G) TROUBLES PSYCHIQUES
Ils ont retenu notre attention chez 32 de nos malades, chez qui nous avons étudié les modifications du comportement intellectuel affectif et caractériel, apportés par le traumatisme,
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a) Troubles mnésiques :
1) Amnésie post-traumatique (A. P. T. des auteurs anglo-saxons). Comme SYMONDS et RUSSEL, nous avons noté qu’elle existe chaque fois qu'il y a perte de conscience (39 cas). Cette À. P. T. peut se définir comme le « trou » mnésique qui a effacé le souvenir des circonstances immédiatement antérieures et postérieures à l'accident. :
SYMONDS et RUSSEL (Rf. 8 - #8 - 19) attribuent une valeur pronostique à l’amnésie antérograde ; ils l’évaluent « dès que le blessé a repris entièrement connaissance et qu’il est capable de coopérer à l’enquête ».
Dans deux cas, cette amnésie antérograde dépassait 24 heures au moment de la reprise de conscience ; or, nous n'avons pas retrouvé, en suivant l’évolution de l’état du malade, les facheuses suites que cette À. P. T. aurait dû comporter.
Chez l’un d’eux, l’amnésie lacunaire précédait de 24 heures le traumatisme, lorsque le malade revint à lui, 3 jours après son hospitalisation à la Clinique Neurologique. Lorsque nous l’avons revu chez lui, 2 ans après, il était complètement rétabli et se rappelait fort bien des instants qui précédèrent immédiatement l’accident.
Dans l’autre cas, nous avons assisté à la rétrocession progressive et rapide de l’A. P. T., au cours des semaines qui ont suivi la reprise de conscience.
Il nous semble donc, que cette A. P. T. considérée, comme le font les auteurs Anglais, « immé- ‘ diatement après la reprise de conscience », n’a pas de valeur pronostique absolue. Mais c’est plutôt la façon dont elle évolue dans les semaines ou les mois qui suivent qui constitue un test évolutif
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intéressant ; la régression de l’A. P. T. a coïncidé en effet, chez nos malades, avec une amélioration des troubles psychiques post-traumatiques.
Un autre aspect de l’amnésie antérograde a retenu notre attention : cet oubli des faits antérieurs à leur accident est, pour les blessés, PÉIRRESE ment troublant.
Tous admettent, comme une conséquence « normale » du traumatisme, l’amnésie rétrograde. Mais le fait que le «trou » mnésique ait empiété sur leur passé, sur une époque où ils étaient en possession de leurs moyens, leur paraît particulièrement grave ; et cet élément entre en ligne de compte dans Île sentiment d’amoindrissement, « d’infériorité acquise» de ces malades. Nous avons eu surtout cette impression en voyant avec quelle satisfaction et quel soulagement, un de nos malades nous disait avoir récupéré ce souvenir.
2) Amnésie de fixation : C’est d’après notre statistique, la plus fréquente des complications psychiques des tr. cr. ; 22 cas. Nous l’avons toujours trouvée liée à un trouble de l'attention : le malade oublie ce qu’il vient de faire, ce qu’il se préparait à faire ; il ne sait plus où il vient de mettre les objets qui lui sont utiles ; il perd le souvenir de tel engagement, de telle décision, au moment même où il vient de les prendre. Une de nos malades étant allée dans un magasin pour y faire des achats, nous dit en être ressortie sans même savoir pourquoi elle y était entrée. Elle avait erré d’étalages en étalages, sans penser à rien, ayant totalement perdu le souvenir même qu'elle avait quel: que chose à acheter.
3) Amnésie d’évocation : elle est retrouvée chez 10 de nos malades qui ont perdu le souvenir de faits récemment acquis et de noms propres. Nous-avons remarqué, chez ces 10 sujets, que l’amnésie d’évocation s'accompagne toujours, et à un degré bien plus important, d’amnésie de fixation. Cependant, chez un intellectuel, l’amnésie d’évocation était isolée et portait sur des faits d’acquisition ancienne (études).
b) Troubles caractériels (22 cas), sont aussi fréquents que les troubles mnésiques, auxquels ils sont souvent associés.
