère et décente certains détails sur les scènes les plus intimes de l’alcôve conjugale. La pente était glissante, et cependant nous avons la conscience de n’avoir pas oublié un seul instant ce que nous devions à notre dignité personnelle, et au corps médical auquel nous nous faisons honneur d’appartenir.

Il est un reproche qu’on nous a jeté à la face, et auquel nous confessons avoir été on ne peut plus sensible. On nous a appelé Malthusien , ce qui est synonyme de barbare, parce que nous nous sommes constitué l’adepte de quelques-unes des doctrines de l’économiste anglais. Nous nous en sommes consolé en songeant qu’on ne nous avait pas compris. Mais il nous restait Tardent désir de nous justi-

fier d'une accusation qui nous atteignait dans nos sentiments les plus intimes, ceux du cœur. On a pu nous croire indifférent aux souffrances du plus grand nombre de nos semblables, et capable d’une impiété assez monstrueuse pour leur dénier le droit de prendre place au banquet de la vie, par cela seul qu’ils naissent déshérités. Le moment est venu pour nous de protester contre une telle inculpation, et c’est à nos amis que nous nous adressons particulièrement. A ceux-là qui connaissent les opinions que nous n’avons cessé de défendre dès notre plus jeune âge ; à ceuxlà qui ont cru voir une contradiction flagrante entre nos paroles et nos écrits, nous devons une explication que nous nous efforcerons d’abréger autant que nous le pourrons, sans toutefois rien sacrifier de sa clarté. En préconisant la contrainte morale dans le mariage, nous avons eu en vue la limitation de la progéniture

aux ressources des parents. Sans doute, l’abstention devait être d’autant plus cruelle et plus tyrannique que les époux auxquels nous la recommandons étaient plus dénués et soumis déjà à de plus dures épreuves. Mais qu’on y réfléchisse sans prévention. Peut-on voir sans une douleur poignante, ces familles nombreuses qui manquent de tout, et dont chaque nouvel arrivant est une source nouvelle de calamités, au lieu d’être une joie pour le foyer domestique ? Peut-on ne pas déplorer amèrement l’insouciance qui préside à l’union de deux êtres, qui accouplent leurs destinées fatalement vouées au malheur, et qui vont augmenter encore l’amertume de leur sort, en procréant des enfants condamnés à l’avance à une mort précoce ou à une existence de lutte incessante contre la faim? Que si un remède s’offre sous la main, faut-il le repousser parce qu’il ne satisfait pas complètement

dos aspirations philanthropiques? Faut-il le dédaigner parce qu’il n’est pas le dernier mot de la science sociale ? Tel n’a pas été notre avis. Et, bien que convaincu qu’il n’est ni juste ni conforme auxvues du Créateur que le pauvre soit forcé de renoncer au mariage, qui est de droit naturel, ou de restreindre le nombre de ses rejetons, — cette bénédiction du ciel , selon l’Ecriture sainte, — nous avons pensé et nous pensons encore qu’à titre de moyen essentiellement transitoire , celui que nous proposons est à la fois le plus efficace et le plus moral, pour atténuer le mal qui travaille notre société.

Sans doute, nous avons foi en un avenir meilleur, où les choses nécessaires à la vie seront plus équitablement réparties entre tous les membres de la grande famille humaine ; et nous appelons de tous nos vœux les réformes qui doivent réaliser ce rêve des âmes honnêtes. L’avénement

de cette ère de rénovation nous est même révélé par des signes précurseurs infaillibles. L’histoire est là pour attester les lois de l’évolution sociale, et il suffit de méditer les événements qui se sont accomplis depuis la fin du dernier siècle, pour comprendre le but providentiel des révolutions qui se sont succédé à de si courts intervalles. Mais en attendant que l’heure ait sonné, étayons l’édifice menacé de ruine et n’assistons pas dans une contemplation oisive à un inévitable cataclysme.

Voilà ce que nous avions à dire pour ne laisser aucune prise à l’équivoque. Qu’on nous juge maintenant !

AVANT-PROPOS

Le sujet que j’entreprends de traiter ici intéresse tout à la fois la médecine, l’éco nomie politique, la morale générale et les dogmes religieux. Mon but, cependant, n’est pas de l’envisager sous ces différentes faces, parce que je ne me sens ni la force, ni le talent d’accomplir une œuvre de cette importance. Ce que je me propose en ce moment, c’est d’appeler l’attention de mes confrères sur une cause fréquente de maladies dont on s’est trop peu préoccupé, à mon avis, jusqu’à présent, et d’avertir les gens du monde du danger que court la société, par suite des abus qui se sont introduits dans les relations conjugales. Tel est, du moins, le cadre restreint que je m’étais tracé tout d’abord; mais à mesure que je groupais les matériaux de

