‹ Des Synovites Infectieuses SecondairesChapitre 4 sur 11 · Æ | LA · texte numérisé non relu

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Avant-propos

Nous n’aurions jamais osé, pour le couronnement de nos études, nous attaquer à un sujet de thèse si complexe, si nous n'avions senti, penchée sur nos efforts, la bienveillance infinie de notre Maître, M. le Professeur C. Cadéac. Nous lui exprimons ici notre profonde gratitude pour l'intérêt si réconfortant qu'il a bien voulu nous témoigner au cours de nos travaux.

Conscient de notre inexpérience de néophyte, nous avons senti toute la valeur de l’aide que nous avons reçue du praticien éprouvé qu’est M. Gaston Egmann, vétérinaire à Nîmes, auprès de qui nous avons fait nos premiers pas dans la vie professionnelle. Qu'il soit remercié de l'affection dont il nous a entouré et de la contribution qu’il a apportée à l’œuvre modeste

que nous avons entreprise.

Généralités

Les synovites secondaires sont celles dont l’apparition est subordonnée à des conditions pathologiques préexistantes, locales ou générales.

Disons en passant qu’elles naissent quelquefois par continuité de tissu à la suite du javart cutané, du clou de rue, de luxations ou d’entorses qui en masquent les manifestations. Nous ne nous occuperons seulement que des synovites secondaires qui sont la conséquence de l'infection de l’organisme par un microbe ou un agent virulent encore indéterminé. Nous examinerons de même les synovites secondaires qui résultent de la localisation d’un trouble nutritif général. ' ;

Mais quelle que soit l'entité morbide accompagnant les synovites ou les annonçant, morve ou rhumatisme, sa nature donne plus exactement la mesure de leur gravité que les symptômes qui les traduisent au dehors.

Tous les auteurs s'accordent à dire que la morve, la dourine, la tuberculose, l'infection purulente et la péripneumonie contagieuse peuvent leur donner naissance. Mais ces synovites symptomatiques, résul-

se

tant de maladies incurables, sont les moins intéressantes de toutes, puisqu'elles procèdent dans ces cas de la localisation secondaire du virus dans les synoviales.

Il en est tout autrement des synovites infectieuses qui compliquent diverses maladies sporadiques ou contagieuses, parmi lesquelles on cite la pleurésie, la péricardite, l’endocardite, la pneumonie franche, la pneumonie infectieuse, la fièvre typhoïde, la gourme, l’entérite, la métrite, la fièvre aphteuse.

Ces maladies peuvent donner tardivement naïssance à des synovites; celles-ci surviennent après leur guérison et indépendamment des germes qui ont déterminé quelques-unes d’entre elles; car le caractère contagieux d’une maladie n’exclut pas la possibilité de la coexistence de la diathèse rhumatismale.

On a, jusqu’à ces dernières années, négligé les causes efficientes de ces complications au profit de la < sympathie des séreuses », c’est-à-dire d’une explication séduisante; parce que ces causes morbides sont disparates, difficiles à interpréter d’une manière générale et rationnelle et se prètent mal à une classification anatomique. |

Personne ne conteste aujourd’hui que la pneumonie aiguë, franche ou contagieuse, se complique, pendant la convalescence, de synovites secondaires. C’est la maladie qui est la cause la plus fréquente de ces infections secondaires.

Les synovites infectieuses ne font pas seulement suite à la pneumonie aiguë franche, à la pneumonie typhoïde ou à la fièvre typhoïde sans localisation,

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elles compliquent aussi parfois la pneumonie gourmeuse, comme le prouvent les observations publiées par Wiart d’abord, puis par Mauri qui a vu dans ce cas la synovite affecter une forme suppurée.

D'un autre côté, Rossignol a élargi le cadre étiolo-

gique de ces complications, en faisant connaître le résultat de ses observations cliniques. Suivant cet auteur, les synovites infectieuses sont peut-être plus souvent consécutives à l’inflammation des viscères abdominaux et des muqueuses qu’à celle des séreuses.

- L’entérite essentielle chez le taureau, le bœuf, la vache, l’entérite diarrhéique chez les jeunes animaux, la mammite ou encore la congestion intestinale (Mauri), la métrite plus ou moins grave provoquée par lavortement ou la non délivrance, seraient au nombre des maladies susceptibles de les déterminer. En ce qui concerne la métrite, c’est aussi l’avis de Ph. Heu et Pauleau et d’un certain nombre d’autres praticiens.

Pourtant, nous nous demandons s’il est bien établi que, dans ces circonstances, ces complications soient de nature rhumatismale. Ne doivent-elles pas être rapportées à la variété d’arthrites et de synovites qui sévissent à la suite de la résorption progressive par l'organisme de tous les produits virulents sans cesse déposés ou formés à la surface des muqueuses enflammées? Cette distinction peut d’abord paraître spécieuse, elle est cependant essentielle dans la connaissance des entités morbides et du traitement qu’il con-

vient de leur opposer.

