‹ Des Romains, Lettres Persanes et Temple de GnideChapitre 76 sur 263 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

des Arabes fut détruite en Perse; Mahomet, fils de Sambraël , qui y régnait , appela du nord trois mille Turcs en qualité d'auxiliaires '. Sur quelque mécontentement, il envoya une armée contre eux; mais ils la mirent en fuite. Mahomet, indigné contre ses soldats , ordonna qu'ils passeraient devant lui vêtus en robes de femmes ; mais ils se joignirent aux Turcs , qui d'abord allèrent ôter la garnison qui gardait le pont de l'Araxe , et ouvrirent le passage à une multitude innombrable de leurs compatriotes.

Après avoir conquis la Perse , ils se répandirent d'orient en occident sur les terres de l'empire ; et Romain Diogène ayant voulu les arrêter, ils le prirent prisonnier, et soumirent presque tout ce que les Grecs avaient en Asie jusqu'au Bosphore.

Quelque temps après, sous le règne d'Alexis Comuène, les Latins attaquèrent l'Orient. Il y avait longtemps qu'un malheureux schisme avait mis une haine implacable entre les nations des deux rites , et elle aurait éclaté plus tôt, si les Italiens n'avaient plus pensé à réprimer les empereurs d'Allemagne , qu'ils craignaient, que les empereurs grecs , qu'ils ne faisaient que haïr.

Ou était dans ces circonstances, lorsque tout à coup il se répandit en Europe une opinion religieuse que les lieux où Jésus-Christ était né, ceux où il avait souffert, étant profanés par les infidèles , le moyen d'effacer ses péchés était de prendre les armes pour les en chasser. L'Europe était pleine de gens qui aimaient la guerre , qui avaient beaucoup de crimes à expier, et qu'on leur proposait d'e.x pier en suivant leur passion dominante : tout le monde prit donc la croix et les armes.

Les croisés , étant arrivés en Orient , assiégèrent Nicée ,

' Hisl. écrite par N. D. Césfir, J'ics de Const. Ducaselde R. Diogrne.

et la piirent : ils la rendirent aux Grecs ; et , dans la consternation des infidèles , Alexis et Jean Comnène rechassèrent les Turcs jusqu'à l'Euphrate.

Mais , quel que fût l'avantage que les Grecs pussent tirer des expéditions des croisés , il n'y avait pas d'empereur qui ne frémît du péril de voir passerait milieu de ses États, et se succéder, des héros si fiers et de si grandes armées. Ils cherchèrent donc à dégoûter l'Europe de ces entreprises; et les croisés trouvèrent partout des trahisons, de la perfidie, et tout ce qu'on peut attendre d'un ennemi timide. Il faut avouer que les Français, qui avaient commencé ces expéditions , n'avaient rien fait pour se faire souffrir. Au travers des invectives d'Andronic Comnène contre nous ' , on voit, dans le fond, que chez une nation étrangère nous ne nous contraignions point , et que nous avions pour lors les défauts qu'on nous reproche aujourd'hui.

Un comte français alla se mettre sur le trône de l'empereur; le comte Baudouin le tira par le bras, et lui dit : « Vous devez savoir que, quand on est dans un pays , il « en faut suivre les usages. Vraiment , voilà un beau pay- « san , répondit-il , de s'asseoir ici , tandis que tant de ca- « pitaines sont debout ! «

Les Allemands, qui passèrent ensuite, et qui étaient les meilleures gens du monde, firent une rude pénitence de nos étourderies , et trouvèrent partout des esprits que nous avions révoltés =>.

Enfin la haine fut portée au dernier comble ; et quelques mauvais traitements faits à des marchands vénitiens, l'ambition, l'avarice, un faux zèle, délermiuèrent les Frauçais et les Vénitiens à se croiser contre les Grecs.

' Histoire iVAlexis, son père ,\\\.XcX\\.

• NiCKTAS, Histoire de ISIanml Comnène, liv, I .

Page 1