‹ Des Romains, Lettres Persanes et Temple de GnideChapitre 112 sur 263 · XXIII. USBEK A SON AMI IBBEN · texte numérisé non relu

XXIII. USBEK A SON AMI IBBEN

Nous sommes arrivés à Livourne dans quarante jours de navigation. C'est une ville nouvelle; elle est un témoignage du génie des ducs de Toscane , qui ont fait d'un village marécageux la ville d'Italie la plus florissante.

Les femmes y jouissent d'une grande liberté : elles peuvent

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voiries hommes à travers certaines feuêtres qu'on nomme jalousies, elles peuvent sortir tous les jours avec quelques vieilles qui les accompagnent : elles n'ont qu'un voile '. Leurs beaux-frères, leurs oncles, leurs neveux peuvent les voir sans que le mari s'en formalise presque jamais.

C'est un grand spectacle pour un mahométan de voir pour la première fois une ville chrétienne. Je ne parle pas des clioses qui frappent d'abord tous les yeux , comme la différence des édiflces , des habits , des principales coutumes : il y a , jusque dans les moindres bagatelles , quelque chose de singulier que je sens et que je ne sais pas dire.

Nous partirons demain pour Marseille : notre séjour n'y sera pas long. Le dessein de Rica et le mien est de nous rendre incessamment à Paris, qui est le siège de l'empire de l'Europe. Les voyageurs cherchent toujours les grandes villes, qui sont une espèce de patrie commune à tous les étrangers. Adieu. Sois persuadé que je t'aimerai toujours.

A Livourne, le 12 de la lune de Sapbar, 1712.

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