LV. RICA A IBBEN
A Smyrne.
Cliez les peypks d'Europe, le premier quart d'heure du^
mariage a^nîmlr jbutes les difficu,ltés.; les dernières faveurs sont toujours de "même âaie que ta l)en«licnon niïptîàle : les *^ femmes n'y font point comme nos PecsailÊS , qui disputent.le terrain quelquefois des mois entiers ; il n'y a rien de si plénîer : si elles ne perdent rien, c'est qu'elles n'ont rien à perdre. Mais on saittoujours, chose honteuse ! le moment de leur défait^et, sans consulter les astres, on peut prédire au juste l'heure delà naissance de leurs enfants.
'^es Français ne parlent presque jamais de leurs femmes : c'est qu'ils ont peur d'en parler devant des gens qui les conna^sent mieux qu'eux ' .)
JLLy a parmi^ix tfes hommes très-malheureux que personne ne console : ce sont lc sma.ris jaloux ; il y en a que tqut le monde hait : ce sont les marisjaïoux ; TTy en a que tous lè^ionfirno?? méprisent : ce sont encore lesjnaris jaloux. / i >L /.j^
Aussi n'y a-t-il point de pays où ils soient Qo^petiVriom- / breque chez les Français. Leur tranquillité n'est pas fondée sur la confiance quils ont en leurs femmes; c'est au contraire sur la mauvaise opinion qu'ils en ont. Toutes les sages précautions des Asiatiques, les voiles qui les couvrent, les prisons où elles sont détenues , la vigilance des eunuques , leur paraissent des moyens plus propres à exercer l'industrie de ce sexe qu'à la lasser. Ici les maris prennent leur parti de bonne grâce , et regardent les infidélités comme des coups d'une étoile inévitables Un mari qui voudrait seul posséder sa femme serait regardé"ctJmme un perturbateur de la joie publique, et comme
' Cpfle discrétion a des motifs plus raisonnal)lPs, et un l)ul moins injurieux au sexe qui en est Tobjct. Du reste, elle a, en quelque sorte, reçu l'approljalion d'un de nos plus ingénieux moralistes. « On sait assez, dit la Rocliefoucauld, qu'il ne faut guère parler de sa femme; mais on ne sait pas assez qu'on devrait encore moins parler de soi. » ( \f II rime CCCLXIV.) (P.;
MONTF..SOI'lia-. 28
32» LETTKtS PERSANES.
py L\n. USBEK A RHÉDI.
A Venise.
Les libertins eQlretiennent ici un nombre infini de filles de joie , eU«s déy.Qls uiiJiombre innombrable de dervis. Ces der- . vis îonrtrois vœux,"Cobéissrince, de pain'reté, et de cfrasteté. Ou dit que le premier est le mieux observé de tous ; ^àiat) au second, je le réponds qu'il ne Test point : je te laisse à juger du ^■oisième.
Mais, quelque riches que soient ces dervis , ils ne quittent ' jamais la qualité de pauvres ; notre glorieux sultan renoncerait plutôt à 5es magnifiques et sublimes titres : ils ont raisou , j^mLÇe^^fi^iÊi^iïï^Jes^mpêcbeiÉlfilreî^ ^/Z-»^^.
Les médecins, et quelques-uns de ces dervis qu'on appelle confesseurs, sont toujours ici ou trop estimés ou trop méprisés ; cependant ou dit que les héritiers s'accommodent mieux des médecins que des confesseurs.
^ Je TUS l'autre jour dans un couvent de ces dervis. Un d'entre eux , vénérable par ses cheveux blancs , m'accurnlTt fort honnêtement ; et , après m'avoir fait voir toute la maison , il me 'iiiçua dans le jardin , où nous nous mîmes à discourir, flion père, lui dis-je, quel empîoî avez-vous dans la communauté? INIonsieur, me répondit-il avec un air très-content de ma question v4fî-SiÙS.£a§iiiste. Casuiste ! repris-je : depuis que je suis en France , je n'ai pas ouï parler de cette charge. Eh quoi ! vous ne savez pas ce que c'est qu'un casuiste ? Eh bien ! écoutez , je vais vous en donner une idfîiLi^ui ne vous laissera rien à désirer. Il y a deux sortes de^jgechésU <}6 mortels , qui cxcluent^absolument du paradis; de vénia^,qui offensent Dieu àT£t''Vet'ité, n^ais ne l'irritent pas au point de nous priver de la béatitude. 'x3r touLROtre arLJîûnsist£. à bien distinguer ces deux sortes de péchés : car, à la réserve de quelques Ubertius,tous les chrétiens veulent gagner le paradis; mais il n'y a guère personne qui ne le veuille gagner à meilleur mar- / ihô (|u'il est |)0ssiblc. Quand on connaît bien les péchés inor-
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tels , ou tâché de ne pas commettre de ceux-là , et l'on fait sou affaire. U y a des hommes qui n'aspireut pas à une si grande perfection; et, çomme^s^n'ont poLut d'ambition, ils ne se s^cient pas des premières places : aussi ils entrent en paradis le plus juste qu'ils peuvent; pourvu qu'ils y soient, cela Jeur^/t-^sr*suffit rieur Mit est de ir en faire ni plus m moins. Ce sont des gens qui ravisseni.le ciel plutôt qu ils ne Tobtiennent , et qui disent à Dieu : Séîgnèur, j'ai accompli les conditions iï larî^ gueur ; vous ne pouvez vous empêcher de tenir vos promesses : comme je n'en ai pas fait plus que vous n'en avez demandé , je vous di^|)en^de n/fefî^c^or^ér -'pluT qïïS^vous n'en avez promis.
Nous sommes donc des gens nécessaires, monsieur. Ce n'est pas tout pourtant ; vous allez bien voir autre chose. L'action ne lait pasTe crime , c est la connaissance de MuLqui Ta commet : celui qui fait un mal , tandis qu'il peut croire que ce n'en est pas un , est en sûreté de conscience; et comme il y a un nombre infini d'actions équivoques , un casuiste peut leur donner un degré de bont^ qu'elles n'ont point , en les^^ / qualifiant telles: et pourvu qu'il nuissenpersuader qirîFlles nont^pas de venin, irTe leur ote Tout entier. ^
Je vous dis ici le secret d'un métier où j'ai vieilli ; je vous en fais voir les raffinements : il y a un tour à donner à tout , même aux choses qui en paraissent le moins susceptUjles. Mon père , lui dis-je , cela est fort bon ; mais comment vous aecomniodez-vous avec le ciel? Si le grand sophi avait à sa cour un homme qui fît à son égard ce que vous faites contre votre Dieu, qui mît de la différence entre ses ordres, et qui apprît à ses sujets dans quel cas ils doivent les exécuter, et dans que! autre ils peuvent les violer , il le ferait empaler sur l'heure. Je saluai mon dervis , et le quittai sans attendre sa réponse.
A Paris, le 23 de la lune de Maliarram, I7iï.