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CHAPITRE U

mimique A l'état d'expression

Une étude complète de la mimique expressive de l'aliéné devrait passer en revue les modifications des différentes émotions : rire, pleurs, colère..., et tous les désordres de l'expression mimique, dans leur rapport avec les diverses émotions, les idées délirantes spéciales, les hallucinations variées, le niveau mental. Nous n'aborderonspoint ici toutes ces questions de détail. On peut dire d'une façon générale que sous l'action de ces diverses causes la mimique est exagérée, diminuée, abolie ou pervertie.

1 I. — Exagération, diminution et abolition de la mimique. — Vivacité, rapidité, durée des expressions. — La mimique est exagérée dans tous les cas d'excitation cérébrale simple ou symptomatique, et diminuée dans les états de dépression.

Le propre du langage mimique est de manifester d'une façon inconsciente les états de l'âme. Les manifestations mimiques sont des actes qui succèdent directement à des impressions morales sans travail intellectuel intermédiaire et c'est ainsi qu'elles peuvent souvent dévoiler malgré l'individu lui-même un état d'esprit qu'il veut chercher à dissimuler.

Ce fait psychologique s'exagère considérablement

dans les étals pathologiques où les troubles de la sensibilité morale arrivent à restreindre de plus en plus le domaine de l'intelligence. Le domaine de la mimique s'agrandit alors étonnamment aux dépens de l'intelligence, de la réflexion et du travail logique; des actes qui à l'état normal ne se produisent jamais sans un travail intellectuel préalable, deviennent de simples manifestations automatiques d'un état violent de la sensibilité intérieure. Cette sensibilité intérieure peut, d'ailleurs, présenter les altérations les plus diverses et il est facile de distinguer d'après les manifestations extérieures, d'après l'exagération ou la diminution de la mimique, certains états d'exaltation, de gaieté, de joie et d'autre part les états de mélancolie ou de tristesse profonde. Mais ainsi que le dit très justement Cotard il n'en est plus de même lorsque ces passions atteignent un degré excessif.

<t Certains extatiques ressemblent assez aux mélancoliques stupides par leur aspect extérieur et cependant quelle différence entre le bonheur céleste dont ils sont enivrés et les terreurs, les hallucinations effroyables de ces derniers ! Il semble que dans ces deux cas opposés, l'excès du trouble cénesthétique aboutit à la même absence de manifestation externe. C'est du reste un fait d'observation commune que souvent les grandes douleurs comme la joie excessive restent muettes.

Les manifestations mimiques actives, le besoin de se mouvoir, d'agir, d'épancher au dehors les sentiments dont l'âme est occupée, n'appartiennent pas non plus en propre aux états cénesthésiques agréables. Les mélancoliques anxieux qui gémissent sans cesse, ne

1. Cotard, Études sur les maladies cérébrales et mentales, 1891.

peuvent rester en place, expriment à tout venant leur douleur et leur angoisse, méritent tout autant que les excités maniaques la qualification d'expansifs. Les mélancoliques agités avec tendances aux actes violents, ressemblent extrêmement à des maniaques, quoique les troubles de leur sensibilité morale soient d'une nature toute différente. Beaucoup de malades désignés sous le nom de maniaques, les épileptiques entre autres, se rapprochent beaucoup plus des mélancoliques par l'état de douleur morale, d'angoisse, de terreur, de désespoir qui précède l'explosion de l'accès de fureur.

Ilyadoncune importance capitale à distinguer chez les aliénés les manifestations extérieures et les dispositions psychiques internes et à ne pas conclure trop facilement des unes aux autres. Un examen superficiel des manifestations mimiques ferait souvent porter un faux jugement sur les dispositions intérieures.

Les modifications en plus ou en moins de la mimique portent surtout sur la vivacité, la rapidité, la durée des expressions.

La vivacité de la mimique varie déjà beaucoup chez l'homme sain, mais elle se présente à son plus haut degré chez les individus nerveux et surtout dans les cas d'excitation mentale. Les moindres émotions se traduisent par les jeux les plus variés de la physonomie. Dans les états de dépression, au contraire, le visage reste comme figé, et il faut une excitation intense pour animer ce masque immobile.

