III. -— Du Prospermatisme
(Ejaculation prématurée)
Nous avons cru devoir consacrer quelques lignes à un désordre des fonctions génitales qui, jusqu'ici, a été assez mal étudié, c'est l'éjaculation prématurée, ce que nous appelons, d'une façon plus brève, le prospermatisme. On l'a bien signalé parfois, mais en le confondant avec la spermatorrhée dont il serait une variété ou un mode de début ; il en diffère cependant.
D'abord, la spermatorrhée est essentiellement spontanée ; les pollutions nocturnes surviennent sans cause appréciable et malgré les patients qui emploient souvent les moyens les plus ingénieux pour essayer de s'y soustraire. Dans les cas graves seulement, l'écoulement spermatique survient dans le jour, à propos de la vue ou du contact de certains objets, d'exercices violents, etc. Tout cela ne ressemble nullement à ce que nous décrivons ici. Au début d'un rapprochement sexuel, et alors que l'intromission n'a pas eu lieu ou même que l'érection est encore incomplète, l'éjaculation survient et la consommation de l'acte est impossible, d'où infécondité inévitable. Au contraire, les spermatorrhéiques peuvent encore, quand ils ne sont pas par trop affaiblis, se livrera l'acte génésique, et, plus tard, ce qui leur fait défaut, c'est la puissance, c'est l'érection. Enfin les prospermatiques sont souvent des gens nerveux, impressionnables, bien portants du reste, et nullement affectés de pertes séminales.
Ainsi on a confondu deux états pathologiques très distincts, bien qu'ils puissent parfois coexister. Nous allons
donner quelques exemples de prospermatisme, tirés du livre inépuisable de Lallemand.
1. Un magistrat sujet à Vherpès preputialis, et ayant eu plusieurs blennorrhagies, a des érections raremeat complètes et des éjaculations toujours précipitées ; quelquefois même elles précèdent l'intromission, et ne s'accompagnent pas de plaisir; il a de plus des pollutions nocturnes. (Obs. CIV.)
2. Un homme de 37 ans, magistrat suisse, re^te continent jusqu'à l'âge de 35 ans, puis il se marie. « Dans les premiers rapports conjugaux, les érections furent très énergiques; mais l'éjaculation, provoquée par le moindre contact,nepermit pas l'accomplissement de l'acte.» Puis il n'y eut plus qu'un écoulement lent de sperme, les érections diminuèrent; mais, après des alternatives de puissance et d'impuissance, les fonctions génitales redevinrent enfin normales. (Obs. CXIV.)
3. Boerhaave parle d'un homme de 30 ans dont les organes génitaux étaient tellement affaiblis, que le sperme s'échappait toutes les fois qu'il avait un commencement d'érection. (Cité par Tissot et Lallemand.)
Cet état, quoiqu'il fut mal décrit, avait frappé quelques observateurs. Sauvages appelle anaphrodisia gonorrhoica, récoulement involontaire de semence pendant la défécation ou au commencement de l'érection (t. V, p. 240),
Lallemand englobe sous le nom d'im,puissance morbide d'une part le manque d'érection, d'autre part l'émission au moindre contact, sans que la rigidité des corps caverneux soit complète. « Dans ce dernier cas, le moins grave et le plus commun de tous, il y a encore impuissance, quoique l'intromission soit possible, parce que la fécondation ne peut résulter d'un acte aussi précipité, dans lequel la liqueur fécondante ne saurait atteindre le col de l'utérus. » L'expression qu'il emploie est mauvaise, puisqu'elle a le tort de confondre impuissance et infécondité.
Roubaud caractérise sa première variété de spermatorrhée, celle qui reconnaît pour cause une plegmasie des vésicules, par Yéjaculation prématurée, une sensation de cuisson au moment du coït et la coloration parfois sanguinolente du sperme.
Acton lui consacre quelques lignes et en énumère les causes.
Enfin Nimeyer définit la /aibZesse irritable des organes génitaux de l'homme : l'état dans lequel, lors d'une excitation génitale, l'éjaculation a lieu avant que le coït ait été consommé, même avant que l'érection soit devenue complète. Il lui donne pour cause principale l'onanisme.
