CXII. USBEK A
Le règne du feu roi a été si long, que la fin en avait fait oublier le cominencemcut. C'est aujourd'hui la mode de ne
s'occuper que des événements arrivés dans sa minorité ; et on ne lit plus que les mémoires de ces temps-là.
Voici le discours qu'un des généraux de la ville de Paris prononça dans un conseil de guerre ; et j'avoue que je n'y comprends pas grand'chose.
« ]\Iessieurs , quoique nos troupes aient été repoussées avec « perte , je crois qu'il nous sera facile de réparer cet échec. « J'ai six couplets de chanson tout prêts à mettre au jour, qui, « je m'assure, remettront toutes choses dans l'équilibre. J'ai « fait choix de quelques voix très-nettes , qui , sortant de la « cavité de certaines poitrines très-fortes , émouvront merveil- « leusement le peuple. Ils sont sur un air qui a fait jusqu'à « présent un effet tout particulier.
« Si cela ne suffit pas , nous ferons paraître une estampe qui « fera voir Mazarin pendu.
« Par bonheur pour nous , il ne parle pas bien français ; et « il l'écorche tellement', qu'il n'est pas possible que ses af- « faires ne déclinent. Nous ne manquons pas de fairebienremar- « quer au peuple le ton ridicule dont il prononce. Nous rele- « vâmes , il y a quelques jours , une faute de grammaire si «« grossière, qu'on en fit des farces par tous les carrefours.
« J'espère qu'avant qu'il soit huit jours le peuple fera du « nom de Mazarin un mot générique pour exprimer toutes les « bêtes de somme , et celles qui servent à tirer.
« Depuis notre défaite , notre musique l'a si furieusement « vexé sur le péché originel , que , pour ne pas voir ses par- « tisans réduits à la moitié , il a été obUgé de renvoyer tous « ses pages.
« Ranimez-vous donc , reprenez courage ; et soyez sûrs que « nous lui ferons repasser les monts à coups de sifflet. «
A Paris , le 4 de la lune de Cliahban , I7I8.
LETTRES PERSA>'ES. 417