LE « COGITO ERGO SUM » EST UNE INTUITION
Quand nous apercevons que nous sommes des choses qui pensent, c'est une première notion qui n'est tirée d'aucun syllogisme : et lorsque quelqu'un dit, je pense, donc je suis, ou j'existe : il ne conclut pas son existence de sa pensée comme par la force de quelque syllogisme, mais comme une chose connue de soi, il la voit par une simple inspection de l'esprit ; comme il paraît de ce que s'il la séduisait d'un syllogisme, il aurait dû auparavant connaître cette majeure : Tout ce qui pense est, ou existe ; mais au contraire elle lui est enseignée de ce qu'il sent en lui-même qu'il ne se peut pas faire qu'il pense, s'il n'existe. Car c'est le propre de notre esprit de former les propositions générales de la connaissance des particulières. (Ré p. aux 2'* objections.) \
DISTINCTION DE l'aME ET DU CORPS
Résumé : « Mais je ne connais pas assez clairement (jucl je suis... Je me considérais premièrement comme ayant un visage, des mains, des bras et toute cette machine composée d'os et de chair laquelle je désignais par le nom de corps. Je considérais outre cela que je me nourris^ais, que je marchais, que je sentais et que je pensais, et je rapportais toutes ces actions à l'âme. Par le corps que je pensais connaître fort distinctement j'entendais tout ce
qui peut être terminé par quelque figure... tout ce qui peut être senti... tout ce qui peut être mu... Puis-je assurer que j'ai la moindre chose de toutes celles que j'ai dites appartenir à la nature du corps ? je n'en rencontre aucune que je puisse dire être en moi. Les premiers sont de me nourrir et de marcher, mais si je n'ai point de corps, je ne puis ni marcher ni me nourrir. Un autre est de sentir, mais on ne peut pas sentir sans le corps. Un autre est de penser et je trouve ici que la pensée est un attribut qui m'appartient : elle seule ne peut être détachée de moi. Je suis, j'existe ; cela est certain ; mais combien de temps ? autant de temps que je pense. Qu'est-ce donc qu'une chose qui pense ? C'est une chose qui doute, qui entend, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi, et qui sent. Y a-t-il aucun de ces attributs qui puisse être distingué de ma pensée ou qui puisse dire être séparé de moi-même ? Il est évident que c'est moi qui doute, qui entends, et qui désire ; qui imagine, quand même les choses que j'imagine ne seraient pas vraies ; qui sens, quand même les choses que je sens seraient des apparences fausses. (2« Méditation.) (Voir Principes, i, 8 et 9.)
l'esprit humain est plus aisé a connaître que le