Indépendamment de la nature du sentiment qui nous émeut, l'intensité de l'émotion, la vivacité mimique peuvent se mesurer d'après la force des contractions musculaires, d'après la persistance de ces contractions. Bien que les émotions les plus fortes durent peu,

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on peut dire qu'en général dans les émotions fortes non excessives, la persistance de l'expression est en rapport avec l'intensité du fait psychologique. - Un autre critérium est fourni par la rapidité des alternatives de contractions et de relâchement musculaires amen,, ni une succession de tableaux mimiques différents : c'est ainsi qu'une douleur intense peut se traduire par des sanglots, des gémissements, des cris, des soupirs, un rire spasmodique, etc... Enfin l'intensité de l'émotion se traduit aussi par une diffusion progressive de la mimique, d'abord limitée à un petit nombre démuselés puis s'étendant à un plus grand nombre. Cette diffusion suit une marche en quelque sorte déterminée. Pour le visage, elle semble se faire par la simple contiguïté des muscles sous la dépendance de centres excito-moteurs voisins; après la face, viennent les bras, le tronc, les jambes; puis elle sort du système cérébro-spinal pour envahir celui du grand sympathique. Le sourire par exemple se change en rire qui met en' jeu les muscles de la face, les muscles respiratoires; s'il devient excessif, les muscles du tronc, des bras, des jambes entrent aussi enjeu et l'émotion provoque, si elle se prolonge, l'évacuation d'urine ou de gaz intestinaux.

Cela ne suffit pas toujours; et il semble qu'un besoin d'action nous pousse à entraîner sympathiquement dans l'expression d'une émotion des plus intenses, les personnes ou les objets qui nous environnent. La joie extérieure nous conduit à faire danser les personnes, à déplacer les objets qui nous entourent, et qui dans la colère extrême deviendront pour nous autant de projectiles.

Ce sont là des faits d'observation commune chez les aliénés expansifs.

La rapidité de l'expression varie non seulement d'un individu à l'autre, mais encore chez le même sujet soumis à des conditions différentes. Entre l'impression et le mouvement qui la suit, traduisant la perception de cette impression, s'écoule un intervalle que l'on a appelé le temps de réaction, et que l'on peut mesurer au moins approximativement. Les recherches psychométriques entreprises à ce propos, toujours fort difficiles à accomplir, et d'une valeur souvent contestable eu égard aux nombreuses causes d'erreur que l'on peut rencontrer plus encore chez l'aliéné qu'à l'état normal, ne font guère qu'aboutir à ces données très générales : que chez les individus très excitables, la réaction est vive et rapide ; qu'elle est retardée, au contraire, dans les états de dépression ou d'affaiblissement intellectuel.

« En examinant, dit Buccola1, nos expériences à un point de vue synthétique, nous pouvons dire que dans les différentes formes psychopathiques que nous avons examinées, excepté quelques cas de simple excitation maniaque, il y a un retard plus ou moins considérable dans la durée des perceptions. Ce retard se manifeste ou par une augmentation du chiffre de la moyenne ou du minimum, c'est-à-dire du temps de réaction le plus court, ou par une augmentation de la moyenne, le chiffre minimum restant dans les limites normales. Le premier cas se rencontre dans les divers stades de la démence, dans l'imbécillité, l'idiotie, les délires systématisés et dans les formes nettement dégénératives des épileptiques ; le second dans l'exaltation maniaque, dans quelques cas de lypémanie simple et dans l'épi-

1. Buccola, La Isgyc dcl lempo nei fenomeni del pensicro. Mihino, 1883.

lep&ié qui n'est pas encore accompagnée de désordres psychiques» »

Il n'est guère facile d'établir un rapport entre la durée des expressions mimiques et la rapidité avec laquelle elles se manifestent. Ou bien durée et rapidité sont en raison directe l'une de l'autre comme dans les cas d'excitabilité nerveuse très marquée, chez les exaltés maniaques, ou bien elles sont en raison inverse; chez les paralytiques, par exemple, la rapidité de l'expression est encore suffisante, mais elle dure beaucoup plus longtemps que ne le comporterait la cause qui l'a produite. Chez les idiots, les imbéciles, les mouvements d'expression durent très longtemps; les pleurs, le rire, faciles à apparaître, restent en quelque sorte stéréotypés sur leur visage.

