‹ Des variations du langage français depuis le xii. siècleChapitre 63 sur 75 · SOIS · texte numérisé non relu

SOIS

Car trop aim , moi , a consevrer

Et ma ▼olenté amendrlr, ^ 0 ^

Quel duel que j'en doie soufra t ^ %

Qu'on a/emt rien de mon f ' C "^ a S

« Car j'espère me prive |^ z^ chagrin que j'en doive |^| S pénétrer nos amours,/'!"^

La fée Mélior rac; ( f

dissait le cabinet ^^i li

forêts pleines de /|i« ,' X*^'

i ^ occond yi^^; de

Eti-

r/ - . ec cent mille Sarrasins :

|feit ja n'en returnerant.

^ , (Roland, st. 160.)

i^m; ^w/ /^J rappelle. »

dire .tonnez cela à rendre à un poète moderne; il sera

iK (iH^ ^^ ^^^^ 9^^ y*^ ^^ *^^^^ ^^ ^^^ rappelle Il

j^'ça viendra jamais à bout! Il sera obligé de subir ces gif malheureux monosyllabes vides de sens et d'une extrême dureté, là où nos pères s'en tiraient avec deux syllabes. Alors le poète usera son temps et son génie à tourner cette niaise difficulté. Croit-on que Fart ait beaucoup gagné à se forger de telles entraves, et la langue à se charger de mots inutiles ?

Qui que ce soit qui s* en fâche. Huit syllabes où nos pères en employaient trois : Qui qu^enpoist (i) s

(1) Du serh^poUer, peser. Qui est ici au datif, et s'écrivait mieux cui, LHdètitité dé là t>rottoticiatioii « causé celle de roirthosrftplM«

^e li dux le cuer e te pulmon, ^ * Tabat qui quen poist u qui niin.

0 9P^ ^que : Gis cop est de barun.

^s^ ^ {Roland, st. 96.)

^ ''^^ ^i traverse le poumon et le cœur,

"^e soit qui s'en fâche ou ne ^que (Turpîn) dit: C'est

/. ^ Ferabras, p. 155.)

d/s ^oij/ ou qui non,

( Ibiaein,)

tiEÇA.

PiEÇA, c'est^nlire^ i//* a longtemps y pièce a. *^ On disait aussi adverbialement grant pièce. Dans /e^ Cent nous^elles y une femme abuse deux amants à la fois; Tun des deux s'en aperçoit, et la quitte : «Il luy « dict qu'il n'y retourneroit plus , et aussi ne fit-il de ^grant pièce fit^ft*èâ, dont elle fut trës do$t)ift»ttitte et « màlcohtente. » {Nou^dle 33.)

Mu\i ffrant pièce a Gaines nos a Tendu.

{La Desconfite de Roncevaux, Intr. è là Ch^ dé Roland,

p. I.VIX.)

Î5àns le fabliau de Gombers et des deux Clercs, la femme de Gombers, surprise des retours extraordinaires de son mari (ou de celui qu'elle croit ion mari), lui dit :

Ne laii or de quoi votu souvint; Pièce a mais qu'il ne vous avint (1).

Les Italiens disent absolument de même , unpezzo^ wi pezzo di tempo , gran pezzo. Il y a apparence que c'est d'eux que nous avions emprunté cette locution.

On a remplacé pieça par il y o, longtemps ; cinq syllabes pour deux, et l'impossibilité d'entrer en vers. Notre langue a réellement beaucoup gagné!

Au XVII* siècle , pieça était déjà tombé en désuétude. Scarron, Voiture , dans leurs compositions artificielles en vieux langage , le font synonyne de jadis; cela n'est pas exact : pieça marquait un temps bien moins éloigné que jadis.

On ne prononçait pas piéça en faisant entendre Vif mais pessa^ la notation ie servant dans l'origine à représenter un son approchant de notre é accentué un peu plus ouvert , comme celui àe pezzo.

QUE, après DAVANTAGE.

Davantage est un adverbe de comparaison, comme plus; pourquoi lui veut-on interdire la marque du comparatif, que l'on accorde kplus? C'est une prétention moderne. — « Je n'ai jamais voulu rien avoir da* i^aniage que l'un d'entre vous. » (àmtot.)

Je ne connais pas une seule règle de grammaire

(1) Qu'a mon mari , dit-elle, et quelle joie

Le fait agir en homme de vingt ans ?