AVANT-PROPOS

mon travail, je voyais s’élargir mon horizon, à ce point que bientôt je m’aperçus que je ne pourrais me dispenser d’aborder une question préalable, et qui dominait toutes les autres. Elle est le sujet du chapitre 1er de la première partie, à savoir : si l'instinct seul doit présider chez l'homme à lacté de la reproduction ? Cette question était, à la vérité, fondamentale, et de sa solution dépendaient toutes les doctrines que j’avais à développer. J’ai voulu pour cette partie de mon livre consulter les écrits des économistes les plus en renom, et les auteurs qui se sont occupés de ce sujet sous le rapport religieux. Je dois dire, que celui qui m’a rendu le plus de services est un traité exprofesso sur la matière, intitulé : Essai sur le principe de population , par Malthus. J’y ai puisé à pleines mains, parce que nulle part je n’ai trouvé d’arguments plus concluants en faveur de l’opinion que je voulais faire prévaloir.

Après ce chapitre, j’aborde le côté purement médical de mon sujet, et je cherche

AVANT-PROPOS

à élucider les deux points suivants :

1 0 Quels sont les obstacles au développement excessif de la population, qui ne soient contraires ni aux lois de l’hygiène, ni à celles de la morale ?

2° Quels sont les dangers des artifices préventifs de la fécondation?

Je fais voir le désordre partout: aussi bien chez l’homme qui vit au sein de l’opulence, que chez le malheureux que recouvrent les haillons de la misère, et je signale ses funestes résultats sur la société tout entière,comme sur l’individu isolé. En effet : Le riche est ambitieux, et craint de voir ses descendants déchoir du rang élevé qu’il occupe lui-même.

La contrainte qu’il s’impose pour que l’héritier de son nom jouisse sans partage d’un brillant patrimoine, est illicite et contraire aux lois de la nature.

Le pauvre, de son côté, est insouciant et abruti par les privations. Il use avec avidité, comme s’ils allaient lui échapper, des plaisirs sensuels qu’il trouve à sa por-

AVANT-PROPOS

tée, et qui lui sont d’autant plus précieux, que ce sont les seuls auxquels il lui soit permis d’aspirer. Dénué de tout, il n’a nulle crainte de léguer à sa progéniture une existence plus misérable et plus précaire que la sienne, et il fournit le spectacle de ces familles nombreuses, vouées dès leur origine aux travaux meurtriers des manufactures, ou condamnées, comme leurs ascendants, à chercher dans la mendicité des ressources que ceux-ci ne leur ont point préparées avant de les mettre au monde.

Ainsi, de part et d’autre et par des voies opposées, on voit que l’ignorance des lois véritables qui doivent régir le principe de population, aboutit à des conséquences également funestes et compromettantes pour l’avenir de notre société, si la voix de la science et de la morale ne vient à être entendue pendant qu’il en est temps encore.

J’ai donc pensé que c’était une œuvre utile que celle qui a pour but de signaler un péril si pressant, et d’indiquer le moyen de

AVANT-PROPOS

l’éviter ; d’attaquer des préjugés profondément enracinés, et d’y substituer des principes salutaires généralement méconnus.

Je ne me dissimule pas que la solution de questions aussi graves que celles que je me propose d’examiner dans cet ouvrage aurait besoin d’être placée sous le patronage d’un nom qui fît autorité ; mais l’accueil que mes confrères ont fait à mon travail témoigne suffisamment de l’opportunité de la discussion que je soulève, et me prouve que je ne m’en suis pas exagéré la portée. Puisse le public ratifier ce jugement !

Cet ouvrage est divisé en deux parties. La première est consacrée à l’étude des matières les plus intimement liées au sujet principal. La seconde partie comprend des chapitres additionnels dont l’ensemble pourrait être scindé et recevoir un titre à part, mais qui en réalité complètent ce livre sans nuire à son homogénéité. Ainsi, j’étudie dans cette division la nature de la femme et ses attributs les plus essentiels, au point de vue psycho-physiologique ; je

AVANT-PROPOS

jette un coup d’œil sommaire sur les diverses phases de son existence collective à travers la série des âges, pour montrer l’influence qu’exerce sur sa condition le milieu social dans lequel elle vit. Je consacre des chapitres spéciaux : au mariage, dont je tâche de caractériser l’essence après en avoir retracé les vicissitudes dans le passé ; au divorce, que je montre incompatible avec nos mœurs actuelles; à la menstruation, que je considère dans ses rapports avec l’état conjugal, et enfin, à la vieillesse, envisagée surtout chez l’homme qui contracte une de ces unions tardives qui sont le scandale de notre époque, avec une femme jeune encore et pleine de sève, dont la progéniture reflétera fatalement la disproportion d’âge entre les conjoints.

Ajoutons, pour terminer, que tous ces sujets sont traités selon une pensée unique et convergent vers un même but : celui d’éclairer les époux sur leurs droits et leurs devoirs dans les pratiques intimes du mariage.

DES

CONSIDÉRÉS SOUS LE TRIPLE POINT DE VUE

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