L IDEE \>L L ETRE PARFAIT
une chimère, ce h'esl poin.1 dépasser le réel, mais simplement l'altérer; voilà pourquoi nous pouvons concevoir des chimères. Mais le suprême idéal de la perfection semble à Descartes impossible à imaginer si la réalité n'en fournit pas les éléments, ou plutôt l'élément. <>r. à en croire Descartes, cet élément ne peut être notre simple puissance de perfectibilité, mais bien une perfection actuelle. Descartes se sert à ce sujet d'une comparaison ingénieuse et peu connue. Si on disait que chaque homme peut peindre un tableau aussi bien qu'Apelle « puisqu'il ne s'agit que de couleurs diversement appliquées , et que chacun peut les mêler en toutes sortes de manières », il faudrait répondre, selon Descartes, qu'en parlant de la peinture d'Apelle, on ne considère pas seulement un certain a mélange de couleurs », mais a l'art du peintre pour représenter certaines ressemblances des choses ». C'est cet art qui n'est point en chacun et qui. si un tableau existe, doit < siater quelque part, chez l'auteur du tableau, si bien que toute la perfection de 1 œuvre suppose une perfection encore plus éminente chez l'artiste. Notre idée de Dieu, pour Descartes, suppose de même, quelque part, une perfection véritable : par un simple mélange de nos idées, uous ne pourrions eomposer ce chef-d'œuvre de la pensée.
La discussion de cette seconde preuve, elle aussi, QOUS entraînerait trop loin. Disons seulement que I idée de perfection n'a pas la simplicité » et 1' « unité » dont parle Descaries : la réalité peut donc
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nous en fournir les éléments. Elle est un composé de nos diverses facultés indéfiniment augmentées : science , puissance , bonheur. On peut même se demander si elle exprime autre chose qu'un point de vue tout humain , une simple satisfaction de nos aspirations humaines, un idéal de béatitude sensitive, intellectuelle et volontaire, par conséquent une de ces « causes finales » dont se déliait Descartes. La perfection, après tout, est une fin, elle est la fin même; c'est moins une « idée » qu'un objet de « désir », et n'est-ce pas Descartes lui-même qui nous a appris à ne pas mesurer la réalité à nos désirs ? Toutefois , quelques objections que l'on puisse faire ici, Descartes aura l'honneur d'avoir indiqué que la vraie raison spéculative de croire à l'existence de la perfection ne peut être, après tout, que l'idée même du parlait, jointe à la persuasion que « dans toute idée il y a de l'être ».