DERVIS DU BRILLANT MONASTÈRE DE TAIRIS
(Oue penses-tu des chrétiens, sublime dervis? Crois-tu qu'au jour du jugement ils seront comme les infidèles Turcs, qui serviront d'ànes aux Juifs, et seront menés par eux au gr^^^ot en enfer ? Je sais bien qu'ils n'iront point dans le "^jourclfes prophètes, et que le grand Hali n'est point venu pour eux. IMais ,[parce qu'ils n'ont pas été assez heureux pour trouver des mosquées dans leur pays, crois-tu qu'ils soient condamnés à des/étiatiments éternels, et que Dieu les punisse pour n'avoir pas pratiqué une religion qu'il ne leur a pas fait connaître? Je puis te le dire :~JHii souvent examiné ces chrétiens; je les ai interrogés pourvoir s'ils avaient quelque
idéo du grand Uali , qui était \e plus beau de tous les hommes ; i'ajLtrouvé qu'ils n" eu avaient jamais ouï parler^ {l\^ ne ressemblent point à ces içfldèles que nos saints prophètes faisaient jiasser au ui neTépce , parce qu'ils refusaient de croire aux miracles du ciel ; jjssogtphitàtconime ces malheureuxqui-xLiaieût4afislesténèOTésae l'idolâtrie avant qucjo divine liuiiière vîiir^airer le visage de notre grand prophète. D'ailleurs ,sijûrL examine de pfèsïfeur religion , on y trouvera coiia|Re utië'senience ae nos dogmes. J'ai souvent admiré les secrets de la Providence, qui semble les avoir voulu préparer par là à la conversion générale. Tai ouï parler d'un li\Te de leurs docteurs, intitulé la Polygamie triomphante , dans lequel il est prouvé que la polygamie est ordonnée aux chrétiens. Leur baptême est l'image de nos ablutions légales \ et les chrétiens n'errent que dans l'efficacité qu'ils donnent à cette première ablution, qu'ils croient devoir suffire pour toutes les autres. Leurs prêtres et les moines prient comme nous sept fois le jour. Ils espèrent de jouir d'un paradis oii ils goûteront mille délices par le moyen de la résurrection des corps. Ils ont, comme nous, des jeûnes marqués, des mortifications avec lesquelles ils espèrent fléchir la miséricorde di\ine. Ils rendent un culte aux bons anges , et se méfient des mauvais. Ils ont une sainte crédulité pour les miracles que Dieu opère par le ministère de ses serviteurs. Ils reconnaissent , comme nous , l'insuffisance de leurs mérites , et le besoin qu'ils ont d'un intercesseur auprès de Dieu. Je vois partout le mahométisme , quoique je n'y trouve point Mahomet. On a beau faire , la vérité s'échappe, et perce toujours les ténèbres qui l'environnent. Il viendra un jour où l'Éternel ne verra sur la terre que de \Tais croyants. Le temps , qui consume tout , détruira les erreurs mêmes. Tous les hommes seront étonnés de se voir sous le même étendard : tout, jusqu'à la loi , sera consonuiié ; les divins exemplaires seront enlevés de la terre , et portés dans les célestes arcliives.
A Paris, le 2i» de la lune fie Zilhagé, l"i:î.