DES DIVERS MOYENS DE MESURER LA RÉSISTANCE DES HÉMATIES
Fous les agents qui sont capables de détruire les globules rouges du sang, peuvent servir de moyens
ride de mesure et devenir par là-même le point de départ de procédés variés.
Il s’agit simplement de voir jusqu'à quel point on peut faire agir un agent destructeur sur le globule rouge sans que celui-ci perde son hémoglobine.
On déterminera ainsi le pouvoir de résistance de ce giobule rouge.
Le choix de l'agent n'est pas indifférent. Les hématies du cheval, comme le fait remarquer Hamburger, résistent beaucoup plus au froid et au dégel que les hématies du porc; tandis qu’au contraire, vis à vis des solutions salines, les hématies de ces deux espèces animales ontla même capacité de résistance,
Quels sont donc les agents qu'il est préférable d'utiliser ?
Il est évident que l’on choisira de préférence ceux dont l'influence peut être dosée facilement et aussi exactement que possible et qui jouent un rôle dans la vie d'organisme normal ou pathologique.
Cette simple considération explique pourquoi le gel et le dégel, la chaleur, la dessiccation, l'ezrobement dans la parafhine, les décharges électriques, tous agents employés pour déterminer la résistance des hématies, n'ont pas rallié autant de suffrages que les solutions salines qui sont plus facilement comparables au sérum physiologique.
Nous pouvons donc envisager toute une catégorie de méthodes, où la résistance est mesurée au moyen de solutions salines de concentrations variées.
Ces méthodes ont, en général, l'avantage d'être assez exactes. Ce sont les plus importantes.
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Les procédés se divisent essentiellement en deux classes : l’une où l’on dénombre les globules avant, pendant ou après l'influence de l'agent destructeur; l’autre où l’on apprécie la plus ou moins grande quantité d'hémoglobine dissoute par l'effet du réactif. C'est dans cette dernière classe que peuvent se placer les méthodes dites de l'isotonie.
Nous avons donc:
a) Les procédés de numération ; b) Les procédés de colorimétrie.
À, — Procédés de numération.
Duncan n'avait fait qu'une simple constatation à propos du sang des chlorotiques.
Il ne poussa pas plus loin les investigations sur la résistance des glabules rouges. |
Malassez (40) fut le premier qui entrepritdesrecherches systématiques sur cette question. En 1872, alors qu'il cherchait en collaboration avec Potain quel était le meilleur liquide de dilution pour compter les globules rouges, il remarqua des différences très sensibles dans la rapidité avec laquelle les hématies d'individus normaux ou malades se détruisaient dans telle ou telle solution saline.
Dans ce cas, la rapidité de destruction pouvait servir à apprécier le degré de résistance globulaire, celle-ci étant inversement proportionnelle à celle-là.
C'est sur cette base que Malassez établit sa méthode, qui d’ailleurs est très simple. Elle consiste à faire, à des intervalles fixes de temps, des numéra-
CRD tions successives de globules rouges contenus dans un même mélange de sang et de sérum artificiel. Ce sérum est de titre constant et le mélange est conservé à l'abri de toute évaporation,.
Ces numérations servent alors à établir une courbe de destruction qui donne une représentation graphique de la résistance du sang considéré.
La courbe de résistance d’un sang normal est re-
présentée par une ligne oblique qui descend très rapidement pendant les premières heures et se continue avec une obliquité beaucoup moins accusée. Il est aisé d'interpréter ce tracé : la chute brusque initiale de la courbe montre üné destruction de tout un groupe de globules de résistance faible; la seconde partie de la courbe représente au contraire une destruction plus rapide caractérisant les globules les plus résistants.
. D'où cette conclusion de Malassez que, dans le sang normal,il y a deux groupes de globules de résistance différente. Il serait intéressant de savoir en quel groupe il faut placer les globules jeunes, ou de formation récente et les globules vieux ou adultes. . Quels sont ceux qui se détruisent les premiers? C’est ce que Malassez et son élève Urcelay (55) ne disent pas.
Le procédé de Malassez, comme le fait observer Vaquez (56), ne fait connaître qu'une des étapes du phénomène hématolytique, c’est-à-dire la manière dont le sang se détruit dans une solution saline de titre donné. Il a, par contre, l'avantage d’exiger très peu de sang et d'être assez exact.
