‹ Des vers françaisChapitre 2 sur 33 · PASSAGE CHOISEUL, 2']-']'] M DCCCCVI · texte numérisé non relu

PASSAGE CHOISEUL, 2']-']'] M DCCCCVI

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ON premier recueil de poésies, Le Reliquaire, parut en 1866. Il y a quarante ans de cela. ^Depuis lors, f ai publié beaucoup d'autres vers, beaucoup trop sans doute, car j'ai rendu ainsi plus difficile le choix de la future anthologie, en admettant que, de tous mes écrits, elle conserve quelques fragments.

Voici pourtant un nouveau volume de vers. Je Y ai composé sur le déclin de Yàge, en des heures cruelles pour les hommes de patriotisme et de foi. On ne s'étonnera donc pas de trouver, dans quelques-uns de ces

poèmes, un écho de mes douleurs et de mes indignations.

D'ailleurs, je m'inquiète peu du sort de ce livre. La renommée littéraire est une vanité à laquelle j'ai renoncé, comme a bien d'autres.

Quon me pardonne seulement une innocente fierté, celle de cultiver encore, au soir de ma vie, un art qui fut mon constant souci et qui m'a donné mes joies les meilleures. Teut-être ai-Je été un très insuffisant serviteur de la Toésie; je demeure du moins un des plus fidèles.

Février 1906.

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3ur la route déserte où le pavé du roi,

Usé, cassé, disjoint par le poids du charroi,

Etend vers l'horizon sa ligne monotone,

Je cheminais, pensif, un soir de fin d'automne.

Le vent d'ouest tourmentant les lourds nuages gris

Gémissait. Des tilleuls, par octobre flétris,

Déjà son souffle avait arraché la dépouille

Et chassait devant moi ces tourbillons de rouille.

On ne fréquente plus ce chemin déclassé,

Mais cette solitude évoque le passé

Et fait rêver de temps enfui, d'ancienne France.

Ces grands arbres ont vu passer la diligence.

Les plus vieux des corbeaux planant sur les sillons

S'effarèrent aux coups de fouet des postillons.

L'écho, sourd aujourd'hui, des prochaines collines

Répéta le fracas du galop des berlines,

Et l'antique chaussée où poussent des pavots

A fait jaillir du feu sous le fer des chevaux.

Maintenant c'est un lieu morne sous un ciel terne.

L'automobile, monstre effrayant et moderne,

Évite ce pavé qui crèverait ses pneus.

Je flânais donc, lorsque, sur un mur ruineux, Une affiche attira mon regard pour m'apprendre Qu'un château du pays, tout proche, était à vendre Avec ses prés, ses bois, ses fermes, ses hameaux. Puis j'aperçus, au bout d'un long couvert d'ormeaux Dont la ramure forme une voûte et se croise, Le rose de la brique et le gris de l'ardoise Et, devant ce logis ayant noble et grand air, La large grille avec ses artichauts de fer.

CHATEAU A VENDRE

J'ai voulu visiter la maison condamnée.

Une ruine, hélas! et très abandonnée.

Parmi les nénuphars et les souples roseaux, Le château lézardé, tel qu'une fleur des eaux, Émerge de fossés à l'eau trouble et malade, Et les vieux mascarons sculptés de la façade Penchent sur ce marais leurs visages chagrins. Aux alentours, ce sont quinconces, boulingrins, Cabinets de verdure et plates-bandes droites. Deux bustes surgissant de leurs gaines étroites Montrent encore, en un déshabillé coquet, Pomone avec ses fruits, Flore avec son bouquet. Bref, c'est bien le jardin où notre ancien génie Mit son goût de correcte et trop sage harmonie.

Mais le désordre l'a transformé. Reconquis

Par l'herbe folle, par les lierres, par les guis,

Et laissé trop longtemps sans soins et sans culture,

Paisiblement le parc retourne à la nature.

Partout c'est un tapis de vieux feuillages secs.

Plus d'ifs taillés pareils aux pions du jeu d'échecs.

La charmille se change en bocage quelconque.

Le triton du bassin ne tire de sa conque

Nul jet d'eau. Le rosier redevient églantier.

Un banc sert de perchoir aux poules du portier.

Vifs, de légers lapins sautent sur les pelouses,

Et d'affreux limaçons souillent de leurs ventouses

Un dieu-terme qui gît sur le sol, mutilé.

Le pauvre parc! Il est charmant, mais désolé.

Je gravis le perron.

