‹ Des sacrementsChapitre 1 sur 113 · Des sacrements · texte numérisé non relu

Des sacrements

Gratia Domini nostri Jesu Christi et caritas Dei, et communicatio Sancti Spiritus sit cum omnibus vobis.

(II Cor., xin, 13).

BlEX CHERS COLLABORATEURS,

C'est à vous, mes prêtres, que je me permets d'offrir ces pages, c'est pour vous que je les ai écrites. Vous voudrez bien les agréer au moins comme un témoignage de mon affectueux attachement à vos personnes et de ma profonde vénération pour votre ministère sacré.

Que ce modeste volume aille dans ces presbytères où j'ai toujours été reçu avec une si cordiale hospitalité et d'où j'ai remporté mie réelle admiration pour tant de mérites cachés.

N'y eût-il dans ces pages qu'un mot qui fît naître une bonne pensée, qu'une ligne qui excitât un bon sentiment chez l'un d'entre vous, je serais payé au centuple pour les heures que j'ai passées à réunir ces conseils que je voulais d'abord m'appliquer à moi-même et que je croyais pouvoir vous être utiles.

Ce livre, je le sais, vous allez le lire ; car il vient de votre archevêque que vous enveloppez de votre respect et que vous réjouissez par votre vie vraiment sacerdotale. Il vous apprendra peut-être quelques vérités que vous ne saviez pas ; il vous en rappellera d'autres que vous aviez oubliées ; il attirera votre attention sur un grand nombre qui doivent être souvent l'objet de vos méditations ; il mettra sous vos yeux quelques-uns de vos principaux devoirs et, grâce à Dieu, vous êtes de ces prê-

très qui trouvent dans leur âme assez de générosité pour les aimer et assez de force pour les accomplir.

De bons prêtres, tous vous voulez l'être ; tous, vous l'êtes, je le sais, et c'est pour cela que, voulant vous être agréable, en vous aidant à plaire de plus en plus à Dieu, je vous envoyais, l'an dernier, ces pages dans lesquelles je vous rappelais toutes les qualités que vous devez travailler à acquérir, si vous voulez avoir sur les fidèles confiés à vos soins l'influence que vous devez exercer sur eux. C'est pour cela que, cette aimée, je veux vous rappeler ces règles pratiques faites par l'Église pour la bonne administration des sacrements.

Le prêtre donne la vie chrétienne par le Baptême et il rend ses semblables membres de Jésus-Christ par la sainte communion ; il dispense le pardon en leur faveur par le sacrement de Pénitence ; il sanctifie l'union, source de la famille, par le Mariage ; il soulage les malades par les onctions sacramentelles. Les grands événements de la vie humaine, le prêtre les prépare ou les bénit.

C'est pour vous aider à mieux remplir ces devoirs sublimes que j'ai écrit ces pages que je me permets de vous offrir. Inspirez-vous des pensées qu'elles renferment et vous travaillerez encore avec plus d'ardeur à ce que Notre-Seigneur soit connu, aimé, servi comme il le mérite, dans vos paroisses, à ce que l'Église, qui est l'épouse de Jésus-Christ qui l'a engendrée dans ses douleurs et dans son sang, soit entourée de tout le respect qu'elle mérite dans notre archidiocèse, à ce qu'elle ouvre tous les jours son sein plus large à de nouveaux enfants.

Lisez souvent les pages dans lesquelles il s'agit de la sainte Eucharistie et vous aurez encore plus à cœur de prendre tous les moyens possibles pour que le Très-Saint-Sacrement soit de plus en plus aimé des fidèles, pour que ceux-ci lui fassent tous les jours dans leurs cœurs une place plus enviable, pour que la tiédeur des âmes disparaisse devant cet amour toujours brûlant, comme la terre, glacée en hiver, se réchauffe sous les ardeurs du soleil d'été ; pour que les communions fréquentes se multiplient, pour que de nombreux fidèles se pressent souvent autour

de la sainte Table et réjouissent ainsi Jésus par leur amour et par leur générosité.

Prenez tous les moyens possibles pour garder bons, pieux, les fidèles confiés à vos soins afin que, les ayant préservés icibas de toute corruption, vous puissiez les présenter un jour au souverain Juge et lui redire avec assurance les paroles adressées par lui à son Père, au terme de sa vie mortelle : Quos dedisti mihi, custodivi et nemo ex eis periit.

Prenez tous les moyens possibles pour être de vrais saints prêtres. Dans un siècle comme le nôtre, dans un diocèse comme le nôtre, où les catholiques sont peu nombreux et toujours en contact avec des gens qui ne partagent pas leurs croyances, qui n'ont d'autre idéal que les biens de ce monde, il ne suffit pas d'avoir des prêtres qui ne donnent aucun scandale et s'acquittent de leurs fonctions avec exactitude et dignité ; il faut de toute nécessité des prêtres d'une vertu éminente, des hommes apostoliques dans toute la force du mot, des prêtres ayant au cœur la flamme du zèle avec la volonté énergique de se dépenser généreusement pour le salut des âmes.

