‹ Description abrégée des dessins de diverses écoles appartenant à Frédéric ReisetChapitre 5 sur 65 · mcliel-Ange. Cinq études de figures nues et drapées · texte numérisé non relu

mcliel-Ange. Cinq études de figures nues et drapées

Au verso, études pour l'un des prophètes de la chapelle

Sixtine. — Dessin à la plume.

Des cabinete Mariette et baron Roger.

30. Mlcliel-Ange. La Vérité. Elle est assise et se regarde dans un miroir, qu'elle tient de la main gauche. Le complément de la composition se trouve au verso : un enfant , effrayé par la vue d'un masque renversé, derrière lequel se cache un autre enfant debout et drapé , se réfiigie entre les genoux de la Vérité. — A la plume.

Haut. 0,243, larg. 0,195.

Ce dessin a appartenu à Mariette, qui y a ajouté l'inscription suivante : Tumulo Julii II summi Pontificis inserviendum.

Il a fait en dernier lieu partie du cabinet du baron Roger, vendu eu décembre 1841.

31. Përa^in. Tête de vieillard vu de profil et tourné vers la droite. — A la pierre noire.

Au verso , la Justice assise sur les nuages. Elle tient l'épée de la main droite, de la main gauche la balance. — A la plume.

Haut. 0,270, larg. 0,203.

Vente Révil, 1842.

32. Pérnsin. Deux enfants se dirigeant vers la gauche. A droite, enfant assis. — A la plume, lavé et légèrement gouache, sur papier teinté.

Haut. 0,210, larg. 0,290.

33. Pérugin. Deux figures d'hommes debout. L'un tire de l'arc, l'autre arme une arbalète. — A la plume.

Haut. 0,240, larg. 0,2Î50.

34. P^^ragrin. Saint debout. La main droite touche la poitrine, la main gauche est tendue en avant. Le corps est drapé, les jambes nues. — Au pinceau et au bistre.

Haut. 0,365, larg. 0,220.

Cabinet Denon, u*" 529 du Catalogue.

35. Pérog^ln. Personnage drapé et debout, tenant un livre de la main gauche. — A la plume.

Haut. 0,310, larg. 0,150.

Ce dessin parait être Tétude d'une des figures peintes par ce maître au Cambio de Pérouse.

Cabinets de lord Somers, Lanschring et général Griois.

36. École da Përugrln. Sept figures de saints debout, réunis au milieu d'un paysage. Ils portent tous la robe de moine.

Au verso , croquis pour la composition du Christ en croix, et vue de l'intérieur d'une ville. — A la plume.

Haut. 0,250, larg. 0,195.

Ce dessin, qui a été attribué à Bernardino Pinturiœhio, porte la date de 1515.

37. Fra Bartolomeo* Étude d'après nature pour un groupe de la Vierge et de l'Enfant Jésus. La Vierge est assise et tient de la main gauche un livre sur ses genoux. Les jambes sont nues.

Au verso, figure de saint debout. Le bas du corps est drapé ; la main droite tient une palme. — Aux crayons noir et blanc, sur papier gris.

Haut. 0,290, larg. 0,155.

Collection Dupan.

22 ÉCOLES d'italie.

38. Fra Bartolomeo. Le Christ , debout sur un piédestal et drapé , lève le bras droit vers te ciel. De nombreuses figures de saints et de saintes, agenouillées et debout, l'entourent et l'adorent.

Première pensée du beau tableau qui se voit à Florence.

Au verso, la Vierge assise tient sur ses genoux TEnfant Jésus qui caresse saint Jean. Six figures de saints et de saintes entourent ce groupe. — A la pierre noire, sur papier légèrement teinté de rose.

Haut. 0,210, larg. 0,170.

39. Fra Bartolomeo. Saint Joseph est debout au pied d'un piédestal sur lequel la Vierge, tenant TEnfant Jésus , est assise. Un ange, assis sur la mai*che inférieure, joue de la mandoline. — A la plume, sur croquis à la pierre noire.

Haut. 0,130, larg. 0,233.

Toutes œs figures sont prises de profil. On dirait que l'artiste a voulu se rendre compte de Teffet de sa composition, en la disposant en ce sens.

