‹ Des résultats éloignés de l'engainement des nerfs par des lames de caoutchouc comme traitement des compressions et irritations consécutives aux blessures de guerreChapitre 18 sur 21 · ADO NES · texte numérisé non relu

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résultats éloignés des sutures avec engaiînement dès que les réponses de nos opérés seront complètes.

Au point de vue suture, nous signalerons seulement ja réponse d’un de nos opérés : « J’ai le bonheur de vous annoncer que les douleurs ont complètement disparu ; je dis complètement. Confidentiellement je vous dirai que huit semaines jour par jour, après l'opération de suture, mon radial (paralysie complète) fonctionnait. Je vous dirai aussi que toutes les opérations analogues, tentées par vous sur mes camarades ( je vous citerai si vous le désirez plusieurs noms ) réussirent dans le même laps de temps. »

Les résultats que nous publions se rapportent uniquement aux syndrômes décrits par M. Dejerine : syndrôme de compression et syndrôme d’irritation du tronc nerveux.

1. Syndrôme de compression. — Le syndrôme de compression apparaît généralement peu de temps après la blessure, il se produit soit par tassement, soit par refoulement des tissus, puis il est maintenu et aggravé par le tissu fibreux de cicatrice qui se développe le long du trajet du projectile, et qui s’insinue, comme nous avons eu l'occasion de le voir souvent, entre les faisceaux nerveux pour constituer une selérose interstitielle.

La restauration est parfois très rapide, nous avons vu des mouvements volontaires se reproduire quelques instants après l’opération, alors que les malades présentaient une paralysie complète depuis plusieurs mois ; le plus souvent cependant ces mouvements volontaires ne réapparaissent que quelques semaines ou plusieurs mois après, certains même ne sont pas entièrement revenus encore après trois années, et plusieurs de nos opérés nous signalent qu'ils constatent une amélioration progressive, et que petit à petit, ils retrouvent plus ou moins la totalité des mouvements qui leur manquaient, En général, les phé-

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nomènes douloureux sont spontanés, ou se produisent à la pression de la cicatrice ; ils se calment très vite après l'opération, et les seuls phénomènes qui persistent actuellement, sont le plus souvent des douleurs passagères ressenties au moment des modifications atmosphériques.

Les phénomènes anesthésiques ont presque tous disparu ou ne se manifestent plus que par des fourmillements ou des engourdissements fugaces, qui varient en intensité, et suivant le métier du malade, occasionnant une fatigue plus ou moins prolongée. D’autres signalent seulement qu’ils « sentent » leur membre au niveau de la lésion, mais ces phénomènes sont à peine sensibles et n’occupent qu'une étendue restreinte ; chez d’autres enfin, il existe encore une diminution de la sensibilité tactile.

II. Syndrome d'irrilalion. — Le syndrôme d'irritation du trone nerveux est caractérisé par une paralysie la plus souvent incomplète, par des hyperesthésies ; mais l’importance des phénomènes douloureux passe au premier plan; ce sont des malades anxieux, insomniques, amaigris, qui ne se laissent examiner qu'avec difficulté, la douleur affecte des intensités variables : élancements, douleurs en éclair, sensations de courants électriques. À l’examen du nerf on ne trouve aucune lésion, et il nous a paru que dans un très grand nombre de cas le tiraillement du nerf par des adhérences musculaires était la principale cause des sensations subjectives du blessé, et l'isolement du nerf au caoutchouc comme traitement de ces éléments douloureux nous a donné d'excellents résultats. Ces adhérences cicatricielles ou museulaires du nerf lésé qui causent la douleur au blessé lors des mouvements, déterminent chez lui une tendance aux attitudes vicieuses, aux immobilisations, aux contracturs, aux troubles névropathiques,.

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En effet, le tiraillement du nerf douloureux au début de chaque mouvement utile, arrête l'effort du blessé et ne tarde pas à limiter ses mouvements, au moment d'apparition de la douleur et même de la simple gêne. L’engaînement permet de faire cesser cet état en donnant au nerf une véritable séreuse artificielle dans lequel il peut glisser sans contracter d’adhérences. Souvent aussi les fibres musculaires adhérentes au nerf le tiraillent sans aucune systématisation, mais d’une façon permanente en dehors même des mouvements volontaires et conscients. Il se crée ainsi rapidement un état de douleur à type causalgique que nous avons vu céder complètement et définitivement avec le simple engainement au caoutchouc.

Le syndrôme d’irritation se manifeste sous différents types plus ou moins graves.

A) La causalgie dont Ha thérapeutique par l'opération de Leriche ou périsympatectumie artérielle a été bien étudiée par notre camarade le D' Villard. (Thèse de Lyon 1920), et qui ne rentre pas dans le cadre de notre étude.