1) Irritabilité anormale simple est notée 16 fois.
2) Impulsivité et violence y sont associées 6 fois.
Le propre de ces troubles caractériels est de se manifester brutalement, sans raison ou presque, faisant subitement passer le malade du calme absolu à un état de surexcitation morbide. Il est alors capable de briser des objets, de porter la main sur des personnes de son entourage, alors que son caractère et son éducation semblent lui interdire de tels excès.
En quelques secondes, et avec la même soudaineté qu’à leur apparition, ces troubles disparaissent. Le malade retrouve brusquement son calme antévieur, et ne $arde aucune rancune de la vétille qui a motivé son emportement. Quelquefois même, la crise passée, il regrette immédiatement ses actes, ou tombe dans une période d’abattement, d’aboulie, d’inertie et d’indifférence aussi anormale.
3) Sensibilité à l’alcool se manifeste aussi par des crises d’irritabilité et de violence, déclanchées par l'absorption de quantités minimes de vin (2 cas).
RE C) Troubles de l’affectivité :
1) Hyperémotivité : est retrouvée dans 13 cas. Comme le fait remarquer EUZIÈRE, elle est à la fois extrême et discordante. Elle est déclanchée par des faits sans importance, et le même malade dont les yeux se sont mouillés à la lecture d’un fait divers, reste impassible ou presque devant u nmalheur qui l’atteint directement. Cette hyperémotivité consti-. tue parfois une gêne dans la vie courante et rend ceux qu'elle atteint inaptes à certaines fonctions. P. MARIE rapportait l’histoire d’un de ses blessés qui disait avoir pleuré à chaudes larmes à une représentation d’Esther. Il s'agissait d’un officier. On ne voit pas un tel hyperémotif commandant avec autorité.
2) Hypoémotivité, dont témoigne l’entourage, est nette chez deux malades, qui présentent en. même temps une tendance à l'isolement, au repli sur soi-même et à l’inertie.
3) Tendance à l'isolement: elle constitue pour 11 de nos malades une sorte de refuge où les poussent la diminution de leur activité intellectuelle, leur aboulie, leur incapacité intellectuelle réelle. Dans 2 cas, ce sont les crises de céphalée, vertige et insomnie qui jouent ce rôle déterminant. Deux de nos malades ont accusé une véritable gêne, une sensation d’étouffement et d’irritation à se trouver dans une foule.
4) Phénomènes d'angoisse : ils se manifestent, dans 4 cas, lorsque les circonstances rappellent au blessé celles de son traumatisme.
Observation 22. — M. B.… (Julien), a été blessé par éclat de torpille aérienne en juin 1940 (région pariétale droite). Depuis s’est constitué un syndrome post-
traumatique typique, évoluant par crises, avec céphalées occipitales atraces, vertiges, éblouissements, bourdonnements d'oréilles, crises de refroidissement des extrémtiés, etc. En juillet 48, alors qu'il était en proie à ces malaises, il se trouve étourdi par la foudre tombant à quelques dizaines de mètres de lui. Pâle, les yeux hagards, en proie à une angoisse intense, il rentre chez lui, suppliant sa famille de barricader portes et fenêtres et se réfugiant, tremblant et terrorisé, dans la pièce la plus reculée de la maison. Depuis, le seul fait de voir le temps se couvrir, détermine chez lui une réaction de crainte et d'angoisse,
D) Troubles de l’activité :
1) Perte de l’automatisme mental (Parkinsonisme mental) chez 5 de nos malades, nous a semblé jouer un rôle de premier plan dans la diminution considérable de capacité de travail. La succession des gestes et des actes qui sont habituellement répétés par un sujet normal, ne nécessitent pas l'intervention de la pensée volontaire ; il se crée un automatisme des gestes du métier et des actes de la vie courante.