Mais il faut se mettre à l’abri de la dessication et de lévaporation. C'est pourquoi Urcelay recommande de conserver le mélange de sang et de sérum artificiel dans le «mélangeur Potain » dont on ferme les extrémités avec un tube de caoutchouc; encore c2tte précaution n'est-elle pas toujours suffisante si les pipettes ont été en partie vidées par les premiers examens.
En 1880, Chane!(12) chercha aussi à déterminer la résistance des hématies parun procédé de numération. Mais, au lieu de dénombrer successivement, comme Malassez, les hématies à des intervalles différents de temps dans une même solution, il comptait.les globules rouges dans un temps donné, mais dans des solutions de titres différents. Voici so: procédé :
I] fait une première numération des globules rouges du sang dans le sérum de Grancher (1 gr. de sulfate de soude dans 40 gr, d'eau); puis une seconde numération dans un liquide formé de parties égales de sérum de Grancher et d’eau; puis une troisième, dans un liquide composé de 1/3 de sérum de Grancher et de 2/3 d’eau.
Pour ces diverses opérations, Chanel se servait
de l’appareil de M. Malassez, e: le sang mis en expérience était toujours étendu de 200 fois son volume.
gAvec cette méthode, c'est le pourcentage des chifires obtenus avec les deux dernières numérations par rapport aux chiffres de la première, qui donne la résistance des globules examinés.
Ce procédé est aussi très simple parce qu'il exige
4 Vt
AE US peu de sang. Ilest facilement applicable en clinique ; grâce à lui Chanel a pu mettre en lumière des faits intéressants tels que, par exemple : l'augmentation de résistance des globules rouges chez les ictériques.
B. — Procédés de colorimétrie et d'isotonte.
Nous appelons procédés de colorimétrie ceux où l'on mesure la résistance des globules rouges par la plus ou moins grande quantité d'hémoglobine que ceux-ci perdent dans les solutions salines hypoisotoniques.
La couleur devient donc ici le principal moyen de mesure.
Tantôt elle n est employée que comme simple élément qualitatif permettant de trouver, ainsi que nous allons le voir, le titre de la solution saline où l'hématolyse commence, tantôt elle constitue un élément quantitatif grâce auquel on peut déterminer la quantité en 0/0 d'hémoglobine dissoute.
Le point important de tous les procédés dits colorimétriques, c'est de savoir dans quelle solution commence l’hématolyse. Tel est le principe de la méthode de Hamburger.
Cette méthode, appelée aussi « méthode de l'isotonie », puis « méthode des corpuscules du sang » ‘Blutkôrperchen Methode) fut employée dès 1883, ‘par Hamburger, qui s'en servait d’abord pour l'étude des lois de l’isotonie dans les organismes animaux. le futreprise en 1890,par Von Limbeck (39) qui l’uti-
Ro ges lisa pour évaluer la résistance des hématies dans divers états pathologiques.
Elle consiste essentiellement à déterminer quel est le titre de la solution saline où tous les globules rouges, même les plus altérables conservent encore leur hémoglobine. Cette solution varie suivant que l'on a à faire à des hématies d'individus sains ou malades.
On en détermine le titre de la manière suivante: on met dans une série d'éprouvettes environ 15 centimètres cubes de solutions diverses dont la concentration diffère de 0,01 °/o de chlorure de sodium. Dans chaque éprouvetts on laisse tomber quatre gouttes de sang, puis on agite pour assurer le mélange et on centrifuge jusqu à ce que les hématies intactes aient formé un dépôt au fond de chaque tube. On voit a'ors une zone claire Surmontant le déoôt. Supposons que cette zone cluire soit absolument limpide et incolore dans la solution d5 0,50 0/0 de NaCH. et qu'elle soit déjà lévèrement reintée en rouge dans la solution de 0,49 t/o. Nous pourrons en conclure que tous les globules rouges, mêmeles plus délicats, c’estàa-dire 12s mcins résistants, résistent encore à une solution de o gr. 50 de NaCI.
Cette solution « limite » a été appelée par Von Limbz2ck, solution de Resistance Minimum.
Examinons maintenant ce qui se passe dans les solutions de titres décroissants à partir de o gr. 50. On constate que 1:s globules rouges se détruisent en d'autant plus grande quantité que le titre de la solution décroit, si bien qu'enfin on trouve une solution
de concentration faible, où tous les globules, même les plus résistants, perdent leur hémoglobine. C'est le laquage total.
