CHAPITRE VI
Lutte d'habileté entre Içs thaumaturge : le vainqueur était reconnu pour tenir sa science du Dj^u le plus puissant. Cette science fTgft poWbase la physique expérimentale. Preures tir^, i* de la conduite des thaumaturges 3 2** dé ce qu'ils ont dit. eux-mêmes sur la magie } les génies invoqués par les mai|[jkiens oiit tantôt désigné les agens physiques ou chimiques qui servaient aux opérations de la science occulte , tantôt les hommes qui cultivaient cette science ^ 5^ la magie de Chaldéens comprenait toutes les sciences occultes.
Toutes les fois que l'intérêt de la domiliation ou celui de la gloire divisa les collèges sacerdotaux , on dut voir se renouveler des* combats analogues à ceux où triomphèrent Moïse et Zoroastre : leur effet nécessaire était de donner k la science occulte plus d'éclat et
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plus d'énergie. Jouet de la crédulité,, esclave de la peur, si la multitude adorait volontiers, comme des prodiges ou des miracles, des phénomènes naturels, des prestiges grossiers, moins de facilité secondait le Thaumaturge, quand des hommes éclairés étaient à la fois c ses rivaux et ses juges. On appréciait la n^erveille d'après des règlesfévèresde discussion. Qj} exigeait , avant tout , qu'elle fût durable et ne déçût j^as les feivi par une apparence fugitive. Le miracle devait opérer des choses impossibles à l'homme ordinaire , comme serait la iiîétamorphose d'une verge en serpent; le prodige, sortir de l'ordre commun par un caractère insolite ^ par la forme effrayante des sauterelles ou la grosseur énorme de la grêle qu'envoyait aux hommes le courroux céleste : il fallait surtout que le prodige eût ' été prédit par le Thaumaturge, et arrivât au moment qu'avait fixé âa voix prophétique (i).
Victorieux dans les luttes d*habîleté que réglaient ces lois, le Thaumaturge se faisait
(i) Babbi Meiraldabic. Sémit.Jidei. lib. i... Gaulm ii. J[M vitâ et morte Mosis. not. pag. 208-209.
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reconnaître sans peine pour le disciple et l'interprète du dieu puissant par excellence , du dieu élevé au-dessus des autres dieux. En effet , la croyance pieuse qui rapportait à une inspiration de la divinité tout ce qu'il y avait d'excellent dans les qualités d'un homme et dans ses œuvres, dut s'appliquer spécialement à la connaissance et à la pratique des sciences occultes. Les résultats de vertus telles que la prudence , la tempérance ou le courage , se rapprochent par degrés , et admettent , entre leurs extrêmes les plus éloignés , une comparaison assez facile pour exclure communément le besoin de leur supposer une origine extraordinaire : il n'en était pas de même de résultats scientifiques, toujours environnés de merveilleux, et dont on s'étudiait soigneusement à déguiser la liaison et les rapports avec les produits d'arts purement humains.
Ces considérations , si l'on s'y arrête sans préjugés , absoudront , je crois, les écrivains de la Grèce et de Rome du reproche d'avoir trop facilement donné place, dans leurs narrations, à de prétendus miracles dignes de leur mépris. Non-seulement ils croyaient, et ils devaient rapporter ceux dont s'honorait
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leur religion^ et ceux que d'autres religions avaient consacrés : mais connaissant, ou soupçonnant du moins la liaison des miracles avec une science mystérieuse émanée des dieux , c'était l'histoire de cette science que, par leur exactitude , ils préservaient de l'oubli.
Le charlatanisme, Vescarnotage, si l'on me permet d'employer ce mot, ont certainement joué un rôle dans les œuvres des thaumaturges : nous aurons occasioii (Je le prouver. Mais les tours d'adresse , quelquefois très-surprenans , que font sur nos théâtres et dans nos places publiques , les prestigia-leurs modernes, ont souvent pour principe des faits chimiques et physiques qui appar-r tiennent à l'histoire de l'aimant, du phosphore , du galvanisme, de l'électricité : pour le grossier charlatan , le secret de ces pres;tîges est une série de recettes dont il n'a que la pratique ; les connaissances dont les recettes dérivent n'en forment pas moins pour nous une véritable science.
