IV. - FA.CE LATI-RAf.E
L’extrémité nord du croisillon septentrional du transept est beaucoup plus simple que celle du croisillon sud.
La porte dite porte Saint-Firmin-le-Confesseur (porte E) remonte à la construction primitive, antérieurement à 1236. Elle est de mêmes dimensions que la porte de la Vierge dorée, et à peu près disposée de la même manière, à ébrasement peu profond formé de trois ressauts seulement, mais la statuaire y fait à peu près défaut. Seul le trumeau en^est garni. Il porte une grande statue d’évêque, qui paraît dater de la fin du xiii® siècle. On croit généralement qu’elle représente saint Honoré, évêque d’Amiens, mais cela n’est pas certain. Au-dessous, il y a cinq bas-reliefs très frustes, parmi lesquels on soupçonne la Nativité de la Vierge, V Annonciation, la Visitation.
9() CATHÉDIiALE DAMIEXS
Le linteau est garni d’un ornement sculpté d’un joli dessin et d’une exécution délicate ; il est soulagé par quatre corbeaux sculptés à marmousets. Dans le tympan est un remplage vitré qui doit dater de la fin du xni® siècle ou du commencement du XIV®. Il n'est pas concentrique à l’archivolte.
A une époque déjà ancienne, peut-être dès le XIV® siècle, on a été obligé de maintenir par une arcature extérieure habilement dissimulée vers l’intérieur, le remplage de la grande rose qui poussait au vide.
Il n’y a pas de pignon de pierre.
Comme sur la face sud, chaque chapelle de ce côté est séparée de la suivante par un trumeau orné de statues.
La chapelle XI date des environs de 1296 (1). Deux grandes et belles statues de femmes superposées ornent le trumeau (11 c), qui la sépare de la chapelle suivante. On peut y voir sainte Agnès, titulaire primitive de la chapelle, et SAINTE Catherine, mais elles n'ont aucun attribut qui permette d’en être certain.
Elevée par l’évêque Guillaume de Mâcon en l’honneur de saint Louis, la chapelle IX était terminée en 1302 (2). Son trumeau (9 c) est,
(1) Voy. ci-dessus, p. 10.
(2) Ibid.
1 ACE LATERALE NORD
comme le précédent, orné de deux grandes statues superposées représentant un roi et unévêciue, qui ne peuvent être que saint Louis et Guillaume DE Maçon lui-même.
Les quatre statues, dont sont ornées ces deux premières chapelles, ont entre elles une affinité assez grande pour qu'on puisse les attribuer au même artiste. Elles sont d’ailleurs fort bonnes, bien qu’un peu détériorées par les injures du temps. Inutile d’insister sur Timportauce de la statue de saint Louis, qui est une des plus anciennes que l’on pos.sède du saint roi.
Les deux statues, qui ornaient le trumeau (7 c) de la chapelle suivante, dédiée à saint Honoré (chapelle VIII), ont disparu.
Le trumeau (5 c) de la chapelle V, dont le vocable primitif et véritable est saint Michel, est pareillement garni de deux statues : l'une d’un évêque, l’autre, de la Vierge Marie. Cette dernière fut refaite par les frères Duthoit en 1859.
Les deux dernières chapelles de ce côté sont, nous l’avons vu, plus récentes que toutes les autres, et datent des environs de 1375 (1). On fit comi>rendre dans leur construction un puissant contrefort destiné à soutenir la tour nord, qui faisait un mouvement de ce côté. Tout cet ensemble ne forme qu’une seule et même ordonnance architecturale.
(1) Voy. ci-dessus, p. 11.
CATHÉDHALE d’amIEXS
Charles V
et le cardinal de la Grange.
Cette architecture est beaucoup plus riche et d’une exécution beaucouj) plus soignée, beaucoup plus distinguée, si l’on peut ainsi parler, que celle des autres chapelles, et l’on sent que les artistes employés par Jean de la Grange étaient de premier ordre. Il faut remarquer dans l’ornementation, et notamment dans les remplages des fenêtres, l’apparition des éléments qui formeront le gothique flamboyant.
Les neuf statues, qui décorent les deux faces principales du contrefort et le trumeau séparatif des deux chapelles jouissent d’une très juste célébrité, non seulement parce que la plupart d’entre elles représentent des personnages historiques et que la perfection de leur exécution permet
FACE l.ATEHALE NORD
de supposer que ce sont des portraits, mais aussi par leur grande valeur et par leur grande importance artistique. Elles constituent un des plus l)eaux spécimens du remarquable mouvement d’art opéré à la tin du règne de Charles V et au commencement de celui de Charles VI. On n’en connaît malheureusement pas les auteurs.
Elles sont placées, par ordre de dignité, en trois rangées horizontales, allant de la droite à la gauche du spectateur, et en commençant par en haut.
l""® rangée. — La Yiercæ Marie (contrefort 1 c, côté ouest). Entièrement refaite, ainsi que son support, par les frères Duthoit en 1864.
Saint Jean-Baptiste (contrefort 1 c, côté nord).
Saint Firmin le martyr, tenant sa tête tranchée dans ses mains (trumeau 3 c).
2® rangée. — Le roi Charles V accompagné d’un écu semé de fleurs de lys sans nombre, c’està-dire de France ancien (contrefort 1 c, côté oue.st).
Le Dauphin Charles, plus tard Charles VI ; écu écartelé de France ancien et de Dauphiné, à un dauphin (contrefort 1 c, côté nord)..
Lolhs, duc de Touraine et plus tard d’Orléans, second fils de Charles V ; écu de France ancien, brisé d’un lambel.
CATHÉÜHALE d’aMIEN'S
3e rangée. — Jean de la Grange, cardinal ; écu à trois merlettes posées en barre, au franc canton d’hermine (contrefort 1 c, côté ouest).
Bureau de la Eivière (?) ; écu à une bande (contrefort 1 c, côté nord).
Personnage civil, non encore parfaitement identifié ; écu à une aigle (trumeau 3 e).
Les culs-de-lampe, sur lesquels reposent ces statues, sont aussi fort remarquables. Ils représentent de petits personnages accroupis, dont plusieurs jouent des instruments de musique.