Dans le grand vestibule, L'humidité déteint les murs et les macule. En entrant, un frisson vous passe sur le corps. Là, certains ornements, — têtes de cerfs dix-cors, Hures de sangliers, trompes à la Dampierre, —

CHATEAU A VENDRE

Puis la rampe dorée et l'escalier de pierre Gardent encore un peu d'aspect seigneurial. Cependant on sent bien, dès le seuil glacial, Que la noble demeure est décidément morte; Et du salon d'honneur quand j'eus franchi la porte, Quand, pour donner du jour, le rustique valet Ouvrit une croisée et poussa le volet, L'irréparable, la sinistre décadence M'apparut brusquement dans sa froide évidence.

Oh! quel fils, du passé de sa race oublieux, Laissa crouler ainsi le toit de ses aïeux? Pierres de sa maison, depuis combien d'années A cette lente mort vous a-t-il condamnées? Qui le sait?... Je devine un drame, un désespoir...

L'obscure solitude et le silence noir,

Depuis que plus jamais l'air ici ne pénètre,

Depuis qu'on a bouché la dernière fenêtre,

Ont fait leur œuvre ainsi que les vers d'un cercueil.

Le désordre est flagrant dès le premier coup d'œil.

Tout est détruit, gâté, souillé, réduit en loques. Le grand lustre, brisant toutes ses pendeloques, Est tombé du plafond et, dans ce choc brutal, A jonché le parquet de fragments de cristal. Partout le bois se fend, la peinture s'écaille, Le mobilier n'est plus qu'une ignoble antiquaille; Car les rats — j'en ai vu trois ou quatre s'enfuir - Ont rongé le satin, le velours et le cuir. Pas une étoffe n'est par leurs dents épargnée. Un voile épais et gris de toiles d'araignée Cache, dans le foyer, la plaque et son blason. Des champignons hideux et gonflés de poison Poussent dans tous les coins. Sur la tapisserie, Vénus sortant de l'onde est de lèpre pourrie, Et les planchers branlants fléchissent sous les pas.

Un miroir était là, fêlé du haut en bas.

Je vis, tant m'obsédait cette horrible agonie,

Un spectre — c'était moi — dans la glace ternie.

Mais un détail navra mon âme jusqu'au fond. C'était tout simplement un tricot comme en font

CHATEAU A VENDRE

Les dames des châteaux pour les pauvres familles,

Un tricot traversé de deux blanches aiguilles,

Qui, depuis le moment du funeste abandon,

Était resté sur le marbre d'un guéridon

Où j'aurais pu tracer mon nom dans la poussière.

Oui, cet humble travail, qu'une main noble et fière

Avait abandonné depuis cet ancien jour,

Affirmait tristement le départ sans retour,

Et plus que ce château que, dans un temps très proche,

Les limousins mettront par terre à coups de pioche,

Plus que ce parc sauvage où les ronces ont crû,

11 m'adressait l'adieu d'un monde disparu.

O France du passé, dans ma mélancolie, Alors tu me semblas pour toujours abolie, Bien morte, sans laisser souvenirs ni regrets!

Mais j'étais entouré de vivants, les portraits.

Noirs et fumeux dans leurs bordures dédorées, Ils garnissaient les murs des salles délabrées Et me troublaient de leurs regards mystérieux; Et tous, dames guindant leur maintien gracieux, Gentilshommes figés dans un geste de gloire, Ils surgissaient du fond ténébreux de l'histoire.

Voici tout d'abord, peints par Clouet ou Porbus, Les ancêtres, mignons frisés, ligueurs barbus, Raides dans leurs pourpoints, engoncés dans leur fraise; Puis, non loin d'un jeune homme au feutre Louis Treize, Un froid vieillard au front austère et monacal, Qui sans doute a souffert du tourment de Pascal, — Grave portrait signé : « Philippe de Champaigne. » — Puis, très pompeux, voici les hommes du grand règne.

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Près d'un prélat drapé dans un goût somptueux. Une énorme perruque aux replis tortueux Inonde l'habit rouge et le bout de cuirasse D'un maréchal de camp au nez de grande race, Tout triomphant encor des conquêtes du Roi. Puis c'est un élégant vainqueur de Fontenoy, D'autres, d'autres encor, — enfin, dans un grand cadre, Jeune, poudré de frais, charmant, un chef d'escadre Qui, pour le branle-bas ayant fort galamment, Dans son jabot, piqué son plus beau diamant, Debout sur son château d'arrière, sourit d'aise Aux flammes des canons d'une frégate anglaise.

A côté d'eux, voici les femmes d'autrefois.

Cette rousse aux yeux verts, sous les derniers Valois,

Offrit, dans le drap d'or, sa superbe poitrine

Près de la reine en deuil, la vieille Catherine.