Et voilà ce que nous retrouvons dans les temples , aussitôt que quelques lueurs historiques nous permettent d'y pénétrer. Il est impossible de se livrer à des recherches sui-r
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vies sur l'origine des sciences , sans apercevoir qu'une vaste branche des connaissances ancientieà n'a pu fleurir qu'au fond des sanctuaires , et qu'elle composait une partie importante des mystères religieux. Tous les miracles qui n'appartenaient point à l'adresse ou à l'imposture , étaient les fruits de cette science occulte : c'étaient , eh un lïiot , de véritables expériences de physique. Les formules , par l'exécution desquelles on en assurait le succès , durent faire partie de renseignement sacerdotal. Qui avait originairement conçu et rédigé ces formules scientifiques? Des sageg, possesseurs d'un corps de doctrine que leurs disciples ont désigné sous les noms de magie , de philosophie théurgique et de sciences transcendantes.
Pourquoi Mahomet refusa-t-il d'opérer des miracles^ en avouant que Dieu lui en avait refusé le doh ? Parce qu'il était étranger à la science occulte des Thaumaturges. Pourquoi, de nos jours, Swedenborg , entouré de spectateurs trop éclairés , recourùt-il à un subterfuge semblable , et dit-il que ses révélations étaient un miracle suffisant, et que ceux qui ne croyaient point à sa parole , ne se ren-
draient pas non plus à des miracles (i). C'est qu'il savait que le temps des miracles est passé. Nous sommes , dit-on , trop éclairés pour y croire. N'est-ce pas dire, en d'autres termes : ce qui formait une science secrète , réservée uniquement à quelques êtres privilégiés , est rentré dans le vaste domaine des sciences accessibles à tous les esprits ?
Suivons notre assertion dans ses conséquences : il en est quatre que nous ne pouvons refuser d'admettre, et que nous devons, dès-lors , constater par des faits.
i**. Des arts, depuis longrtemps vulgaires, ont dû passer pour divins ou magiques , tant
que leurs procédés sont restés secrets.
Sur le mont Larysium , dans la Laconie , on célébrait la fête de Sacchus au comment cernent du printemps : des raisins mûrs y attestaient le pouvoir et la bienfaisance du Dieu (i).... Les prêtres de Bacchus connaissaient Fusage des serres chaudes.
(]) Swedenborg. Fera christ, Melat, pag. 846-85o... De coelo et infernopraefatio... Abrégé des ouvrages de Swedenborg ( par Daillant-Latouche ) , in -8. 1788 pages 37-38 et 293.294.
vQ) Pausaiùas. Laconie. cap, a a..
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Des hommes indus|;rieux avaient apporté dans les îles de Chypre et de Rhodes, l'art de fondre et de travailler le .fer. Une allégorie ingénieuse les présenta , sous le nom de Tel' chines , comme fib du soleil , père du feu , et de Minerve , déesse des arts ; l'ignorance et l'effroi qu'inspirait le fer dont , les premiers, ils parurent armés, les transformèrent en magiciens , dont le regard même était redoutable.
Experts à traiter les métaux , les Finnois figurent aussi , dans les poésies Scandinaves, comme des nains-sorciers , habitant les profondeurs des montagnes. Deux nains de la montagne de Kallova , très-habiles à forger le fer et à fabriquer des armes , ne consentirent , qu'à des conditions très-dures , à instruire des secrets de leur art , le forgeron Wailand y si fameux dans les légendes du Nord pour la perfection des armes qu'obtenaient de lui les guerriers (i).
La supériorité des armes offensives et défensives avait trop d'importance àhx yeux d'hommes qui, ne savaient que combattre ,
\\) Depping. Mémoires de la Seêiété des* Antiquaires de France, tome v. page aa3.
