LIENS PHYSIOLOGIQUES
Il est vrai que cette union n'est pas aussi intime à tous les degrés de l'échelle zoologique. Mais elle est plus généralement nécessaire qu'on ne le croit. On vient de voir ce qu'elle est chez la plupart des mollusques céphalés. Les annélides et les vers s'accouplent aussi, hien qu'androgynes , et demeurent plusieurs heures enroulés. Les insectes ont des organes sexuels plus compliqués que ceux de certains vertébrés. Parmi les poissons eux-mêmes, les Plagiostomes et quelquesuns des poissons osseux s'unissent pour une fécondation intérieure. Les Plagiostomes et les Chimères sont même doués d'organes préhenseurs que l'on a comparés à une paire de grandes tenailles. Il est vrai que chez la majorité des poissons la fécondation de l'œuf se fait à l'extérieur; mais l'absence de copulation n'empêche pas le rapprochement. D'après les expériences de M. Coste, les œufs déposés par les femelles des poissons seraient perdus s'ils n'étaient fécondés moins de cinq minutes après la ponte ; et d'autre part, la vitalité des corpuscules fécondateurs ne persiste dans l'eau, leur véhicule naturel, que durant quelques minutes (1). Il faut donc que le mâle suive la femelle de très près et nage avec elle de conserve pendant tout le temps de la ponte. Un observateur exact des mœurs des animaux (2) nous a raconté le rapprochement des brochets dont il a été témoin. Debout sur le tronc incliné d'un saule, au-dessus d'une mince lame d'eau courant sur les prairies inondées, il a vu, en avril,, un matin, une femelle de brochet appeler par quelques
(1) M. Blanchard, Poissons des eaux douces de la France, p. 110 et suiv.
(2) M. Bertrand Antonin, de Saint-Florentin.
coups de queue vigoureux trois ou quatre prétendants cachés jusque-là dans l'eau profonde, puis ceux-ci s'approcher, se frotter contre la femelle, la presser par dessous ens'agitanttumultueusement et montrer même à plusieurs reprises dans ces évolutions, destinées sans doute à lancer la liqueur sur les œufs à leur passage, les écailles blanches de leur ventre. Quant aux autres animaux, leur mode de rapprochement est trop connu pour qu'il soit besoin de le rappeler ici. Tout le monde sait que chez les batraciens les sexes s'unissent étroitement, bien que la fécondation ait lieu hors du corps delà femelle, et que chez les reptiles ils forment un couple où les deux individus sont entortillés et se regardent nez à nez.
Mais bien que le rapprochement matériel soit la condition première de la société domestique chez les animaux, il n'en est pas le lien le plus énergique. En effet s'il en était ainsi, les sociétés les plus étroites seraient celles où les sexes resteraient le plus profondément et le plus longtemps unis ; et les hermaphrodites qui s'accouplent mériteraient à cet égard le premier rang. L'absurdité de cette conséquence réfute suffisamment le principe. Ce qui fait la solidité de l'union domestique, même à ne considérer que les rapports sexuels des parents, ce sont les phénomènes psychiques qui la préparent, et qui la renouvellent si des causes mécaniques la rompent. Il y a plus : ce sont ces phénomènes mêmes qui la créent la plupart du temps; car sans eux elle serait exposée au hasard des rencontres : combien peu de chances lui resteraient de jamais se former? Nous allons donc examiner les causes toutes psychiques