XCII. USBER A RUSTAN
A Ispahau.
Il paraît ici un personnage travesti en ambassadeur de Perse, qui se joue insolemment des deux plus grands rois du monde. 11 apporte au monarque des Français des présents
' On se faisait ordinairement représenter par des champions mercenaires. (P.)
que le mUre ne saurait donner à un roi d'Irinietle ou de Géorgie; et, par sa lâclie avarice, il a flétri la majesté des deux empires.
11 s'est rendu ridicule devant un peuple qui prétend être le plus poli de l'Europe, et il a fait dire en Occident que le roi des rois ne domine que sur des barbares.
Il a reçu des honneurs qu'il semblait avoir voulu se faire refuser lui-même; et, comme si la cour de France avait eu plus à cœur la grandeur persane que lui , elle l'a fait paraître avec dignité devant un peuple dont il est le mépris.
Ne dis point ceci à Ispahan : épargne la tète d'un malheureux. Je ne veux pas que nos ministres le punissent de leur propre imprudence et de l'indigne choix qu'ils ont fait.
De Paris , le dernier de la lune de Gemmadi 2 , 1715.