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pour qu'on ne la demandât point à un art surnaturel. Les armes enchantées y les boucliers , les cuirassw , les casques sur lesquels tous leà traits s'émoussènt , toutes les épées se brisent ; les glaives qui percent et pourfendent toutes les armures , n'appartiennent point seulement aux romanciers de l'Europe et de l'Asie : ils naissent , dans les chants de Virgile et d'Homère , sous le marteau de Vulcain ; et dans les Sagas , sous la main des sorciers ou des hommes qui sont parvenus à surprendre leurs secretà.
2**. Les œuvres de la magie étaient nécessairement circonscrites dans Les limites de la science : hors de ces limites, l'ignorance seule pouvait implorer son secours. . . • Le biographe d'Apollonius de Tyane , se moqu#, en effet, des insensés qui demandaient à la magie , la couronne dans les combats du cirque , et le succès de leurs poursuites amoureuses ou de leurs spéculations commerciales (i).
3"*. Dans les luttes d'habileté qu'élevaient entre les dépositaires de la science , des intérêts opposés, on avait à craindre de laisser
;i) Philostrat, yit,.^poUon, lib. vu. cap. 16.
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apercevoir aux regards profanes , les borjics des moyens de la magie : pour prévenir ce danger I) il devait donc exister, entre les thaumaturges, un pacte tacite ou formel dont les adversaires même les plus acharnés avaient intérêt à respecter les clauses ? oui , sans doute,
Dans la mythologie grecque, il n'était pas permis à un Dieii de défaire ce qu'un autre Dieu avait fait-^ La même défense se retrouve dans la plupart de ces contes de fées que nos ancêtres ont empruntés à de plus anciennes traditions. L*histoire héroïque du Nord, à une époque très-antérieure au premier Odin, nous montre une magicienne (i)mise cruellement à mort par sa caste entière, pour aveir enseigné à un prince qu'elle aime, le moyen d'abattre la main d'un magicien qui le voulait faire périr. Dans un recueil de n;sirrations merveilleuses , dont l'origine hindoue serait difficilement contestée, on voit une magicienne et un génie , très-opposés dans leurs inclinations , et liés néanmoins par ua traité solennel qui leur défend de s'entre-nuire ,
(i) Saxo,graihmat{cus. His. dan, Ijb. i.
ou^de se faire personnellement aucun maL Ils y contreviennent , et d'abord s'opposent réciproquement des prestiges tels que l'on en retrouve, d^ns tous les récits de ce gei^re.
Aucuifi des deux ne voulant céder , ils finisrsent; par se . combattre à outrance , en se lançant des jets de matière enflammée qui tuent ou L>lessent plusieurs spectateurs , et finissent par dpnnei* I9 mpr); aux deux combattans (i).
A des êtres prétendus surnaturels , substir tuons de$ hommes comme nous ; les choses ne se passeront p^a/s d^lféremment. Ce ne serai qu'aveuglés par la fureur ^ qu'au risque de trahir un secret qu'il leur importe de conser^ veir^ ils emploieront des armes jusqu'alors prohibée^ entre eu?c ^ et qu'ils se montreront au vulgaire , frappés mortellement des traits miraculeux que leur prudence réservait pour l'épouvanter, ou le pupir.
4''.. Dans çe^ xnèxs^s luttes enfin, le triomphe <l'u^ tbi^um^turge pouvait ne point paratore
(1) Les Mille et une nuits, [iv* nuit.] tome i. page 3i8 et ly* nuit,] ibid. paf^es 3ao-'ias.