Cinq malades ont perdu cet automatisme psychomoteur. :
Ctservation 26. — Mi: L.. (Jeanne), 20 ans, après d'excellentes études, était prête à passer un dernier examen pour être institutrice, Renversée par une auto en 1939 (traumatisme fronto-pariétal G.), elle reste 3 jours dans le coma. Liquide sanglant à la P. L. Les semaines suivantes, elle est plongée dans une profonde asthénie, une considérable adynamie physique et intellectuelle, elle maigrit de plusieurs kilos. Une céphalée sourde, lancinante, diffuse, à paroxysmes occipitaux, entraîne quelquefois nausées ou vomissements, déclanchés par la moindre tentative d'effort physique ou intellectuel, la réduisant à l'inaction absolue. Après une incapacité temporaire de 7 ans, elle aide'des parents dans leur petit commerce d'alimentation. Elle
nous dit la difficulté qu’elle a pour réaliser la série de gestes si simples que nécessite son métier, et qu'elle s’amusait autrefois à faire pour se délasser.
Comment s’y prendre pour choisir parmi les articles, celui qu’on lui demande ? Où se trouve-t-il ? Est-ce bien celui-là ? Combien coûte-t-il? La cliente veut-elle un deuxième article ? Cette jeune fille, presque institutrice, voir avec terreur la nécessité de faire une petite addition. Rendre la monnaie est pqur elle un pénible et. difficile exercice, qui nécessite un véritable effort; elle doit tendre toute son attention pour réaliser combien on lui a donné, ce qu'elle doit rendre, et elle a toujours peur de se tromper en comptant les billets.
C'est en effet pour le calcul mental que cette perte de l’automatisme de la pensée est le plus sensible et le plus grave. ÜUn de nos malades, comptable de son métier, a été obligé de renoncer à l'exercer.
Cette série de gestes si simples, que le moins doué des épiciers exécute sans y penser, d'un jet, en parlant d'autre chose, la malheureuse est obligée de la reconstruire chaque fois, en concentrant toute son attention, en tendant toute sa volonté, avec effort. Elle nous dit «être sur la corde raide » ant elle à peur de se tromper, d'oublier quelque chose.
Cet exemple illustre à la fois la perte de l’automatisme psycho-moteur et de la coordination mentale, en même temps qu’il traduit l’hypertonie spastique et inefficace de la pensée à l’effort. Le traumatisé cranien est « condamné à la pensée volontaire à perpétuité. » Et cette pensée volontaire est lente et « visqueuse », le traumatisé est bradypsychique.
2) Fatigabilité tant physique qu'intellectuelle, vient réduire à des proportions infimes l'efficience de l’effort volontaire de nos 5 malades. Cet effort, ne pouvant être soutenu, décroît rapidement et disparaît. Ce trouble, joint à la perte de l’automatisme mental, explique la perte périodique du contrôle psycho-moteur du malade. Il en résulte que
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l'efficience intellectuelle n’est pas constante et présente des trous périodiques, dont la fréquence est proportionnelle à la fatigabilité.
Ce trouble se traduit, sur le plan de la coordination neuro-musculaire, par la perte périodique du contrôle du mouvement, ce qui constitue un très grave facteur d’incapacité.
Quequefois même, et nous l’avons observé trois fois, l’effort volontaire déclanche immédiatement céphalées, vertiges ou nausées et le malade doit renoncer à le poursuivre.
Aussi se crée-t-il un véritable cercle vicieux qui, sur le plan, psychique comme sur le plan moteur, explique l'incapacité presque totale de ces malades : le traumatisé cranien est avare de pensées. Et voilà pourquoi, leur journée terminée, ces malades n’aspirent qu’au repos le plus obsolu, au « vide » intellectuel. Ils ne prennent jamais de distraction, n’aspirent qu’à la vie végétative, sans lire, sans penser.
3) Trouble de l'adaptation. Ces malades présentent une extrême difficulté à s’adapter aux situations nouvelles, et le moindre changement dans leurs habitudes leur est pénible, insurmontable ; ils ont perdu la mimique de leur esprit.
Le fait d’aider sa mère au ménage, de faire la vaisselle, a paru à M" L..., pour tant pleine de bonne volonté, une véritable impossibilité, une chose « insurmontable ».
