‹ Des tumeurs érectiles lymphatiques (adénolymphocèles)Chapitre 7 sur 9 · OBSERVATION IV · texte numérisé non relu

OBSERVATION IV

Tumeur de la partie interne et moyenne du bras. — Ponction. — Issue de

lymphe.

Une robuste paysanne, d’excellente mine, portait depuis trois ans une tumeur non inflammatoire, indolente, sans coloration de mauvais aspect, molle au toucher et siégeant au bras gauche, au côté interne, environ à la moitié de la hauteur. Un peu avant chaque époque menstruelle, la tumeur augmentait de volume, et quand les règles avaient cessé, elle reprenait sou diamètre précédent (3 pouces de longueur sur une saillie de 1/2 pouce au-dessus du niveau de la peau). Elle s’était développée tout à fait sans douleur et sans que la malade y ressentît quoique ce fût. Aucune cause, ni discrasique ni autre, ne pouvait être assignée au développement de cette tumeur. Je l’ouvris au moyen du trocart et ii s’eu écoula 7 onces d’un liquide presque transparent, opalin et visqueux. (Suit une description très-détaillée des diverses manipulations auxquelles on soumit ce liquide; mais rien de l’anatomie pathologique, ni plus rien qui ait trait à la tumeur comme affection.) (Keirner, Essai d’une physiologie du sang , Leipsig, 1823, p. 144 et suivantes.)

§11. — Expériences.

Ir* Expérience.— Le samedi 1er juin 1867, je pratiquai sur un jeune chien la ligature du canal thoracique, de façon à comprendre dans le nœud de la ligature 1 centimètre environ de la longueur de ce canal. L’animal était à jeûn et l’insensibilité fut obtenue à l’aide d’inhalations prolongées de vapeur d’alcool.

Après des recherches longues et difficiles, le canal thoracique fut découvert et lié à 1 centimètre environ au-dessous de son embouchure dans la veine sous-clavière. L’opération fut parfaitement supportée et l’animal reconduit dans de bonnes conditions de guérison.

Les jours suivants, le chien se comporte assez bien. Ii y a un peu de tristesse et d’abattement ; mais l’appétit est conservé et l’amaigris sement est à peine sensible.

4 juin. Chute des trois ligatures de la plaie, dont les bords s’écartent et laissent voir le fond de l’incision en pleine suppuration. On cherche sans les trouver, soit des dilatations de lymphatiques, soit un œdème séreux des membres.

Le 6. L’animal est bien portant; il mange bien, est gai et joue volontiers. L’examen du sang fait ce jour-là prouve qu’il est resté trèsriche en globules blancs. On ne compte pas moins de 1 globule blanc sur 100 globules rouges.

Du 7 au 19. La plaie s’est complètement cicatrisée. Quoique ce chien ait continué de bien aller, il n’a pas repris d’embonpoint.

Le 19. Six heures après le repas, j’ai sacrifié cet animal en lui administrant du chloroforme. L’examen du système lymphatique pratiqué aussitôt après la mort a fourni les résultats suivants :

Sur le trajet de l’aorte et parallèlement à cette artère, existe un gros cordon blanc laiteux, du volume d’une plume à écrire : c’est le canal thoracique dilaté et légèrement variqueux. Autour de lui et embrassant la moitié correspondante de l’aorte descendante, se voit une sorte d’œdème lymphatique dû à la réplétion du tissu conjonctif par le chyle. Il semble que ce fluide ait reflué du canal dans le tissu cellulaire qui l’environne. La distension du canal thoracique est plus considérable à la région lombaire qu’à son embouchure. Quoique sensiblement dilaté, le canal n’a pas ses parois épaissies; elles sont restées minces et transparentes comme dans l’état normal.

Pour m’assurer si le canal était ou non perméable, j’ai poussé une

injection dans sa moitié supérieure; l’injection a pénétré facilement dans les veines. La dissection m’a permis ensuite de constater que le cours du chyle et de la lymphe s’était rétabli par l’abouchement des deux bouts sectionnés par la ligature. En effet, à i centimètre et demi environ au-dessous de son embouchure, le canal présente une dilatation ampullaire, une sorte d’anévrysme dont les parois rigides et friables, sans limites bien précises, indiquent assez l’origine de la formation récente. Cette ampoule, placée sur le trajet du canal, juste au point où j’avais fait la ligature, ne laisse aucun doute sur la réalité de ce fait.

La veine jugulaire, qui avait été froissée etcontuse pendant les manœuvres délicates qu’exige toujours la ligature du canal thoracique, était oblitérée dans une étendue de 2 centimètres.

L’état des glandes lymphatiques a également appelé mon attention. Aucune n’a subi de dilatation bien visible à l’œil. Elles sont toutes, il est vrai, grosses et volumineuses; mais chez les jeunes animaux il en est si souvent ainsi qu’on 11e saurait rien conclure de ce fait particulier.