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aussî décisif à ses adversaires qu'à ses partisans ^ surtout quand lui-même avait indiqué la merveille qu'il opérerait^ et qu'il défiait son antagoniste d'imiter : celui-ci pouvait recouvrer la supériorité , en choisissant , à son tour, une épreuve où sâ capacité lui assurerait la victoire.... Cet argument a sûrement été opposé plusieurs fois au spectacle des miracles. Nous dirons même que l'histoire devient inexplicable , si l'on rejette l'opinion qui lui sert de base. Dans une lutte solen- «elle^ Moïse a vaincu les prêtres égyptiens, Élie les prophètes de Bâal. Loin de tomber aux pieds des envoyés du Dieu d'Israël , Pharaon poursuit à main armée le peuple que conduit Moïse ; Jézabel jure dé venger , par la mort d'Élie , les prêtres qu'il a mis à mort. Le roi d'Egypte , la princesse Sidoniène n'étaient cependant pas privés de leur raison :
11 faut donc supposer, ce qui est presque certaiti pour l'un et probable pour l'autre , qu'ils étaient ihitiés dans la science secrète de leurs prêtres. L'insuffisance momentanée de cette science , la victoire du thaumaturge ennemi, ne furent alors, à leurs yeux, qu'un
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accident facilement explicable , qu'une défaite moNfientanée, qu'çn d'autres occasions com-^ penserait la victoire.
Rien n'est plus propre à confirmer nos idées qu'un coup-d'œil sur la manière dont , en général, opéraient les magiciens. Lem' art paraît moins un secours et un bienfait continuel de la divinité , que le produit d'une science péniblement acquise et difïicifement conservée. Pour opérer magiquement^ pour conjurer les génies et les dieux , et les contraindre à agir, il fallait des préparatifs trèsétendus , sur la nature et l'action desquels on jetait un voile mystérieux. On devait recueillir , en secret , des plantes et des minéraux , les combiner de diverses manières , les souiiettre à l'action du feu ; et faire à peine un pas sans répéter des formules ou sans ouvrir des livres dont l'oubli ou la perte entraînait la privation de tout pouvoir magique. Telle était la marche de la plupart des thaumaturges , véritables écoliers en physique expérimentale ; forcés de relire sans cesse des pres-^ criptions que, faute d'une théorie raisonnée, ils n'avaient pu se rendre propres et graver dans leur entendement.
Mais il est tempsdc les consulter eux-mêmes sur k nature de leur art.
Apollonius (i) se défend d'être au nombre des magiciens : ce ne sont, dit-il, que des artisans de miracles. Echouent-ils dans leurs tentatives ? ils reconnaissent qu'ils ont négligé d'employer telle substance , ou de brûler telle autre. Charlatans maladroits qui laissaient apercevoir le travail et les procédés mécaniques ! Sa science, à lui , est un don de Dieu , une récompense de sa piété , de sa tempérance , de ses austérités ; et pour opérer des miracles , il n'a besoiïi ni de préparatifs ni de sacrifices. Cette prétention , qui le r2q)prochait des Pénitens hindous , annonce seulement un homme plus adroit , plus sûr de son fait. Ce qu'il dit des Thaumaturges vulgaires prouve , comme nous l'annonçons , qu'ils n'étaient que des manœuvres dans l'art dès expériences physiques.
Chaerémon , prêtre et écrivain sacré {scriba sacer) enseignait l'art d'évoquer les dieux, même malgré eux, en sorte qu'ils ne pussent s'éloigner sans avoir opéré le prodige de-v.
(i) Philostrat. vit. Apollon, lib. i. cap. a.
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mandé. Porphyre , réfutant Ghaerémon , affirme que les dieux ont enseigné les formules^ et les caractères avec lesquels on peut les^ évoquer (i)..,.. Ce n'est ici que l'attaque d'une école de sciences occultes , contre une autre école ; ce n'est qu'une dispute de mots. Les êtres qui obéissaient aux conjurations n'étaient pas les dieux qui avaient dicté les formules dont émanaient led conjurations ; lamblique nous fait connaître les uns et les autres.
Voulant expliquer comment l'homme a de Fempire sur les génies^ il distingue ceux-ci en deux sortes ; les uns dis^ins^ et dont on n'obtient rien que par des prières et la pratique des vertus ; ce sont les dieux de Porphyre.
Les autres , qui correspondent aux dieux obéissans de Ghaerémon , sont <jléfinis par le théurgiste. « Des esprits dénués de raison , « de discernement et d'intelligence ; doués (t ( chacun à Ja vérité pour un seul objet ) (( d'une puissance d^action supérieure à celle « que l'homme possède ; forcés d'exercer la
« propriété qui leur appartient , quand
(i) Euseb, Praep^ Evang, lib. t. càp. 8.9. 10. ir.
