‹ Des vésicules séminales; anatomie et pathologieChapitre 33 sur 54 · OBSERVATION XVII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XVII

ancer de la vésicule séminale gauche : plaques cancéreuses du péritoine pariétal et viscéral. (Communiquée par noire collègue M. Méricamp, de Biarritz],

Olivier, âgé de 50 ans, entre en janvier 1881, à la Maison municipale de Santé, service de M. E. Labbé.

Cet homme raconte que depuis cinq mois il est malade, qu'il n'a plus d'entrain, maigrit, et perd l'appétit, et que depuis le 8 décembre 1880 il est atteint d'ictère.

A son entrée à la maison Dubois, il est déjà considérablement amaigri, ses téguments ont la coloration de l'ictère le plus franc ; il accuse

(1) La pièce est déposée au Musée Civiale, n" XXVI.

des douleurs dans le ventre et dans les hypochondres. L'abdomen n'est nullement augmenté de volume, mais quelques grosses veines font saillie à sa surface; par la palpation, on sent des noyaux volumineux et durs, dont quelques-uns, particulièrement développés et mobiles, sont facilement localisés dans le grand épiploon. A ce moment, il n'existe point d'ascite, mais il est manifeste que l'on a affaire à un cancer abdominal avec compression des voies biliaires, et M. Labbé pense à un néoplasme de la tète du pancréas. Il est probable que le foie n'est point le point de départ de l'affection, car son volume est normal et sa forme intacte.

Rapidement, le malade, qui jusque-là pouvait encore se lever, est obligé de garder le lit; le ventre se remplit de liquide, et deux ponctions de 12 litres chacune (liquide ascitique) sont pratiquées à peu d'intervalle. Le malade se cachectise, il est pris d'une diarrhée opiniâtre; l'amaigrissement fait des progrès; les membres inférieurs s'infiltrent, une eschare se forme, et la mort survient le 7 mars 1881. Olivier n'avait présenté aucun trouble de la miction ; les urines avaient toujours été riches en matière colorante de la bile et en indigose urinaire. h^autopsie est pratiquée deux jours après. Le ventre renferme 8 litres d'un liquide couleur chocolat. Il semble tout d'abord qu'on n'ait affaire qu'à un cancer du péritoine. A la périphérie du foie sont bien quelques noyaux blanchâtres, mais aucun ne pénètre dans le parenchyme hépatique, et le foie, qui a son volume ordinaire et sa forme normale, est simplement fortement coloré en vert. Mais son hile est pris en bloc, une masse cancéreuse l'occupe, et le col de la vésicule biliaire est induré sur une petite étendue.

Cependant, la tête du pancréas est intacte; il en est de même de l'estomac, de la rate et des reins, des diverses parties de l'intestin grêle et du gros intestin, le rectum y compris.

En revanche, le péritoine est fortement envahi. Sur son feuillet pariétal, ce ne sont que quelques plaques blanchâtres discrètes; il n'en est pas de même du péritoine viscéral. Le grand épiploon est transformé en une grosse masse bosselée et dure, à grand axe transversal, appendue au côlon transverse; le mésentère est irrégulier, induré, épaissi et ratatiné; il en est de même du mcso-cascum, du méso-côlon et du méso-rectum. Comme le hile du foie, celui de la rate est envahi; on ne trouve plus l'épiploon gastro-splénique. Le hile et le ligament pancréatico-splénique sont occupés par une masse dure; malgré l'intégrité apparente des viscères, la queue du pancréas n'a pas échappé à la dégénérescence : sur une étendue de 3 centimètres, elle est d'une dureté caractéristique, et à la coupe on la trouve complètement dégénérée; le corps de la glande, au contraire, a sa structure normale.

La vessie, la prostate, la vésicule séminale droite sont intactes, mais

la vésicule séminale gauche est dégénérée. Elle a plus de 8 centimètres de longueur, son épaisseur à sa base est de 2 cent. 1/2, elle est bosselée et remarquablement dure ; point de cavité à la coupe. Elle est constituée par un tissu serré, jaunâtre, comme squirrheux, et de même nature que celui qui constitue les autres masses néoplasiqaes.

Les tissus qui entourent la vésicule sont intacts, et on l'isole avec une certaine facilité; mais le cul-de-sac recto-vésical est occupé par une plaque dure, distincte cependant de la partie supérieure de la vésicule dégénérée.

Ajoutons que le poumon gauche renferme un gros nojau cancéreux secondaire, et que le rein a sur sa surface de section une coloration verdàtre des plus franches.

Il nous paraît que nous avons eu affaire à un cancer primitif de la vésicule séminale gauche s'étant propagé au péritoine pariétal et au péritoine viscéral, en faisant le tour des organes sans entamer leur parenchyme; ayant atteint cependant le hile du foie et le hile de la rate, et, par contiguïté, le col de la vésicule biliaire et la queue du pancréas.