La solution qui précède immédiatement celle où tous les globules, sans exception, ont laqué, et qui conserve encore intacts les globules les plus résistants représentent ce que Mosso a appelé « la Résistance Maximum ».
Entre la Résistance minimum et la Résistance maximum, Viola place la solution qui représente la Résistance moyenne.
La « Résistance minimum » ou réaction limite de Hamburger pour un sang normal correspond à la solution de 0,48 où 0,44 de NaCI.
Hamburger n'apprécie le moment où le laquage se produit, que par la teinte légèrement rosée que donne l'hémoglobine à la solution. Mais la couleur ne désigne pas exactement la solution où les hématies commencent à laquer. L'hématolyse a pu déjà se produire dans les solutions précédentes, mais trop faiblement pour qu'on puisse apprécier à l'œil nu la teinte donnée par la diffusion de l'hémoglobine. C'est pourquoi, si l'on veut savoir qu'elle est exactement la solution où les hématies commencent à se dissoudre, il faut s'adresser à un réactif plus sûr permettant de déceler des quantités infimes d'hémoglobine. La teinture de Gaïac et l'essence de téré-. benthine, mêlées à parties égales, constituent le réactif de choix. Ce mélange donne en effet une belle coloration bleue avec l'hémoglobine.
[ suflit donc d'en laisser tomber quelques gouttes
SRE UT à la surface des solutions de o gr. 50; o gr. 51; O gr. 52 ; (au préalable centrifugées et présentant une zone incolore à l'œil nu) pour voir un beau disque bleu.
On appréciera ainsi d'une manière bien plus précise quelle est la véritable solution de Résistance Minimum. Nous avons constaté par ce moyen que l'hématolyse d'un sang normal commençait dejà dans les solutions de o gr. 52 eto gr. 50 de NaCL
Les résistances minimum et maximum sont très variables. On a beaucoup discuté à leur propos, sur la question de savoir si c'étaient les plus jeunes ou plus vieux des globules qui étaient les plus résistants.
Mais le débat n'est pas encore clos.
Quoi qu'il en soit de ce point particulier, cette méthode s'est montrée très constante dans ses résultats. Elle a une valeur comparative réelle mais non absolue, mais la quantité beaucoup trop considérable de sang qu'elle exige la rend inutilisable pour les besoinscourants delaclinique. Enoutreellene permet pas de connaître la proportion des globules de résistance différente pour un même sang.
Mosso (45) a essayé de rendre la méthode de Hamburger plus pratique en diminuant le nombre des s0lutions. Il emploie des solutions de NaCI dont le titre décroit à partir de o,70 et il complète le système de Hamburger en cherchant, comme nous l'avons vu « la Résistance Maximum. »
Puis Gallerani a repris le procédé de Mosso. Il y ajoute la détermination du pourcentage de l'hémoglobine dissoute dans les solutions intermédiaires
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entre la « Résistance Maximum » et la € Résistance Minimum. Pour cela il se servait de l'hémomètre de Fleish.
Nous serons très brefs surla méthode de Viola (60) qui est identique à celle de Mosso sauf pour le nombre des solutions employées. Au lieu de 16 solutions, Viola en emploie 25 afin d’avoir des résultats plus sensibles, et il détermine comme nous l'avons vu plus haut un troisième terme de résistancex la Résistance Moyenne. »
Mais cette méthode n'est pas pratique, elle nécessite, pour être applicable, une prise de sang faite dans une veine, une véritable saignée.
En somme toutes ces méthodes sont insuffisantes ; aussi M.Vaquez (56) en leur adressant cette critique cherche-t-1i à trouver la cause de cette insuffisance.
Il constate d'abord qu'on parle en clinique de résistance diminuée, en pathologie expérimentale, de pouvoir globulicide, sans qu'on soit encore en état de lesévaluer exactement. Il fait remarquer ensuite que leterme d’isotonie appliqué àla méthode de Hamburger ne convient pas à l'étude du phénomène que nous étudions, car dit-il, «loin de chercher à déter- € miner le chiffre idéal de l'équilibre moléculaire qui « ne peut se mesurer que par l'étude des modifications « de volume des globules, nous avons pour but « d'évaluer la rapidité et l'intensité du processus de « destruction des globules, suivant le milieu dans « lequel ces globules se trouvent plongés. Aussi le « mot d'hématolyse convient if bien mieux au phé- « nomène que nous proposons d'étudier. »