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a Vhomme le leur cômthàifide ; parce que sa <f raison et son discernement ^ qui lui font « bpnnaitrè l'état clans lequel chaque chose « existe , l'èlévent au-dessus de ces génies , a et les soumet à sa puissance (i) »... Assistons maintenant à un cours de chimie ou de pbysiqiiè expérimentale. « Il existe , dit le professeur^ des substances par lesquelles s'opénent des prodiges impraticables à l'homme réduit à ses facultés personnelles ^ tels que de faire jaillir dek étincelles de la glace , ou de produire de la glace sous, une atmosphère eiïibrasée; mais chacune a une propriété unique qu'elle exerce sans but comme sans discernement: Agens aveugles^ elles devien-
(i) litmblichus. De my&tfiriis. cap. xxxi. învocationes etopéra hominum adi^èrsus spiritUs,.. « Est etiain tiliuà genus, ce apirituum.... îndîscretum et inconsidiratum , quod itnam. (c numéro potentiam est sorti tum... unde unum uni tantum « opetî adaictum est... Jussa et imperia violenta diriguntur a ad spiritus nec utentes propriâ ratione, nec judicii ùis- <t cretionisque principium pofsidentes. Cum enim cogitatia. r< nostra habeat ratiocinandi naturam atque discernendi quâ n tes ratipne se habet... spiritibus imperare solet, non utenr, a tibus ratione et ad unam lantwn actionem determfnatis... « in^perat ^ quia natura nostra intellectiialis praestantior est u quam intelUctu carens, etsî ilimd in muiido latjorem ha- <9 beat actionem. »
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ucnt des instrumens de miracles dans les main» de l'homme qui , par le raisonnement et la science ^ sait s'eil rendre maître , et en appliquer judicieusement les propriétés et l'énergie... » Le professeur a peint avec exactitude les substances que mettent en œuvre la physique et la chimie ; et ce qu'il en dit , lamblique l'a dit d^s génies du second ordre.
Le professeur continue : « Quand un ignorant essaie une expérience , sans observer les procédés qu'il faut suivre , il manque l'expérience Toute l'expérience manquera, si
l'on omet, d'employer corifornaément au procédé indiqué par la science , une seule des.
substances dont l'usage e&t prescrit. » Aux mots ignorant y ea:périence , procédés, subrstances j substituons profane, œuvre religieuse , rites y dii^inités ou génies ; le professeur se trouvera avoir traduit deux passages d'Iamblique sur la marche à suivre pour opérer des miracles ( i ).
Des génies^ subordonnés au pouvoir magi-
*(i) « Quan^o profani tractant sacra contra titas^frustratur eventus. » {lamblich. De mysteriis, cap. xxx)... « Uno praetermisso nuinine sine ritu, commUnis ipsa Religiojî/ifw non habet, » {ibid. cap. xxxui. )
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que ^ les uns doivent être évoqués en langue égyptienne, les autres en langue persane (i) : ne serait-ce point que les formules magiques consistaient dans des recettes de physique , que chaque temple conservait , rédigées dans sa langue sacrée ; les prêtres égyptiens opéraient un miracle par un procédé ignoré des prêtres persans ; et ceux-ci , par un procédé différent, opéraient la même merveille ou lui opposaient quelque autre merveille aussi brillante.
Aux esprits sévères que révolte l'idée de voir transformer en être^ surnàturcfls des agens physiques , montrons divinisées les plus simples opérations de l'industrie. Chez les Romains , disciples de ces Étrusques qui , tenant de la religion leur civilisation originaire, rapportaient à la religion leur existence tout entière , qu'étaient les dieux appelés par le Flameriy à la fête célébrée en l'honneur de la terre et de la déesse de l'agriculture ? leurs noms le disent : l'ouverture de la terre en jachère ; le second labour ; le troisième ; les semailles ; le quatrième labour, qui enterrait
(0 Origen, contr, Cels, lib. i»
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la semence ; le herâage ; le sarckge à la houe ; le Second sarclage ; la moisson ; Tenlèvement et le transport des gerbes ; l'éngrangement ; la sortie des grains pour lès moudre ou les vendre (i).... Le prêtre énumérait les opérations de Fagriculture ; là superstition les divinisa.