Nous n'admettons pas cette dénomination de faiblesse irritable, d'abord parce qu'elle prête à confusion, Huriter ayant appelé faiblesse séminale l'écoulement, à la fin de la miction ou de la défécation, de liquide ressemblant à du sperme; puis, parce qu'il n^ a pas faiblesse, mais tout au contraire, exagérôition d'une action réflexe, contraction trop brusque des muscles éjaculateurs, ce que, avec Sainte- Marie, on pourrait appeler épilepsie locale»
Nous allons énumérer les causes de cet état pathologique qui, comme le dysspermatisme, n'est qu'un symptôme; en établir l'étiologie, c'est en même temps en indiquer le traitement.
Ces causes sont locales ou générales.
Les premières se résument dans la susceptibilité exagérée ou l'irritabilité des réservoirs spermatiques.
La plus importante est l'inflammation aiguë ou chronique ; du moins c'est elle qu'on a le plus signalée. Ainsi Lagneau cite, comme une des conséquences de la blennorrhagie, la susceptibilité morbide des voies par lesquelles le sperme est excrété, susceptibilité qui se traduit par l'éjaculation prématurée. Civiale indique bien le symptôme, mais lui donne des causes trop nombreuses ; il admet parmi elles l'irritation de l'orifice des éjaculateurs. Vidal etNéiaton font du prospermatisme un signe d'inflammation des vésicules. Nous nous sommes déjà expliqué sur ce point en faisant l'histoire de la spermatocystite aiguë, et
nous avons fait reaiarquer que, bien plus souvent, ily avait incontinence spermatique. Peut-être cependant, l'inflammation chronique, en entretenant un certain degré d'irritation, peut-elle y prédisposer.
Plus souvent, l'augmentation d'intensité et surtout de vitesse de l'action réflexe est sous la dépendance d'une irritation des organes de copulation : Fherpés du prépuce (Lallemand), le phimosis (Lallemand), l'accumulation de smegma autour du gland (Lallemand, Acton) en sont la cause.
Mais, comme pour les autres névroses génitales, ce qu'il faut incriminer par-dessus tout, c'est l'état constitutionnel, la susceptibilité nerveuse exagérée. M. X...,dont nous avons reproduit l'auto-observation (obe. XIX) et chez qui réjaculation a lieu presque aussitôt l'intromission, est un névropathe des plus complets: changements brusques de caractère, somnambulisme, etc., il a tous les symptômes du nervosisme, on pourrait presque dire de l'hystérie.
L'état nerveux habituel peut du reste être exagéré par différentes causes, et en particulier parles excès antérieurs de coït ou d'onanisme. Alors l'hyperexcitabilité atteiat surtout les organes génitaux et, arrivée à son plus haut degré, y produit le satyriasis.
Mais d'autres fois, il s'agit simplement d'un état nerveux passager. Sous l'influence de la crainte, du désir et surtout de la nouveauté de l'acte, l'action réflexe qui aboutit à l'éjaculationpeut se faire trop rapidement (prospermatisme), comme, chez d'autres sujets, elle peut manquer complètement (dysspermatisme) ; cette éjaculation prématurée est également fréquente après une période prolongée de continence ; mais elle est passagère et n'a qu'un inconvénient tout à fait temporaire.
Dans tous ces cas, il y a dissociation de l'acte génésique.
les deux facteurs qui le composent, érection et éjaculation, perdant leur rapport normal de durée et de rhythme : ici c'est l'éjaculation qui avance. Dans d'autres cas, c'est l'érection qui retarde, ou du moins elle reste incomplète, bien que l'émissionpuissese faire: on ne confondrapasces casde demi-frigidité, d'anaphrodisie incomplète, avec leprospermatisme ; nous croyons inutile de revenir aussi sur la distinction que nous avons établie entre l'éjaculation prématurée et les pollutions nocturnes ou diurnes.
Peu grave s'il est passager ou consécutif à une cause facile à supprimer, le prospermatisme devient une infirmité sérieuse quand il est permanent, et il a les mêmes effets que l'aspermatisme puisqu'il entraîne presque forcément l'infécondité : même alors, cependant, il a moins d'inconvénients, au point de vue de l'espèce, que ce dernier, puisqu'il permet encore la fécondation artificielle. Heureusement cette permanence est fort rare et, presque toujours, un traitement approprié, local et général, sera suivi de succès. Il faudra donc guérir les lésions qui peuvent en être l'origine (phimosis, etc.), calmer l'irritation locale, dinninuer la susceptibilité des organes éjaculateurs,ettïaiter s'il y a lieu, l'état général par les calmants, l'hydrothérapie, l'exercice méthodique.