PAYS DIVERS
Ch. de Nostredame , de Salon. — N. Saboly, de Monteux : Noels, 1670. — H. Meynier, de Pertuis : Bouquet Bigarré, 1608. — Pompée Raspaud, d'Apt. — P.-A. d'Agard, de Cavaillon : La belou paysano mignardou; Ion Rasteloun, etc. — P. Tronc de Codolet, de Salon: Lei fourbarié doou siècle. — Le P. Germain. — 31. Ricard Bérard, dePélissane: Lou Sergeantla Gargou.9so, eic. — Remerville de Saint-Quentin, d'Apt. — Jean Sicard, de la Tour d'Algues. — Barthélémy Forjon, curé de Flassans. — E. Garcin, de Draguignan : Parnasse Provençal. — Geoffroy de Latour, de Digne : diverses Poésies latines, françaises et provençales , 1677. — Coye ou Coze , de Mouriès : Lou novi parât et poésies diverses. — P. Chabert de la Valette. — Delbès : Muso oublidado. — Jn- Jacques Gautier, de Digne. — Astier, de Saint-Remy — Béranger, de Riez : Soirées provençales. — M. A. Maillet, de la Tour-d'Aigues : Poésies françaises et provençales, 1848. — A. Deidier : Jean que plouro et Jean que ris, 4 840. — M. F. Mistral, de Maillanne : Miréio , poème , poésies diverses. — M. J. Roumanille , de Saint-Remy : Li Margaridèto ; li Sounjarello ; la Part dau bon Dieu; Campano mountado ; poëme ; lis Oubretto ; divers opuscules en prose ; li Capelan; li Club, etc. Tous ces ouvrages ont été publiés à Avignon où habite M. Roumanille. — M. Calstiblaze , de Cavaillon. — M. A.-B. Crouzillat. de Salon. — M. Garcin, d'Alleins. — M. Anselme Matthieu, de Châteauneuf-Calcernier : La Faran-
doulo. — M. E. Bougrain, de Barjols : Patroun Séouclet. — M. E. Robert. d'Istres: Leis nervis enpartido de casso. — M. A. Tavan . de Châteauneuf de Gadagne , dont on annonce lou Dindin de VEyssado.— M. A. Dumas, né aux environs de Cabanes, ses poésies romanes seront publiés sous le titre à'Obro prouvençalo.
LÎFres composés d œuvres collectives.
Jardin deys Musos prouvcnçalcs , publié en 1665 et 1666. — Pouemous Carpentraciens : la pato enlevado, etc. Carpentras, 1857. — Li Prouvençalo , poésies recueillies par M. Roumanille. 1852. — La Bugado prouvençalo. — Variétés religieuses, édités par M. Makaire à Aix. — L'Abeilho prouvençalo , édité par M. Marins Féraud, à Marseille, 1858. — Divers recueils de Cantiques et Noëls , publiés à Avignon, Aix., etc. — Les ouvrages édités par 3Î, V. Boy, à Marseille, sur La Bélaudière , Arena , les Epitaphes de Bellot , etc. Lou Tambourinaire et le Ménestrel , publié sous la direction de P. Bellot et de M. Louis Mér}% 1841 . — Lou Bouilhabdisse' journal en vers provençaux, languedociens'et comtadins, M. Désanat, à Marseille.
Finalement V Àrmanaprouvençau, imprimé à Avignon, et où se trouvent amalgamés diverses poésies des félibres, des annonces, des re'VTies littéraires, des proverbes, etc. Ce recueil est tellement patriarcal , qu'il ne néglige point de faire part à ses lecteurs des mariages des félibres qui assurent, selon lui. à la Provence, une race nou-
( 403 ) velle : « Fado de la Duranço, aprestas Uu de brès ! se prépara une grélo de fd'tbrioun. • (Armana pour 1 862.) « Fée de la Durance, disposez vite des berceaux ! il se prépare une grêle de petits féliàres. »
Peut-on lire sans étonnement , dans la chronique du même Armana , cette assertion étrange : « Dôu tems « qu'eilamoundaut la pouesio franceso , desanelado et
• anequelido , mort de la nebladuro e de la secarié , la « pouesio prouvençalo que, renden graci à Dieu, viéu de » bon er et de bono aigo à la taulo dôu pople , toujour
• que pu jouino , toujour que pu fiéro , canto de long « dôu Rosecoumo une chatode quinze ans. » — Tandis que là-haut la poésie française , essoufflée et exténuée, meurt du brouillard et de la sécheresse , la poésie provençale qui, rendons-en grâce à Dieu, vit de bon air et de bonne eau à la t-able du peuple, toujours plus jeune , toujours plus fiére, chante le long du Rhône comme une fille de quinze ans.
La voix de M. de Laprade n'arrive donc point jusqu'à l'oreille des félibres ? Elle est pourtant assez vibrante , et si l'on avait ouvert différents numéros du Correspondant, en lisant Pro aris, et focis; l'Ode à Machiavel; les Muses d'Etat, etc., on aurait modifié peut -être une injuste exaltation.
N'est - ce donc rien lorsque dans l'espace d'un an paraissent les Poëmes et Paysages et les Epaves de M. Lacaussade, la Moisson de M. A. Millien, les œuvres de M. Leconte de Lisle, les Epîtres de M. J. Autran, les Echos des Bois, etc. Il ne faut donc point tenir compte des organes nouveaux créés spécialement pour la poésie et tels
( 404 ) que la Revue de la Province, Paris ; YUnion des poètes, id. ; les Jeux poéliqiies, Toulouse; la Tribune lyrique ^
Maçon, etc. Une foule de journaux littéraires paraissent à Paris et dans la province, qu'on nous en cite un qui ne recherche pas la poésie comme un ornement? Il est vrai qu'en français on n'a point la licence de tronquer même les noms propres comme l'a fait un nouveau félibre , M William Bonaparte Wy se, dans une pièce adressée à Roumanille :
E'me Miïlrou... car Nlho, De Mistrau la palrio Me veiia lëu-léu Sus li piue dis Aupiho Cantau iou souleu.
