CHAPITRE XX
avarice. Ils s'eutre-détruisirent pour la plupart avant d'avoir pu s'établir; et cela fit que l'empire d'Orient subsista encore du temps.
D'ailleurs, le Nord s'épuisa lui-même, et l'on n'eu vit plus sortir ces armées innombrables qui parurent d'abord ; car, après les premières invasions des Goths et des Huns, surtout depuis la mort d'Attila, ceux-ci et les peuples qui les suivirent attaquèrent avec moins de forces.
Lorsque ces nations, qui s'étaient assemblées en corps d'armée, se furent dispersées en peuples, elles s'affaiblirent beaucoup ; répandues dans les divers lieux de leurs conquêtes , elles furent elles-mêmes exposées aux invasions.
Ce fut dans ces circonstances que Justinien entreprit de reconquérir l'Afrique et l'Italie , et fit ce que nos Français exécutèrent aussi heureusement contre les Wisigoths, les Bourguignons , les Lombards et les Sarrasins.
Lorsque la religion chrétienne fut apportée aux barbares, la secte arienne était en quelque façon dominante dans l'empire. Valens leur envoya des prêtres ariens, qui furent leurs premiers apôtres. Or, dans l'intervalle qu'il y eut entre leur conversion et leur établissement, cette secte fut en quelque façon détruite chez les Romains : les barbares ariens ayant trouvé tout le pays orthodoxe , n'en purent jamais gagner l'affection ; et il fut facile aux empereurs de les troubler.
D'ailleurs , ces barbares , dont l'art et le génie n'étaient guère d'attaquer les villes et encore inoins de les défejidre, en laissèrent tomber les murailles en ruine. Procope nous apprend que Béiisaire trouva celles d'Italie en cet état. Celles d'Afrique avaient été démantelées par Genséric ' ,
' Procope, Guerre des Fanaales, liv. I.
MOxMESQUIEU. 13
l'iG GRANDEUR ET DECADENCE DES ROAEUWS,
c-oinmo celles d'Espagne le furent dans la suite par Vitisa% dans l'idée de s'.issiirer de ses habitants.
La plupart de ces peuples du nord , établis dans les pays du midi, en prirent d'abord la mollesse, et devinrent incapables des fatigues de la guerre '. Les Vandales languissaient dans la volupté; une table délicate, des habits efféminés, des bains, la musique, la danse, les jardins, les théâtres , leur étaient devenus nécessaires.
Ils ne donnaient plus d'inquiétude aux Romains^, dit Malchus ' , depuis qu'ils avaient cessé d'entretenir les armées que (jeuséric tenait toujours prêtes , avec lesquelles il prévenait ses ennemis, et étonnait tout le monde par la facilité de ses entreprises.
Le cavalerie des Romains était très-exercée à tirer de l'arc; iriais celle des Goths etdes Vandales ne se servait (jue de l'épée et de la lance, et ne pouvait combattre de loin* : c'est cà cette différence que Bélisaire attribuait une partie de ses succès.
Les Romains , surtout sous Justinien, tirèrent degrands services des Huns , peuples dont étaient sortis les Partîtes, et qui combattaient comme eux. Depuis qu'ils eurent perdu leur puissance par la défaite d'Attila et les divisions que le grand nombre de ses enfants fit naître , ils servirent les | Romains en qualité d'auxiliaires, et ils formèrent leur meilleure cavalerie.
Toutes ces nations barbares se distinguaient chacune par leur manière particulière de combattre etdes'armer*".
' MvRiVNA, Histoire (F Espagne, liv. VI, cl);ip. xix.
^ I'kocoi'E, Giieire des Fandales, liv. II. |jij
^ Du temps d'Honoric. W,
^ Histoire b;//.<niliiir, i]nr\sVExtrail des ambassades.
^ Voyez Proc-opi', Guerre des Fandalcs, liv. I; et le iiK-me auteur.
Guerre des Gotha, liv. I. Les archers golhs étaient à pied , ils étaient peu
instruits.
* Un passage remarquable de Jornandès nous donne toutes ces difl*»