La "même superstition transforma en être»
surnaturels , les hommes dont Inhabileté pto^ duisait des oeuvres au-dessds de là capacité du vulgaire.. L'art de traiter les métaux fut divinisé sous le nom de Vulcain. Les premiers ouvriers en fer , connus chez les Grecs, les Telchines (3), traités d'abord de magiciens,
(1) Servius in f^irgiL Géorgie, lib. i. vers, ai et seq.Etf^arro de He rust, lib. i. cap. i... Noms des divinités : Veruactor,,. Reparator.., fmporcitor,,, Insitor,,. Obarator,., Occator.., Sarritor,.» Subruncinator,,, Messor,..Cont>€Ctor,„Condifor,,, Promitor, ^— L'amendement des terres était aussi dirinisé 80118 le nom de Sterquiliiiius ou StercUinius,
(a) Suidas verbo. Telchines Voyez Farticle des Telchines. dans les Dictionnaires de la fable de Noël et de Ghompré et Millin. — Des hommes attachés au culte de la nature y de la terre divinisée ( Gybèle j Magna Mater, etc.) , répandirent sus divers points , l'art de travailler les métaux ; ils furent connus de chaque peuple sous des noms difTérens, TeU chines , Curetés , Dactyles idéens , Corybantes , «^tc. ; mais tous appartenaient au même corps sacerdotal , et se ti-ans-
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passèrent ensuite pour des dèmi-diettx , des génies, des démons malfaisians. hesPifes(fêe^ ou génies) étaient citées eri Ecosse, comme excellant dans les arts (i); et nous devons probablement à une croyance semblable , l'expression proverbiale^ travailler comme les fées.
« Les gnomes , disent les cabalistes , gens de* « petite stature , gardiens des trésors , des riiî- « nières et des pierreries,,.- dont ingénieux, « amis de ITiomme,.,. Ils fournissent aux en- « fans des sages , tout l'argent qu'ils peuvent « demander, etc. (2) » La crédulité , dans plusieurs pays de l'Europe, peuplait les mines de génies ; on les voyait , sous la figuY'e d'hommes bruns, petits , mais robustes ; toujours prêts à punir de son indiscrétion , le profane qui venait épier leurs traVaux. Tout ce qu'on a dit de ces génies ou des gnomes , pouvait se dire desmineurs eux-mêmes, dans un temps
mettaient leurs connaissances de génération en génération^ Cest pour cela que les écrivains anciens j tantôt les con-> fondent y et tantôt disent que les uns forent les ancêtres des autres. Diod, sic. Pausanicu, Strabo, (i) Revue encyclopédique é tome xxxi. page 714* (a) Le comte de Cabtdis ou Entretiens sur les sciences secrettes* Second entretien, pages 4d'*49*
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OÙ leur art , dérobé aux regards du vulgaire^ était exclusivernent destiné à accroître les richesses et à soutenir la puissance de la classe éclairée.
Le voile de Pallégoriè , toujours plus clair, se déchire dans les récits orientaux : les ou- ^vriers qui exploitent des mines d'acier , y sont appelés les génies de ces mines. Ces génies, se montrent si sensibles à un festin splendide qu'un prince leur a fait servir, qu'ils accourent à son aide, dans une conjoncture où sa vie ne peut être sauvée que par leur reconnaissance (i).
On peut quelquefois encore signaler la gradation qu'a suivie une pareille métamorpliose. Agaméde (2), dans Homère, est une femme secourable , instruite des propriétés de tous Icsl médicamens qui naissent sur la terre ; Orphée était un sage interprête des Dieux (3)', qui entraînait après lui, non moins que les animaux féroces , les hommes sauvages
{\) Mille et une nuits, tome vi. pages 3 {4^34 7* cccclxxxix* nu it.
