‹ Des variations de la langue et de la métrique d'Horace dans ses différentsChapitre 80 sur 83 · III, G · texte numérisé non relu

III, G

Portas Alexandrea supplex.

Mais le nombre des césures hephlhémimères est double, si, dans les vers où la sixième syllabe est suivie de que ou ve^ nous ne faisons pas tomber la césure avant l'enclitique :

Morem, verecundumque Bacchum.

Non Seres infldive Persse.

Il y a vingt-huit exemples de ce genre, dont vingt-deux appartiennent aux deux derniers livres des Odes.

236 DES VMlIATJOm DE LA LANGUE

f aux vers composés, les membres qui les constit sont nécessairement séparés par une césure ; et là encore éclate Ja préférence marquée d'Horace pour la césure penthémimère : sur six espèces de vers, une seule a une césure différente, et la deuxième partie est alors formée par les deux pieds et demi qui commencent Thexamètre ; c'est Tiambélégiaque,' vers composé d'un dimètre iambique et d'un trimotre dactylique catalectique (épode 13). L'élégiambe de l'épode H, au contraire, a naturellement la césure après l'hémistiche pentamétrique :

Scribere versiculos | amore percussum gravi.

Non-seulement il n'y a aucune exception, mais la césure est marquée davantage encore par ce fait que le poète, à l'imitation d'Archiloque, traite la voyelle qui là précède comme celle qui termine le vers : huit fois il se permet une brève pour une longue, ou l'hiatus :

Reducet in sedem vicè^. Nunc et Achsemenio.

(Epo. 13, 8.)

Levare diris pectoru sollicitudinibus.

(Epo. 13, 10.)

Findunt Scamandri fliiminû lubricus et Simois.

(Epo. 13, 14.)

Inachia furer^, silvis honorem decutit.

(Epo. 11, 6.)

Arguit et latere petitus imo spiritus.

(Epo. 11, 10.)

Fervidiore meru ârcana promorat loco.

(Epo. 11, 14.)

Vincere mollitie amor Lycisci me tenet.

(Epo. 11, 24.)

Libéra consilia nec contumelise graves.

(Epo. 11, 26.)

ET DE LA MÉTRIQUE d'hORACE 237

On ne trouve ailleurs aucun exemple de la voyelle douteuse dans le milieu du vers ; quant à Thiatus de la césure, les Epodes en renferment un autre cas dans un vers hexamètre :

Threicio Aquilone soiiant. Rapiamus, amice.

et l'on en remarque encore un autre dans un tétramètre dactylique du premier livre des Odes :

Ossibus et capiti inhumato.

Nous pouvons donc dire d'une manière absolue que, sauf dans les Epodes, Horace a relié étroitement les deux parties des vers composés, et n'a pas laissé à la césure intérieure les privilèges de la césure finale.

L'asclépiade, composé de deux vers égaux, de deux pieds et demi chacun, a naturellement la césure penthémimère :

Msecenas atavis | édite regibus.

On ne voit à cette loi aucune exception, ni dans les asclépiades employés seuls, ni dans ceux des strophes. Celles des vers suivants ne sont qu'apparentes :

Vitabis strepitumque et celerem sequi.

Hylseum domitosque Herculea manu.

Dum flagrantia detorquet ad oscula.

Duces tura, lyraeque et Berecyntice.

Votis ominibusque et precibus vocat.

Le seul vers

Non iacendia Carthaginis impise

qui en présente une réelle, est d'une authenticité au moins douteuse.

Trois espèces de vers possèdent une double césure et, dans toutes les trois, la première est la césure penthémimère. Ainsi le grand asclépiade est coupé après le premier et après le deuxième choriambe :

NuUam, Vare, sacra | vite prius | severis arborera.

Les deux seules exceptions que Ton rencontre ne sont qu'apparentes :

Arcanique fides | prodiga, perlucidior vitro.

Mutatus, Liguriiie, | in faciem | verterit hispidam.

La prédilection d'Horace^ pour la césure semiquinaire est plus manifeste encore dans le grand saphique et dans le grand archiloquien. Tous les deux se composent d'une tétrapo.die, suivie d'une tripodie d'un rythme différent ; il y a donc nécessairement une césure entre les parties constitutives du vers :

Te deos oroj Sybarin | cùr propëres amando.

Solvitur acris hiems grata vice | veris et Favoiil.

Mais, dans l'un et dans l'autre^ la première partie est^ en outre, coupée par une autre césure après l'arsis du

troisième pied. L'ode 4 et l'ode 6 du pretnier livre^ les seules où ces deux sortes de vers soient employées j n'offrent aucune exception y cette règle.

ET DE LA MÉTRIQUE d'hORACE ' 239

Résumons, avant de conclure, les principales différences que nous avons constatées entre les divers écrits d'Horace, au point de vue de la métrique. Pour ce qui concerne les licences prosodiques, les premières œuvres sont les plus libres. I^es Satires seules, par exemple, présentent la synérèse de Vo, Vo final abrégé, le sigmatisme au cinquième pied, l'allongement de la finale à la césure, sans aucune justification, et l'hiatus avec abréviation. Le deuxième livre est déjà plus sévère. A mesure que l'on avance davantage, les licences de toute sorte disparaissent; ainsi le quatrième livre des Odes et VArt poétique n'ont plus un seul exemple de synizèse.

Pour les élisions, les Satires sont aussi plus libres que les Epîtres, et le premier livre l'est plus que le second. Seul, il ofTre un monosyllabe élidé au début, ou une élision à la fin du vers sur un monosyllabe autre que et. Parmi les œuvres lyriques, le troisième livre des Odes est le moins rigoureux; tandis que le quatrième affecte une sévérité manifeste pour tout ce qui concerne Télision, et présente quelques propriétés spéciales : jamais on n'y rencontre d'élisions sur un monosyllabe à la fin du vers alcaïque, ni d'élisions entre deux vers alcaïques ; jamais non plus il n'a d'hiatus entre deux vers d'une même strophe.

Plus caractéristiques encore sont les différences relatives à la césure. Les licences les plus fortes se trouvent dans les Satires; mais, dans les Epîtres, le poète a varié davantage les fins de vers; et, particularité plus notable encore, il y a multiplié^ surtout dans le deuxième livre^ la césure après le troisième trochée.

Ce fait est d'autant plus remarquable qu'il coïncide avec un fait analogue dans les poëmes lyriques* La

césure après la sixième syllabe dans le vers saphique, absente absolument du troisième livre des Odes, trèsrare dans le premier et le deuxième, est fréquente dans le quatrième et dans le Chant Séculaire. De plus, le vers ennéasyllabe alcaïque est soumis à deux lois différentes, dans les deux premiers livres d'une part, dans les deux derniers de Tautre : les premiers seulement renferment des vers de cette espèce avec la césure semiquinaire ; dans les derniers seulement, la césure, qui, en règle générale, tombe après la sixième syllabe, est assez souvent transportée après la septième.

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