‹ Des versChapitre 9 sur 29 · TERREUR · texte numérisé non relu

TERREUR

Do sentir qu'il se baisse à toucher me» cheveux,

Qu'il est prêt à poser aa main sur mon épaula,

Et que ja vais mourir si cetto main me frôle!...

Il sa penchait toujours vers moi, toujours plus pros;

£t moi, pour mon salut éternel, je n'aurais

Kl fait un mouvement ni détourné la tête...

Ainsi que des oiseaux battus par la tempête.

Mes pensers tournoyaient comme afTolcs d'horreur.

Une sueur de mort me glaçait chaque membre.

£i je n'entendais pa« d'autre bruit dans ma chambra

Que celu- de mes dents qui claquaient de terreur.

Un craquement S' fit soudain; {ou d'épouvante.

Ayant poussé le plus terrible hurlement

Qui soit jamais sorti de poitrine vivante,

Je tombal sur le dos, roide et sans mouvement.

UNE CONQUETE

j8 une CONQUÉTh

Passait. A parler franc, il ne vit que son cuui Il était souple et rond sur une taille One.

Il la suivit — pourquoi 1 — Pour rien ; ainsi qu'on suit

Un joli pied cambré qui trottine et qui fuit,

Un bout de jupon blanc qui passe ei se trémousse.

On suit — c'est un instinct d'amour qui nous y pousse.

Il cherchait son histoire en regardant ses bas. Élégante ? — Beaucoup le sont. — La destinée L'avait-elle fait nattre en haut ou bien en bas 7 Pauvre mais déshonnête, ou sage et fortunéo î

Mais, comme elle entendait un pas suivre le sien. Elle se retourna. — C'était une merveille. Il sentit en son cœur naître comme un lien. Et voulut lui parler, sachant bien que l'ore!lI<

Est le chemin de l'âme. — Ils furent séparés Par un attroupement au détour d'une rue. Lorsqu'il eut bien maudit les badauds désœuvrev Et qu'il chercha sa dame, elle était disparue.

Il ressentit d'abord un véritable ennui.

Puis, comme une âme en peine, erra de place eu place.

Se rafraîchit le front aux fontaines Wallace,

Et rentra se couchor fort avint dans la nuit.

USE CONQUÊTE 39

Vous direz qu'il avait lame trop ingénue ; St l'on ne rêvait point, que ferait-on souvent? Mais a'cBt-il pns channant, lorsque gémit lèvent. Df rèv«r, prèi du feu, d'une belle inconnue ?

De ce moment si court, huit jours il fut heureux. Autour de lui dansait l'essaim brillant des songes Qui sans cesse éveillait en son cœur amoureux Les pensers les plus do'JS et les plus doux mensonge».

Ses rêves étaient sots à dormir tout debout ; Il bâtissait jans fin de grandes aventures. Lorsque l'âme est naïve et qu'un sang jeune bout. Notre esDoir se nourrit aux folles impostures.

Il la suivait alors aux pays étrangers ; Ensemble ils visitaient les plaines de l'Hellade; Et comme un chevalier d'une ancienne ballade Il l'arrachait toujours à d'étranges dangers.

Parfois au flanc de» monts, au bord d'un précipice. Ils allaient échangeant de doux propos d'amow; Souvent même il savait saisir l'instant propice Pour ravir un baiser qu'on lui rendait toujours.

Puis, les mains d.nns les mains, et penchés aux portière» D'une chaise de poste emportée au galop. Ils restaient là songeurs durant des nuits entière». Car la lune brillait et se m'ra't dans l'eau.

ao UNR CONQUÊTE

Tantôt il la voyait, lôvouse ch.Ucîaine, Aux balustres sculptés «h^s 'jotliitiues balcont ; Tantôt folle et légère et suivant par la pl.iina Le lévrier rapide ou le vol des faucon».

Page, il avait l'esprit de se faire aimer A ull*.

La dame au vieux baron était vite icfldèle.

Il la suivait partout, et dans les grands bois souiAe

Avec sa châtelaine il s'égarait toujours.

Pendant huit jours entiers il rêva do la sorte; A ses meilleurs amis il défendait sa porte ; Ne recevait personne, et, quelquefois le soir, Sur un vieux banc désert, seul, il allait s'asseoir.

Un matin, il était encore de bonne heuro, 11 s'éveillait, bâillant et se frottant les ycust , Une troupe d'amis envahit sa demeure Parlant tous â la fois avec des cris joyeux.

