‹ Des Romains, Lettres Persanes et Temple de GnideChapitre 16 sur 263 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

une guerre, qui soient également capables de se servir de la fortune et de l'attendre , et qui , avec cette disposition d'esprit qui donne de la méfiance avant que d'entreprendre , aient celle de ne craindre plus rien après avoir entrepris.

Après l'abaissement d'Antiochus , il ne restait plus que de petites puissances, si l'on en excepte l'Egypte , qui, par sa situation, sa fécondité, son commerce, le nombre de ses habitants , ses forces de mer et de terre , aurait pu être formidable; mais la cruauté de ses rois, leur lâcheté, leur avarice, leur imbécillité , leurs affreuses voluptés, les rendirent si odieux à leurs sujets , qu'ils ne se soutinrent , la plupart du temps , que par la protection des Romains.

C'était en quelque façon une loi fondamentale de la couronne d'Egypte, que les sœurs succédaient avec les frères; et, afin de maintenir l'unité dans le gouvernerneut , on njariait le frère avec la sœur. Or il est difficile de rien imaginer de plus pernicieux dans la politique qu'un pareil ordre de succession : car tous les petits démêlés domestiques devenant des désordres dans l'État , celui des deux qui avait le moindre chagrin soidevait d'abord contre l'autre le peuple d'Alexandrie, populace immense toujours prête à se joindre au premier de ses rois qui voulait l'agiter. De plus, les royaumes de Cyrène et de Chypre étant ordiua rement entre les mains d'autres princes de cette maisou, avec des droits réciproques sur le tout, il arrivait qu'il y avait presque toujovu's des princes régnants et des prétendants à la couronne ; que ces rois étaient sur un trône chancelant , et que , mal établis au dedans , ils étaient sans pouvoir au dehors.

Les forces des rois d'Egypte, comme celles des autres rois d'Asie, consistaient dans leurs auxiliaires grecs.

40 GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAmS,

Outre l'esprit de liberté , d'honneur et de gloire, qui animait les Grecs, ils s'occupaient sans cesse à toutes sortes d'exercices du corps ; ils avaient dans leurs principales villes des jeux établis , où les vainqueurs obtenaient des couronnes aux yeux de toute la Grèce : ce qui donnait mie émulation générale. Or, dans un temps où l'on combattait avec des armes dont le succès dépendait de la force et de l'adresse de celui qui s'en servait , on ne peut douter que des gens ainsi exercés n'eussent de grands avantages sur cette foule de barbares pris indifféremment, et menés sans choix à la guerre , comme les armées de Darius le firent bien voir.

Les Romains, pour priver les rois d'une telle milice, et leur ôter sans bruit leurs principales forces , firent deux choses : premièrement, ils établirent peu à peu comme une maxime, chez les villes grecques, qu'ils ne pourraient avoir aucune alliance, accorder du secours, ou faire la guerre à qui que ce fût , sans leur consentement ; de plus , dans leurs traités avec les rois, ils leur défendirent de faire aucune levée chez les alliés des Romains ; ce qui les réduisit à leurs troupes nationales '.

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