(La FoiTTATiriy le Berceau,)

inventée ou formulée par un grand écrivain. En re* vanche, je sais dans tous nos grands écrivains quantité de fautes de français déclarées telles par sentence des grammairiens les plus incapables d'écrire. Da-» i^untage que en est une ; il n'est presque pas un bon livre du xvii* siècle où il ne se trouve :

« Voulez-vous être rare? rendez service à ceux qui ic dépendent de vous. Vous le serez dasHintage par cette «conduite que par ne pas vous laisser voir, i»

(La Bruyère, des Biens de fortune^

Un certain amour de respect , Amour d'ordinaire suspect , Et qui demande davantage

Qu'il ne parait sur son visage. ,

(Sarrasin.)

(c Quel astre brille dai^antage dans le firmament que aie prince de Condé n'a fait en £urope?» (Bossuet.)

Oui , vous ne pourriez pas lui dire davantage Que ce que je lui dû pour le faire être sage.

(MOLIKRR, tÈtq^^, Xy 9.)

« Il n'y a rien assurément qui chatouille das>antage « que les applaudissements. »

{^Le Bourgeois Gentilhomme y i, i.)

Le père Bouhours n'est pas un écrivain qui brille parla force ni même par la justesse de lapetisée, mais on peut le citer quand il s'agit d'élégance et de correction :

ce La langue française, dit-il, n'affecte jamais' rien ; ce et si elle était capable d'affecter quelque chose, ce « serait un |)eu de négligence, mais une négligence de ce la nature de celle qui sied aux personnes propres,

« et qbi les jxire quelquefois da\fanmge que ne font « les pierrenes et tous les autres ajustements. »

{Ariste et Eugène^ a* Entretien^ c^ Je ne sache rien qui dégoûte davantage les peN fc sdnnes raisonnables que le jargon de certaines fem» « mes. » {Ibidem)

\ £t ce n'est point de sa part inadvertance; dans ses Remarques^ il analyse cette locution, et voici ce qu'il en dit : -» « Quand davantage est éloigné du que^ il ce a bonne grâce au knilieu du discours; par exemple: ic 11 n'y a rien qu'il faille davantage éviter, en écrivant, « que les équivoques. »

Le xviii^ siècle employait encore davantage que : a Une tuile qui tombe d'un toit peut nous blesser « davantage, mais ne nous navre pas tant que une « pierre lancée à dessein par une main malveillante. »

( J. J. Rousseau, 8« Promenade.)

Mais voici l'oracle qui abat toutes ces autorités : « Davantage ne peut pas être suivi d'un complétf ment comme dans : J'aime davantage la campagne que a la ville. Il faut, dans ce cas, employer l'ad verbe /^/of.» (M. BoNiFÀCB, Gram. franc,, p. agS.) Il ^aut, vous entendez? Ne demandez pas pourquoi : IL f ÀUT.

. Les grammairiens en général n'ont qu'un seul pro* cédé : ils commencent par poser à priori un principe sans autre fondetnent que leur bon plaisir et souvent leur ignorance, qu'ils ne manquent pas d'appeler la logique. Voilà la loi faite. Armés de cette loi ^ ils re* gardent ensuite dans les écrivains. Naturellement tout

ce qu'ils y rencontrent de favorable, \\i ne maii^ quent pas de le citer en confirmation de leur thëôriê; quant aux exemples contraires ^ ils savent encore en tirer parti dans leur intérêt : Rousseau a vidlé la règle dans tel passage... Bossiiet a péché contre 1a pu» reté de la langue.... J. J. Rousseau a méconnu le prln^ cipe.... Pascal ou Molière; ne s'est donc pas exprimé

correctement quand il a dit Il faut bien se garder

d'imiter Voltaire quand il écrit.... eic.j etc. Qui donc imiterons-nous pour être assurés de bien parler français? Qui? MM. Féraud, Girault, Andry de Boisre-

gard, Landais, Boniface, t)omergue, Demandre

Voilà les autorités véritables et les guiaes infaillibles.

{Vtyrez Ou, p. 4o i •)

SOUYENift (SE).