Collections Reynolds et Drovery.

40. Fra Bartolomeo. Un pei^sonnage debout, les épaules couvertes d'une longue draperie flottante, le bras droit levé et armé d'une épée, chasse devant lui un groupe de douze figures, honunes et femmes, qui s'enfuient, effrayées, vers la droite.

Serait-ce la première pensée d'un sujet représentant la Vertu victorieuse des Vices?

Au •verso, groupe de vieillard et de jeune homme debout et drapés. Sur la droite , étude de figure debout et vue de face, qui paraît représenter saint Michel. Il est entièrement couvert d'une armure, et drapé d'un long manteau, pardessus lequel sont indiquées les ailes. — A la plume, sur ci'oquis au crayon.

Collection Drovery.

41. Fra Bartolomeo. Deux dessins sur une feuille : 1** Femme debout et vue de protil; elle est enveloppée

d'une large draperie. — A la plume.

Haut. 0,100, larg. 0,065.

2** Saint debout et vu de face. 11 est drapé d*un manteau à larges plis qui forme un nœud sur Fépaule, et regarde vers le ciel.

Au verso, croquis de trois figures pour le sujet de la Flagellation. — A la plume.

Haut. 0,115, larg. 0,095.

Collection Drovery.

42. Bapiiaël. Moine tenant de ses deux mains un livre dans lequel il lit avec attention. — A la pierre noire.

Haut. 0,460, larg. 0,350.

Ce dessin est un carton, qui a été piqué pour être transporté sur le mur ou sur la toile. Il a dû être donné à quelque ami , qui Taura employé sans scrupule, ainsi que cela est arrivé souvent; car il ne semble pas que cette figure ait été introduite dans les peintures de Raphaël.

Nous croyons que la date de ce dessin peut être fixée approximativement à 1505, époque vers laquelle a dû être peinte la Sainte-Catherine qui se trouve en Angleterre. Le carton de ce dernier tableau, qui est Tun des plus beaux ornements du musée de dessins du Louvre, présente avec notre dessin , quoique beaucoup plus terminé, une analogie d'exécution tellement frappante, qu*il est permis de supposer qu'ils ont été exécutés à des intervalles très-rapprochés.

Collection du baron Denon, n*" 301 du Catalogue.

43. Bapbaël. Groupe de cinq figures nues, pour une composition de Sainte-Famille.

C'est l'étude d'un tableau que Raphaël exécuta, ou du moins

24 ÉCOLES d'italie.

commença vers 1S06 pour Domenico Ganigiani, et qui se voit maintenant à Munich. La composition n'a pas varié dans son ensemble; seulement le Saint-Joseph, vu de dos dans notre dessin, est de face dans la peinture.

Au verso, deux figures nues, assises, dont une tient un instrument de musique; et l'étude du torse d'un homme qui porte un fardeau. — A la plume.

Haut. 0,370, larg. 0,245.

Ce dernier croquis parait appartenir à Tune des figures de la Mise au Tombeau, que Raphaël peignit à la même époque (le tableau porte la date de 1507), pour la famille Baglioni , et que Ton admire actuellement dans la galerie Borghèse.

Ce dessin a appartenu à Timothée d'Urbin. II a paru en 1842 à la vente Révil, n° 206 du Catalogue.

44. Bapliaël. Femme agenouillée , les mains jointes , la tête tournée vers le ciel. A gauche, tête d'honune penchée en avant. — Très-légèrement exécuté à la plume.

Haut. 0,165, larg. 0,115.

Mariette, à qui ce dessin a appartenu, croyait que c'était une étude pour un Saint-Étienne martyr.

Il a fait, ainsi que le précédent, partie de la collection de Timothée d'Urbin. Chacun sait que Raphaël avait domié à Timothée, Tun de ses collaborateurs les plus chéris, une grande quantité de dessins , que ce dernier étudia et copia toute sa vie (nous en aurons bientôt des preuves) , et qui furent achetés à Urbin de ses héritiers par le célèbre amateur Crozat.

Vente Révil, 1845, n» 45 du Catalogue.

