‹ Des Romains, Lettres Persanes et Temple de GnideChapitre 72 sur 263 · CHAPITRE XXIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIL

« rien de commun avec vous , et je n'ai que faire de votre « secours pour exercer mes fonctions. »

De si monstrueuses prétentions étant insupportables aux princes, les patriarches furent très-souvent chassés de leurs sièges. Mais chez une nation superstitieuse , où l'on croyait abominables toutes les fonctions ecclésiastiques qu'avait pu faire un patriarche qu'on croyait intrus , cela produisit des schismes continuels : chaque patriarche, l'ancien, le nouveau, le phis nouveau , ayant chacun leurs sectateurs.

Ces sortes de querelles étaient bien plus tristes que celles qu'on pouvait avoir sur le dogme , parce qu'elles étaient comme une hydre qu'une nouvelle déposition pouvait toujours reproduire.

La fureur des disputes devint un état si naturel aux Grecs, que, lorsque Cantacuzène prit Constantinople , il trouva l'empereur Jean et l'impératrice Anne occupés à un concile contre quelques ennemis des moines ' ; et quand Mahomet II l'assiégea , il ne put suspendre les haines théologiques ' ; et on y était plus occupé du concile de Florence que de l'armée des Turcs 3.

Dans les disputes ordinaires , comme chacun sent qu'il peut se tromper, l'opiniâtreté et l'obstination ne sont pas extrêmes; mais dans celles que nous avons sur la religion, comme par la nature de la chose chacun croit être sûr que con opinion est vraie , nous nous indignons contre ceux qui, au lieu de changer eux-mêmes, s'obstinent à nous faire changer.

' Cantacl'zène, liv. III , ch. xcix.

' DucAS, Histoire des derniers Paléologues.

3 On se demandait si ou avait entendu la messe d'un prêtre qui eût eonsenti à l'union : on l'aurait fui comme le feu. On regardait la grande é&lise comme un temple profane. Le moine Gennadius lançait ses anathè- TTies sur tous ceux qui désiraient la paix. (Ducas , Histoire des dernien faléologues.)

Ceux qui liront l'histoire de Pachymère connaîtront bien l'impuissance où étaient et où seront toujours les théologiens , par eux-mêmes , d'accommoder jamais leurs différends. On y voit un empereur ' qui passe sa vie à les assembler, à les écouter, à les rapprocher ; on voit de l'autre une hydre de disputes qui renaissent sans cesse ; et l'on sent qu'avec la même méthode , la même patience , les mêmes espérances, la même envie de finir, la même simplicité pour leurs intrigues, le même respect pour leurs haines, ils ne se seraient jamais accommodés jusqu'à la fin du monde.

En voici un exemple bien remarquable, A la sollicitation de l'empereur, les partisans du patriarche Arsène firent une convention avec ceux qui suivaient le patriarche Joseph, qui portait que les deux partis écriraient leurs prétentions chacun sur un papier ; qu'on jetterait les deux papiers dans un brasier; que, si l'un des deux demeurait entier, le jugement de Dieu serait suivi ; et que , si tous les deux étaient consumés , ils renonceraient à leurs différends. Le feu dévora les deux papiers : les deux partis se réunirent, la paix dura un jour; mais le lendemain ils dirent que leur changement aurait dû dépendre d'une persuasion intérieure et non pas du hasard; et la guerre recommença plus vive que jamais \

On doit donner une grande attention aux disputes des théologiens ; mais il faut la cacher autant qu'il est possible : la peine qu'on paraît prendre à lei' calmer les accréditant toujours, en faisant voir que leur manière de penser est si importante , qu'elle décide du repos de l'État et de la sûreté du prince.

On ne peut pas plus finir leurs affaires en écoutant leui's

' Andronic Paléologue. * Pachymère, liv. I.

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