La logique s'en va des langues à l'user. Peu à peu les locutions vicieuses et inconséquentes prennent le dessus, comme en un jardin négligé les mauvaises herbes étouffent les bonnes» On sarcle, mais trop tard; le mal est fait. Quelque soin qu'on voulût prendre de sarcler notre langage , il y a de fâcheuses locutions qui s'y sont implantées si avant ^ qu'on ne peut même essayer de les extirper. On soulèverait jusqu'à des vers de la Fontaine. Par exemple ^ la Fontaine a dit ;

Je ne me soutiens pas que vous soyez venue , Depuis le temps de Thrace , habiter parmi nous.

{Pkiiomèle et Progné,)

Qu'est-ce quey^ me sowiens? C'est suhi^erdt mihi,

80U8-entendu in mentem. On disait^ originairement, Urne sowient. La forme impersonnelle est la seule bonne.

Au tournoi , le châtelain de Coucy ne songeait qu'à la dame de Fayel , et au rendez-vous marqué pour le retour :

Mouh désire reure et le jour Que sa dame mis H aroit.

Et nuit et jour fen souvenoit,

( Coucf, V. 3247.)

Il lui en soui^enait.

Le roi Dolopathos cherche pour son fils le meilleur précepteur ; il lui souvient de Virgile :

Le roi de Yirgile souvient,

{Dolopathos^ p. 159.)

Regem meminit Virgilii.

Dans la première moitié du xvii^ siècle, on conservait encore il me soutient. Malherbe n y manque jamais :

« Encore me vienUil de soutenir dune chose que «t je veux que vous sachiez. »

{Lettres de Malherbe^ p. 46*)

Et G)rneille :

QiiCU te souvienne De garder ta parole, et je tiendrai la mienne.

( Cinna, v, 1.)

Le verbe se sowenir n'est pas seul : nous en avons plusieurs construits aujourd'hui de même. Que veut dire ^ je me repens? est-ce qu'on repent soi-même? Les Latins disaient bien mieux, avec la tournure impersonnelle : Me pœnitet cuïpœ meœ; ce que les Al-

leniauds oat retenu : Es reuet mich. Pœmtere actif serait un afFreux barbarisme , quoique Texcellent dictionnaire de MM. Quicherat et Daveluy cite pœnitere • de Plante, eX pœnitebunt Ae Pacuvius. 11 n'est Pkute ni Pacuvius qui tienne; le bon sens est plus fort que Pacuve et Plante. La composition du verbe {pœna tenet) s'oppose à ce qu'il soit autre chose qu'impersonnel, comme l'ont fait tous les écrivains du bon temps (i).

Je m^ ennuie; non, vous ne vous ennuyez pas, mais il^vous ennuie :

Au Cliostelain forment anoie lÀ termes, tant li est qu*il Toie Tenir l'heure très désirée Qu'il puist parler a la celée A sa dame.

(i?. de Couey, y. 3365.)

Tout le monde a pu voir une petite lithographie représentant la Grève un jour d^exécution. Un polisson est grimpé sur le poteau d'un réverbère; un garde municipal veut l'en dénicher. L'enfant feint de pleurer, supplie, afin de garder son poste; il allègue qu'il a peur : s'il se dérange, il va tomber. A quoi l'autre répond : Je mHmporte peu que tu tombes! Je niim" porte est juste de la même forcé queyé? me souviens. Mais quoi! le Dictionnaire de V Académie admettra je m* importe f et il sera tout de suite bon. Ce ne sera pas les académiciens actuels , mais leurs successeurs.

(1) s. Jérôme ménageait davanta^ la l^que, en àMSkX^pœnUeor (pana ' i teneor).

SODS, SUR.

Ce»t unQ clu>49 sâiiig^uUère mais assurée , ^uau* trefoia U proqoaçUtion cokifondait à l'oreille las qiots jiar el SQiu. Oa le3 écrivait sor et sozy Xo valant çu^ mx bien sour et .iroor. Devant une voyelle, la çonn^nM finale était l'équivoque : SouR un arbre; souS un arhn; on ne pouvait a'y tromper- Mais devant une consonne, on n'avait pour se guider que le sens de U plurasç*' Yoici des exemples :

Desour une coûte vermeille Fu li rois Loeys tout sens.

{La riolette, p. 38.)

a Le roi Louis fut tout seul dessur une couverture vermeille y un tapis, une coule pointe {i). Mais dans ce passage :

Desour la dextre mamelf t^ A une bêle violete.

(Ihid,, p. 52.)