45. Bapliaël. Première pensée de la Dispute du Saint- Sacrement. Composition de 20 figures représentant les Docteurs et les Pères de l'Église , formant divers groupes , dont l'oixionnance générale se retrouve, quoique avec d'énormes difierences, dans la fresque. — A la plume , lavé de bisti'e et largement rehaussé de blanc.

Haut. 0,220, larg. 0,410.

- Notre dessin doit dater de 1508. Il a été exécuté à l'arrivée de Raphaël à Rome , et lorsqu'il commençait cette peinture, qui enleva l'admiration de Jules II et de sa cour, qui attira sur l'artiste de vingt-cinq ans l'immense faveur dont il jouit jusqu'à sa mort, et qui est restée un des monuments les plus sublimes de son génie.

Il nous est impossible de comprendre pourquoi M. Quatremère de Quincy {Hist. de Raphaël , p. 52 , 3* édit.) regarde les fîgureis allégoriques de la voûte de la salle délia Segnatura comme antérieures à la Dispute du Saint-Sacrement. L'histoire, la tradition , et ce qui vaut mieux encore , l'irrécusable aspect des fresques elles-mêmes, sont en contradiction avec cette assertion.

Ce dessin a été gravé par Caylus lorsqu'il se trouvait dans le cabinet de Mariette.

Il se trouve décrit dans le Catalogue de cette Collection sous le n** 688. Il a paru depuis à la vente Randon de Boisset en 4777, sous le n** 278, et enfin en dernier lieu à la vente Roger, 1841, n° 48.

Mariette possédait en outre la première pensée de la Gloire, qui couronne cette belle composition. Ce dernier dessin, dont l'exécution était identique à celle du nôtre , se trouvait il y a

quelques années en Angleterre, et doit y être encore.

46. Bapiinël. Étude pour Tune des figurés de la fresque des Sybilles dans l'église délia Pace. Ange voltigeant et déroulant un papier. La figure est nue. Étude du corps et des jambes du même ange drapés. Dans le bas , étude du bras et de l'épaule, d'après nature. — A la sanguine.

Haut. 0,25S, larg. 0,400.

La date de la fresque est approximativement ûxée à 1511.

Ce dessin a fait partie du cabinet du prince de Ligne. Il a été décrit dads le Catalogue de cette collection , sous le n° 2 , par Adam Bartsch, qui ajoute la mention suivante : Ce superbe dessin a été acheté' à Rome par monsieur d'Argenville, 150 livres.

Vente Barni, 1836.

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47. Raphaël, Quatre figures d'hommes nus en diverses attitudes. L*un est vu de dos, l'autre de face; un troisième est agenouillé. — A la plume. ,

Haut. 0,230, larg. 0,470.

Ce dessin vient du marquis de Lagoy.

Il a fait partie de la vente Barni, en 1836.

48. Raphaël, Étude des trois figures d'Heures jetant des fleurs , pour la composition du Festin des Dieux qui se voit au plafond de la Farnésine. 1517 ? — A la sanguine.

Haut. 0,195, larg. 0,350.

Ce dessin est fait en entier d*après nature. Le modèle qui a servi à Raphaël est cette même femme , [probablement la Fornarine, d'après laquelle il exécuta presque tous les dessins de cette époque, notamment le dessin de Vénus et Psyché que Fon voit au Louvre, et qui est la première pensée de l'un des sujets de la même décoration.

Nous remarquerons que, dans le courant de Tannée suivante, 1518, Raphaël, ayant à peindre pour François l"son grand tableau de la Sainte- Famille, y transporta, simplementet sans aucun changement, Tune des figures dont notre dessin est Télude.

11 a fait partie d'une collection créée vers la fin du siècle dernier par M. de Cédron , amateur provençal , et conservée par ses héritiers jusqu'en 1846 dans la petite ville du Beausset, entre Marseille et Toulon.