2e Expérience. — Le 3 juin 1807, chez un chien forte! robuste, âgé de G2 ans environ, je pratiquai la ligature du canal thoracique, l’animal étant à jeun et chloroformé. Cutnme dans le cas précédent, je ne me contentai pas d’une simple ligature, et je compris dans l’anse du fil un demi-centimètre du canal. Pendant l’opération on apercevait le poumon à travers la plèvre pariétale, et cet organe s’engageait dans la plaie au moment de l’expiration. L’animai eut de la peine à se remettre de cette opération longue et laborieuse.

Les jours suivants, il tomba gravement malade, se tint couché et retiré au fond de sa loge, sans vouloir prendre aucune nourriture. L’amaigrissement devint rapidement extrême.

Je n’ai pu cependant constater dans le sang aucune diminution dans le nombre des globules blancs.

Le quatrième jour après l’opération, la plaie extérieure s’entr’ouvrit, et il se fît une hémorrhagie très-abondante (400 à 500 grammes au moins). Je trouvai l’animal triste, prostré, indifférent, le corps souillé de sang, la plaie de cou béante et remplie de caillots. Le sang, examiné ce jour-là, me parut très-pauvre en globules blancs, dont on ne comptait qu’un seul environ pour 400 globules rouges. L’hémorrhagie doit être rapportée à la chute de quelque eschare des parois veineuses, escahre produite par l’écrassemcnt du vaisseau dans les mors de la pince.

Le sang continua de suinter goutte à goutte pendant trentre-six heures.

Les muqueuses sont d’une pâleur extrême, les extrémités froides, le pouls très-petit et très-fréquent. L’animal fut trouvé mort deux jours après l’hémorrhagie et sept jours après l’opération.

Autopsie. Le veine sous-clavière est obstruée par un caillot ancien et adhérent. Il n’y a pas trace d’inflammation, ni de suppuration à 1 intérieur du vaisseau. Chez ce chien, le canal thoracique n’avait pas été lié; mais à sa place la veine lymphatique qui ramène la lymphe de tout ce côté correspondant de la tête et va se jeter dans le canal thoracique près de son embouchure. J’avais pris cet, Se veine lymphatique pour le canal thoracique, méprise facile au fond d’une plaie saignante et sans cesse déplacée par ces mouvements respiratoires.

III expérience. — Mercredi 5 juin. Chien de taille moyenne, de 8 à 10 mois, à jeun. — Chloroforme.

Ligature, comprenant dans l'anse ou fil un demi-centimètre du canal thoracique près de son embouchure.. Opération longue et pénible. L’animal s’est remis assez promptement.

L’amaigrissement, un amaigrissement très-prononcé, apparaît dès le lendemain de l’opération, et se prononce de plus en plus les jours suivants.

Le 8 juin, comme dans le cas précédent, hémorrhagie très-abondante et suintement de sang continu» Les sutures de la plaie ayant résisté, il s’est fait une thrombose énorme dans le tissu cellulaire du cou. L’animal est froid, couché, insensible aux excitations, et plongé dans une prostration complète. Une goutte de sang prise sur l’oreille, et portée immédiatement sous le microscope, m’a permis de constater une altération profonde des globules, qui sont étoilés, raccornis comme si on îes eût pris sur un animal mort depuis longtemps. J’ai dû répéter cet examen, pour me mettre à l’abri de toute cause d’erreur; mais, soit qu'on ajoute à la préparation du sérum, de l’eau sucrée ou une solution alcaline faible, les globules conservent cet aspect étoiié et ce ratatinement étrange. Les globules blancs sont très-rares. Comme dans le cas précédent, l’hémorrhagie est probablement due à la chute d’une petite eschare veineuse.

Malgré cet état désespéré, l’animal a fini par se rétablir, tout en conservant un état de maigreur très-prononcé.

11 fut sacrifié le 20 juin. Je trouvai chez lui le système lymphatique

moyennement distendu. Le canal thoracique était oblitéré près de son

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embouchure ; mais une injection poussée dans sa moité supérieure me prouva que la lymphe et le chyle arrivaient dans le torrent de la circulation par une branche anastomotique qui allait s’ouvrir dans la veine cave par son extrémité supérieure. Cette anastomose avait acquis le volume du tronc principal. Les glandes lymphatiques ne présentaient aucune altération sensible. J’en injectai plusieurs avec une solution de nitrate d’argent que je poussai de haut en bas. C’est sur les glandes ainsi injectées que j’ai fait la plupart des observations consignées dans l’étude sur la texture de ces organes.

IVe expérience. — Jeudi 6 juin. Chez un lapin, je tentai la ligature en masse des vaisseaux lymphatiques au-dessus des glandes inguinales. Après avoir découvert la région et isolé du mieux possible de l’artère et de la veine crurale les tissus qui occupent leur partie interne et postérieure, je passai une anse de fil au-dessous des troncs efférents. A peine la ligature fut -elle serrée, que les vaisseaux lymphatiques afférents, jusque-là invisibles, apparurent au nombre de quatre ou cinq comme de petites lignes blanchâtres et opalines, légèrement noueuses.

Les glandes elles-mêmes semblèrent se distendre, se boursoufler ; leur surface devint plus humide et un peu œdémateuse.

Je fermai la plaie, espérant le lendemain constater un œdème du membre.