Il serait impossible à l'auditeur d'aflirmer si la belle Èuriaut avait la violette sur ou sous la mamelle droite.

Heureusement il sait par d'autres passages qu'il faut comprendre dessus.

Gérars U biaus, tans nul arrest, Desoent dessous un feu molt haut.

{Ihid., p. 55.)

DesouR un beaucent palefroi;

(ihid., lu k\.)

(1) Coute-pointe, ou coulte-pointe, de cul(ct)ta puncta. On dît mal à propos courtC'-polnte, et TAcadémie donne pour exemple la courte-pointe piquée ; si la cQUie a*'^uU('«g(<«>t ^ n^ sfrait ^9» pointe, L*4cadémie est punie d'avoir trop méprisé les étymologies.

11 est manifeste que Gérard descend sous uu hêtre , et monte sur un cheval. Le sens de la phrase et la finale se détachaat sui* la voyelle Uy ne laissant point de doute. Mais :

Et maiiitmant haste son onre {son erre) Que a Bouni , qp! «et tou l^qire , ' Youlra jedr ancor aouit.

(La Fiolette.^.U,)

La vostre foi car la me creanteiz Que soz Yiane en cel ille viendreiz ?

( Gerurs de Viane, v. 2270.)

L'oreille entend partout sous y et il faut traduire la première fois sur y la seconde fois, sous: «U v^yt encore aujourd'hui coucher à Bouni-jwr-Loire; — Yous me donnez votre foi de veniv en cette îlç stf^^ Vienne ? »

Cette confusion de son s'est démêlée dans le lang^gp moderne , mais non sans y laisser une trace bien marquée. C'est la double locution , sur peine de et soi^s peine de y exprimant la même chose : 11 y a été coadamné, sur ou sous peine de mort.

L'Â.cadémie, à la vérité, ne donne pas mr peine^y et se borne à sous peine. Un étranger, sur la foi de TAcadémie, pourrait croire que Saint-Évremond, Pascal et Molière ne parlaient point français :

« Si mon fils a jamais des enfants, je veux qu'i|s «étudient au collège de Clermont| sur peine d'être « déshérités. » {Con^^ers. du père Canaye et du mare' chai dt Hocquincourt^

« Est-ce un article de foi qu'il faille croire, sur peine « de damnation ?» ( 1 8* Ptwinciale.)

Et lonque d*en mieux faire on D*a pas le bonheur, On ne doit de rimer avoir aucune envie , Qu'on n'y soit condamné tur peine de la vie.

( Le Misanthrope, act ITy ic. 1.)

Mais ) par compensation de cette excellente forme omise, le même dictionnaire autorise au motsous cette locution détestable : Sous un rapport, sous le rapport

de y dont vous ne trouverez pas un seul exemple

dans les écrivains du bon temps. Jusqu'au xix^ siècle, on n'avait jamais ouï parler de quoi que ce fût sous wi rapport quelconque. Port-Royal avait bien dit que toutes nos actions « doivent être faites par rapport à Dieu;y> mais de nos jours seulement on a pu nous assurer « qu'un des meilleurs moyens pour que le pu- « blic croie voir les aspects qu'on lui décrit, c'est de « les comparer entre eux sous le rapport de la couleur ^ et de la forme. » [Rem, sur la composition litté^ raire, II, p. 435.) Et que, « depuis le siècle de France çois 1% nous sommes fort appauvris sous ce rap^ fi port.» (Sous le rapport des vocables,) (fbid., p. aSS.) Que, « sous le rapport de la période travaillée j perce sonne ne s'avisera de préférer les vaudevillistes du « jour à Molière ou à Regnard. » (//>»/V/., p. 466-) « Que a les romans de madame RadclifTe, de Mathurîn, de «Lewis, sont plus attachants, sous un certain rap^ vLporty que le Lutrin. » (Jbid.y p. SqS.) L'auteur montre cependant partout une rigueur extrême contre les va* cables néologiques; mais on lui souhaiterait un peu plus d'indulgence pour Voltaire, et moins d'empi*essement à le condamner sous le rapport du stfle.

TllES^ en composition.

Je ne sais d'où peut venir très; mais il date de l'origine de la langue, et dès lors il se joignait à toute sorte de mots, adjectifs, substantifs ou verbes, pour leur communiquer une valeur superlative. Trestous exprime plus absolument que tous :

Tenez, bel sire, dist Rolland a son uncle, De trestuz reis vus présent les corunes.