B) La névralgie traumatique survenue à la suite de contusion légère du tronc nerveux ; il n'existe pas de paralysie mais un léger degré d’affaiblissement et d'atrophie musculaire, il y a de l’hyperesthésie, des douleurs vives, irradiées sur le trajet du nerf. Elles sont dues le plus souvent comme l'ont montré MM. Henri Meuriot et Odilon Platon (Société de Chirurgie, mai 1917) à la fixation sur le tronc nerveux dépouillé de son névrilemne, des adhérences dont nous avons parlé plus haut, nous les avons observés sur tous les nerfs, mais principalement ainsi que l’avaii déjà signalé M. Tinel, dans les blessures du médian et du sciatique.

Cette pathogénie du nerf douloureux n’a peut-être pas attiré assez l'attention et à ce sujet beaucoup de nos obser-

vations ont la valeur de véritables expériences. Nous avons réopéré plusieurs nerfs, déjà libéré antérieurement et améliorés, qui étaient redevenus extrêmement douloureux

ils furent tous retrouvés adhérents non plus aux museles, mais au tissu de cicatrice. Dans l'observation 82, un seiatique extrêmement douloureux avait été opéré et enfoui dans un lit musculaire, il y avait contracté des adhérences, qui lui faisaient faire demi-tour sur lui-même. Tous ces nerfs convenablement isolés sont redevenus indolores : et ces phénomènes n’ont plus réapparu après l’engaînement.

C) Les névrites graves accompagnées de troubles trophiques. — Dans ces cas, la paralysie peut être plus ou moins complète, elle se manifeste avec une certaine analogie aux symptômes de la causalgie, les malades se plaignent de cuissons, de brûlures, de douleurs intolérables, mais qui sont différentes des phénomènes causalgiques, car elles correspondent à des manifestations profondes, et cèdent dans la plupart des cas au traitement par la libération et l’engaînement, tandis que les douleurs causalgiques ont une origine plus superficielle et ne présentent une amélicration véritable et durable qu’à la suite de la sympathectomie périartérielle de Leriche.

Dans ces formes graves, les troubles irophiques sont presque constants et l’engaînement avec du caoutchouc a également une action sur ces troubles vasculaires. On à constaté depuis longtemps déjà que jamais les interventions de libération des troncs nerveux ne donnent d’aggravation des lésions d’origine vasculaire, malgré le grand nombre de vaisseaux, le plus souvent veineux, que l’on est amené à sectionner dans le tissu de cicatrice. C’est à la libération générale du membre par cette incision vaste et le relâchement des brides profondes que l’on attribue cette faible novicité à ces interventions vis-à-vis de la cir-

culation : elles donnent plus de place aux vaisseaux comprimés qui peuvent reprendre tout leur calibre et débiter à plein canal. L'engaînement permet d'assurer cette libération des voies sanguines d’une façon moins fugace qu'une simple libération, dont la fibrose récidivante peut annuler les résuliats. Les troubles trophiques qui dépendent d’une diminution de la circulation tronculaire, trouvent un grand bénéfice à l’élasticité introduite dans le rnembre par la présence de ce corps étranger, chaque fois qu’ils ne sont pas sous la dépendance d’une oblitération complète de la majeure partie des vaisseaux. Nous avons eu de ce fait une amélioration dans huit cas sur dix opérations ce qui donne une amélioration dans 80 0/0 des eas, et cette amélioration survenue quelques jours après l’opération s’est maintenue depuis trois années chez nos opérés.

Il nous reste encore à signaler que, à part les douze cas où l’on a dû intervenir pour extraire la lame de caoutchouc, nos opérés n’ont subi aucune intervention pour les troubles qui les avaient amené au Centre de Neurologie, alors que chez un grand nombre une première intervention avait déjà été faite : ce fait semble bien démontrer l'efficacité du caoutchouc comme élément isolant du nerf. Nous pouvons dire aussi que la plupart de nos blessés ont été versés dans le service auxiliaire avec pension temporaire variant de 10 à 20 0/0, ou maintnus service armé, et que un certain nombre qui avaient obtenu une réforme avee pension variant de 50 à 60 0/0 ont vu réduire durant ces trois années, leur taux d'invalidité de 50 à 30 ou 20 0/0.

Si nous relevons maintenant les résultats obtenus pour chacun des nerfs libérés et isolés, nous avons :

Nerf médian — 29 opérés

Améliorés ou guéris : 23 (Conservation du caoutchouc) Même état ou aggravés : 6 (Extraction du caoutchouc)

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