‹ Des sociétés animales [electronic resource]Chapitre 29 sur 91 · COMBATS DE NOCES · texte numérisé non relu

COMBATS DE NOCES

donc point. Nous ferons remarquer seulement un trait curieux de ces phénomènes de compétition. On croit trop généralement que les animaux mâles qui combattent pour la possession d'une femelle combattent à mort et dans les sentiments où sont deux hommes qui en viennent aux mains. On ne remarque pas que, même dans l'humanité, les combats ne sont pas toujours sérieux, du moins chez les enfants et chez les sauvages, auxquels les animaux ont été souvent comparés, et que bien souvent les champions cherchent autant à s'effrayer qu'à se détruire. Dans l'animalité les combats sérieux sont ceux qui se livrent entre animaux d'espèces différentes, dont l'un a besoin de manger l'autre pour vivre. Mais it en est autrement des combats entre prétendants; c'est par exception qu'ils sont mortels. Il s'agit le plus souvent de savoir lequel est le plus fort ou le plus fougueux, et le plus faible ou le moins hardi s'éloigne presque toujours avant que sa perte soit consommée. D'abord les oiseaux et les mammifères, avons-nous dit, combattent presque tous; or un grand nombre sont dépourvus d'armes capables de faire de graves blessures. Leur lutte n'est donc qu'une assez vaine démonstration. Il n'y a que les becs et les griffes des carnassiers qui tuent. Ensuite les premiers coups, môme d'armes meurtrières de cette sorte, ne sont pas toujours mortels ; ils abattent au plus l'ennemi sans l'achever. Le vainqueur s'empresse de fuir avec sa conquête et le vaincu peut se relever pour recommencer de nouveaux combats après quelques jours de régime. Certains herbivores sont, il est vrai, terriblement armés, mais on peut dire que c'est contre leurs

ennemis mortels les carnassiers, qu'ils ont acquis ces armes, non contre leurs rivaux. Combien parmi les cornes des ruminants sont, je ne dirai pas inofiensives, mais du moins relativement peu redoutables, si l'on considère surtout les fronts massifs contre lesquels elles sont appelées à se heurter! Ce sont moins des armes que des ornements guerriers. Quelquesunes même sont embarrassantes pour leurs possesseurs, au point de changer accidentellement en duel fatal aux deux combattants ce qui n'était d'abord sans doute possible qu'un simple tournoi. C'est ce qui arrive assez souvent pour les cervidés quand leurs bois s'enchevêtrent les uns dans les autres. Ce n'est pas en effet une bataille véritable qu'ils se livrent d'ordinaire : le nom de tournoi convient beaucoup mieux à leurs luttes. La place en est en quelque sorte fixée d'avance ; ils y reviennent chaque année. Il en est de même des oiseaux en apparence les plus belliqueux de tous : ceux qu'on appelle les Combattants et qu'on appellerait plus exactement les jouteurs. A une place marquée, fréquentée aussi par les femelles, les mâles viennent chaque matin ornés de leur parure de noces. Deux d'entre eux s'avancent l'un contre l'autre tout tremblants; ils se frappent à coups redoublés, mais jamais leur sang ne coule : c'est à peine si une plume vole çà et là. Leur bec long et flexible est incapable d'entamer la peau de l'adversaire. C'est une lutte à armes courtoises, une sorte de fantasia brillante. Nous trouvons des faits analogues dans la classe des insectes. M. De la Brûlerie nous raconte une rixe interminable entre deux coléoptères armés, ce semble, de manière à donner la

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