Le plan du jour était d'aller à la campagna. D'essayer un canot et d'errer dans les bois. De scandaliser fort les honnêtes bourgeois, Et de dinar sur l'herbe avec glace et charapagna.

Il répondit d'abord, plein d'un parfait dédain. Que leur fête pour lui n'était guère attrayante ; Alais quand il vit partir la cohorte bruyante, Et qu'il se trouva seul, il réfléchit soudain

UNE CONQUETE

Qu'on est bien pour songer sur les berges fliîufla»; Et que l'eau qui s'éroulo et fuit en murmurant Soulève mollement les tristes rftvcries Comme lies ramr^aui morts qu'emporte le courant

Kt que c'est une ivresse entraînante et profonde De courir a^ hasard et boire à pleins poumons Le grand air libre et Dur qui va des prés aux mont». L'âiire senteur des foins et la fraîcheur de l'onde

Que la rive murmure et fait un bruit charmant. Qu'aux chansons dos rameurs les peines sont berc6?s Et que l'esprit s'égare et flotte doucement, Comme au courant du fleuve, au courant des pcnséeo

Alors 11 appela sou groom, sauta du Ut, S'habilla, déjeuna, se rendit à la gare. Partit tranquilien-.ent en fumant un cigare, Kt retrouva bientôt tout son monde à Marly.

Des larmes de la nuit la plaine était humido; L'no brume légère au loin flottait encor ; Les gais oiseaux chantaient; et le beau soleil d'ut Jetait mainte étincelle à l'eau fraîche et limpide,

Lorsque la sève monte et que le bois verdit. Que de tous les côtés la grande vie éclata. Quand au soleil levant tout chanta et resplendit. Le corps est plein de joie et l'âme sa dilate.

UNE CONQUÊTB

Il est vrai qu'il avait noblement déjeiiaé, Quelques vapeurs de vin lui montaient à la têt« ; L'air des cliamps pour finir lui mit le cœur en fêla. ^ Quand au courant du fleuve U se vit entraîné.

Le canot lentement allait à la dérive : Un vent léger faisait murmurer les roseaux. Peuple frêle et ctiantant qui grandit sur la riv;. Et qui puise son âme au sein calme des eaux.

Vint le tour des rameurs , ei, suiv.int la coutume. Leur chant rj'thmé frappa l'écho des environs.

UNE CONQUÊTE J

£t, conduits par la voix, dans l'eau blanche d'c^cume ;)e moment en moment tombaient les avirons.

Enfin, comme on songeait à gagner la cuisine. D'autres canots soudain passèrent auprès d'eux, i-'n rire aigu partit d'une barque voisine. Et «"en vint droit au cœur frapper mon amoureux.

Elle ! dans une barque ! Etendue à l'arrière. Elle tenait la barre et passait en chantant ! Il resta consterne, pâle et le cœur battant, Pendant que sa Beauté fuyait sur la rivièrfl.

11 était triste encore à l'heure du dîner! On s'arrêta devant une petite auberge.

Dans un jardin charmant, par des vignes bomi, Ombragé do tilleuls, et qui longeait la berge.

Mais d'autres canotiers étaient déjà venus; Ils lançaient des jurons d'une voix formidable. Et, faisant un grand bruit, ils préparaient la table Qu'ils soulevaient parfois do leurs bras forts et eut

Elle était avec eux st buvait une absinthe ! Il demeura muet. — La drôlesse sourit.

L'appela. — Lui restait stupide. — Elle reprit : •< Vraiment, tu me prenais, nigaud, pour une Sainte ? •

UNE CONQUÊTE

Or, il s'approcha d'elle en tremblant; U d'n«

A »es côtés ; et luème au dessert s'étonna

De l'avoir pu rêver d'une haute famille ;

Car elle était charmante, et gaie, et bonne fll'.a;

Elle disait : a Mon singe, » et € mon rat, » et • mon cbat < Lui donnait à manger au bout de sa fourchetta. Ils partirent, le soir, tous les deux en cachctta. Et l'on ne sut jamais dans quel lit il coucha!

Poète au cœur naïf, il cherchait une perle : Trouvant un bijou faux, il le prit et fit bien. J'approuve le bon sens de cet adage ancien : ■ Quand on n'a pas de grives, il faut manger un m«rl9.

Page 1