Pour cette brune aux nœuds de rubans satinés,

Malgré l'édit sur les duels, les raffinés

Se sont poussé leurs plus subtiles estocades.

Au temps de Mazarin, parmi les barricades,

Paris a salué d'un vivat triomphal

Cette blonde frondeuse en habit de cheval;

Et la robuste dame à la robe étoffée,

Portant la gorge haute et lourdement coiffée,

En un pesant carrosse a dû suivre à grand train

Le Roi-Soleil devant Namur et sur le Rhin.

Puis voici les beautés d'un siècle plus frivole

Qui de galanterie et de plaisir s'affole;

Et l'une rêve, un doigt dans quelque livre impur,

Et l'autre, près d'un paon gonflant son col d'azur,

Par caprice païen, — dont Dieu veuille l'absoudre, —

S'est fait peindre en Junon, mais en gardant sa poudre.

J'y songe. Les derniers de ces gens comme il faut, Aux mauvais jours, ont dû mourir sur l'échafaud Ou traîner en exil des misères secrètes. Ce pauvre vieux, naguère officier des levrettes, A Londres ramassa du pain dans le ruisseau; Et le gentil collier fait d'un ruban ponceau, Qui pare cette enfant exquise, prédestine Son cou si blanc à la sanglante guillotine.

CHATEAU A VENDRE II

L'ancien régime est mort, et tout de suite après

Ils ont un air bourgeois et déchu, les portraits.

C'est de la grande gloire encore qu'on respire

Devant ce colonel chamarré de l'Empire,

Qui porte dans son bras arrondi son colback. —

Mais ensuite quel triste et piteux bric-à-brac!

Sous le Bourbon podagre à grosses épaulettes,

Le beau sexe eut vraiment de grotesques toilettes,

Et l'on ne prendrait pas pour un homme bien né

Ce pédant doctrinaire à l'habit boutonné.

Un peu plus loin, c'est vrai, on retrouve l'armée.

Le haut képi d'Isly, le caban de Crimée,

Font plaisir. Mais que ces tableaux sont gris et froids!

Et cette dame qui, sous Napoléon Trois,

Eut ce buste opulent et cette taille fine,

Est ridicule avec son ample crinoline.

Je sortis, murmurant presque un De profundis Sur cette tombe où gît la France de jadis.

Mais, dehors, ranimé par la bise automnale,

Je me suis rappelé l'œuvre nationale,

L'œuvre de cette France, et j'eus comme un remords

En songeant à l'oubli qui couvre tous ces morts.

Oui, ceux que ce logis en ruine eut pour hôtes Ont commis, j'en conviens, des erreurs et des fautes; Ils ont de durs abus trop longtemps profité. Mais vers plus de justice et de fraternité Sommes-nous sûrs d'aller? Vers quel gouffre nous roule Le stupide et changeant caprice de la foule? « Ni Dieu ni Maître! » Mais nous nous humilions Devant les souverains du jour, les millions, Et notre âme vénale, au Veau d'Or convertie, Trouve à l'abject écu la splendeur de l'hostie. Notre pire démence, en ce siècle orgueilleux, C'est l'horreur du passé, le mépris des aïeux. Mais le poète les respecte, et, tout à l'heure, Quand ils m'ont apparu dans la vieille demeure, Mon cœur fut attendri, car je reconnaissais En eux de vrais, de purs, d'authentiques Français Qui donnèrent, pour des siècles, à notre race,

CHATEAU A VENDRE 1

Les hommes leur vaillance et les femmes leur grâce.

Le mal, quand ils l'ont fait, fut celui de leur temps,

Mais la France est leur oeuvre et, pendant des cent ans

Et des cent ans, ils ont peiné pour son service.

Leur sang fut le ciment de ce grand édifice.

Ils ont, croyant en Dieu, fidèles à leur roi,

Maintenu l'unité de pouvoir et de foi.

Leur effort instinctif, pendant la lente histoire,

Province par province, accrut le territoire.

Il leur doit, ce pays natal que nous aimons,

Sa ceinture de mers, de fleuves et de monts.

Leur épée a donné sa forme à la patrie;

Et si, de notre temps, elle s'est amoindrie,

C'est que nous n'avons pu, peuple au cœur fatigué,

Garder intact le sol qu'ils nous avaient légué.