(a> Monter, Odyss. lih. iv. vers. ïi6. Ilitui. lib. xi. vers^ 737-739.
(3} Horat. De art. poet. vers. 3<)o-393.
D£S SCIENCES OCCULTES. iB'J
qu-il civilisait^ par le charme des vers et Tharmonie du langage ; les historiens qui ont servi de guides à Diodore , peignaient comme purement naturelles les connaissances de Cirçè et de Médée (i) , connaissances relatives surtout à l'eflicacité des poisons et des remèdes : la mythologie a conservé aux deux filles d'Aétès la réputation de magiciennes redoutables ; des poètes postérieurs à Homère peignent Orphée comme un magicien très-habile (2) ; Théocrite fait d'Agamède la rivale , dans les arts magiques , de Médée et de Cir-^ ce (3).
Les prêtres qui, en Egypte, tenaient le premier rang après le souverain pontife , et qui luttèrent d*ïiabileté contre Moïse, sont appelés magiciens dans les traductions de l'Exode , et les opérations de leur art y sont qualifiées d^enchantemens (^). Un ai^ chéologue qui a fait de la langue et de ITiisteire des Hébreux une étude approfondie,
ij) Diod. sic. lib. 11. cap. 1 et 6
(a) Euripid, Iphigen, m AuUd. vers. i»-ia. Cyclop. ver».
(3; Theocrit, idylt, il. vers. i5-i6.
(4"*' Exod, cap. vu. vers. aa. cap. viii. ver». 7. .
l58 DES SCIENCES OCCULTES,
M. Drunimond, croit ces traductions inexactes : suivant lui ;, k texte ne parle que d'opératiom secrettes et npn magiques; le titre des prêtres , èhartomi , dérivé d'un mot quî signifie graver des hiéroglyphes, n'exprime que l'intelligence qu?ils possédaient de tous les hiéroglyphes sans exception (i).
- Qu'étaient lés prophètes que Pythagore consulta à Sidon, et dont il reçut des instroctions sacrées ? les descendans, les héritiers de la science dé TVIôchus le phj-siologue, d'iiï) sage versé dans la connaissance des phénomènes de la nature (2).
Enfin Je savant Moses-Maipionide (3) nous révèle que la première partie de la magie des Chaldéens ^it la connaissance des métaux, des plantes et des animaux. La seconde indiquait les temps où les œuvres magiques pouvaient être produites ; c'est-à-dire, les momens où la 3iaison, latempérature de l'air, L'état de l'atmosphère , Secondaient le succès w^ des opérations physiques et chimiques, ou
(1) W'» Drummond. MeiAoir on thé antiquitjr of ihe zodiacs ofEsnth and Dendera (80 Londbn iSaS), pag. 19-21im) 9(/ci»xa>ec**. lambliùh. de vita Py^uig. cap. 3. (3) Moses MaimmudtÈ. Morç net^ochim. lib. tu. cap. 37.
DES SCIENCES OCCUl^TËS. I Sc)
permettaient à l'homine insliruit et attentif de prédire un phénomène naturel , toujours
imprévu pour le vulgaire Le mystère de 1
la magie s'évanouit : introduits dans le sa^nc- \ ^^ tuaire des sciences occultes, nous n'y voyons qu'une école où l'on enseignait les diverses branches des sciences naturelles. Et nous ^
pouvons admettre dans le sens littéral ,. tout ce que racontent la mythologie et l'histoire , d'hommes et de femmes que des instituteurs habiles avaient investis de la possession des secrets de la magie , et qui souvent s^y montraient supérieurs à leurs maître^. Il suffisait qu'après avoir subi les épreuves prescrites j
pour s'assurer de sa .discrétion, l'élève se livrât avec zèle à l'étude de la science occulte , et que sa persévérance et sa capacité lui permissent d'en reculer les bornes ; avantage, qu'il gardait ensuite poUr lui-hiéme ou qu'il ne communiquait partiellement qu'aux objets d'une bienveillance particulière.
1 6o DES SCIENCES OCCULTES^.
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