Une des qualités qu'on ne peut se lasser d'admirer quand on iéludie les dessins de Raphaël, c'est la facilité prodigieuse avec laquelle, soit qu'il compose, soit qu'il travaille d'après nature, il arrive du premier coup à la perfection. Mariette l'a dit avant nous, et en des termes si excellents , que nous ne pouvons résister au plaisir de les citer ici : « Quand on n'aurait pas une « idée de Raphaël aussi avantageuse qu'on la doit avoir, il ne « faudrait que ses dessins pour montrer quelle était la subli- « mité de son génie. Les autres jettent sur le papier leurs pre- « mières pensées, et l'on s'aperçoit qu'ils cherchent : Raphaël, « au contraire , en mettant au jour les siennes , lors même « qu'il paraît entraîné par la véhémence de son imagination, « produit du premier coup des ouvrages qui sont déjà tellement

« arrêtés, qu'il n'y a presque plus rien à y ajouter pour y « mettre la dernière main. » (Catalogue Crozat, page 34.)

En comparant notre dessin des Heures à la fresque telle qu'elle a été exécutée, on voit en effet que, quoique rapidement pris sur la nature, il avait déjà réalisé Tidéal du maître. Les élèves qui furent chargés de peindre et le carton en grand et la fresque, n'eurent à y ajouter que quelques accessoires peu importants. Des ailes , des fleurs dans les mains, des cheveux flottants tombant sur les épaules, au lieu de la simple et charmante coiffure de la Fomarine , voilà à quels détails se borna leur travail propre.

De superbes cartons peints par Jules Romain , précisément pour les compositions de la Famésine , et que l'on conserve actuellement dans une villa près de Rome, nous montrent clairement que ces travamt n'ont pas été exécutés autrement , et que Raphaël n'y contribua que par l'invention générale, et par des croquis légers et déjà complets , qui suflisaient si bien à guider ses disciples , lorsqu'il s'agissait de peindre en grand et sur place.

Cette rapidité de création était plus que jamais nécessaire à Raphaël à l'époque dont il s'agit ici, c'est-à-dire vers 1517 ou 1518. On est frappé d'étonnement, quand on songe à la multiplicité des travaux qu^il menait alors de front. L'immense entreprise des loges s'achevait; la salle de Torre Borgia se peignait, et l'une des fresques qui la décorent , l'Incendie du bourg, est en grande partie de sa propre main. La décoration de la Famésine se poursuivait, et déjà sans doute il songeait à l'invention des sujets si importants et si nombreux qui devaient être représentés en tapisserie.

On est trop disposé à oublier qu'à la même époque , Raphaël était architecte, qu'il faisait élever à Florence et à Rome plusieurs palais sur des plans de son invention; qu enfin, et pour tout dire, il était l'architecte de Saint-Pierre. C'était là, comme il l'a dit lui-même dans une de ses lettres , une lourde tâche. 11 avait fait un modèle de cette basilique qui, sans le satisfaire entièrement, lui qui pensait à l'architecture des Grecs, plaisait beaucoup au pape , et recevait l'approbation des habiles. « // il modeUo che io n'ho falto piace a sua Santità ed è lodato da <t molti helli ingegni. Ma io mi levo col pensiero piu alto. (' Vorrei trovar le belle forme degli edifici anlichi , ne so se

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« il volo sarà d'Icaro, etc. » Lettre à Castiglione (Lettere pittoriche, tome 11, page 18).

H avait en effet envoyé eu Grèce des dessinateurs qui devaient lui rapporter les matériaux au milieu desquels il espérait trouver les belles ligues qu'il rêvait. Il est certain aussi qu'il avait fait un grand travail sur les édifices de Rome , avec un plan qui rendait à cette ville éternelle toute sa splendeur passée, et dont les écrivains du temps parlent avec la plus grande admiration (i). Il était en outre surintendant des monuments antiques , et cette charge lui donnait le droit d'inspecter toutes les fouilles, et de choisir tous les marbres qui lui paraîtraient devoir convenir pour Saint- Pierre, ou devoir être conservés, avec la faculté de punir d'une amende considérable ceux qui contreviendraient à ses ordres.

Il est peut-être permis de ne paa4>rendre tout à fait à la lettre le témoignage d'un contemporain qui dit , en des termes formels cependant, que peu de jours avant sa mort , Raphaël avait peint au pinceau les monuments de la Rome antique (2;; mais on peut affirmer que , dans les quatre dernières années de sa vie, tous ces travaux d'architecte et d'antiquaire employèrent une bonne partie de son temps.

