‹ Des Troubadours aux félibresChapitre 17 sur 57 · Page · texte numérisé non relu

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Nous ne nous sommes point arrêté à reproduire des détails anecdotiques sur les Troubadours , parce qu'il nous semble d'abord qu'une distinction profonde doit être établie entre la vie privée d'un homme et les œuvres qu'il publie : l'auteur disparait . et si les œuvres sont bonnes, ce sont elles seules qui restent, et l'humanité se montrant seulement sous un jour favorable , elle peut donner des leçons profitables quand bien même les actions de l'écrivain n'eussent point été exemplaires. Ainsi, en ne jugeant les Troubadours que par leurs poésies , on voit généralement leurs sentiments amoureux

entourer les femmes de respect. Quelquefois même e<? respect, mêlé peut-être à une dissimulation malicieuse , déguise discrètement un nom de fantaisie, Belris, Blancaflor, etc. En ne prenant donc en considération que les poésies de ces rapsodes des dames , on a pu dire qu'ils avaient contribué à relever au moyen-âge la dignité de la femme. Xous ne pensons pas que la dignité de la femme eût un appui à demander à la poésie des Troubadours. Les Celtes et les Germains pratiquaient le respect pour la fenmie , et s'ils avaient pu l'oublier dans leur contact avec Rome , le Christianisme eut été suffisant à le leur rappeler. Pour les Velleda. comme pour Sainte- Geneviève, la vénération avait été la même , et l'on vit plus tard l'armée française aller à la victoire sous le commandement d'une jeune fille inspirée. L'esprit chevaleresque était sans doute antérieur à la poésie des Troubadours , et il a plus rendu de services à cette poésie qu'elle - même n'en a pu rendre à la civilisation. On a de la mission remplie de par ces Pindares une toute autre idée en lisant les récits romanesques des pérégrinations de ces chevaliers erranls de la galanterie , comme les nomme le président Hénault , qui s'en allait chantant et faisant l'amour de château en château, quêtant les bonnes grâces des dames , se riant des maris et se livrant aux excès de la licence. Ces récits pourraient expliquer les motifs de la plupart des chants poétiques des Troubadours : mais cela ne saurait ni en augmenter ni en diminuer la valeur. — On ne s'attache que trop à présent à des travaux qui assimilent une œuvre de critique à des dictionnaires biographiques et aux vieux ana du passé ;

aussi ces travaux; ont fini par ne plus guère avoir d'autre intérêt qu'un intérêt de curiosité et même fort souvent en même temps les attraits du scandale.

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