Des soins à donner aux malades
On VOUS a dit, monsieur, que j’avais connu en Angleterre miss Nightingale, et vous me demandez si je ne pourrais pas vous donner à son sujet quelques détails. J’ai vu assez souvent en effet, en 1848 et 1849, cette personne qu’alors déjà tous ceux qui la connaissaient trouvaient si rare, et qui depuis est devenue si vertueusement célèbre. Quelquefois, à Brompton où j’habitais, elle venait voir mes filles à qui elle témoignait un intérêt affectueux. Je me souviens qu’elle vint un jour pendant que, seul avec mes enfants, je leur lisais quelques scènes de Polyeucte; elle me demanda de continuer la lecture, et je fus
A M. DAREMBERa.
frappé de l’expression gravement émue que prit en l’écoutant sa physionomie. Pas plus que personne et qu’elle-même, je ne me doutais alors de l’emploi que miss Mglitingale ferait un jour de sa vie; mais j’entrevis une âme à la fois forte et sympathique, pour qui les grandes pensées et les grands dévouements avaient un sérieux attrait, et capable de les accomplir comme de les admirer. Je n’ai pas revu miss Nightingale depuis cette époque ; mais j’ai gardé d’elle un profond souvenir, et l’exemple de charité et de puissance chrétienne qu’elle a donné dans la guerre de Crimée ne m’a paru que le développement de la nature que j’avais pressentie.
Je ne suis pas bien au courant de tout ce qu’a fait, depuis la paix, miss Nightingale pour naturaliser en Angleterre, et en harmonie avec son état social, les sœurs de la charité, et je n’ai et ne puis avoir, sur la valeur médicale de son petit écrit. Des soins à donner aux malades^ aucune opinion ; mais l’intelligence profondément humaine de l’état moral des ma-