‹ Des Romains, Lettres Persanes et Temple de GnideChapitre 13 sur 263 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

rlu Tésiu , de Trébies et de Trasiinèue; après celle de Cannes, plus funeste encore, abandonnée de presque lou» les peuples d'Italie, elle ne demanda point la paix. C'est que le sénat ne se départait jamais des maximes anciennes ; il agissait avec Anuibal comme il avait agi autrefois avec Pyrrhus, à qui il avait refusé de faire aucun accommodemeut taudis qu'il serait eu Italie; et je trouve dans Denys d'Halicarnasse ' que, lors de la négociation de Coriolan, le sénat déclara qu'il ne violerait point ses coutumes anciennes ; que le peuple romain ne pouvait faire de pai k tandis que les ennemis étaient sur ses terres ; mais que , si les Voisques se retiraient , on accorderait tout ce qui serait juste.

Rome fut sauvée par !a force de son institution. Après la bataille de Caunes, il ne fut pas permis aux femmes mêmes de verser des larmes ; le sénat refusa de racheter les prisonniers , et envoya les misérables restes de l'armée faire la guerre en Sicile , sans récompense , ni aucun honneur militaire , jusqu'à ce qu'Aunibal fût chassé d'Italie ^

D'un autre côté , le consul Térentius Varron avait fui honteusement jusqu'à Venouse ; cet homme , de la plus basse naissance, n'avait été élevé au consulat que pour mortifier la noblesse. Mais le sénat ne voulut pas jouir de ce malheureux triomphe ; il vit combien il était nécessaire qu'il s'attirât dans cette occasion la confiance du peuple : il alla au-devant de Varron , et le remercia de ce qu'il n'avait pas désespéré de la république ^

' Antiquités romaines , liv. VIII.

' [Après la bataille de Cannes , ou tout autre État eut succombé à sa mauvaise fortune , il n'y eut pas un mouvement de faiblesse parmi le peuple, pas une pensée qui n'allât au bien de la république. Tous les ordres, tous les rangs, toutes les conditions s'épuisèrent volontairement . l'honneur était a retenir le moins, la hoate à garder le plus. (S.UM K\ re- Moxn.)]

' [Le sénat l'en remercia puMiqucmcnl; et dès lors on résolut, selon

28 GRANDKUR ET DÉCADENCU: DES ROMALNS,

Ce n'est pas oïdiuaireinent la perte réelle que l'on fai dans une bataille (c'est-à-dire celle de quelques inillier d'hommes) qiii est funeste à un État; mais la perte imag naire et le découragement, qui le privent des forces même que la fortune lui a^ ait laissées.

Il y a des choses que tout le monde dit, parce qu'elle ont été dites une fois. On croit qu'Annibal fit une faute in signe de n'avoir point été assiéger Rome après la bataill de Cannes '. H est vrai que d'abord la frayeur y fut extrt me; mais il n'en est pas de la consternation d'un peupl belliqueux , qui se tourne presque toujours en courage comme de celle d'une vile populace, qui ne sent que sa fai blesse. Une preuve qu'Annibal n'aurait pas réussi, c'es que les Romains se trouvèrent encore en état d'envoyc partout du secours.

On dit encore qu'Annibal fit une grande faute de mené son armée à Capoue, où elle s'amollit; mais l'on ne consi dère point que l'on ne remonte pas à la vraie cause. Le soldats de cette armée , devenus riches après tant de vie toires, n'auraient- iispas trouvé partout Capoue? Alexandn qui commandait à ses propres sujets , prit dans une occaj sion pareille un expédient qu'Annibal , qui n'avait que df troupes mercenaires, ne pouvait pas prendre : il fit mel tre le feu au bagage de ses soldats , et brûla toutes leui richesses et les siennes. On nous dit que Koulikan , apri la conquête des Indes, ne laissa à chaque soldat que cei roupies d'argent =*.

les anciennes maximes, de n'écouter dans ce triste état aucune propos lion de paix. L'ennemi fut étonné; le peuple reprit cœur, et crut ave lies ressources que le sénat connaissait par sa prudence. (Bossuet , DU surl'Hist. nniv., troisième partie, ch. vi.)]

' [Voyez Saint-Évremond , Réflexions sur les divers génies du pcuj^i romain , etc., ch. vu.]

^ Histoire de sa vie ; Paris , 17'»'2 , page -loi.

ciiAPiint; V. 2,)

Ce furent les conquêtes mêmes d'Auiiibal qui ooinnicueèreiit à changer la fortune de cette guerre. Il n'avait pas été envoyé en Italie par les magistrats de Caj-thage ; il rec-evait ti*ès-peu de secours , soit par la jalousie d'un parti , soit par la trop grande confiance de l'autre. Pendant qu'il resta avec son année ensemble , il battit les Romains ; mais lorsqu'il fallut qu'il mît des garnisons dans les villes , qu'il défendît ses alliés , qu'il assiégeât les places , on qu'il les empêchât d'être assiégées, ses forces se trouvei"ent trop petites ; et il perdit en détail une partie de son armée. Les conquêtes sont aisées à faire , parce qu'on les fait ave*; toutes ses forces ; elles sont difficiles à conserver, parce qu'on ne les défend qu'avec une pai-tie de ses forces.

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