Historique

Avant d'examiner les bases sur lesquelles repose l'étiologie des synovites infectieuses secondaires, et avant de préciser la nature de ces complications, il est nécessaire de retracer en quelques mots l’historique de la question. |

En médecine humaine, Bouillaud avait établi que diverses offections peuvent précéder, annoncer, succéder, accompagner, compliquer ou alterner avec les manifestations rhumatismales se traduisant anatomiquement par des polyarthrites ou des polysynovites aiguës ou chroniques, et cliniquement par leur marche ambulatoire et par des douleurs intenses, soudaines et mobiles. En 1840, Bouley jeune, avec une remarquable sagacité, découvrit. chez nos. animaux domestiques de semblables relations. Sans doute cette connaissance n’était pas absolument nouvelle, car Fromage de Feugré cite dans sa « Correspondance > un passage d’Absyrte dans lequel on peut reconnaître la description de pleuropneumonies suivies de boiteries. Mais il n’est pas moins vrai que cette parenté morbide était depuis longtemps oubliée, lorsque Bouley jeune publia les résultats de ses observa-

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tions. II remarqua que les chevaux récemment affectés de pleurésies ou de pleuropneumonies sont frappés tout-à-coup de synovite sésamoïdienne, dont il saisit du premier coup les analogies et les différences avec le rhumatisme aigu de l’homme. C’est ainsi que, chez l’homme, le rhumatisme aigu précède ordinairement les phlegmasies séreuses des viscères, « tandis que chez le cheval la synovite sésamoïdienne est constamment précédée de la pleurésie ou de la pleuropneumonie » (Bouley jeune). Cependant, cette règle n’est pas invariable, car Rey a vu depuis l’inflammation des synoviales précéder celle des plèvres. Quoiqu’il en soit, dans ce premier pas, et d'emblée, le rapport morbide entre l'inflammation des plèvres et de la grande gaine sésamoïdienne est nettement formulé, et tous les travaux ultérieurs ont eu pour tendance de laccentuer et de l’étendre à toutes les séreuses. C. Leblanc applique cette notion étiologique à la séreuse péricardique et à l’endocarde; Leblanc et Palat au péritoine, et notre Maître, le Professeur C. Cadéac, l'a étendue aux méninges en s’appuyant sur le fait suivant : un cheval affecté de congestion méningo-encéphalique a présenté, environ un mois après sa guérison, des synovites sésamoïdiennes qui ont successivement envahi les quatre membres quoique l’animal fut soumis au repos le plus complet. Cependant, comme le fait observer Trasbot, la complication de synovite rhumatismale est très rare à la suite de Pinflammation des séreuses. Cette opinion qui va à l'encontre des idées reçues, trop empreintes de la connaissance des liens sympathiques

unissant les séreuses entre elles, est facile à démontrer.

En effet, si l’on réfléchit que la pleurésie et l’endocardite sont généralement incurables; que la péricardite et la péritonite sont dans la majorité des cas rapidement mortelles, on trouvera que son affirmation n’est pas sans fondement et n’a rien de hasardé.

Du reste, on a admis a priori, par le raisonnement plutôt que par des observations précises, l’apparition des synovites rhumatismales à la suite de l’inflammation d’une séreuse. Bouley jeune, dans son mémoire, rapporte deux observations où cette complication s’est montrée après la guérison de la pleurésie aiguë du cheval; Rey en signale une autre; ce sont les seules à considérer comme authentiques. D'autre part, ni Trasbot, ni Palat n’ont vu des synovites survenir après la pleurésie, de telle sorte que l’examer critique des données et des faits qui précèdent nou: permettent d'en dégager cette conclusion que dans le développement des synovites rhumatismales, les inflammations des séreuses ne jouent qu’un rôle très

restreint.

Etiologie et pathogénie

Nous nous attacherons à éclaircir létiologie et la pathogénie des synovites infectieuses secondaires. Pour y parvenir, nous envisagerons successivement les hypothèses qui ont été émises à ce sujet.

On a invoqué la sympathie qui existe entre toutes les séreuses et l’on a admis a priori une sorte de métastase. Mais les inflammations des séreuses ne soni pas les seules sujettes à ces complications, et quand celles-ci en sont la conséquence, rien ne prouve qu’elles résultent d’un déplacement de l’inflaraniation primitive. Leblanc a admis que le froid, cet élément étiologique si fréquemment invoqué pour trop de maladies différentes, devait présider à la genèse de l’inflammation primitive et des synovites rhumatismales secondaires en faisant sentir son action sur toutes les séreuses à la fois. Cette hypothèse perd tout caractère scientifique, si l’on songe que les synovites infectieuses font leur apparition plusieurs semaines après la guérison de l’inflammation séreuse ou viscérale. Dans les affections de poitrine suivies de synovites, M. le Professeur Cadéac a rarement constaté la pleurésie. De plus, dans les observations &e

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Leblanc et d’autres auteurs, on y voit la pleurésie souvent invoquée pour les besoins de la cause, mais rarement prouvée. On a vu la synovite suivre et même accompagner de simples bronchites, d’où nous concluons qu’elle n’est pas inévitablement liée à une inflammation des grandes séreuses, plèvre ou péricarde, mais que cette liaison est au contraire l'exception. La théorie de la sympathie morbide par analogie de tissus ne nous paraît donc pas justifiée. Quant à la fhéorie physiologique, soutenue par Trasbot, elle mérite un examen plus complet, quoiqu’elle n’ait jamais reçu la vérification expérimentale. Pourtant, elle s'appuie sur un principe rigoureusement exact : la modification du sang sous l’influence de l’inflammation avec « accumulation dans son plasma de tous les principes immédiats de dénutrition : urée, acide urique ou hippurique, matières colorantes, sels de la bile, etc. c’est-à-dire de tous les produits de déchets. « Mais ces agents « en séjournant dans le sang, peuvent-ils provoquer, « par une irrigation locale de quelque tissu très sen- « sible à leur action, l’inflammatoin soudaine dont il « est question ? » Trasbot l’admet. Bouley a injecté dans les veines du cheval une certaine dose d’urée et ces injections n’ont produit aucun résultat. Robin a reconnu que l'introduction dans l’économie de ce produit de déchet par excellence est d’une innocuité absolue. De plus, comme le fait remarquer Bouley, on s’explique difficilement que ces produits attendent quelquefois des semaines et même des mois pour manifester leurs effets, sans que la rénovation inces-

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