Mais ni le lendemain ni les jours suivants, le membre de ce côté ne m’offrit de différences sensibles avec celui du côté opposé. 11 est probable que le cours de la lymphe s’est promptement rétabli par les anastomoses.

Ve expérience. — 9 juin. Chien jeune, de taille moyenne. Après l’avoir chloroformé, je pratiquai la ligature en masse des vaisseaux lymphatiques du pli de l'aine au-dessus des glandes. L’oblitération des troncs efférents fut immédiatement suivie de la distension des lymphatiques afférents, comme chez le lapin de l’expérience précédente.

Les jours suivants, je n’ai pu observer aucune apparence d’œdème du membre opéré. Il n’existait entre lui et celui du côté opposé aucune différence appréciable.

Le mardi 11 juin, je tentai sur cet animal la ligature du canal thoracique. Mais pendant l’opération une grosse artère fut ouverte, et il s’ensuivit un épanchement de sang assez considérable. Il ne me fut

pas possible de découvrir le canal thoracique, et je dus me contenter de lier un gros tronc lymphatique qui était accolé à la veine jugulaire.

Ce chien fut sacrifié le 21 juin. Les glandes inguinales étaient plus grosses et plus développées du côté opéré. Des coupes pratiquées sur ces glandes permettaient d’apercevoir à un faible grossissement les lymphatiques intra-glandulaires entourant les follicules et formant un réseau à larges mailles. Il était facile de constater, au centre des canaux lymphatiques, la présence d’un vaisseau sanguin dépourvu de membrane adventice et montrant les deux couches de fibres-cellules qui composent la tunique moyenne.

VIe Expérience.-— Jeudi 13 juin 1867. Chienne très-forte, très-grosse, jeune encore.

Après l’avoir chloroformée, j’ai découvert la veine jugulaire, puis, soulevant celle-ci en haut, j’ai cru apercevoir le canal thoracique, que j’ai disséqué, puis lié. A la fin de l’opération, j’ai sans doute fait une petite ouverture à la plèvre, car on entendait par la plaie un sifflement coïncidant avec l'inspiration. Malgré ce petit accident, l’animal s’est fort bien remis de l’opération.

Vendredi 14. Couchée; triste; n’a pas quitté sa loge; mange à peine; tremblotement; extrémités froides.

Samedi 15. Même état; amaigrissement sensible.

Lundi 17. Souffreteuse; ne sort pas, ne mange pas; fièvre.

Mercredi 19. L’animal est constamment couché; il ne mange pas; tremblotement.

Jeudi 20. Amélioration. L’animal est sorti. Il est couché, mais semble plus gai.

Samedi 22. L’appétit revient; amélioration sensible dans l’état général. La plaie offre un bon aspect.

Lundi 24. La santé de l’animal revient de jour en jour. L’amaigrissement n’est plus aussi sensible.

Mardi 25. La plaie est déjà rétrécie. L’animal commence à jouer.

Jeudi 27. Même état satisfaisant.

Vendredi 28. La chienne a été sacrifiée aujourd’hui à l’aide du chloroforme. Deux heures avant, j’avais donné de la graisse à manger à cette chienne, afin de trouver le système chylifère bien rempli. En effet, on apercevait aisément les vaisseaux remplis de chyle, et on les suivait depuis l’intestin jusqu’au canal thoracique. Ce dernier n’est pas sensiblement dilaté, excepté, toutefois, à sa partie inférieure, au-dessous du diaphragme, où le réservoir de Pecquet est relativement énorme et gonflé par le chyle.

J’ai ponctionné ce canal et fait une injection avec une solution faible de nitrate d’argent. L’injection s^est en partie extravasée ; cependant elle a pénétré jusqu’aux ganglions inguinaux que, le lendemain, j’ai trouvés noirs et fortement colorés.

J’ai fait une seconde injection au suif dans la partie supérieure du canal thoracique, pour mieux suivre et disséquer plus facilement son embouchure. L’injection a passé dans les veines. Disséquant alors attentivement le canal, je l’ai vu à sa partie supérieure, à l’endroit où je l’avais lié, se dilater irrégulièrement et s’ouvrir, d’une part dans la veine sous-clavière, de l’autre dans la veine jugulaire.

Arrivé, en effet, à quelques millimètres de la veine sous clavièie, il lui envoie une branche relativement petite ; puis il s’élève, en passant au-dessous de cette veine qu’il croise obliquement, décrit une courbure de 2 centimètres environ, et va se jeter dans la jugulaire par deux branches, l’une volumineuse, l’autre petite, à peine visible, et accolée à la précédente.

Les ganglions qui entourent en ce point la crosse de l’aorte ont acquis un développement assez considérable, qui me paraît devoir être attribué à la gêne de la circulation qui a existé dans les premiers instants.

11 me semble que, dans ce cas , il devait exister entre la veine jugulaire et le canal thoracique, une anastomose, normale aujourd’hui, et qui n’est autre que le gros tronc qui fait communiquer la veine jugulaire avec la sous-clavière. Cette anastomose, presque invisible à l’état normal, s’est développée rapidement et elle explique cette double embouchure que j’ai trouvée à l’autopsie.

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