Et nous voyons apparaître ici le rôle prédisposant et agéravant du « déclassement social » qui nous a paru jouer un rôle si important dans deux cas : Fille de concierges, jalousement maintenue dans son enfance hors de son milieu par des
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parents qui rêvent d’en faire une institutrice, M'° L... re tombe, après son accident, au niveau social d’où elle a tenté de s'évader et où son traumatisme la replonge tout en l’empêchant de s’y adapter.
Observation 4. — M" S.., caissière, présénte, un an et demi après un traumatisme grave (3 jours de coma, 10 jours de délire, 1 mois d'obnubilation), un syndrome post-commotionnel particulièrement intense :
— grande fatigabilité physique et intellectuelle.
— changement caractériel.
Sa valeur professionnelle est très atteinte.
Amnésie de fixation, trous mnésiques, difficulté à soutenir l'attention; un effort intellectuel durable provoque des nausées. |
Ralentissement de l’automatisme mental, difficulté pour accomplir une action nécessitant plusieurs actes coordonnés, surtout s'ils sont rapides et importants. Les actes automatiques qui ne peuvent avoir de sanctions désagréables sont accomplis correctement ou à peu près. Au contraire, si elle craint un disprofit quelconque, le trouble apparaït. Ainsi les divers actes nécessaires à son métier doivent être décomposés, sous peine de faire des erreurs: recevoir la fiche de la vendeuse, vérifier l'addition, enregistrer à la caisse automatique, classer les tickets, rendre la monnaie, nécessitent un gros effort d'attention et de coordination.
Me S.. n'ose pas marcher seule dans un espace libre, même si elle a un solide point d'appui à proximité: «une canne ne me suffit pas, elle tombe avec moi. Un rateau, un objet à large base me convient mieux.» La descente d’un escalier est tout un problème que la malade tienne une rampe solide ou non. C’est surtout par crainte de ne pouvoir réaliser les actes automatiques (changement de pieds d’une marche à l’autre) et de tomber, qu’elle préfère descendre «à reculons ». Elle se penche alors très fortement en avant pour garder le contrôle de ses mouvements de pieds : elle est rassurée et ne tombe pas. Tous ces troubles s’accompagnent de nausées et de malaise général.
En dehors de ces cinq cas, où troubles de l’auto-
matisme psycho-moteur, de l’adaptation et fatigabilité se sont £roupés pour constituer un syndrome de « Parkinsonisme mental », nous avons souvent retrouvé l’un de ces éléments isolés, ou transitoire : i
Fatigabilité englobe, chez 10 malades, les activités physiques et intellectuelles ; l'effort prolongé leur est impossible ; ceci s’observe aussi bien chez le terrassier qui doit renoncer à un travail pénible et ne peut lire un journal, que chez le secrétaire qui est obligé d’abandonner la rédaction de son rapport et n’a plus la force de se rendre à bicyclette à son bureau. |
— Chez deux manuels, la fatisgabilité physique est isolée.
— Chez un intellectuel, la fatigabilité est psychique.
Calcul mental peut être impossible, alors que les autres automatismes mentaux sont conservés (six cas). Deux fois même ce trouble n’apparaît qu’au moment des crises de céphalée et vertiges.
E) Troubles de la personnalité :
Nous avons cherché aussi quelle appréciation intime de son état a le blessé.
1) Complexe d’infériorité : 8 fois, la diminution des capacités physiques et, intellectuelles, à laquelle s’associe de l’aboulie, provoque un complexe d’infériorité évident.
2) Trouble de l'humeur : chez 6 autres malades, il s’agit d’un trouble de l’humeur avec sentiment intime de tristesse et tendance à l’isolement,
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F) Troubles mentaux :
1) Neurasthénie : 3 cas, avec note dépressive importante.
2) Crises psycho-motrices avec syndrome confusionnel secondaire sont survenues un an après le trauma, et ont nécessité l’internement d’un de nos malades dans un Hôpital Psychiatrique.