France des fleurs de lys, puissant et beau royaume, Je reste ému d'avoir évoqué ton fantôme Devant ces vieux portraits aux cadres vermoulus, Qui m'ont si tristement redit que tu n'es plus. Vers ton noble passé ma mémoire remonte, Hélas! en d'affreux jours de douleur et de honte

Où, comme pénétrés d'un miasme empoisonneur, Dépérissent la foi, la bravoure et l'honneur. Mais ce pauvre pays qui se rue aux abîmes Est celui, tu le sais, des surprises sublimes. Nos drapeaux sont changés, France des fleurs de lys! Mais puisque le nouveau nous montre dans ses plis Aux trois couleurs, lorsque le vent les développe, Des mots en or prouvant qu'il fit le tour d'Europe, Pour lui j'ose espérer un glorieux réveil. Qu'avec l'aide de Dieu, splendide, au grand soleil, Dans un ciel de victoire encore il se déploie! Alors, oh! je suis sûr que d'orgueil et de joie, France des morts, dont j'ai le regret si troublant, Tu frémiras dans ton linceul, le drapeau blanc!

Juin 1905.

LA CLOCHE DU FAUBOURG If

La Cloche du Faubourg

1 ar ce soir lourd d'un chaud samedi de quinzaine,

Dans le faubourg qu'emplit une brume malsaine,

Le peuple grouille. On sent l'alcool et la sueur.

Le crépuscule met sa dernière lueur

Sur les hautes maisons, mais, au fond des boutiques,

Le gaz revêt déjà de flammes fantastiques

Les alambics de cuivre et les comptoirs de zinc.

C'est jour de paye, et, par groupes de quatre ou cinq.

Les ouvriers, malgré leurs mines échinées,

Entrent en ricanant pour s'offrir des tournées.

Dans une heure d'ici, de l'assommoir flambant Ils sortiront, les yeux fixes, en titubant. Qu'y faire? Ce poison seulement les console. Dehors, des femmes vont, nu-tête, en camisole, Et des enfants portant des pains aussi gros qu'eux. Dans ce quartier sinistre où le regard du gueux Sur le bourgeois cossu qui passe est une insulte, Tout à coup, par moments, s'exalte le tumulte. Ce sont des cris d'argot, des rires de pochards. Sur le pavé, de lourds fardiers, d'énormes chars Rentrent à vide avec un fracas de ferraille. Puis un gosse est giflé par sa maman et braille, Et le tramway, plus lent dans ce coin trop peuplé, Fait vibrer constamment son timbre au son fêlé.

On frémit devant tant de misère apparue...

Comme il est morne et las, ce peuple de la rue! Tous les yeux sont cernés et tous les teints bilieux. Des fiiles de vingt ans, hélas! l'air déjà vieux, Regardent le passant avec effronterie.

O sombres parias, ô serfs de l'industrie!

Quelle horreur! C'est partout du vice qu'on leur sert.

Voyez-les s'engouffrer dans ce café-concert

Qui promet, sous des jets de clartés électriques,

Ses refrains idiots et ses danses lubriques.

Mais, dans ce club, un peu plus loin, c'est pire encor.

Un rhéteur y promet l'impossible Age d'Or;

Et, sur le mur, auprès de quelque affiche obscène,

L'anarchie en démence a placardé sa haine.

Le mal aux plébéiens ici tend ses panneaux;

Et surtout, les guettant dans le kiosque à journaux,

Pour un sou, le mensonge imprimé les convie

A se soûler d'orgueil, de colère et d'envie.

J'étais là, regardant passer ces malheureux

Dans l'atmosphère infecte et dans le bruit affreux.

Respirant le poison mortel qui les ravage,

Les plaignant, me disant que l'antique esclavage

l8 DES VERS FRANÇAIS

A seulement changé de nom pour ses maudits, Quand, le fracas s'étant apaisé, j'entendis Le son faible, discret, et cependant tout proche, Le son mélancolique et voilé d'une cloche Qui tintait doucement pour l'Angélus du soir. Une église était là, que je ne pouvais voir, — Chapelle de couvent ou petite paroisse — Et j'écoutais, le cœur étreint par une angoisse, Cet appel que le peuple aujourd'hui n'entend plus.

C'est dans les champs qu'il faut écouter l'Angélus,

Alors que chaque note argentine s'élance,

Et se répand dans un grand ciel plein de silence.

C'est par un calme soir de la belle saison,

Quand le bon vieux clocher, debout sur l'horizon,

Semble de ses sons clairs bénir les toits de chaume,

Quand la nature a l'air de prier, quand l'arôme

Des foins coupés s'exhale, exquis, parmi l'air pur,

Et quand on s'imagine, en regardant l'azur

Assombri, mais que pas un nuage ne voile,

Que chaque tintement fait éclore une étoile.

