CHAPITRE PREMIER HISTORIQUE
Les connaissances insuffisantes que les anciens auteurs possédaient sur le rôle de la fonction menstruelle les ont amenés à émettre, à ce sujet, les nombreuses théories que nous trouvons consignées dans leurs ouvrages. Tandis qu'Hippocrate comparait le sang des règles à celui d’une pure victime, d’autres auteurs considéraient la menstruation comme une fonction devant présider à l’élimination des principes malfaisants, et mettaient sur le compte de la rétention des règles une foule de maladies. Ces idées,
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qui avaient eu cours dans la science pendant de longues années, furent abandonnées vers la fin du siècle dernier. Alors une réaction se produit : les idées anciennes sont rejetées, et, à partir de ce moment, on n’attache plus aucune importance à l'influence que la fonction menstruelle peut exercer sur le développement de certaines maladies chroniques et réciproquement.
De nos jours, les auteurs qui se sont occupés de la question ont émis les opinions les plus diverses; il n’est pas rare de voir le même auteur se contredire d’une facon évidente.
Racibroski (1) nous dit : « Nous avons recherché avec la plus grande attention quelle peut être l'influence de la menstruation sur la marche de la phtisie, et nous avons vu qu'elle n’exerçait aucune influence salutaire sur elle. Nous ferons même remarquer que chez plusieurs femmes qui avaient continué à être réglées, les désordres locaux étaient plus profonds que chez d’autres chez lesquelles il y avait aménorrhée. » Et plus loin, nous lisons : « Deux femmes nous ont assuré avoir constamment éprouvé une augmentation sensible dans la toux et l'oppression aux époques des règles. » Nous voyons par là qu’il considère, dans le cas qui nous occupe, la suppression des règles comme un phénomène qu’il faut plutôt souhaiter que craindre.
Quelle est en la matière l'opinion de Trousseau (2) ?
« Les pauvres femmes imputent trop souvent à la suppression des règles l’aggravation des maux qu’elles endurent ; et si quelquefois il y a des exacerbations survenant sousl’influence d’une congestion momentanément avortée,
(4) Racibroski. Traité de la menstruation.
(2) Trousseau. Clinique médicale de l’Hôtel-Dieu, t. II, p.638,
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le plus souvent il ne s'ensuit qu’un trouble momentané et sans importance. » Plus loin, il ajoute que la cougestion menstruelle peut être accusée de produire des accidents graves chez les jeunes filles; et que dans la plupart des maladies chroniques, au moment des règles, il survient une aggravation légère des symptômes.
Courty (1), de son côté, croit que l’influence des règles sur les maladies est bien moindre qu'on ne l’a pensé, soit pour le début, soit pour le cours de la menstruation ; et l'influence fâcheuse exercée sur certaines maladies par les règles tient moins au flux menstruel qu'à l'orgasme nerveux de l’ovulation.
Depaul et Gueniot (2), dans le Dictionnaire encyclopédique de Dechambre, paraissent d’abord adopter l’opinion de Racibroski: « Chez les femmes phtisiques qui conservent exceptionnellement leurs règles pendant toute la durée de la maladie, cette circonstance ne paraît exercer aucune influence salutaire sur la marche de la tuberculose. Il semble même que plusieurs d’entre elles se trouvent plus rapidement affaiblies et plus oppressées par le fait de la continuation de cette fonction. »
Mais si nous continuons, nous lisons, quelques lignes plus loin : « Dans la suppression brusque des règles, la rétention du sang menstruel concourt pour une part variable à la production ou à l’aggravation des phlegmasies pulmonaires. »
Dansle même ouvrage, Fritz (3), à l’article À ménorrhée, croit que la suppression des menstrues exerce souvent une influence désastreuse sur la marche de diverses maladies constitutionnelles telles que la tuberculose pulmonaire.
(4) Courty. Traité des maladies de l’utérus, p. 362. (2) Depaul et Gueniot. Dict. encycl. des sc. méd., art. Menstruation. (3) Fritz. Dict. encycl. des scienc. méd., art. Aménorrhée.
Même divergence d'opinions dans le Dictionnaire de Jaccoud. Stoltz (1) expose ainsi sa manière de voir : «Dans les affections consomptives, il est à désirer que les règles restent supprimées pendant quelque temps, afin de ne pas augmenter la perte matérielle de l'économie et de ne pas provoquer de surexcitation nuisible. »
Bernutz (2), au contraire, est d’avis que les progrès de la phtisie pulmonaire sont parfois tout particulièrement hâtés par les flux pulmonaires que fait naître la pléthore momentanée résultant du défaut de sécrétion cataméniale. Et il ajoute, en terminant: « On doït en tenir grand compte dans la pratique. » |
Liégois (3) n’attache aucune importance à la régularité de cette fonction ; pour lui, les maladies aiguës ou chroniques ne sont pas aggravées par la cessation de l’écoulement menstruel, et ne sont pas améliorées par sa réapparition.
Hérard et Cornil (4) nous donnent, eux aussi, deux opinions contradictoires ; après nous avoir dit, page 201, que les hémoptysies supplémentaires ne peuvent, en aucune façon et en aucun cas, être symptomatiques de Îa présence de tubercules dans le poumon, ils concluent, page 488, en disant que ces hémoptysies peuvent être la cause et le signal de la tuberculose.
Enfin, Daremberg conclut à l’influence dans tous les cas de la fonction sur la maladie.A son sens, la suppression de la menstruation ne peut faire naître la tuberculose de toute pièce, mais elle est la porte d'entrée si la malade y est prédisposée.
(4) Stoltz. Dict. de méd. et de chir., art. Menstruation, (2) Bernutz. Dict. de méd. et de chir., art. Aménorrhée. (3) Liégeois. Traité de physiologie.
(4) Hérard et Cornil. Traité de la phtisie pulmonaire.
Ces diverses opinions paraissent d’abord contradictoires; mais la diversité des conclusions est plus apparente que réelle, et cela vient de ce que les auteurs que nous citons plus haut ont envisagé la question à des points de vue différents. S'ils croient que la suppression des règles peut influer d’une façon fâcheuse sur certaines femmes prédisposées à la tuberculose , ils sont unanimes à reconnaitre que, la maladie étant bien établie et arrivée à une période avancée, ces troubles en sont la conséquence forcée, et qu'ils n’ont alors aucune influence nuisible.
C’est à ce point de vue spécial que nous voulons nous placer, en nous occupant surtout des troubles que la tuberculose entraine à sa suite.
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