EUSEBE SALVERTE
L'Histoire de la cwilisation , dans le sens le plus étendu que Ton puisse donner à ce mot, l'Histoire de rhomme en société, n'est -elle pas de toutes les études la plus importante pour nous ? Consultant mes forces moins que mon zèle , j'ai entrepris, depuis vingt ans, de retracer cette histoire; et j'ai publié en i8i3, une Introduction {i) propre à donner une idée de la manière dont je pense qu'elle doit être traitée. Cet essai m'a valu quelques
{i)Dela Civilisation depuis les premiers temps historiques jusqu'à la fin du xv tu* siècle, . . . Introduction^
encouragemens : mais ils ne mont point aveuglé sur la nécessité d'approfondir davantage un sujet si important. Dans les recherches où je me suis engagé, l'Histoire et l'Origine des Sciences ont occupé une grande place. Bientôt je me suis convaincu que l'on n'aura jamais une juste idée du degré auquel le»
Sciences étaient parvenues chez les peuples anciens^ si l'on ne recherche quelles connaissances employaient leurs instituteurs , pour opérer les merveilles dont font mention leurs annales. Livré à cet examen, j'ai vu les connaissances occultes, renfermées dans les temples, y servir, pendant des siècles, à exciter l'admiration ou l'effroi; mais, avec le temps, y dépérir et s'évanouir enfin, ne laissant après elles que des tra-
ditions informes, rangées depuis au nombre des fables. Tenter de rendre la vie à ces anciepis monumehs intellectuels, c'était à la fois remplir une partie de ma tâche , et combler un grand vide dans l'Histoire de l'esprit humain.
Mais bientôt mon travail , sur cet objet, a pris assez d'étendue pour ne pouvoir plus entrer dans le cadre de l'ouvrage principal dont il devait originairement faire partie. Il m'a été facile de l'en détacher, quoiqu'il y appartienne, par le but que je me suis proposé d'atteindre; séparé, il forme un tout, susceptible d'un intérêt spécial. Je me contenterai donc de rappeler le principe qui m'a guidé dans mes diverses re^ cherches ; le principe qui distingue deux formes bien tranchées de civi*^
lisation : la forme ^j:?^^ qui a régi autrefois le inonde presque entier, et qui subsiste encore en Asie; et la forme perfectible y qui, plus ou moins, règne dans toute l'Europe , quoique nulle part encore elle n ait pris tous les développemens et porté tous les fruits dont ses élémens nous font concevoir lespé- * rance.
En 1817, j'ai inséré dans X Esprit des journaux (volume de juillet) un Mémoire y où se trouvent indiqués les principes que je développe ici, et plusieurs des faits et des argumens dont je les appuie. Je ne le cite qu'à raison de sa date , et afin que l'on ne m'accuse point d'avoir emprunté à quelques ouvrages qui ont paru plus tard, des idées et des explications que je suis aujourd'hui
en droit de reproduire , puisque dès lors elles m'appartenaient. Loin de m'abuser d'ailleurs sur l'insuffisance de ce premier essai, je l'ai refondu en totalité et retravaillé à plusieurs reprises, en m'aidant des conseils d'hommes instruits et bienveillans.
A leur tête vient se placer l'Ami à la mémoire de qui est dédié mon ouvrage : un laps de près de huit années ne m'a point fait perdre le souvenir de ce que j'ai du à ses lumières, non plus que le regret de son amitié et de ses vertus.