— Avec Mistral cher Sille, —De Mistral la patrie— Me verra vite, vite — Sur les pics des Alpines — Chantant le soleil.
On ne se permet point davantage en français des excentricités de cette sorte :
Aquest nouve' nouvéu
De jus fie gave'u Quau l'a Ïa ? n'es pas Sabolj ; Segur n'es pas un béuloli :
^mz'^ fiiesse un bon creslian, etc.
— €e noël nouveau — De jus de sarment — Qui l'a fait ? ce n'est pas Saholy ; — Assurément ce n'est pas un chat-huant; — Bien qu'il fût un bon chrétien, etc.
Alors bramas et Maiatio e Cabane
Courue un vedéu !
D'un fiéu de sedo aqui l'amour debano
Soun cabcdéu.
— Alors vous criez et 3Iaillane et Cabane — Comme un veau ! — D'un fil de soie là l'amour dévide — Son écheveau.
Franchement, quelques soins que prenne l'école réaliste à éteindre toute étincelle poétique , les plus médiocres élucubrations au français y regarderaient à deux fois avant d'admettre des beautés de ce genre
Ces curiosités ne sont point ce que nous avons aperçu de plus singulier dans cette récente publication ; nous avons été surpris en voyant adresser au peuple ce qu'on va lire, et qui se trouve à la fin d'un récit des fêt^s de la Tarasque : . Bcu prougressisto rcboussié , amovssas donne vosti dcsdcn! car lou don rèi Reinié, en alarguant de liuen en liuen la grosso farçopoupularî, en èandissènt sus vous li butado don Courdéu e lis espousc de VEslurioiin , a vougu vous moustra quento sarié la fnrco dbu lioxn, se se descadcnavo, e qve devés a-n-aqiièu pople, i'avié d'oubli g acioun émai d'eshmo, quandse covntènio , eu qu'es tant forte tant nou77iàrous e tant galoi, de rusîica tout l'an, vmblé e soumés, pèr vous pourgi lou pan e lou vin. » (M. Mistral) — • Beaux progressistes à rebours, éteignez donc vos dédains ! car le bon roi René, en livrant de loin en loin la grosse farce populaire , en jetant sur vous les chocs du Cordeau et les éclaboussures de l'Esturgeon, a voulu vous montrer ce que serait la force du lion , s'il se déchaînait et que vous lui devez à ce peuple , lui avoir de l'obligation et de l'estime , quand il se contente , lui qui est si fort, si nombreux et si gai, de travailler tout l'an, humble et soumis, pour vous fournir le pain et le vin. »
Nous ne savons à quels hommes de progrès M Mistral fait allusion, car il en est pour qui nous aurions aussi de vives répulsions, mais dans tous les cas la flatterie est-elle meilleure pour le peuple que pour les rois? Pourquoi auraient- ils à trembler ceux qui payent \e pain et le vin obtenus par le labeur du peuple ? Pourquoi faut - il que l'on ait obligation au lion de ce qu'il ne se déchaîne point en rages absurdes ? De telles colères n'entrent point dans le cœur du peuple provençal, le bon René le savait bien; ce peuple est bon ; il est laborieux ; il sait que son travail est rémunéré ; que s'il fait produire aux champs le blé et le vin, il en a sa large part. Il travaille librement, sans avoir besoin d'être humble ni soumis , et il chante gaiement quand de tristes excitations ne viennent pas changer sa joie en passions haineuses.
— M. Mistral, en s'adressant à des Troubaïres Catalans , semble s'applaudir de chanter matines au même livre qu'eux :
E la Franco e l'Espagno, en vésent sis enfant, I rai de la patiio ensèn se recaufiint, Canta matino au mênje libre-..
Ne vaudrait - il donc pas mieux chanter matines au même livre que le reste de la France ? Lorsque autour de quelques poèmes on fait sonner le mot de nationalité , (nosto natiounalitaj ; oublierait-on que notre Provence n'a jamais cessé d'être une terre française ? Province de la Gaule romaine, aussi bien que l'était la Neustrie, elle fit partie de l'empire de Charlemagne comme plus tard de
la royauté de Louis XIV. Qu'elle réclame une vie que la centralisation lui a enlevée aussi bien qu'à d'autres pro vinces, rien de mieux, mais encore une fois qu'on y poétise en vrai provençal, si l'on y tient, mais que l'on cesse d'y dénigrer la langue française qui a tant produit des chefs- d'œuvres !
Que voyons-nous sur nos places publiques ? Ici René d'Anjou, ce bon franciot, dont la Provence garde le souvenir ; Siméon et Portails ; là Belzunce ; ailleurs c'est Grillon, le L rave compagnon d'arme du grand Henri; puis Corneille et Piacine ! Toutes ces statues rappellent au milieu de nous de grandes traditions , et l'on s'éloigne de ces traditions aussi bien en langage provençal, que d'autres ailleurs veulent s'en éloigner en langage français.
Ce sont pourtant à ces traditions qu'il importerait surtout qu'on s'empressât de revenir en Provence comme ailleurs ; en les ayant devant les yeux, oserait-on affirmer que « la langue française est un froid et diplomatique PATOIS? • Faudra-t-il donc délaisser les œuvres de Pascal, de Bossuet et de Fénelon pour n'étudier que Miréio?
Ceci a pourtantélé imprimé, nous ne dirons pas où, en l'an de grâce mil huit cent soixante- un . et dans un recueil où se produisent en même temps de beaux vers. . en français !