Nous rîous associons pleinement aux réflexions de M. Méricamp et nous pensons que la vésicule est le point de départ de tous les désordres signalés. Ce qui domine, c'est l'infiltration du péritoine, principalement dans les points où les ganglions sont nombreux, et c'est à peine si le col de la vésicule biliaire et la queue du pancréas sont touchés par la dégénérescence. Au contraire, la vésicule séminale est entièrement transformée en tissu carcinomateux et les lésions y semblent anciennes. Au niveau du cul de-sac recto-vésical existe une plaque dure, mais distincte de la vésicule ; nous ne croyons donc pas à la propagation de la séreuse au réservoir, mais plutôt à l'extension et à la généralisation au péritoine d'un cancer parti de la vésicule.

Celle-ci, grâce à son épithélium, est propre à donner naissance à un carcinome ; il faudrait donc l'examiner plus souvent dans les autopsies, et peut-être réduirait-on encore alors les prétendus cas de cancer primitif des os et d'autres organes privés d'épithélium.

En somme, au point de vue de leur origine, les cas que nous avons pu rassembler sont :

1° Cancer primitif 1 cas.

2® Envahissement consécutif à :

Cancer du testicule. ... 1 —

. Cancer du rectum .... 1 —

Cancer de la vessie. ... 3 —

Cancer de la prostate. . . 8 —

Dans tous (sauf celui d'Albers (25 ans) et celui de Moore (33 ans), il s'agit d'individus âgés de 50 à 81 ans.

Dans tous aussi, c'est du cancer vrai, et dans ceux où l'exameu microscopique a été fait, on spécifie davantage en disant « carcinome alvéolaire ».

Quand le tissu pathologique envahit la vésicule, il se dépose d'abord sous forme de noyaux et d'infiltrations de la paroi ; puis, la production morbide augmentant, la cavité, d'abord remplie de détritus sanieux, se comble. En fin de compte, l'organe malade ne forme plus qu'une masse solide et dure, confondue plus tard si intimement avec les tissus voisins, qu'il est impossible de l'en distinguer. Nous ferons remarquer que, dans l'observation de cancer primitif, il est dit, au contraire, que le tissu ambiant était sain ; les maladies nées dans la vésicule ont, nous le répétonss une certaine tendance à s'y localiser.

Jusqu'ici, nous n'avons guère fait que de l'anatomie pathologique; la partie symptomatologique de ce chapitre sera bien courte.

On ne pense pas ordinairement à aller rechercher un cancer des vésicules séminales, et, dans les très rares cas où la maladie a été diagnostiquée, c'est que le chirurgien soupçonnait une affection de la prostate et le toucher rectal révélait l'envahissement de la vésicule. La tumeur pro-

duite par le cancer prostatique présente alors quelques dispositions spéciales. Elle est allongée de haut en bas et sa limite supérieure est difficile à atteindre avec le doigt (cas de Guyon) ; ou bien, en plus des nodosités dures et indolores qui bossuent la prostate, on constate qu'une des cornes est prolongée par une masse indurée (à gauche dans presque toutes Hs observations).

Peut-être le diagnostic serait-il plus facile en l'absence de tumeur prostatique, quand il s'agit d'un cancer primitif. Mais nous n'avons, à ce sujet, aucune donnée et il est inutile d'insister davantage sur ce point.

Les troubles fonctionnels ressortissent à l'affection primitive : cancer de la prostate ou de la vessie. Cependant P. Frank dit qu'il a vu des vésicules squirrheuses si volumineuses qu'elles comprimaient la vessie (1), mais la simple mention qu'il fait de ce cas est trop courte pour qu'il ait quelque valeur et que nous ayons pu l'utiliser ; il semble qu'il s'agisse de l'extension d'un cancer vésical, car il parle de l'induration et de l'épaississement des parois du réservoir urinaire.

Il serait possible qu'une telle tumeur, en comprimant l'extrémité de l'uretère, donnât lieu à des symptômes d'urémie. Mais, là encore, nous sommes en pleine hypothèse.

Ce serait dans le seul cas de cancer primitif qu'on aurait à établir un diagnostic différentiel avec la tuberculose. Sans parler de l'état des autres parties de l'appareil séminal et des poumons, l'âge du malade, la consistance moins dure et moins bosselée dans la tuberculose seraient les principaux éléments de diagnostic.

Si nous avions à traiter du cancer de la prostate, nous

(1) P. Frank. Epîstolo, lib. V. paragraphe 534 (cité par Naumann).

aurions à discuter l'opportunité de la prostatomie. Mais il est évident que l'extension du cancer aux vésicules séminales n'étant, le plus souvent, qu'un épiphénomène d'une tumeur semblable de la glande, indique que la production maligne a franchi les limites de l'drgane primitivement atteint et a de la tendance à s'accroître ; elle implique donc un pronostic plus rapidement fatal. Quant à l'extirpation de semblables tumeurs, c'est une opération qui n'est pas encore entrée dans le domaine de la chirurgie pratique^ malgré les tentatives de Demarquay et les récents travaux dont elle est le sujet en Allemagne.

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