La mimique expressive peut être absolument abolie comme dans les états paralytiques, de démence confirmée, d'idiotie absolue, de stupeur profonde, lorsque le malade est absolument réduit à la vie végétative. Le faciès hébété, immobile ne traduit plus aucune émotion. Il est cependant des aliénés chroniques ou même déments dont la physionomie, tout en ne traduisant plus les émotions actuelles, n'est pas dénuée d'expression; mais garde pour ainsi dire d'une façon immuable une expression caractéristique, due cà l'intensité, à la durée du délire antérieur. Toute émotion vive et répétée laisse sur le visage des expressions durables. L'exercice répété des muscles accentue les traits de la physionomie et la peau, qui suit les mouvements musculaires, se couvre de rides indélébiles. (Mantegazza, Tebaldi, Féré.)

§ II. — Perversions de la mimique. — Il est enfin des aliénés chez lesquels l'expression mimique est en quelque

sorte pervertie. Certains malades, par exemple, ont une expression de tristesse en parlant avec gaîté (Paramimie). Cela se remarque souvent chez les paralytiques généraux, les imbéciles, les débiles. Leur mimique est incomplète, douteuse, leurs rires ressemblent à des pleurs.

Ce sont là les cas de Paramimie les plus simples. Mais il en est d'autres dans lesquels l'expression émotionnelle se trouve entravée dans sa • production par des modifications premières et indépendantes de la mimique, dues à des troubles psycho-moteurs. Ces désordres ne sont plus des anomalies de l'expression des émotions; ils n'ont aucun caractère expressif, mais par suite de leur existence, l'impulsion émotionnelle n'agit plus que sur une mimique déjà modifiée '.

On rencontre fréquemment dans les états d'affaiblissement intellectuel ou de débilité mentale 3, des mouvements systématisés. Si quelquefois ces mouvements sont le résultat de sensations particulières, d'hallucinations, d'idées délirantes spéciales, souvent ils finissent par s'installer d'une manière définitive, par se répéter automatiquement, une fois que la cause qui les a provoqués a cessé d'exister (mouvements automatiques secondaires). Parfois aussi ces mouvements n'ont jamais correspondu à aucune idée, et il peut même arriver par la suite que le malade en soit parfaitement inconscient.

Les mouvements automatiques se rencontrent aussi

1. SiKonsKi, Neurol. Centralb, 1887. — Freusberg, Arch. f. Psych., B. XVII. — Ziehen, Berl. Kl. Woshen., 1887, n° 26

2. Snell, Allg. Zeitsch f. Psych. B. XXX. — R. Bkugia et S. Marzoccht, Dci movimentisistcmaiizzati in alcunc forme d' indebolimento mentale. (Arch. ital. pcr le mal. nervi 1887.) .

chez les idiots dont les cris, les gestes n'ont souvenl pas plus d'expression émotionnelle que leur balancement : on les observe encore chez les déments, les paralytiques généraux avancés, comme ceux qui ont du mâchonnement.

D'un autre côté l'agitation excessive de certains maniaques qui crient, chantent, rient, dansent, n'est point du tout en rapport, ainsi qu'on pourrait le croire, avec une succession rapide d'émotions très variées. Ce besoin de mouvement n'est nullement motivé, ni soumis à l'empire de la volonté, mais au contraire cette agitation est instinctive, involontaire, irrésistible. Mendel 1 pense que les centres moteurs se trouvent alors clans un état d'excitabilité exagérée, et tel que les plus légères impressions produisent une réaction considérable.

Pour Meynert 2, cette agitation motrice n'est que le produit d'hallucinations du sens musculaire, la conséquence d'un état hallucinatoire des centres sensoriomoteurs des lobes antérieurs qui président à la représentation mentale, à l'idée des mouvements.

Très différente au fond de l'agitation maniaque, bien qu'ayant en apparence avec elle de nombreuses ressemblances, est l'agitation excessive de certains mélancoliques ou des délirants anxieux. Elle résulte alors de sentiments pénibles, d'hallucinations terrifiantes; si les manifestations extérieures sont semblables parfois à celle de l'agitation maniaque, elle n'a le plus souvent rien du caractère purementautomatiquedecette dernière.

Il est d'ailleurs à remarquer que dans l'agitation

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