En retour du bien que je vous veux, plus que jamais priefc pour moi ; surtout chaque matin, au saint Sacrifice de la messe, demandez à Dieu de faire son œuvre par moi, puisqu'il le veut, mais de la faire pour moi et réalisez à mon profit ce vœu qu'exprime dans un de ses derniers chapitres l'humble auteur de l'Imitation : Quicumque reverenter et dévote altissimum hoc saci'amentum célébrant, met pauperis recordari dignentur et pro me peccatore suppliciter exorent. (Imit., iv, 17).

t Olivier-Elzéar,

Archevêque de Regina.

Il est facile de comprendre la raison d'être des sept sacrements qui correspondent aux sept besoins de l'âme dans l'ordre de la grâce comme il est facile de saisir l'admirable harmonie de ces sacrements entre eux.

L'enfant vient au monde, privé de la vie surnaturelle ; il est souillé de la tache originelle ; il a en lui des principes évidents de malice et de méchanceté. Par le Baptême, Dieu lui donne la vie de la grâce qui transforme ce petit être et crée en lui des semences de bien et de sainteté. Il était mort surnaturellement ; le voilà vivant, il n'était que le fils de l'homme, le voilà le fils de Dieu, enté sur l'humanité sainte de celui en qui se régénère toute nature déchue.

L'enfant grandit ; il atteint l'âge de raison ; le démon fait son œuvre et veut l'entraîner au mal. Dieu arme ce jeune soldat par le sacrement de Confirmation qui développe et fortifie en lui la vie divine reçue par le Baptême.

Avec les années, le combat devient plus rude ; le chrétien dans la lutte qu'il a à soutenir, peut recevoir des blessures ; sans être vaincu, il peut quelquefois faiblir. Dieu ne l'abandonne pas dans ses humiliations ; il ne le laisse pas à ses regrets impuissants et au chagrin de ses fautes ; il vient à lui ; il le guérit de ses blessures dans le sacrement de' Pénitence où le chrétien reçoit, en échange de ses humiliations, de ses aveux et de son repentir, le pardon de ses fautes, scellé par un embrassement mystérieux du Christ qui lui communique, à nouveau, la vertu de son sang et oppose au mortel courant du péché le contrecourant vivificateur de la grâce.

Et afin qu'il soit fidèle à ses bonnes résolutions, afin qu'il lutte avec plus de courage, il l'admet à la plus admirable, la plus incompréhensible de toutes les unions ; il se donne à lui dans la sainte Eucharistie ; il lui donne le pain sacré, Partis vivus, le vrai pain de la vie promis par le Christ, à ceux que le travail fatigue, que la lutte a rompus, que le péché alanguit ; pain vivant qui peut devenir, si nous le voulons, notre pain quotidien.

Après avoir ainsi soutenu et consacré la vie du chrétien, Dieu veut soutenir et consacrer sa mort par l'Extrême-Onction. Ainsi, au matin de ses jours, le chrétien s'est éveillé dans les mains de son Dieu qui ensuite a tout fait pour sanctifier ses jours passés sur la terre ; au soir de sa vie, il rencontre encore son Dieu qui veut le soutenir et le fortifier dans la dernière lutte, lui donner les grâces dont il a besoin pour s'endormir fidèle et confiant dans ses bras.

L'homme est aussi un être social ; il vit au milieu de ses frères ; il fait partie d'une double société temporelle et spirituelle. Il peut fonder une famille terrestre qui a besoin de grâces spéciales et ces grâces lui sont données dans le sacrement de Mariage. Il peut fonder une famille spirituelle et angélique que Dieu consacre et sanctifie par le sacrement de l'Ordre.

Ces sacrements, on les divise en sacrements des morts et sacrements des vivants.

Les premiers sont ceux que l'on reçoit sans être en état de grâce et qui font passer l'âme de la mort à la vie spirituelle. Ils sont au nombre de deux : le Baptême et la Pénitence, quoique souvent la Pénitence puisse être aussi un sacrement des vivants, quand on la reçoit sans avoir péché mortellement.

Les cinq autres sacrements : la Confirmation, l'Eucharistie, l'Extrême-Onction, l'Ordre et le Mariage, sont appelés sacrements des vivants parce qu'on ne peut les recevoir en état de péché mortel. Pour les recevoir dignement, il faut que l'âme soit ornée de la grâce sanctifiante qu'ils augmentent en elle.