« Tenez, beau sire, dit Roland à son oncle, je vous présente les couronnes de trestous les rois. »

lÀ amiralz qui trestuz les esmat. . . .

Li emperere i fait suoer ses graisles E Tolifan qui fr«f/if2 les esdairot. ^ .i / -

{Ibid,, st. 239.)

Le sire de Coucy, la première fois qu'il est introduit dans la salle où se tient la dame de Fayel , salue rassemblée en ces termes :

Dame, dist-il, Dieu, qui tout voit.

Vous doint santé et bonne vie, Et trestoute la compagnie.

(/^«rf., V. 460.)

Trestout cil qui ileuques erent Malt en furent tait esjoy.

Ce dernier exemple présente les deux formes tout et tuity qui sans doute, malgré la diversité d'ortliographe, sonnaient de même. ' . u -

On rencontre souvent ces deux formes dans lé même

auteur:

ii8

Trestiùt escrieDt : Or, après Fromondio.

{GiHrini t U,p. 164.)

Alots ODys ea trstimtA âsint Queatio. . . . Trestotti le pas ni ot noue ni icri.

{îhid.,ï;v, ils,)

Trestous est encore dans Rabelais; il est dans Montaigne : ce Les sens ifont trestous la ligne extresme de ce nostre faculté. » {Essais ^ 11, 12.)

Il est regrettable qu^au moins , à ce titre ^ il n'ait pas été accueilli par l'Académie française. Elle a considéré trestous comme un mot patois abandonné aux paysans.

Tres-pas, est le demier ftas, passt)^ exiremus y le pas qu'on franchit pour passer de ce monde en l'autre.

Tres-foicd, est le fond 4e plcis profond.

Tressuer^ tressaillir^ tressauter, expriment plus fortement l'idée du verbe simple :

li qaens RoUans gentement se combat.

Mais le corps ad tressuet e mult chalt.

{mohmd.iK. 54.)

Bernard Toit, a pou enicffe vis ; TresseuU Ui .tabile^ vers Oarin se guenchit.

{Garin, n, p. 16.)

« Bernard l'entend. Peu s'en &«it «pi'il n'enrage vif: il franchit ^ tàMe (Tiui saut, se jette du côté de ^arin. »

. il. est siiperflu ^ sans doute , de £sâre remarquer 4X>bibien la vieille langue est plas concise et {Jus éofir- «gique que la langue moderne.

Elle disait aussi trestourker et tresprenjnba.

Le comte Gëriii et boù camarade Gerës , ayant tué le page Timosel^ détournent àon cadavre dans Un guëret :

Mort le trestument ires eu nà un guaret.

(fiçiand, ^X. 106.)

Cet exeiîîtile est remarquable, en ce que très y figure dtetlx fois, luné eri comJDosition, l'auti'e h l'état libre. Les Latins disaient de même, depellere de y enter" gère ex , etc.

Tresprendr^ ; «îgaifiait s^ emparer puissamment j irrésistiblement de

Roland, blesdé à Roncévaux, sent', malgré lout son courage et ses efforts, que sa dernière heuihe est venue :

^ Ço sent Rollans que la mort le tresprent : De vero la teste Bur le cœlir li deseend.

{Roland, st. 171.)

Ces deux vers sont d'une grande beauté. La langue moderne aurait peine , je crois , à égaler la force expressive du second.

On disait de même trespenser^ trespercer^ trèsjremhler^ trestrancher, tresaller :

Or escoutez des Joies de ce inund , Que eles valent et que eles sunt :

Cume fumée trempassent et tresvunt.

(Roman des Romans, dans Roquefort.)

et tresfilerj qui est demeuré comme terme technique : tréfiler du fil de fer, une tréfilerie.

Mais en supprimant IV dans tous ces mots, outre qu'on en a déguisé l'origine , on en a modifié la pro-

nonciation. Trépas y tréfonds tréfiler ^ comme les écrit l'Académie, ont certainement leur première syllabe plus fermée que ne l'avaient trespas , ires fond ^ tres' filer, et que ne l'a encore tressaillir. L'ancienne orthographe avait, pour marquer ces nuances délicates, bien plus de ressources que la moderne, réduite à trois misérables accents , dans lesquels il faut que tout rentre.

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