Mais qu'elle est triste, hélas! la cloche du faubourg! A son doux et pieux appel le peuple est sourd. Pour ces infortunés tendrement elle prie Le Dieu fait homme et né de la Vierge Marie. Mais l'image a pâli, dans leur cerveau brumeux, De ce Christ qui pourtant fut ouvrier comme eux. Ils ont perdu la bonne et sublime espérance Qui leur rendait jadis moins dure la souffrance. L'impiété du siècle en eux ressuscita La fureur de la plèbe autour du Golgotha. Dans tous ces cœurs aigris, la révolte macère Contre ce Dieu qui veut qu'on aime sa misère, Et, l'accusant de la cruauté de leur sort, Ils le repoussent même à l'heure de la mort. Aussi, dans le tumulte où gronde leur blasphème, Tâchant de leur parler de ce Dieu qui les aime Et qui pourtant sans cesse est par eux outragé, Comme cet Angélus tinte, découragé!

20 DES VERS FRANCMS

J'allais ainsi, perdu dans le flot populaire, Sentant en moi gronder une sourde colère Contre l'infâme effort des sectaires méchants Qui s'acharnent après la foi des pauvres gens; Et je songeais, avec une âme épouvantée, A l'effroyable abîme où court ce peuple athée. Mais la cloche sonnait toujours, et c'est à moi Qu'elle parla soudain.

« Homme de peu de foi, Qui t'étonnes, après dix-neuf siècles de lutte, Qu'on haïsse Jésus et qu'on le persécute! Le Christ sera toujours vainqueur. Donc prie et crois! Les cèdres de mille ans sont jeunes pour la Croix.

Toujours debout, elle a vu crouler vingt empires.

Nos temps sont mauvais. Soit! elle en connut de pires.

Rappelle-toi, chrétien, nos temples violés,

La Terreur, l'échafaud, les prêtres immolés

Par la machine rouge au couperet oblique,

La Raison, sous les traits d'une fille publique,

Assise sur l'autel où — mystère divin! —

Dieu même était venu dans le pain et le vin...

L'orage sacrilège a passé. Ma prière

Retentit de nouveau dans les clochers de pierre,

Et, sous leurs pas nombreux, les fidèles ravis,

Tu le sais, ont usé l'herbe de nos parvis.

Oui, le combat est rude et toujours recommence.

Enivré de mensonge et frappé de démence,

Le peuple, en ce moment, laisse dans l'abandon

L'église où Dieu l'attend, toujours prêt au pardon.

Les victoires du mal, crois-moi, sont éphémères.

Tôt ou tard, dégrisé de ses folles chimères,

Le peuple lèvera son front désespéré

Vers Celui dont le pauvre est l'ami préféré.

En voyant s'écrouler leurs idoles d'argile,

Ces hommes reviendront au Dieu de l'Évangile,

Qui seul saura guérir les maux qu'ils ont subis

Et, bon pasteur, fera de ces loups des brebis.

Ma voix, qui, dans le grand fracas, semble perdue,

Par quelque triste cœur est quand même entendue,

Et d'un secret désir de croire il est troublé.

Quel espoir de moisson dans ce seul grain de blé!

Cette fille aux yeux peints, qui dans le faubourg traîne,

Peut-être pleurera comme la Madeleine

Sur les pieds du Sauveur posés dans son giron.

Ce voyou peut mourir comme le Bon Larron.

Aussi rien ne me lasse et ne me décourage.

Les blasphèmes, les cris de douleur et de rage

N'étoufferont jamais mon tintement sacré.

Obstinément, jusqu'à la fin, je redirai

A ces êtres perdus de misère et de vice

Que Jésus-Christ a fait pour eux son sacrifice;

Que, s'il obtient un mot, un seul, de repentir,

D'une candeur nouvelle il peut les revêtir;

Qu'ici-bas, sans l'espoir de la vie éternelle,

Tout est absurde et vain, qu'il faut donc croire en elle,

Et, pour la mériter, être bon, doux et pur.

Et ce peuple égaré comprendra, sois-en sûr,

— A force d'écouter mon humble airain qui vibre Qu'esclave sur la terre, au ciel il sera libre Et verra succéder, grâce au Dieu plein d'amour, Un paradis sans fin à son enfer d'un jour. »

Juillet içoi.

Un baiser au Drapeau

[our voir défiler les soldats, A côté de moi, dans la rue, Avec son enfant dans les bras, Une femme était accourue,

Une femme au regard plaintif, En deuil, en haillons de misère; Et l'enfant était bien chétif, Et bien triste la pauvre mère.

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