LE CORPS HUMAIN, MACHINE PARFAITE
Je suppose que le corps n'est autre chose qu'une statue ou machine de terre que Dieu forme tout exprès pour la rendre la plus semblable à nous qu'il est possible, en sorte que non seulement il lui donne au dehors la couleur et la figure de tous nos membres mais aussi qu'il met au dedans toutes les pièces qui sont requises pour faire qu'elle marche, qu'elle mange, qu'elle respire, et enfin qu'elle imite toutes celles de nos fonctions qui peuvent être imaginées procéder de la matière, et ne dépendre que de la disposition des organes.
Nous voyons des horloges, des fontaines artificielles, (les moulins et autres semblables machines qui, n'étant faites que par les hommes, ne laissent pas d'avoir la force de se mouvoir d'elles-mêmes en plusieurs diverses façons ; et il semble que je ne saurais imaginer tant de sortes de mouvements en celle-ci, que je suppose être faite des mains de Dieu, ni lui attribuer tant d'artifice, que vous n'avez sujet de penser qu'il y en peut avoir encore davantage. {Traité de l'Homme).
Ig6 DKSCARTKS
pourquoi descartes croit devoir réfuter la théorie d'harvey.
En supposant que le cœur se meut en la façon qu'Harvœus le décrit, non seulement il faut imaginer quelque faculté qui cause ce mouvement, la nature de laquelle est beaucoup plus difficile à concevoir que tout ce qu'il prétend expliquer par elle, mais il faudrait supposer outre cela d'autres facultés qui changeassent les idées du sang pendant qu'il est dans le cœur, au lieu qu'en considérant la seule dilatation de ce sang, qui doit suivre nécessairement de la chaleur que tout le monde reconnaît être plus grande dans le cœur qu'en toutes les autres parties du corps, on voit clairement que cette seule dilatation est suffisante pour mouvoir le cœur en la façon que j'ai décrite, et ensemble pour changer la nature du sang autant que l'expérience fait voir qu'elle se change, et même aussi autant qu'on puisse imaginer qu'elle doive être changée afin que ce sang soit préparé et rendu plus propre à servir de nourriture à tous les membres, et à être employé à tous les autres usages auxquels il sert dans le corps ; en sorte qu'il ne faut point supposer pour cela aucunes facultés inconnues ou étrangères. {Fœtus 444).