Eh bien! ce grand entrepreneur de travaux gigantesques, cet homme qui avait à guider, à surveiller, à inspirer, à corriger toute une légion d'outTter* de toute sorte, peintres, sculpteurs, décorateurs ou maçons , trouvait encore le moyen, dans un espace de quelques mois, d'exécuter de sa main divine, ou du moins de retoucher, des peintures à l'huile qui auraient pris à tout autre dix ans de travail assidu.

11 avait promis, par un contrat passé avec les religieuses de Monteluce (dont l'original est conservé au Louvre), de peindre seul et de livrer à leur couvent, pour le 45 août 4517, un tableau du Couronnement de la Vierge. Cette promesse ne fut pas remplie, pressé qu'était l'artiste par des admirateurs plus impérieux ou plus puissants. Le tableau ne fat terminé et livré qu'après sa mort, mais il en avait à coup sûr en grande partie

(1) On prétend même qu'il existe en Angleterre un volume entier de dessins originaux de Raphaël représentant les édifices romains.

(2) Prisca loca quœ RAPHAËL UR61NAS (quem honoris causa nomino) paucis antè diebus quàm é vitâ decederet (me indicante) penicillo finxerat. (Voy. Quat. de Quincy, 3« édition, Appendice, page 445.)

ébauché la partie supérieure. Le portrait du petit joueur de violon , cette merveille du palais Sciarra , le Saint-Michel et la grande Sainte-Famille du Louvre portent la date de 1518. Le portrait de Léon X est certainement de 4547 ou de 4548. On ne peut pas assigner d'autre date au portrait de Gasti glione, au portrait de Bindo Âltoviti, à la Jeanne d'Aragon, à la Visitation de Madrid, à la Vierge de Saint-Sixte de Dresde, au Saint-Jean de Florence , à la Vierge au candélabre , à la Sainte-Marguerite.

Et ce n*est pas tout. Parmi ces chefs-d'œuvre, plusieurs passent à bon droit pour être en entier peints par lui. L'énumération que nous venons de faire est d'ailleurs loin d'être complète, et nous n'avons pas dit un mot de tous ces dessins plus ou moins terminés qu'il faisait pour les graveurs ou pour ses amis, ou pour quiconque lui en demandait ; car sa bonté n'était égalée que par son talent , et les idées jaillissaient sans trêve de ce cerveau inépuisable.

Quelle que soit l'importance que l'on doit accorder aux nombreux artistes qui travaillaient sous sa direction suprême, ne faut-il pas admettre que cet homme était doué à la fois d'une volonté , d'une aptitude et d'une ardeur surnaturelles ? Ce sont' ces considérations qui nous ont toujours porté à révoquer en doute le récit fait par Vasari de la mort de Raphaël, et le motif qui , selon lui , aurait déterminé cette mort si prématurée.

Nous désirons beaucoup que l'on ne nous accuse pas d'irrévérence envers Vasari , dont le livre est un trésor; mais c'est un trésor où les pièces fausses sont souvent mélangées aux vraies , et où les savants seuls peuvent puiser avec fruit. Il est certain qu'il aimait les historiettes. Celui qui recueillit avec tant de complaisance les récits mélodramatiques et ridicules de la mort de Francesco Francia et du Corrège, a bien pu donner place, sans grande réflexion, à je ne sais quel conte d'atelier^ docilement accepté depuis, malgré les témoignages contemporains, par presque tous les historiens.

A qui Raphaël mourant a-t-il pu faire une confidence de ce genre , et comment aurait-on pu connaître un pareil détail , autrement que par une confidence de Raphaël?

L'organisation physique de Raphaël était d'une grande délicatesse. Les historiens l'ont dit, et les portraits qui nous sont

30 ÉCOLES d'italie.

restés nous le confirment d*une manière formelle. Faut- il donc s'étonner que cette frêle nature ait succombé aux fatigues occasionnées par tant de grandes entreprises de tout genre , si miraculeusement menées à bonne fin dans le court espace de douze ans, depuis Tarrivée de Raphaël à Rome jusqu'à sa mort? N'est-il pas extraordinaire, au contraire , qu'il ait pu résister jusqu'à l'âge de 37 ans, et comment a-t-on pu parler sérieusement de douteux abus de plaisir, quand nous avons devant nos yeux tant de preuves évidentes et palpables d'autres excès non moins meurtriers , excès de travail et de génie (1)1

49. Attriliaé à ltaplia#l. Huit grosses têtes pour la composition du Christ donnant les clefs à saint Pierre (pasce oves meas), dont le carton se voit à Hampton-Court.

