CHAPITRE m. i
nombre d'habitauts : Rome en avait quatre cent quarante mille, Athènes quatre cent trente et un mille. Mais ce dénombrement de Rome tombe dans un temps où elle était dans la force de son institution , et celui d'Athènes dans \m temps où elle était entièrement corrompue. On trouva que le nombre des citoyens pubères faisait à Rome le quart de ses habitants , et qu'il faisait à Athènes un peu moins du vingtième : la puissance de Rome était donc à celle d'Athènes, dans ces divers temps, à peu près comme un quart est à un vingtième, c'est-à-dire qu'elle était cinq fois plus grande.
Les rois Agis et Cléomènes voyant qu'au lieu de neuf mille citoyens qui étaient à Sparte du temps de Lycurgue' , il n'y en avait plus que sept cents dont à peine cent possédaient des terres % et que tout le reste n'était qu'une populace sans courage, ils entreprirent de rétablir des lois à cet égard ^; et Lacédémone reprit sa première puissance, et redevint formidable à tous les Grecs.
Ce fut le partage égal des terres qui rendit Rome capable de sortir d'abord de son abaissement , et cela se sentit bien quand elle fut corrompue.
Elle était une petite république lorsque , les Latins ayant refusé le secours de troupes qu'ils étaient obliges de donner, on leva sur-le-champ dix légions dans la ville ^. « A peine à présent, dit Tite-Live, Rome, que le monde " entier ne peut contenir , en pourrait-elle faire , autant si « un ennemi paraissait tout à coup devant ses murailles :
' C'étaient des citoj'ens de la ville appelés proprement Spartiates. Lycurgue lit pour eux neuf mille parts ; il en donna trente mille aux autres habitants. Voyez Plularque, Fie de Lycurgue.
^ Voyez Plularque , Fie d'Agis et de Cléomènes.
■* Voyez ibid.
* TiTE-LiVF. , première décade, llv. VII. Ce fut quelque temps après la prise de Rome, sous le consulat de L. Furius Camillus et de Apj'" Claudius Crassus.
18 GlîANDia'R ET DECADENCE DES ROMAINS,
« marque certaine que nous ne nous sommes point agran- •< dis , et que nous n'avons fait qu'augmenter le luxe et les '< richesses qui nous travaillent.
« Dites-moi, disait Tibérius Gracchus aux nobles', " qui vaut mieux, un citoyen, ou un esclave perpétuel ; un ' soldat, ou un homme inutile à la guerre? Voulez- vous, '< pour avoir quelques arpents déterre plus que les autres « citoyens, renoncer à l'espérance de la conquête du reste ■< du monde , ou vous mettre en danger de vous voir enle- '< ver par les ennemis ces terres que vous nous refusez? »