Il y a aussi trois sacrements que l'on ne peut recevoir qu'une

fois parce qu'ils impriment dans l'âme un caractère ineffaçable. Ce sont le Baptême, la Confirmation et l'Ordre.

Que Dieu a été bon d'ouvrir ainsi dans son Église ces saintes fontaines d'eaux vives, ces sources de salut et de grâces qui coulent des flancs sacrés du Divin Crucifié !

A vous, prêtres, il appartient de faire approcher les fidèles de ces canaux mystérieux, de les engager à aller y chercher le salut et la vie.

Et pour mieux réussir dans cette œuvre importante :

1. — Ayez toujours la plus haute estime, le plus grand respect pour tous les sacrements, ces moyens prodigieux, ces inventions admirables de la puissance, de la sagesse, de la bonté infinie de Dieu qui s'en sert pour faire naître et faire régner la grâce dans les âmes chrétiennes ;

2. — Regardez-vous toujours comme grandement honorés de coopérer ainsi avec Dieu au salut des âmes : Omnium divinorum divinissimum est cooperari Deo in salutem animarum. (Saint Denis)

3. — Par votre esprit de religion et la dignité de votre tenue dans l'accomplissement des rites sacramentels, montrez que vous avez conscience de faire une œuvre divine et ne trompez jamais l'attente des chrétiens par des négligences, des précipitations de paroles et de mouvements qui sont de nature à mal impressionner les assistants et à les scandaliser ;

4. — Travaillez avec ardeur à atteindre la sainteté qui est nécessaire au ministre de ces sacrements.

Dieu faisait déjà de la sainteté une obligation pour les prêtres de l'ancienne Loi : Eritis mihi sancti, quia ego sanctus sum . . . Sancti erunt sacerdotes Deo suo et non polluent nomen

ejus ; incensum enim Domini et panem Dei sui offerunt et ideo sancti erunt.

On sait ce que saint Paul dit de l'ancienne Loi : Umbram habens lex juturorum bonorum. Il faut sans doute respecter l'image du souverain mais bien plus le personnage qui y est représenté. Et s'il fallait être saint pour offrir de l'encens et des pains, quelle sainteté n'est donc pas requise pour présenter à Dieu le corps et le sang de son Fils, pour lui offrir des âmes que Jésus a dû racheter de son sang !

"Jésus daigne honorer les prêtres de son amitié, dit Pie X, or, Idem velle, idem nolïe, ea demum firma amicitia est. Jésus les choisit pour ses légats ; ils doivent gagner l'esprit des hommes à sa doctrine et à sa loi, en commençant d'abord par les bien observer eux-mêmes ; ils sont chargés de rompre les chaînes des âmes, qu'ils n'en soient pas liés eux-mêmes ; surtout ils offrent le saint Sacrifice, que leurs sentiments soient conformes à ceux de la Victime du Calvaire. "

Soyez de saints prêtres. Plus nombreux alors seront ceux qui s'approcheront des sacrements dont ils ont besoin et que vous leur administrez ; plus nombreuses seront les grâces qu'ils en retireront.

Soyez de saints prêtres, vous prendrez le meilleur moyen d'être heureux sur la terre, autant que la chose est possible, et quand vous aurez rempli votre carrière ici-bas, votre âme débarrassée de toutes les vicissitudes de ce monde, ira goûter dans le sein de Dieu une paix ineffable, un éternel bonheur ; vous irez là-haut continuer par vos prières et vos intercessions le bien commencé ici-bas et, en retrouvant les âmes au salut desquelles vous aurez travaillé avec succès, qui vous seront redevables de leur béatitude éternelle, vous aiderez à vous rejoindre celles que vous aurez quittées et que vous continuerez à aimer.

LE BAPTEME

Le premier de tous les sacrements, celui qu'on doit d'abord recevoir et que les Pères de l'Église appellent, pour cette raison, la porte des autres, c'est le Baptême.

Le mot " baptême " vient d'une expression grecque qui veut dire " laver " ; c'est qu'en effet par ce sacrement nos âmes sont véritablement lavées de toutes leurs fautes, de toutes leurs souillures.

Saint Paul l'appelle aussi " le sacrement de la régénération ", parce que le Saint-Esprit nous y donne une nouvelle naissance en nous rendant chrétiens.

Peut-il y avoir une charge plus douce, plus éminemment pastorale que celle d'administrer ce sacrement ! Faire, en un instant, d'un vase d'ignominie un vase d'élection, d'un esclave du démon un enfant de Dieu, un prince, un héritier du royaume céleste, quel honneur et quelle consolation !

Le prêtre devra donc mettre toute son application à conférer validement et licitement ce sacrement et ne jamais manquer de prier Dieu, au moins quelques instants, avant de l'administrer à un de ses semblables.

Page 1