Ces têtes ont été découpées et ajustées sur des fonds de paysages d'iine main différente. Elles ont été exécutées d'abord en entier à la pierre noire, puis lavées à l'aquarelle et à la gouache ; enfin de nombreuses retouches à la plume ont été ajoutées en terminant.

Étaient-ce des études du maître pour le carton d'Hampton- Court? Était-ce un second carton qui aura été coupé en morceaux , et dont les autres fragments ont été perdus? C'est ce que nous ne saurions décider.

Ce n'est pas non plus le lieu d'examiner si ces dessins, dont l'originalité est flagrante, peuvent être considérés comme étant de la main même de Raphaël. La solution de cette difficulté nous entraînerait trop loin, puisqu'il nous faudrait nécessairement traiter en même temps, et en thèse générale, la grande et difficile question des répétitions.

Mais comme nous tenons fort à ne mettre sous le nom de Raphaël que les ouvrages qui doivent, sans contestation et sans restriction possibles, être considérés comme étant en entier de sa main , nous n'avons pas hésité à donner à ces superbes fragments une attribution modeste et dubitative.

Ce qui est hors de doute, c'est leur extrême beauté, et leur

(i) M. Francesco Longbena, traducteur italien de M. Qnatremère de Quincy, a donné dans son livre, publié à Milan en 1829, des renseignements qui paraisscDi trancher, d'une manière définitive, cette question dans le sens que nous indiquons. (Voy. ce livre, page 449.)

incomparable supériorité sur d'autres fragments du môme genre qui se voient dans divers musées publics de Paris et de l'étranger. Ce qui est œrtain aussi, c'est qu'ils ont été exécutés en entier sous les yeux et sous la direction du maître. Que de tableaux acceptés partout comme originaux , dont il serait périlleux de faire le môme éloge !

Ces buit têtes, réunies en trois fragments, ont fait partie de la belle collection du comte de Fries, qui avait pour elles toute la considération qu'elles méritent , et qui récompensa par une rente viagère de 1200 fr. environ un sieur Pog^i, qui les lui avait apportées. (Ce dernier détail est emprunté à l'ouvrage de M. Passavant sur la vie et les ouvrages de Raphaël.)

Premier fragment , haut. 0,640, larg. 0,750.

Deuxième fragment , haut. 0,570, larg. 0,750.

Troisième fragment, haut. 0,380, larg. 0,500.

50. Attrlbaê é. BapHaël. Sainte famille. La Vierge , assise et tenant sur ses genoux l'Enfant Jésus, porte la main sur l'épaule du petit saint Jean , qu'elle accueille avec bonté. Saint Joseph et un autre saint personnage debout, contemplent avec attention cette scène touchante. — A la plume et lavé de bistre.

Haut. 0,240, larg. 0,155.

Ce beau dessin, dont la composition n'a jamais été, que nous sachions, répétée, peinte, ni gravée, a beaucoup souffert. 11 a été apporté de Gènes en 1840.

51. AUrlbnéÀ itapliaël. Tête de Vierge vue de face et légèrement inclinée vers la gauche. — A la sanguine et relouché .de blanc, sur papier gris.

Haut. 0,140, larg. 0,100.

Ce beau dessin a beaucoup souffert et a été retouché.

Collection de M. de Cédron.

52. Attrlliaé à Bapliaël* Étude d'homme nu, agenouillé , et tenant de ses deux mains un long bâton. — Trèslégèrement exécuté à la plume.

Haut, 0,215, larg. 0,150.

32 ÉCOLES d'italie.

Si oe charmant dessin est de Raphaël, il doit être de son extrême jeunesse, et ou ne peut lui assigner une date postérieure à 4500. 11 offre beaucoup d'analogie avec quelques-uns de ceux que l'on voit à Venise, et qui sont de cette époque.

Vente Rutxhiel, 4837. — Collection du général Griois.

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